Antoine-Alexandre Barbier

littérateur, bibliothécaire et bibliographe français

Antoine-Alexandre Barbier, né le à Coulommiers et mort le à Paris, est un bibliothécaire et bibliographe français.

Antoine-Alexandre Barbier
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Gravure de Barbier par I. T. Wedgwood d’après G. Lewis.
Biographie
Naissance
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ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
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Louis Barbier (d)
Olivier Barbier (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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BiographieModifier

Fils de Nicolas-Valentin Barbier, conseiller du roi et échevin de Coulommiers, marguiller de la paroisse Saint-Denis, et de Marie-Magdeleine Margoullier, Antoine-Alexandre fait ses études au collège de Meaux. Ordonné prêtre le 11 avril 1789[1], il était vicaire à Dammartin lorsque la Révolution éclata[2]. Ayant prêté serment à la Constitution, il fut nommé bientôt curé constitutionnel de la Ferté-sous-Jouarre[2]. En 1793, il renonça à la prêtrise et se maria avec Charlotte-Félicité Maréchal, une ancienne religieuse[1]. L’année suivante, le département de Seine-et-Marne le nomma élève à l’École normale de Paris[3]. Il s’y distingua par son érudition, fit partie de la Commission temporaire des arts, où il fut nommé membre le 19 janvier 1795[2], fut adjoint au comité d’instruction publique de la convention nationale, et chargé de recueillir, dans les couvents et dans les établissements publics supprimés, les livres et autres objets d’arts, pour les placer dans les divers dépôts du gouvernement. Peu intéressé par l'engagement politique, il souhaitait avant tout se concentrer sur son travail de savant[4].

En décembre 1795, la Commission temporaire des arts changea de nom pour devenir le Conseil de conservation des objets de sciences et d'arts[5]. Le jour même, les membres du nouveau Conseil choisirent comme président Gaspard Michel, dit l'abbé Leblond[6]. Barbier deviendra l'un de ses principaux collaborateurs et contribuera, pendant toute la durée du Directoire, à mettre en œuvre les différentes politiques en matière de livres et de bibliothèques[6]. À défaut de développer une véritable amitié, les deux hommes apprendront à s'apprécier et à développer de bons rapports professionnels[7].

Une de leurs premières missions fut de réduire la quantité de dépôts littéraires pour faire économiser de l'argent au gouvernement[6]. Pour y arriver, le ministre de l'Intérieur, Pierre Bénézech, leur demanda de superviser le triage de livres qui étaient jugés inutiles[6]. Ceux touchant à la religion furent les premiers concernés et, devant l'ampleur de la tâche, Leblond et Barbier décidèrent de s'attaquer en premier aux dépôts de la région parisienne[6]. Selon une estimation, il y aurait eu plus d'un million et demi de volumes provenant de mille deux cents fonds uniquement à Paris et à Versailles[8]. Ils développèrent une méthode de triage en trois classes qui permit d'évaluer la valeur des documents et de décider si ceux-ci devaient être conservés ou vendus[6].

Barbier prendra aussi part à la constitution de plusieurs bibliothèques pendant cette période. Ce fut le cas de celles des ministères des Relations extérieures, des Finances et de l'Intérieur[9]. Pour cette dernière, il innovera en classant les ouvrages par ordre alphabétique du nom de famille des auteurs plutôt que par matières[10].

Il souhaitait aussi augmenter le nombre de bibliothèques dans les communes, car le 12 octobre 1797, il remit avec Leblond un rapport au Conseil de conservation qui allait en ce sens[10]. Le rapport contenait, entre autres, une liste précise de communes qui devraient être privilégiées en cas de création de nouvelles bibliothèques[10]. Cependant, cette initiative ne fut pas suivie d'effets immédiats, puisque la liste ne sera finalisée que sous le Consulat[10].

Le 11 février 1798, Barbier fut nommé, à l’instigation de François de Neufchâteau, conservateur de la bibliothèque Directoire[9]. Toujours en compagnie de Leblond, il reçut la responsabilité d'organiser une bibliothèque au palais du Luxembourg, où étaient installés les cinq directeurs[9]. Toutefois, dès le mois de septembre suivant, Leblond décida de se consacrer uniquement à la bibliothèque des Quatre-Nations. C'est donc principalement Barbier qui réussit à augmenter le nombre de volumes de quinze mille à trente mille et à rédiger le catalogue de la bibliothèque[8]. Cette nomination marquera aussi le début d'une longue complicité entre Neufchâteau et Barbier[11]. Le premier nommera plus tard le second au poste de conservateur de la bibliothèque du Conseil d'État, qui a succédé à celle du Directoire après le coup d'État du 18 brumaire, en plus de lui demander de nombreuses recherches bibliographiques[12].

Napoléon eut plusieurs occasions d’apprécier son mérite, et le nomma son bibliothécaire particulier en 1807 à la place de Louis Ripault[2]. Il venait alors de publier les premiers volumes du Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes, Paris, 1806.

Les nouvelles fonctions de Barbier le rapprochèrent souvent de la personne de l’Empereur : il lui présentait, avec des analyses détaillées, les meilleurs ouvrages qui paraissaient, ou ceux que les auteurs avaient offerts. C'est lui également qui avait la responsabilité de constituer les bibliothèques de campagne[2]. Étant un amoureux des livres, Barbier possédait une bibliothèque personnelle de mille deux cents volumes[13]. Il fut aussi chargé par Napoléon de lui faire des rapports sur divers points de controverse religieuse. C’est ainsi que, le , l’Empereur voulut savoir « s’il y avait des exemples d’empereurs qui avaient suspendu ou déposé des papes. »

On doit à Barbier la création des bibliothèques du Louvre, de Compiègne, de Fontainebleau. À la Restauration, il fut nommé administrateur des bibliothèques particulières du roi. Il perdit cette place en 1822, peu de temps après qu’il eut reçu la décoration de la Légion d’honneur, et dans le moment où il venait de publier le premier volume de la seconde édition de son Dictionnaire des Anonymes.

