Bataille de Palma

bataille de l'insurrection djihadiste au Mozambique
Bataille de Palma

Informations générales
Date (3 jours)
Lieu Palma, province de Cabo Delgado
Issue Victoire de l'État islamique
Belligérants
Drapeau du Mozambique MozambiqueDrapeau de l'État islamique État islamique en Afrique centrale
Forces en présence
1 000 hommes[1]≃ 300 hommes[2]
Pertes
Au moins 21 morts[3]Inconnues
Civils :
Plusieurs dizaines de morts au moins[3]
35 000 déplacés[4]

Insurrection djihadiste au Mozambique

Batailles

Coordonnées 10° 47′ sud, 40° 29′ est
Géolocalisation sur la carte : Afrique
(Voir situation sur carte : Afrique)
Bataille de Palma
Géolocalisation sur la carte : Mozambique
(Voir situation sur carte : Mozambique)
Bataille de Palma

La bataille de Palma se déroule du au , pendant l'insurrection djihadiste au Mozambique. Elle s'achève par la victoire de l'État islamique, qui s'empare de la ville de Palma, dans la province de Cabo Delgado.

ContexteModifier

Depuis 2017, la province de Cabo Delgado, au nord du Mozambique, est le théâtre d'une insurrection djihadiste menée par l'État islamique en Afrique centrale[5]. En , après quelques mois d'accalmie, les djihadistes lancent une offensive contre la ville de Palma, située près de la frontière avec la Tanzanie[1],[5].

Peuplée de 75 000 habitants, dont de nombreux réfugiés[5], la ville portuaire de Palma est alors défendue par un millier de militaires et de policiers[1]. Elle se situe à une dizaine de kilomètres du site d'Afungi, où l'entreprise Total pilote un immense projet de gaz naturel liquéfié, censé être opérationnel en 2024[1],[5],[6]. L'attaque survient le jour même où Total annonçait la reprise des travaux[5]. L'AFP indique cependant que « selon plusieurs experts, vu l'ampleur de l'attaque et sa préparation minutieuse, il semble peu probable qu'elle soit liée à l'annonce de Total le même jour »[5].

Le , les djihadistes avaient pris le poste frontière de Nonje, à la frontière avec la Tanzanie, sur le Ruvuma, isolant Palma du reste du Mozambique[7].

DéroulementModifier

Les combats débutent le [8]. Alors que les troupes mozambicaines s'attendaient à une attaque par le sud, un minimum de 150 djihadistes s'infiltrent pendant plusieurs jours[9] par le nord et attaquent les villages au nord et à l'ouest de Palma, provoquant une grande confusion du côté des militaires[8]. L'offensive contre la ville est ensuite menée sur trois fronts[10].

Dès le premier jour de l'attaque, des centaines de civils fuient dans la forêt, tandis que d'autres trouvent refuge dans l'enceinte du site gazier d'Afungi ou dans un hôtel avoisinant, l'hôtel Amarula[5],[6]. Plus de 180 expatriés se retrouvent assiégés pendant 48 h dans l'hôtel[5]. Ils sont finalement évacués le en fin de journée[5]. Un premier groupe de 80 personnes quitte l'hôtel à bord d'un convoi de 17 camions qui est rapidement attaqué[5]. Au moins sept personnes sont tuées et seulement sept des 17 camions du convoi parviennent à s'échapper[10]. Le deuxième groupe de 100 personnes quitte quant à lui l'hôtel à pied et se porte en direction de la plage où les militaires les évacuent en pleine nuit par bateau[5].

Le Dyck Advisory Group, une société de sécurité privée sud-africaine travaillant pour le Mozambique et dont le contrat se termine le 6 avril 2021, a utilisé six hélicoptères légers (3 Gazelle, 2 Écureuil et 1 Alouette III) pour tirer sur les insurgés et évacuer 240 civils[11], mais qui ont dû se retirer par manque de carburant. Lionel Dyck, le fondateur de la société, s'est plaint du refus de Total de les ravitailler[12].

Dans la nuit du 26 au , les troupes gouvernementales battent en retraite et la ville de Palma tombe entièrement aux mains de l'État islamique, après trois jours de combats[5].

La garnison mozambicaine parvient cependant à tenir le site gazier d'Afungi[1]. Le soir du 27 mars, un navire quitte Afungi avec 1 400 personnes à son bord, qui sont débarquées le lendemain à Pemba[10].

