Ouvrir le menu principal

L'expression de « culture sourde » désigne un ensemble de représentations, de savoirs, de pratiques, de règles sociales, de comportements et de valeurs propres au groupe social constitué par l'ensemble des sourds et de leurs proches qui communiquent avec une langue des signes et partagent un même référentiel, des mêmes lieux associatifs, des mêmes habitudes.

Selon Yves Delaporte, alors que les entendants définissent les sourds en fonction de leur déficit auditif, les sourds eux-mêmes partagent le monde en deux catégories en fonction du mode de communication : ceux qui communiquent à l'aide de la parole, et ceux qui communiquent à l'aide des signes[1]. Selon ce point de vue, il s'agit donc d'une différence culturelle et non d'une déficience physiologique; en effet, certains malentendants équipés de prothèses auditives et ayant eu une rééducation oraliste participent davantage à la culture entendante, et peuvent même ne pas avoir intégré la culture sourde, s'ils n'ont pas ou peu appris la langue des signes et vécu presque exclusivement avec des entendants ; au contraire, un entendant ayant des parents sourds peut avoir appris la langue des signes en tant que langue maternelle et avoir vécu principalement dans un environnement social de culture sourde.


Sommaire

Caractéristiques de la culture sourdeModifier

Comme l'ont établi plusieurs recherches dans les années 1960, notamment à partir de celles du linguiste William Stokoe, les langues des signes utilisées par les sourds sont des langues à part entière, utilisant une double articulation et possédant des structures sémantiques, syntaxiques et phonologiques qui leur sont propres et permettent des nuances d'expression différentes des langues parlées : elles ont leur propre humour, poésie, registre familier, etc. De plus, les signes, comme les mots, possèdent de multiples sens dérivés ou métaphoriques[2].

Au-delà de cet aspect purement linguistique, ces recherches ont également mis en évidence la dimension sociologique de la culture sourde, qui est un élément fondamental de sa spécificité[2] ; en effet, les sourds, en raison de leurs difficultés à communiquer avec les entendants, ont tendance à être exclus de la société des entendants et à former un groupe minoritaire restreint à ceux qui communiquent avec une langue des signes, et ce groupe développe une culture alternative qui diverge d'autant plus fortement de la culture entendante de la société à laquelle ce groupe appartient que sa marginalisation est prégnante.

Sur cette altérité culturelle s'est fondé une culture qui se transmet à travers les signes, culture ayant tous les traits d'une culture au sens traditionnel à l'exception du fait que les parents, entendants dans l'immense majorité des cas, ne prennent pas systématiquement part à cette transmission[1].

La Convention relative aux droits des personnes handicapées demande la reconnaissance de la culture sourde comme un des droits culturels[3].

Dans la littératureModifier

Le , Victor Hugo écrit à Ferdinand Berthier, fondateur de la Société centrale des sourds-muets à Paris : « Qu'importe la surdité de l'oreille, quand l'esprit entend. La seule surdité, la vraie surdité, la surdité incurable, c'est celle de l'intelligence[4] ».

RéférencesModifier

  1. a et b Yves Delaporte, Yves Delaporte, « Langue des signes et culture sourde », CNRS Info, no 401,‎ (lire en ligne).
  2. a et b Nathalie Lachance, Territoire, transmission et culture sourde: perspectives historiques et réalités contemporaines, Presses Université Laval, 2007, p. 126.
  3. Convention relative aux droits des personnes handicapées, article 30, 4
  4. [PDF] Vivane Matar Touma, « La surdité de l'enfant entraîne le mutisme des parents »

BibliographieModifier

Articles connexesModifier