Gabriel Caignet (l’aîné et le jeune)

Gabriel Caignet est le nom de deux frères, fils du chanteur et violiste Denis Caignet. Ils ont tous deux été musiciens de la Chambre sous Louis XIII et parfois ses successeurs, le premier comme violiste, le second comme luthiste. Cette homonymie fait qu’un certain nombre d’actes ne les différencient pas clairement, qui doivent donc être pris avec prudence.

Gabriel l’aîné, le violisteModifier

BiographieModifier

 
Extrait de l'état de la Maison de Louis XIII, janvier 1638, où les deux frères Gabriel Caignet l'aîné et le jeune voisinent (Paris BNF (Mss.) : Ms. Clairambault 814, p. 69).

Gabriel l’aîné a été joueur de viole ordinaire de la Chambre du roi dès 1635 (au plus tard), et démissionne du second semestre de sa charge envers Jean Boyer le [1]. Il est cité dans l’état de la Maison de Louis XIII au , aux gages annuels de 600 lt[2], puis dans plusieurs états sous Mazarin[3]. Sous Louis XIV, il est régulièrement cité entre 1664 et 1678, aux gages annuels de 600 lt ou de 450 par semestre[4]. Mort à la fin de 1678 ou au début de 1679, il est remplacé par Marin Marais[5].

La charge de musicien ordinaire du roi a été doublée d’une autre charge de musicien de la reine mère Marie de Médicis, attestée en 1630 au moment de son mariage mais sur laquelle on n’a pas de précisions.

Deux registres de baptêmes de 1631-1632 révèlent que Gabriel était aussi valet de chambre du roi à cette époque[6]. D’autres actes des années 1647-1561 le disent conseiller du roi[7].

Avant 1647, Gabriel l’aîné acquiert l’office de receveur des tailles et taillon de l’élection de Saint-Florentin[8] (probablement Saint-Florentin (Yonne)), qu’il semble avoir gardé jusqu’à sa mort puisqu’il est encore cité comme le détenant en 1671.

La famille de Gabriel l’aînéModifier

Gabriel l’aîné se marie le avec Marguerite de Labarre, fille de feu Simon de Labarre chirurgien et « opérateur du fait de la pierre » et de Marie Jouillain. Sa mère Catherine d’Asnières et son frère Gabriel le jeune figurent parmi les témoins[9].

De cette union naissent de nombreux enfants dont on connaît les dates de baptême (tous à Saint-Eustache ou à Saint-Germain-l’Auxerrois[10] : Denis le , Simon le , Marie le , Madeleine le , Gaspard le , Simon le (enterré le lendemain), Marguerite le , et Françoise, citée seulement en 1671. Bien sûr Gabriel l’aîné et sa femme Marguerite sont aussi parrain ou marraine de plusieurs enfants entre 1631 et 1647, à Saint-Eustache[11]. Sa femme Marguerite meurt à une date inconnue et sa succession n’est pas encore réglée en 1671 entre Gabriel et ses enfants[12].

Gabriel l’aîné se remarie le avec Elisabeth Thirouin, veuve de François Juillin[13]. Le , il avait loué à Adrien Secousse, contrôleur des décimes, une partie d’une maison sise rue Notre-Dame des Victoires[14].

En 1630, il habitait rue Montmartre, en 1631 rue Saint-Honoré, en 1651 rue Montmartre paroisse Saint-Eustache, en 1671 rue Neuve Saint-Denis.

Dans la littératureModifier

Dans son roman Tous les matins du monde, Pascal Quignard le fait aller, sur ordre de Louis XIV, prier le violiste Jean de Sainte-Colombe de venir jouer à la cour. Mais ce musicien solitaire ne répondra pas au souhait du roi. La scène est reprise dans le film.

Gabriel le jeune, le luthisteModifier

BiographieModifier

En 1629, Gabriel le jeune emprunte 1800 lt à sa mère Catherine d’Asnières pour pouvoir acheter la charge de luthiste ordinaire du roi à René Saman. Le , il constitue à sa mère une rente perpétuelle de 112 lt 10 s pour s’acquitter de cette dette[15]. Il est encore luthiste du roi en 1638[16] ; il l’est encore en 1643-1644[3] puis il est remplacé à cette charge par Pierre II Chabanceau de La Barre en 1645. Gabriel promet d’abord à Chabanceau de lui fournir la démission de sa charge pour 8250 lt[17], la transaction se fait le au prix convenu[18]. En 1630, Gabriel le jeune est dit ordinaire de la musique de la reine[19] au moment où il témoigne au mariage de son frère aîné.