Quoiqu’il parût supporter cette disgrâce avec courage, Barbier fut très sensible à cette destitution inattendue[2], qui l’arrachait aux habitudes de toute une vie. Il mourut trois ans après. Son fils, Louis-Nicholas[2], fut bibliothécaire du Louvre.

PublicationsModifier

On lui doit également un grand nombre de notices et d’articles insérés dans le Mercure, le Magasin encyclopédique, la Revue encyclopédique, dans l’Encyclopédie moderne de Courtin.

Notes et référencesModifier

  1. a et b Charles-Éloi Vial, Napoléon et les bibliothèques : livres et pouvoir sous le Premier Empire, (Paris : Perrin/CNRS, 2021), 36.
  2. a b c d e f et g Jacques Jourquin, « BARBIER (Antoine-Alexandre), 1765-1825 », sous la direction de Jean Tulard, Dictionnaire Napoléon, (Paris : Fayard, 1999), 1:168.
  3. Jacques Jourquin, La dernière passion de Napoléon : la bibliothèque de Sainte-Hélène, (Paris : Passés Composés, 2021), 22.
  4. Cécile Robin, « Au purgatoire des utilités : les dépôts littéraires parisiens (an II - 1815) », (Thèse de doctorat, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2013), 431.
  5. Charles-Éloi Vial, Napoléon et les bibliothèques : livres et pouvoir sous le Premier Empire, (Paris : Perrin/CNRS, 2021), 35.
  6. a b c d e et f Pierre Riberette, « De la Commission des monuments au Conseil de conservation », dans Histoire des bibliothèques françaises : les bibliothèques de la Révolution et du XIXe siècle, 1789-1914, dir. Dominique Varry (Paris, Cercle de la Librairie-Promodis, 1991), 37.
  7. Cécile Robin, « Au purgatoire des utilités : les dépôts littéraires parisiens (an II - 1815) », (Thèse de doctorat, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2013), 435.
  8. a et b Jacques Jourquin, La dernière passion de Napoléon : la bibliothèque de Sainte-Hélène, (Paris : Passés Composés, 2021), 23.
  9. a b et c Charles-Éloi Vial. Napoléon et les bibliothèques : livres et pouvoir sous le Premier Empire. Paris : Perrin/CNRS, 2021, p. 37.
  10. a b c et d Pierre Riberette, « De la Commission des monuments au Conseil de conservation », dans Histoire des bibliothèques françaises : les bibliothèques de la Révolution et du XIXe siècle, 1789-1914, dir. Dominique Varry (Paris, Cercle de la Librairie-Promodis, 1991), 39.
  11. Dominique Margairaz, François de Neufchâteau : biographie intellectuelle (Paris, Sorbonne, 2005), 390.
  12. Cécile Robin, « Au purgatoire des utilités : les dépôts littéraires parisiens (an II - 1815) », (Thèse de doctorat, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2013), 461.
  13. Jacques Jourquin, La dernière passion de Napoléon : la bibliothèque de Sainte-Hélène, (Paris : Passés Composés, 2021), 21.

SourcesModifier

  • Jacques-Alphonse Mahul, Annuaire nécrologique, ou Supplément annuel et continuation de toutes les biographies ou dictionnaires historiques, Paris, Ponthieu, 1825-1826, 6e année (lire en ligne), p. 7-13.
  • Ferdinand Hoefer, Nouvelle Biographie générale, t. 4, Paris, Firmin-Didot, , p. 445-6.
  • « Barbier Antoine-Alexandre », dans Stéphane Baciocchi (dir.), Dictionnaire prosopographique des élèves nommés à l'École normale de l'an III, (lire en ligne).
  • Jourquin, Jacques. BARBIER (Antoine-Alexandre), 1765-1825. Sous la direction de Jean Tulard. Dictionnaire Napoléon. Paris : Fayard, 1999.
  • Jourquin, Jacques. La dernière passion de Napoléon : la bibliothèque de Sainte-Hélène. Paris : Passé Composés, 2021.
  • Margairaz, Dominique. François de Neufchâteau : biographie intellectuelle. Paris : Sorbonne, 2005.
  • Riberette, Pierre. « De la Commission des monuments au Conseil de conservation ». Dans Histoire des bibliothèques françaises : les bibliothèques de la Révolution et du XIXe siècle, 1789-1914. Sous la direction de Dominique Varry, 29-42. Paris : Cercle de la Librairie-Promodis, 1991.
  • Robin, Cécile. « Au purgatoire des utilités : les dépôts littéraires parisiens (an II - 1815) ». Thèse de doctorat : Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2013.
  • Vial, Charles-Éloi. Napoléon et les bibliothèques : livres et pouvoir sous le Premier Empire. Paris : Perrin/CNRS, 2021.

BibliographieModifier

  • Charles-Éloi Vial, Napoléon et les bibliothèques : livres et pouvoir sous le Premier Empire, Paris, Perrin / CNRS Éditions, , 359 p. (ISBN 978-2-271-11688-8)

Liens externesModifier