George Augustus Robinson

George Augustus Robinson né le à Londres et mort le à Bath, est un entrepreneur en bâtiment et prêcheur amateur britannique. Il est connu pour son rôle dans les relations de l’Angleterre avec les Aborigènes de Tasmanie. Il a en particulier été Chef Protecteur des Aborigènes dans le protectorat de Port Phillip de 1839 à 1849.

George Augustus Robinson
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George Augustus Robinson
Biographie
Naissance
Décès
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Nationalités

Jeunesse en AngleterreModifier

Robinson est le fils d’un entrepreneur, William Robinson, et de son épouse Susannah Perry. Il épouse Maria Amelia Evans le  : ils ont cinq enfants dans les dix années suivantes. Il décide d’émigrer et part pour Hobart en Terre de van Diemen (l’actuelle Tasmanie) sur le Triton. Il arrive en , s’installe comme entrepreneur en bâtiment, sa famille le rejoignant en .

En Terre de Van Diemen (Tasmanie)Modifier

 
Illustration par Benjamin Duterrau, extrait de Les Derniers Tasmaniens : « Mr Robinson dans sa mission de conciliation »

Les conflits entre colons et aborigènes s’étaient intensifiées pendant les années 1830, donnant lieu à la guerre noire. En 1830 Robinson enquête sur le massacre de Cape Grim : trente aborigènes d’une tribu du nord-ouest avaient été tués par des bergers, en représailles pour la perte de leur troupeau, d’ailleurs due à un autre groupe. Robinson fait un rapport sur le massacre et devient un médiateur entre les colons et les Aborigènes. Sa mission est en fait de trouver les quelque 300 indigènes survivants et de les convaincre de s’installer dans le camp de Wybalenna sur Flinders Island.

Robinson se lie d’amitié avec Truganini, à qui il promet nourriture, logement et sécurité sur Flinders Island jusqu’à ce que la situation se calme sur le continent. Avec l’aide de Truganini, Robinson réussit à conclure un accord avec les peuples de Big River et de Oyster Bay et, à la fin de 1835, presque tous les Aborigènes se retrouvent installés dans le nouveau camp.

 
Première rencontre de Mr Robinson avec Timmy, par Benjamin Duterrau
Google Art Project

Mais l’implication de Robinson vis-à-vis des Aborigènes de Tasmanie laissé sur Flinders Island s’arrête presque immédiatement. En particulier, la promesse qu’il leur a faite de leur trouver un lieu où ils pourraient conserver leur culture traditionnelle et pratiquer en toute quiétude leurs cérémonies n’est pas honorée. Le camp de Wybalenna leur apparaît de plus en plus comme une prison, dans laquelle les conditions de vie se détériorent rapidement, de nombreux indigènes mourant de maladie ou de dépression.

Chef Protecteur des Aborigènes dans le protectorat de Port PhillipModifier

En , Robinson est nommé Chef Protecteur des Aborigènes par le Colonial Office de Grande-Bretagne ; il est responsable du protectorat de Port Phillip avec l’assistance de quatre protecteurs, William Thomas, James Dredge, Edward Stone Parker et Charles Sievwright. Robinson reçoit un total de 8 000 £ (8 000 livres) comme Chef Protecteur. Il construit une petite communité, dotée d’une église, qu’il baptise « Point Civilisation ». La plupart des Aborigènes qui y vivent ont été déplacés sous de faux prétextes de leur région d’origine en Tasmanie. « Point Civilisation » est parfois décrite comme une usine sociale dont l’objectif est de transformer de prétendus sauvages en chrétiens[1].

En 1841 et 1842 Robinson voyage jusque dans l’ouest de Victoria pour enquêter sur un autre massacre qui s’est produit vers 1833 ou 1834, celui dit de Convincing Ground, un endroit situé près de Portland et faire un rapport[2] : « Parmi les endroits remarquables de la côté, se trouve Convincing Ground, dont le nom provient d’un affrontement qui y a eu lieu il y a quelques années entre les Aborigènes et les baleiniers et au cours duquel un grand nombre des premiers furent massacrés. Les circonstances étaient qu’une baleine vint s’échouer sur le rivage et que les indigènes qui se nourissaient de la carcasse la réclamaient pour eux-mêmes. Les baleiniers dirent qu’ils allaient les « convaincre » et eurent recours aux armes à feu. À cet endroit est maintenant établi une pêcherie[3]. »

Maria, l’épouse de Robinson, meurt en 1848. Le protectorat, quant à lui, est aboli le . En 1852, Robinson retourne en Angleterre.

Retour en EuropeModifier

En 1853 Robinson épouse Rose Pyne et ils passent plusieurs années à voyager en Europe avant de retourner définitivement en Angleterre en 1858. Robinson meurt le à Bath.

