Hasankeyf

district de Turquie

Hasankeyf
Heskîf
حصن كيفا
Hasankeyf
Administration
Pays Drapeau de la Turquie Turquie
Région Région de l'Anatolie du sud-est
Province Batman
District Hasankeyf
Préfet Şenol Öutürk [1]
2020-07-14 -
Indicatif téléphonique international +(90)
Plaque minéralogique 72
Géographie
Coordonnées 37° 42′ 51″ nord, 41° 24′ 47″ est
Localisation
Localisation de Hasankeyf
Districts de la province de Batman
Géolocalisation sur la carte : Turquie
Voir sur la carte administrative de Turquie
City locator 14.svg
Hasankeyf
Géolocalisation sur la carte : Turquie
Voir sur la carte topographique de Turquie
City locator 14.svg
Hasankeyf
Liens
Site de la province http://www.batman.gov.tr
Sources
« Index Mundi/Turquie »

Hasankeyf (kurde : Heskîf, arabe : حصن كيفا, arménien : Հարսնքվ, grec ancien : Κιφας, Cepha, syriaque : ܚܣܢܐ ܕܟܐܦܐ) est une ville située dans le Sud-est de la Turquie. La ville actuelle a été fondée à la suite de la construction et de la mise en service du Barrage d'Ilısu. La ville historique et ses monuments (non déplacés dans le parc archéologique) sont engloutis depuis le printemps 2020, alors que la ville était une zone naturelle protégée depuis 1981[2].

GéographieModifier

DémographieModifier

La population actuelle de Hasankeyf est à majorité kurde. Cependant, il y a longtemps eu une présence assyrienne/syriaque et arabe dans la ville. La population chrétienne syriaque a été presque entièrement anéantie pendant le génocide assyrien de 1915 lors de la Première Guerre mondiale. Jusque dans les années 1990, des populations chrétiennes assyriennes/syriaques étaient présentes autour de leur village et église situés sur les hauteurs de la ville. L'État turc les a contraint à quitter leur village.

Projet de barrage et engloutissement contestéModifier

Un premier projet de barrage a échoué, après que les investisseurs européens (allemands, suisses et autrichiens) se soient retirés, critiquant le non-respect des normes environnementales.

Le projet de barrage est vivement contesté en raison des dégâts environnementaux et humains liés au déplacement des populations: en effet le remplissage du réservoir et la mise en marche du barrage engloutira plusieurs villes dont celle de Dicle et engendrera une catastrophe écologique sans précédent.

Par ailleurs, la perte irrémédiable du patrimoine culturel et historique liés à cette région ainsi que les vestiges archéologiques ont fait réagir plusieurs ONG et chercheurs en archéologie[3]. En 2019, une centaine d'ONG réunie dans Pour Hasankeyf a lancé un appel intitulé il n'est pas trop tard pour sauver Hasankeyf et le fleuve du Tigre. Hasankeyf regroupe de nombreux critères pour être classé au patrimoine mondial, mais l'UNESCO et les autres organisations internationales restent muettes à ce sujet. En , la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) (dans laquelle siège la Turquie en tant qu'état membre) a pris la décision de rejeter la plainte déposée pour protéger le patrimoine culturel d'Hasankeyf.

L'instabilité du projet pendant plusieurs décennies a engendré une perte économique pour la population de Hasankeyf. La ville a été classée en zone spéciale de conservation en 1981 ce qui s'est accompagné d'une interdiction de construire qui a tenu les investisseurs à l'écart et poussé de nombreux habitants à quitter leur terre natale. Une ville nouvelle avec des infrastructures modernes, dont l'attribution des maisons seront tirées au sort, a été construite à 2 km mais est en 2016 toujours inhabitée[4].

Enfin, les menaces qui pèsent sur le sort des populations kurdes de la région ont mobilisé de nombreuses ONG, des militants, artistes et des partis politiques. Ce barrage constituerait un saccage de l'histoire et des civilisations autres que islamiques ou turques. En effet en , le gouvernement turc a notamment fait démolir la statue de Ehmedê Xanî ou Ahmed Khani (1650-1707) écrivain, astronome et poète clerc sunnite et philosophe, érigée sur la place de la ville Doğubeyazıt dont la municipalité a été dissoute par le gouvernement.