De nombreux petits navires civils participent à l'évacuation de personnes durant toute la durée de l'assaut. Des hélicoptères de combat Mil Mi-24 et Mil Mi-17 de Paramount Group pilotés par des Ukrainiens[11] sont également intervenus, mais semblent avoir été contraints de se retirer des efforts de sauvetage pendant 36 heures après avoir été pris pour cibles[12].

Le dimanche 28, les insurgés commencent à se retirer de la ville[12] mais il y en a toujours embusqués en ville le 31 mars où des tirs continuent.[11]

Le 29 mars, l'État islamique revendique l'attaque et la prise de la ville[13].

Le 2 avril 2021, le président de l'Afrique du Sud annonce une opération d'évacuation de ses ressortissants par les Forces de défense d’Afrique du Sud[14].

Le 5 avril 2021, un porte-parole de l'armée mozambicaine annonce que les forces gouvernementales ont repris le contrôle de Palma[15].

Pertes et conséquencesModifier

Le bilan humain est inconnu. RFI indique cependant que « les témoins parlent de nombreux morts, de personnes décapitées et d'une ville réduite en cendre »[6]. Le soir du 28 mars, le gouvernement mozambicain annonce au moins plusieurs dizaines de morts[10].

Selon le média mozambicain Pinnacle News, au moins 21 soldats mozambicains et plusieurs dizaines de civils ont été tués pendant les combats[3]. Du côté des travailleurs expatriés, on compte au moins une douzaine d'étrangers[9] dont un Sud-Africain et un Britannique tués lors des attaques[5],[16], et d'autres ressortissants ont été présumés morts dont certains membres du personnel des Nations Unies et des ONG[9]. Un citoyen portugais a été blessé.

Total annonce la suspension de ses opérations. L'entreprise française affirme qu'elle « ne déplore pas de victimes parmi le personnel employé sur le site du projet » à Afungi, mais qu'elle va « réduire au strict minimum le personnel »[6].

Le 30 mars, le Portugal annonce l'envoi au Mozambique d'une soixantaine de militaires dans les prochaines semaines dans le cadre d'une mission de formation prévue depuis la fin de 2020[17].

Notes et référencesModifier

  1. a b c d et e Philippe Chapleau, « Mozambique : “La situation d'ensemble est très préoccupante” », Lignes de défense, 27 mars 2021.
  2. (en) Christina Goldbaum, « Insurgents Seize Mozambique Town, Killing Several People; Fate of Hundreds Unknown », The New York Times, (consulté le 4 avril 2021)
  3. a b et c « Several South Africans feared dead in attacks on Mozambique gas project », Times, 27 mars 2021.
  4. (en) « As militants seize Mozambique gas hub, a dash for safety turns deadly », The Economic Times, (consulté le 4 avril 2021)
  5. a b c d e f g h i j k l et m Attaque au Mozambique: Palma aux mains des jihadistes, Le Point avec AFP, 27 mars 2021.
  6. a b c et d « Mozambique : des jihadistes ont pris la ville de Palma, dans le nord-est du pays », RFI, 27 mars 2021.
  7. By the Numbers: Cabo Delgado, October 2017-March 2021
  8. a et b « Mozambique : la ville de Palma aux mains des jihadistes », France 24, 28 mars 2021.
  9. a b et c (en) Joseph Hanlon, « Mozambique: Foreigners Attacked as Palma Fighting Continues », sur AllAfrica - All the Time (consulté le 28 mars 2021).
  10. a b c et d « Mozambique : des dizaines de personnes tuées par les jihadistes », AFP, 28 mars 2021.
  11. a b et c Philippe Chapleau, « Mozambique : le fondateur de Dyck Advisory Group revient sur l'engagement de la SMP », sur Ouest-France, (consulté le 1er avril 2021).
  12. a b et c (en) Peter Beaumont, « 'Total chaos': survivors tell of insurgent attack in Mozambique », sur The Guardian (consulté le 1er avril 221).
  13. « Attaque jihadiste au Mozambique : le groupe EI revendique l'attaque de Palma », France 24, 29 mars 2021.
  14. « Mozambique. Après l’attaque meurtrière de Palma, l’Afrique du Sud intervient », Ouest-France, 2 avril 2021.
  15. « Au Mozambique, l'armée affirme avoir repris le contrôle de la ville de Palma », France 24, 6 avril 2021.
  16. « British expat believed to be among dozens killed in bloody Islamist siege of Mozambique town », The Telegraph, (consulté le 27 mars 2021).
  17. « Mozambique : le Portugal va envoyer une soixantaine de militaires », Le Figaro (avec AFP), 30 mars 2021.