L’image de RobinsonModifier

Le rôle de Robinson est maintenant jugé négativement, en particulier par la communauté aborigène actuelle. Quelques historiens pensent que ses intentions initiales étaient peut-être bonnes, mais son abandon de la communauté indigène est perçu comme un tournant vers le pire pour les Aborigènes.

À son époque toutefois, Robinson est considéré comme un bienfaiteur (do-gooder), typique de l’époque victorienne, un pacificateur aux vues humanitaires. Dans son livre Following the Equator, un auteur progressiste comme Mark Twain évoque Robinson avec sympathie, même s’il voit son intervention comme un échec[4],[5]. Robinson apparaît en revanche de façon beaucoup moins positive dans plusieurs romans de Mudrooroo Nyoongah, en particulier Doctor Wooreddy's Prescription for Enduring the Ending of the World. Des récits semi-romancés des voyages de Robinson sont aussi inclus dans le livre de Matthew Kneale, English Passengers publié en 2000 (Les Passagers anglais, 2002), et dans la nouvelle de T. C. Boyle, The Extinction Tales, parmi d’autres.

Ce contraste d’interprétation[6] est illustré dans deux œuvres d’art : The Conciliation la peinture d’un contemporain de Robinson, Benjamin Duterrau, en 1840[7], et The National Picture, une installation photographiée, avec insertions, de Geoff Parr de 1985, conservée au Tasmanian Museum and Art Gallery[8]. The Conciliation, dépeint de manière idéalisée Robinson au milieu d’un groupe d’Aborigènes, serrant la main de l’un d’entre eux ; elle est considérée comme la première peinture historique des anciennes colonies en Australie[9]. The National Picture inverse le rapport entre Occidentaux et Aborigènes, faisant d’une photo de Truganini la figure centrale, et insérant des éléments évoquant l’appropriation des terres et la destruction culturelle à l’œuvre dans cette rencontre[réf. nécessaire].

Les journaux de Robinson font encore partie des documents les plus importants pour connaître les premières années de Victoria, grâce à leurs observations sur la culture Koorie, les personnalités du Melbourne de cette époque, le paysage et la société des colons[10].

Notes et référencesModifier

  1. (en) : BBC Four, Racism: A History, Part two of three, « Fatal Impacts », radiodiffusé le jeudi 27 septembre 2007.
  2. Clark 1995. Un extrait est accessible en ligne, Site du Musée de Victoria, consulté le 26 novembre 2008.
  3. Traduit d’après une citation dans Clark 1995.
  4. (en) Mark Twain, Following the Equator, Hartford et New York, American Publishing et Doubleday & McClure, (lire en ligne), p. 260-267
  5. Gareth Knapman, « The Pacificator: discovering the lost bust of George Augustus Robinson », La Trobe Journal, (consulté le 28 mars 2013).
  6. Voir Johnston et Rolls 2008 et les comptes rendus de cet ouvrage, Greg Lehman, « Pleading Robinson », Australian Humanities Review 49, (consulté le 28 mars 2013) et Christine mcPaul, « Reading between the (colonial) lines », Australian Humanities Review 48, (consulté le 28 mars 2013).
  7. « The Conciliation », sur Museum of Australian Democrarty (consulté le 28 mars 2013).
  8. « The National Picture, De G. Parr », sur Australian Photographers (consulté le 28 mars 2013). Le titre se réfère à une œuvre perdue de Duterrau, voir Scheding 2002.
  9. John Russell, « The Representation of Trucanini », (consulté le 28 mars 2013)
  10. Plomley 2008.

BibliographieModifier

  • (en) Vivienne Rae-Ellis, Black Robinson : protector of aborigines, Melbourne, Melbourne University Press, , 308 p. (ISBN 0-522-84744-7, lire en ligne)
  • (en) Ian D. Clark, Scars on the Landscape : A Register of Massacre Sites in Western Victoria 1803-1859, Aboriginal Studies Press, , 199 p. (ISBN 0-85575-281-5), p. 17-22
  • « George Augustus Robinson », dans Dictionary of Australian Biography (lire en ligne)
  • (en) N.J.B. Plomley (dir.), Friendly Mission : The Tasmanian Journals and Papers of George Augustus Robinson, Queen Victoria Museum and Art Gallery and Quintus Publishing, , 1180 p. (ISBN 978-0-9775572-2-6)
  • (en) Anna Johnston (dir.) et Mitchell Rolls (dir.), Reading Robinson : Companion Essays to Friendly Mission, Quintus Publishing, , 238 p. (ISBN 978-0-9775572-5-7)
  • (en) Lyndall Ryan, Tasmanian Aborigines : A history since 1803, Allen & Unwin, , 418 p. (ISBN 978-1-74237-068-2, lire en ligne), p. 151-239
  • (en) Stephen Scheding, The National Picture, Sydney, Vintage, , 278 p. (ISBN 978-1-74051-066-0)

Liens externesModifier