Batteuse

machine agricole

Une batteuse est une machine agricole servant à battre les céréales pour séparer le grain de la paille et de la balle[1] ou faluns[2]. Ces opérations, battage, secouage, vannage, évacuation de la paille et des faluns, effectuées à l'aide de fléaux, de fourches et de cribles pendant des siècles, étaient un travail éreintant prenant un temps considérable. Dans certaines régions (Poitou par exemple) on utilisait indifféremment les termes batteuse, machine à battre ou vanneuse.

Ancienne batteuse, Belgique.

HistoireModifier

Le principe du battage mécanique a été inventé en 1784 par un ingénieur écossais, Andrew Meikle. Il a permis un énorme progrès de productivité dans l'agriculture. C'est l'américain Cyrus McCormick qui obtint le brevet de la moissonneuse mécanique, en 1834. Un autre américain, Hiram Moore obtint le brevet de la moissonneuse-batteuse la même année. En 1866, Célestin Gérard construit la première batteuse mobile de France. Toujours en France André Grusenmeyer améliore la batteuse[3].

Au début des années 1960, au Sénégal, deux ingénieurs de l'INRA (IRAT) et chercheurs agronomes du CIRAD, Réné Tourte et François Plessard, innovent en concevant la batteuse à mil, « première machine capable de libérer la femme africaine d’un travail long, pénible et contraignant »[4]. Une première série en est fabriquée, en septembre 1965, par la Société industrielle sénégalaise de Constructions mécaniques et de Matériels agricoles, SISCOMA[4]. Suite à cette innovation brevetée, le Sénégal via la SAED fait appel à l'Institut de recherches agronomiques tropicales et des cultures vivrières (IRAT) pour conduire les expérimentations de matériels fournis par la France, essais dont émergea « toute une génération de matériels originaux, spécialement conçus pour les conditions africaines » : des centaines d'itinéraires techniques, rendus possibles et proposables aux agriculteurs[5].

On a adjoint assez rapidement à la batteuse un monte-paille pour aider à la réalisation du pailler, puis une presse basse densité pour botteler la paille.

La moissonneuse-batteuse réalise simultanément la moisson et le battage et a presque totalement remplacé la batteuse dans les pays industrialisés. Le principe du battage est cependant toujours le même. La moissonneuse-batteuse en supprimant toutes les manipulations intermédiaires a engendré à nouveau un important gain de productivité.

DescriptionModifier

La batteuse est calée à l'horizontale au moyen de crics sur l'aire. Elle est actionnée à la poulie par une courroie plate entraînée par une machine à vapeur fixe, une locomobile, un tracteur agricole ou rarement par un moteur électrique; la puissance de ces moteurs électriques excédait largement celle disponible aux compteurs des particuliers, il fallait donc généralement se brancher directement sur les câbles d'acheminement en 110/220 volts au moyen de pinces et donc disposer l'aire de battage en fonction de leur emplacement. Les tracteurs semi-diesel deux temps ont remplacé les locomobiles à vapeur pour le travail à la poulie à partir des années 1910 mais il restera des moteurs à vapeurs en service jusqu'à la fin des années 1940.

L'organe principal de la batteuse est constitué par le batteur cylindrique tournant, entouré d'une grille fixe, le contre-batteur. La récolte est engagée entre les deux pièces et sous l'effet du mouvement, les épis sont brisés et les grains ainsi qu'une partie de débris, balles et poussières, passent à travers le contre-batteur. La vitesse de rotation du batteur ainsi que l'écartement entre batteur et contre-batteur sont réglés en fonction de la nature de la céréale, de l'état et des caractéristiques de la récolte. Une grande partie du volume de la machine est occupée par les secoueurs qui trient le grain de la paille. Les faluns (balles et menues pailles) sont récupérés à part.

Mise en œuvreModifier

Un espace soigneusement aplani que l'on appelait simplement l'« Aire » était réservé au battage dans chaque ferme.

Ce système impose que la récolte, précédemment mise en gerbes, soit rassemblée en meulons au champ pour finir de sécher pendant huit à quinze jours, puis enfin amenée en une unique (de préférence) grande meule ou gerbier, auprès de l'aire de battage.

Les gerbes sont amenées du gerbier sur la table d'alimentation en haut de la batteuse et déliées puis un homme d'expérience est chargé d'alimenter régulièrement le batteur (poste important et dangereux) sans faire de bouchons. Il se règle au bon niveau d'approvisionnement d'après le bruit du batteur. Une partie du grain sort directement sous le batteur. La paille et le grain mélangés qui sortent du batteur passent sur des secoueurs, ce qui permet d'évacuer la paille et de récupérer encore des grains qui passent ensuite à travers un crible. Le mélange de grains et de balles est ensuite soumis à des opérations de nettoyage : criblage, vannage, puis un élévateur remonte les grains nettoyés vers le haut de la machine avant qu'ils subissent un second nettoyage et passent à l'ensachage.

Pour éviter les risques d'incendie, la paille est évacuée vers le pailler du côté opposé à la locomobile qui est éloignée de la batteuse par une courroie très longue (photos). La table d'ensachage est située côté locomobile. Elle comprend plusieurs goulottes permettant de séparer grains marchands, petits grains pour l'usage domestique et écarts de triages pour la basse-cour. Les faluns évacués par un ventilateur incorporé à la batteuse et des tubes sont aussi récupérés en tas.

En dehors des très grandes exploitations qui pouvaient engager suffisamment d'ouvriers, le battage était effectué en équipe, selon la parenté et le voisinage, et suivant la taille des fermes et durait d'une demi-journée à deux, voire trois journées. Pour servir les importantes machines construites à partir des années 1930, dresser le pailler et monter le grain au grenier, il fallait compter pas moins d'une trentaine d'hommes en bonne santé. De plus une petite brigade de femmes et d'enfants assurait les trois repas journaliers et l'abreuvement de ces travailleurs généralement affamés et assoiffés.

Le transport de ces lourdes machines de ferme en ferme exigeait des équipages de six bœufs et était très lent. Ce point a été amélioré avec l'arrivée de la locomobile automotrice puis du tracteur. Les plus grandes machines associées à une presse exigeaient 35 chevaux au moins à la poulie, ce que pouvaient fournir les Lanz D 8506 ou les Société française Vierzon 401 et 402 avec une fiabilité remarquable. Ils connurent un grand succès dans cette utilisation.


Notes et référencesModifier

  1. Ensemble des enveloppes (glumes et glumelles) des grains de céréales
  2. Voir Falun (homonymie)#Ancienne agriculture céréalière
  3. « Célestin Gérard », Ville de Vierzon, (consulté le 25 avril 2007)
  4. a et b Christian Galant, Marie-Noelle Heinrich, Egizio Valceschin, « Agronomes du Cirad », Editions INRA,‎ , p. 51 (lire en ligne)
  5. CIRAD, L'Institut de recherches agronomiques tropicales et des cultures vivrières 1960-1984. Tome 2, , 221 p. (ISBN 2-87614-535-9, lire en ligne), p. 95

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