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Hypothèse des marchés financiers efficients

(Redirigé depuis Efficience du marché)

L’« efficience du marché financier » est une expression utilisée pour la première fois par l'économiste Eugene Fama dans un article publié en 1970 et intitulé Efficient Capital Markets : a Review of Theory and Empirical Works[1].

Fama fait ainsi remonter ce qu'il appelle la « théorie », ou l'« hypothèse des marchés financiers efficients » à Louis Bachelier (1900). La formulation floue qu'il donne à cette « théorie » (« un marché dans lequel les prix 'reflètent pleinement' et toujours l’information disponible est appelé efficient ») a eu pour conséquence d'avoir donné lieu à (au moins) deux interprétations très différentes : d'une part, un marché serait « efficient » si le prix des titres suit une marche aléatoire, rendant son évolution imprévisible ; d'autre part, un marché serait « efficient » si le prix des titres y correspond à leur valeur fondamentale ou intrinsèque, permettant ainsi une affectation optimale des ressources.

La première interprétation - résumée par la formule « on ne peut battre les marchés » - n'est pas sujet à controverse. En revanche, la deuxième, très ambitieuse, l'est davantage - ne serait-ce que parce que l'idée même de « valeur fondamentale » est sujette à caution. L'existence de ces deux interprétations possibles de la théorie des marchés efficients explique peut-être pourquoi le comité chargé d'attribuer le prix de la banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel n’a pas fait part de ses motivations ni dans le cas de Fama, d'évoquer cette « théorie »[2], qui l'a pourtant rendu célèbre.

Sommaire

Origine et enjeux de l'hypothèseModifier

OrigineModifier

L'idée de variations des prix suivant une marche aléatoire apparaît au milieu du XIXe siècle. En 1863, Jules Regnault publie son livre intitulé "Calcul des chances et philosophie de la bourse". Il défend l'idée que les prix fluctuent aléatoirement à court terme au tour d'une valeur du titre de long terme évalués par les spéculateurs. Jules Regnault différencie ces derniers de ceux qu'ils appelle les "joueurs" qui "qui spéculent sur les écarts, et dont les opérations financières ne participent pas au développement économique, sont inévitablement ruinés parce qu’ils enfreignent les règles morales dictées par les lois de la nature"[3]. Il valide empiriquement son modèle en étudiant les fluctuations des cours de la bourse de Paris. Ses idées seront formalisées mathématiquement ensuite par Louis Bachelier en 1900. Indépendamment des travaux de Bachelier, l'idée de marche aléatoire connut un regain d'intérêt aux États-Unis après la crise de 1929. En 1933, Alfred Cowles publia une étude où ils montrent que les portefeuilles qu'il a reconstitué à partir de prévisions d'experts faisaient moins bien que la performance moyenne du marché[4]. L'idée est aussi accréditée par Holbrook Working pour les marchés de matières premières en 1934[5]. Cette hypothèse, fut ensuite développée dans les années 1950 à 60 à l'occasion de l'application de mathématiques probabilistes (stochastique) à la finance, sous l'impulsion de Cootner et surtout d'Eugene Fama qui la formalisa et lui donna son nom[3]. Elle fut le support d'une importante avancée de la modélisation financière, ayant entraîné à son tour le développement rapide de nouveaux outils de finance de marché.

EnjeuxModifier

Selon R. Brealey, M. Myers et F. Allen[6], l'hypothèse d'efficience implique sur la gestion financière que :

  • il ne faut pas compter sur la mémoire des marchés ;
  • il faut se fier au prix de marché ;
  • il faut toujours chercher à décoder le cours d'un titre au niveau économique ;
  • il faut ignorer l'illusion financière et ne s'intéresser qu'aux flux de trésorerie ;
  • il est préférable d'arbitrer soi-même son portefeuille ;
  • les titres sont substituables pour un même niveau de risque.