La famille de Gabriel le jeuneModifier

Gabriel le jeune habitait en 1631 rue Saint-Honoré paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois, en 1645 rue Montmartre. On ignore tout de la famille de Gabriel le jeune ; on ignore aussi pourquoi il a vendu sa charge en 1645.

Acte à éclaircirModifier

Le , on voit Denis Caignet louer pour 6 ans une terre sise à Villepreux (Yvelines) à un boulanger, au nom de son fils Gabriel Caignet, « chapelain de la chapelle Saint-Vincent de Villepreux »[20]. L’un des deux Gabriel a-t-il été clerc en son jeune âge ?

NotesModifier

  1. L’acte de cette démission, accordée le 29 janvier 1636 moyennant 300 écus (soit 900 lt), est coté dans l’inventaire après décès de Jean Boyer : Paris AN, MC VI, 241 (cote 24), cité d’après Jurgens 1967 p. 288. Après la mort de Jean Boyer c’est son frère Léon Boyer qui le remplace, puis Léonard Itier.
  2. Paris BNF (Mss.) : Ms. Clairambault 814, p. 69 (voir sous Gallica.
  3. a et b Massip 1976 p. 140.
  4. Voir Benoit MC 1971 p. 10, 12, 21, 26, 30, 31, 35, 40, 42, 45, 48, 50, 55, 63.
  5. Brevet de joueur de viole pour Marin Marais, en succession de Gabriel Caignet « dernier titulaire et paisible possesseur » de cette charge » décédé, 1er août 1679. Paris AN : O1 23, f. 257v. Cité d’après Benoit MC 1971 p. 68. Cette charge lui fut offerte par Louis XIV.
  6. Brossard 1965 p. 52.
  7. Pour 1647, voir l’acte suivant. Pour 1651, voir son acte de remariage.
  8. Il est cité comme tel lorsqu’il témoigne au mariage de François Huet et Suzanne Moynet, 27 janvier 1647. Paris AN : MC XVI, 259, cité d’après Jurgens 1974 p. 295.
  9. Paris AN : MC, XXXIV, 50.
  10. Mentions extraites de Brossard 1965 p. 52.
  11. Même source.
  12. Transaction à ce sujet entre Gabriel l’aîné et sa fille Françoise : MC LXXXIII, 144, 25 mars 1671.
  13. Paris AN : Y 188, contrat insinué le 12 novembre 1651.
  14. MC XXXV, 623.
  15. MC XVI, 229, cité d’après Jurgens 1974 p. 270.
  16. Voir l’acte sur Gabriel l’aîné de 1638.
  17. Paris AN : MC CVIII, 95.
  18. MC, CVIII, 94, cité d’après Massip 1976 p. 32.
  19. Paris AN : MC XXXIV, 50.
  20. MC III, 504, cité d’après Jurgens 1967 p. 288.

RéférencesModifier

  • Marcelle Benoit, Musiques de cour : Chapelle, Chambre, Écurie, 1661-1733.. Paris : Picard, 1971.
  • Madeleine Jurgens, Documents du minutier central concernant l'histoire de la musique (1600–1650). [1 : études 1-10]. Paris, 1966.
  • Madeleine Jurgens, Documents du minutier central concernant l'histoire de la musique (1600–1650). [2 : études 11-20]. Paris, 1974.
  • Michel Le Moël. Recherches sur la musique du roi et plusieurs de ses grands officiers de 1600 à 1660. Thèse de l'École des Chartes, 1954.
  • Catherine Massip, La vie des musiciens de Paris au temps de Mazarin (1643-1661) : essai d'étude sociale. Paris : Picard, 1976.
  • Musiciens de Paris 1535-1792 d’après le Fichier Laborde. Publié par Yolande de Brossard. Paris : Picard, 1965.