Flore des murs

Ficus pumila sur un vieux mur.
Sureau noir (Sambucus nigra) dans une fissure d'un contrefort de l'église de Réville-aux-Bois (Meuse).
Asplenium ceterach sur un vieux mur en Écosse.

Le terme flore des murs (flore muricole) désigne les plantes qui poussent sur les murs et éventuellement les algues ou lichens (éléments de la microflore des murs)

Colonisation des mursModifier

En tant que construction humaine, les murs n’étant en principe pas conçus pour abriter de la flore, celle-ci doit s’y implanter après une lésion préalable de la structure pariétale.

La détérioration progressive de leurs matériaux, en particulier le mortier et la brique, conduit à la formation de fentes ou cavités où s’accumulent d’abord des bactéries[1], souvent en association symbiotique avec les lichens et champignons, et les mousses [2]. Plus tard, grâce aux produits de dégradation de ces organismes, de l’accumulation de poussière et à l’humidité, des plantes supérieures pourront se développer[3]. Ce processus peut durer 40 à 50 ans, si les conditions ne sont pas hautement favorables[4].

Constituant une protection contre le vent, les murs y sont naturellement exposés, et avec le vent, aux graines des plantes à mode de dispersion anémochore, spécialement les graines légères produites en grande quantité (Pariétaire étalée (Parietaria diffusa), Valériane rouge (Centranthus ruber)[5]. On trouve sur les murs les plantes véhiculées par les fourmis (Grande chélidoine (Chelidonium majus), Mercuriale annuelle (Mercurialis annua)[6], transportées par les oiseaux consommateurs des fruits charnus (figuier (Ficus carica), Lierre rampant (Hedera helix) et les espèces végétales susceptibles de germer avec une quantité limitée d’humidité[7], comme des fougères (Rue des murailles (Asplenium ruta-muraria), Capillaire des murailles (Asplenium trichomanes), Polypode commun (Polypodium vulgare). Les murs exposés au sud étant plus sujets à une insolation excessive et à de grandes différences thermiques, ceux tournés vers nord, est et ouest se sont révélés plus favorables à la végétation [8]. Les plantes dont les bourgeons persistent au niveau du sol avec une disparition complète des leurs parties aériennes pendant la mauvaise saison[9], prédominent en général sur les murs par rapport aux autres types de positionnement des organes de survie de la plante durant la période défavorable[10].

Espèces colonisant les mursModifier

Plusieurs relevés des espèces répertoriées sur les murs dans différentes régions ont été revus par Francis 2011[11]. Une étude [12] conduite dans différents pays européens (Allemagne, France, Luxembourg, Italie, Malte, Espagne et Portugal) a permis de conclure que, dans les pays de l’Europe centrale au Nord des Alpes, les plantes qui poussent spontanément dans les friches, les décombres le long des chemins, dites rudérales, sont celles que l’on retrouve le plus souvent sur les murs des villes (pour l’Allemagne : Sisymbre officinal (Sisymbrium officinale), Séneçon visqueux (Senecio viscosus), Armoise (Artemisia vulgaris), Brome stérile (Bromus sterilis), Laiteron maraîcher (Sonchus oleraceus)), mais aussi la Rue des murailles (Asplenium ruta-muraria) et la Cymbalaire des murs (Cymbalaria muralis). Dans les régions de France aux hivers plus cléments, les montagnes exposées au Sud et les vallées alpines, le genre Parietaria serait plus répandu qu’en Europe centrale. Dans les régions méditerranéennes occidentales, la Pariétaire de Judée (Parietaria judaica) est l’espèce la plus fréquente, tandis que le câprier épineux (Capparis spinosa), le muflier de Sicile (Antirrhinum siculum) et le Grand Muflier (Antirrhinum majus ssp. Linkianum) dominent par endroits localement[13].

Notes et référencesModifier

  1. Cyanobactéries et algues vertes (Rindi, F., 2007, Diversity, distribution and ecology of green algae and cyanobacteria in urban habitats, in J. Seckbach (ed), Algae and Cyanobacteria in Extreme Environments, pp. 619–638, Springer Netherlands, Dordrecht)
  2. Niemelä J. et al, 2011, Urban Ecology:Patterns, Processes, and Applications, Oxford University Press, 2011)
  3. Segal, S., 1969, Ecological Notes on wall Vegetation, Dr. W. Junk N.V., Publishers, The Hague, pp. 229-238
  4. Francis R., 2011, 'Wall ecology: A frontier for urban biodiversity and ecological engineering' Progress in Physical Geography, 35 (1), p. 54
  5. Le voisinage des murs étant colonisé par des espèces à grand succès écologique, ou provenant des jardins ou des terrains agricoles, cela va conditionner, en raison de l’abondance de l’atmosphère environnante en propagules, un flux des graines de ces plantes vers les murs. C’est ce que l’on désigne un effet de masse selon Shmida et Whittaker, 1981 (Shmida, A. and R. H. Whittaker, 1981. Pattern and biological microsite effects in two shrub communities, Southern California. Ecology 62: 234 251. Cf. Francis 2011, p. 53)
  6. Les graines de la chélidoine possèdent un élaïosome qui attire les fourmis qui les dispersent (myrmecochorie)
  7. Lisci M, et al, 2003, Lichens and higher plants on stone: a review, International Biodeterioration and Biodegradation, Volume 51, Number 1, January 2003, pp. 1-17(17)
  8. Francis 2011, p. 50
  9. Hémicryptophytes, selon la classification de Raunkiær, Francis 2011, p. 51-52, Tableau 2
  10. Exceptions : les murs de l’époque byzantine de Thessalonique, et du château d'Akrokorinthos, dans le Péloponnèse, où prédominent les plantes qui survivent à la mauvaise saison par leurs graines, toutes les parties végétatives étant détruites par la dessiccation due au gel ou à la sécheresse, appelées thérophytes, selon la classification de Raunkiær mentionnée ci-dessus. Ibidem, p. 51-52, Tableau 2
  11. p. 51-52, Tableau 2
  12. Brandes, D., 1992: Flora und Vegetation von Stadtmauern, Tuexenia, 12: 315-339
  13. Capparis spinosa à Vérone et en Toscane, Antirrhinum siculum en Sicile et Antirrhinum majus ssp. linkianum au Portugal. Cf .Brandes 1992

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Brandes, D., 1992: Flora und Vegetation von Stadtmauern, Tuexenia, 12: 315-339
  • Darlington A., 1981, Ecology of Walls, Heinemann Educational Books, London
  • Francis R.A., 2011 'Wall ecology: A frontier for urban biodiversity and ecological engineering', Progress in Physical Geography, 35 (1), pp. 43-63, 35 (1), pp. 43-63
  • Segal S., 1969: Ecological Notes on wall Vegetation, Dr. W. Junk N.V., Publishers, The Hague