Efficience de marché et finance comportementaleModifier

Cette théorie est écornée par les recherches en finance comportementale qui ont montré que des erreurs cognitives, émotionnelles et d'imitations collectives faussent la formation des prix. Il est ainsi de plus en plus admis de mentionner un certain degré d'efficience pour les marchés (faible, semi-fort et fort). Ainsi, la constatation de l'occurrence à certains moments de krachs et de bulles découle de cette analyse par la finance comportementale.
Cependant, E. Fama a ré-examiné l'impact des anomalies des marchés des actions sur l'efficience des marchés en 1998[7] et en conclut que finalement l'hypothèse d'efficience des marchés résiste aux anomalies des taux à long terme mis en avant par la littérature.

Efficience de marché et théorie du chaosModifier

Selon E. Peters[8], plus il y a de bruits sur le marché, moins il est efficient. Le marché peut donc être dirigé par des sous-systèmes complexes qui réagissent en interdépendance. Le hasard peut n'être qu'apparent et le marché peut avoir une mémoire. Les personnes informées peuvent battre le marché pendant les périodes de chaos.

Implication sur les stratégies d'investissementModifier

Sur un marché efficient, les actifs ne sont jamais sous-évalués ou surévalués. Le prix d'un actif est toujours égal à sa valeur théorique. Ainsi, l'hypothèse d'efficience sert parfois d'argument pour défendre les stratégies passives d'investissement puisqu'il est alors impossible de réaliser des profits anormaux (en tenant compte du risque couru).

La stratégie conseillée dans le cadre de l'hypothèse d'efficience consiste à investir une part de son portefeuille dans l'actif sans risque et l'autre part dans l'actif de marché suivant son profil de risque. Toute autre stratégie devient destructive de valeur comparée à la stratégie dite Acheter et conserver qui évite de rechercher des plus-values à tout prix en préférant percevoir des dividendes.

De plus, sur un marché efficient, les stratégies actives ne permettent pas de « battre le marché ». Toute prévision sous forme d'utilisation de données passées ne peut obtenir une performance supérieure à celle d'un portefeuille bien diversifié de même risque. La famille de méthodes de prévision la plus célèbre est l'analyse technique. Selon J. Senanedsch[9], l'hypothèse d'efficience des marchés est contraire à l'utilisation profitable de l'analyse technique. Celle-ci constitue à ce titre un test d'efficience de forme faible très performant.

Notes et référencesModifier

  1. Eugene Fama, « Efficient Capital Markets : a Review of Theory and Empirical Works » [PDF], sur efinance.org (consulté le 11 janvier 2017)
  2. Bernard Guerrien et Ozgur Gun, « L’étrange silence du Nobel Prize Committee sur la « théorie des marchés efficients » », sur regulation.revues.org (consulté le 11 janvier 2017)
  3. a et b Franck Jovanovic, « Le modèle de marche aléatoire dans l'économie financière de 1863 à 1976 », Revue d'Histoire des Sciences Humaines, vol. 20, no 1,‎ , p. 51 (ISSN 1622-468X et 1963-1022, DOI 10.3917/rhsh.020.0051, lire en ligne, consulté le 11 avril 2019)
  4. Alfred Cowles, « Can Stock Market Forecasters Forecast? », Econometrica, vol. 1, no 3,‎ , p. 309 (DOI 10.2307/1907042, lire en ligne, consulté le 11 avril 2019)
  5. Holbrook Working, « Differential Price Behavior as a Subject for Commodity Price Analysis », Econometrica, vol. 3, no 4,‎ , p. 416 (DOI 10.2307/1905633, lire en ligne, consulté le 11 avril 2019)
  6. R. Brealey, M. Myers et F.Allen, M. Cheikh El Mehdi Principes de gestion financière, 8ed, 2006
  7. E. Fama, Market effifiency, long-term returns and behavioural finance, journal of finance Economics, 1998
  8. E. Peters, Chaos and order in the capital markets, 1991
  9. J. Senanedsch, Efficience informationnelle des marchés : la performance de l'analyse technique, Thèse de Doctorat université Paris I Panthéon-Sorbonne, 2009.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

BibliographieModifier