Heinrich August Winkler

historien allemand

Heinrich August Winkler, né le à Königsberg (aujourd’hui Kaliningrad, en Russie), est un historien allemand spécialiste d’histoire politique de l’Allemagne moderne et notamment de la république de Weimar. Il est professeur émérite d’histoire moderne à l’université Humboldt de Berlin.

BiographieModifier

Winkler quitte en 1944 avec sa mère la Prusse-Orientale. Il grandit en Allemagne du Sud. Il passe son abitur au « Gymnasium Humboldt » à Ulm. Il étudie ensuite l’histoire, la philosophie, le droit public et la science politique à l'université de Münster, Heidelberg et Tübingen. Il reçoit son doctorat dans cette dernière en 1963, sous la tutelle de Hans Rothfels, sa thèse porte sur l'histoire du Parti progressiste allemand. Il obtient dans la foulée un poste d'assistant de recherche à la FU Berlin, qu'il occupe jusqu'en 1970. Il obtient son habilitation cette même année et devient ainsi professeur titulaire toujours à la FU Berlin. En 1972, il mute à l'université de Fribourg. En 1991, finalement, il retourne à Berlin et prend la chaire d'Histoire moderne à l'université Humboldt de Berlin[1]. Il prend sa retraite en .

Dans le milieu des années 1980, Winkler joue un rôle important dans l'Historikerstreit, un débat entre historiens allemands qui prit de grandes proportions. Il prend le parti des Rudolf Augstein et Jürgen Habermas contre Ernst Nolte, le rédacteur du papier qui a mis le feu aux poudres, Andreas Hillgruber et Michael Stürmer. Il s'exprime principalement à travers une lettre ouverte publiée dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Le débat tourne autour du fait de savoir si l'apparition du parti nazi constitue une anomalie dans l'Histoire allemande ou si au contraire elle était inéluctable.

En l'an 2000, il publie l'ouvrage en deux tomes : Der lange Weg nach Westen (« La Longue Voie vers l'Ouest »). Il y discute de la Sonderweg suivie par l'Allemagne, en y décrivant son cheminement vers l'unification et la démocratie. Il reçoit pour ce livre le prix du meilleur livre politique de la fondation Friedrich Ebert en 2001, et le prix de littérature Friedrich-Schiedel en 2002.

Il était coéditeur du journal Geschichte und Gesellschaft (histoire et société) de 1975 à 1999, ainsi que du Berliner Ausgabe qui rassemble les discours et lettres de Willy Brandt. Il était membre de la fondation « Reichspräsident-Friedrich-Ebert-Gedenkstätte », de la « Haus der Geschichte der Bundesrepublik Deutschland » (maison de l'histoire fédérale allemande), de l'«Institut für Zeitgeschichte» (institut pour l'histoire contemporaine), et de la commission qui était chargée de rechercher les premiers liens russo-allemands ayant existé. De plus il est membre de la fondation Willy Brandt, de la commission historique de l'académie des sciences bavaroise. Au niveau politique, il est membre depuis 1962 du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD).

PositionsModifier

Winkler a fait longtemps partie des opposants à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne[2]. En , toutefois, il adoucit sa position dans une interview et déclare que le remplissage des critères de Copenhague suffirait à son adhésion[3].

S'exprimant en 2018 au sujet de la crise migratoire en Europe, il appelle l'Union européenne à faire la distinction entre migration et droit d'asile. Il rappelle notamment qu'aucune société n'a jamais possédé de droit général autorisant l'immigration. Il demande à l'Allemagne à ne pas se proclamer le « chef moral de l'Europe » (« die moralische Leitnation Europas ») et met en garde contre l'occultation des problèmes dont beaucoup de gens s'inquiètent. Cette occulation qui a conduit beaucoup de gens à se tourner vers la droite serait, selon Winkler, très dangereuse pour la culture politique de la démocratie[4].

DistinctionsModifier

BibliographieModifier

  • (de) Preussischer Liberalismus und deutscher Nationalstaat. Studien zur Geschichte der Deutschen Fortschrittspartei 1861-1866, Tübingen, Mohr Siebeck Verlag, (Libéralisme prussien et État allemand. étude du parti progressiste allemand de 1861 à 1866), thèse
  • (de) Mittelstand, Demokratie und Nationalsozialismus. Die politische Entwicklung von Handwerk und Kleinhandel in der Weimarer Republik, Cologne, Kiepenheuer und Witsch, (ISBN 3-462-00862-5) (Classe moyenne, démocratie et national-socialisme. Le développement politique de la main-d'œuvre et des petits commerçants dans la république de Weimar), habilitation
  • (de) Arbeiter und Arbeiterbewegung in der Weimarer Republik, Berlin/Bonn, Dietz, (Travailleur et mouvement travailleur dans la république de Weimar) en 3 tomes:
  • (de) Weimar 1918-1933. Die Geschichte der ersten deutschen Demokratie, Munich, Beck, (ISBN 3-406-37646-0) (Weimar 1918-1933. Histoire de la première démocratie allemande)[5]
  • (de) Der lange Weg nach Westen, Munich, Beck, en 2 tomes :
    • (de) Deutsche Geschichte vom Ende des Alten Reiches bis zum Untergang der Weimarer Republik, , 652 p. (ISBN 978-3-406-46001-2 et 3-406-46001-1, lire en ligne) (histoire allemande de la fin de l'ancien empire allemand jusqu'à la fin de la république de Weimar)
    • (de) Deutsche Geschichte vom "Dritten Reich" bis zur Wiedervereinigung, , 742 p. (ISBN 978-3-406-46002-9 et 3-406-46002-X, lire en ligne) (histoire allemande depuis le troisième Reich jusqu'à la réunification)
  • (de) Auf ewig in Hitlers Schatten? : über die Deutschen und ihre Geschichte, Munich, Beck, , 221 p. (ISBN 978-3-406-56214-3 et 3-406-56214-0, lire en ligne) (pour toujours dans l'ombre d'Hitler? Sur les Allemands et leur histoire.)
  • (de) Geschichte des Westens, Munich, Beck, (Histoire de l'Occident) en 2 tomes :

Liens externesModifier

RéférencesModifier

  1. Pierre Merlin, « Heinrich August Winkler, Der lange Weg nach Westen, (Le long chemin vers l’Ouest), Munich, Éditions C.H. Beck, 2000, 2 tomes. », Revue d'histoire du XIXe siècle, 29, 2004, 189-197
  2. (de) « Heinrich August Winkler contre l'entrée de la Turquie dans l'UE », die Zeit,‎ (lire en ligne, consulté le )
  3. (de) « l'Europe doit s'aiguiser », The European,‎ (lire en ligne, consulté le )
  4. (de) "Rettung verpflichtet nicht, Menschen einwandern zu lassen", entretien, deutschlandfunk.de, 15 juillet 2018
  5. Pierre Ayçoberry, Heinrich August Winkler, Weimar 1918-1933. Die Geschichte der ersten deutschen Demokratie (compte-rendu), Annales, Année 1998, 53-1, pp. 170-171