Pont d'HasankeyfModifier

Construit par le seigneur artukide Fakreddine Karaaslan (1144-1167), c’est le pont ayant l’arche la plus large (quarante mètres) construite au Moyen Âge. De ce pont du XIIe siècle qui enjambait le Tigre, il ne reste que des piliers en pierre. La partie centrale de ce pont était en bois afin de pouvoir l'enlever en cas d'attaque. Un nouveau pont relie désormais la ville à l'ancienne citadelle d'Hasankeyf. Mais tous deux sont condamnés à disparaître sous les eaux si le projet d'aménagement hydrolique d'Anatolie du Sud-Est est mis en œuvre.

ToponymieModifier

Le toponyme « Hasankeyf » est d'origine Syriaque : ܚܨܢܐ hesn= citadelle, ܟܐܦܐ kef= pierre.

Selon la légende que relate Cheref-Ouddine, prince kurde de Bitlis, dans son livre, les Fastes de la Nation Kurde, ou Cheref-Nameh, écrit il y a plus de cinq cents ans (en 1497), un prisonnier arabe du nom de Hasan qui allait être mis à mort, demande une dernière faveur au seigneur qui avait construit cette forteresse dominant de façon vertigineuse les eaux du Tigre : pourrait-il monter son cheval bien-aimé pendant quelques instants dans la cour de la forteresse ? Cette faveur lui fut accordée, et le prisonnier fit avec son cheval un bond dans le Tigre de 150 mètres. Le cheval mourut en s’écrasant dans les flots, mais le prisonnier put s’échapper, et tous les spectateurs s’exclamèrent : Hasan Keif (« Hasan, comment »), et selon la légende, ce nom resta attaché à la forteresse[5].

Présence chrétienneModifier

L'islam n'est d'ailleurs pas la seule religion qui a marqué Hasankeyf de son empreinte. Hier comme aujourd'hui, la présence chrétienne y est très forte. Dès le Ve siècle, Hasankeyf abritait un évêché syrien et les chrétiens bénéficièrent à la fin du Moyen Âge, sous les sultans turcs, d'un certain régime de faveur. En effet, nouvellement arrivés, les tribus turcomanes se ménagèrent les bonnes grâces des populations chrétiennes, grecques et syriaques, pour faire face à l'hostilité des Kurdes et des Arabes musulmans de la région, qui acceptaient mal de perdre leur suprématie politique et militaire.

Monuments historiquesModifier

La citadelle et la ville hauteModifier

La citadelle construite par les Ayyoubides au XIIIe siècle et remaniée par de nombreux chefs kurdes au cours des siècles gît en ruine au sommet d’une falaise de calcaire monumentale qui se dresse verticalement au-dessus du Tigre. La ville ancienne de Hasankeyf, construite à côté de la vieille mosquée de la forteresse, est aussi en ruine : dans les années 1970, ses habitants ont été forcés par le gouvernement turc d’abandonner leurs maisons centenaires, souvent creusées dans la roche, et de venir s’installer plus bas, dans la vallée, près du vieux pont[5].

Le petit palaisModifier

Les ruines du petit palais construit sur l’éperon de la falaise dominent la vallée du Tigre. Les chefs kurdes y vivaient jusqu'à la fin du XIXe siècle et on peut y admirer le Tigre et la vallée qui s'étend en contrebas[5].

Le grand palaisModifier

Il ne reste plus rien du grand palais, à l’exception d’un pilier de son ancien portail[5].

La mosquée UluModifier

La vieille mosquée Ulu, construite en 1325 par les Ayyoubides sur les ruines d’une église antique, se dresse toujours au milieu des ruines de la ville, et l’on peut lire une inscription très ancienne sur le socle de son minaret

Le tombeau de Zeynel beyModifier

Zeynel bey, le fils de Uzun Hasan, appartenait à la dynastie Akkoyunlu qui régna brièvement sur Hasankeyf au XVe siècle. Décoré de carreaux de céramique vernissés de couleur turquoise et bleu sombre, ce tombeau constitue un des rares exemples de son genre en Anatolie. Il est actuellement (2010) en restauration et sera déplacé pour échapper aux eaux du barrage.

 
Vue panoramique.
 
Vue du bord du Tigre.

Notes et référencesModifier

Liens externesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :