Épidémie de rougeole de 2019 aux Samoa

L’épidémie de rougeole de 2019 aux Samoa a provoqué la mort de 83 personnes, sur plus de 5700 patients atteints, du mois de novembre 2019 au mois de janvier 2020. Le faible taux de vaccination de l’archipel a été identifié comme facteur clé contribuant à l’épidémie, incitant le gouvernement à imposer la vaccination obligatoire[1],[2],[3],[4].

L’état d’urgence a été proclamé le 17 novembre, le gouvernement ordonnant la fermeture des écoles, interdisant l’accès aux événements publics pour les jeunes de moins de 17 ans et rendant obligatoire la vaccination contre la rougeole. Du 2 au 7 décembre, le gouvernement a cessé ses opérations régulières pour se concentrer sur une campagne de vaccination contre la rougeole et augmenter la proportion de personnes vaccinées à 90 %. Au cours de cette période, les familles qui n’étaient pas vaccinées étant instruites de mettre un morceau de tissus rouge sur leur façade pour faciliter la vaccination[5],[6],[4]. L’état d’urgence a été levé le 29 décembre. Près de 94% de la population avait été vaccinée le 22 décembre[4],[7],[8].

Le militant anti-vaccination Edwin Tamasese a été brièvement mis en arrestation et accusé d’avoir encouragé la population à désobéir aux instructions du gouvernement[4].

La rougeole aux SamoaModifier

La rougeole a été introduite aux Samoa par des passagers à bord d’un navire à vapeur venant de Nouvelle-Zélande en 1893. La première vague de rougeole a tué plus de 1000 personnes au cours de l’année, sur une population totale de 34 500[9].

Au début de 2019, le nombre de cas de rougeole était en augmentation dans le Pacifique, avec des épidémies à Tonga, Fidji, les Philippines et la Nouvelle-Zélande[10]. Au mois de mars, l’Organisation mondiale de la santé et l’UNICEF ont incité les états du Pacifique à prendre des mesures de prévention et à augmenter leurs taux de vaccination. Les Samoa avaient alors un taux de vaccination contre la rougeole chez les jeunes enfants de 31 %[11].

Les Samoa ont aujourd’hui des programmes de vaccination modernes; en 2013, 90 % des bébés de l’archipel avaient reçu le vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons avant leur premier anniversaire de naissance[5]. Cependant, le décès de deux enfants sur l’île de Savai’i suite à une erreur de manutention du vaccin en 2018 a permis à des groupes de mener avec succès des campagnes anti-vaccination sur les médias sociaux[12]. Le sentiment de méfiance à l’égard des vaccins est devenu tel que le gouvernement a suspendu les campagnes de vaccination, malgré l’avis de l’Organisation mondiale de la santé. L’UNICEF et l’OMS ont estimé que le taux de vaccination des enfants de moins d’un an a chuté à 34 %[10],[13], ce qui est comparable aux pays les plus pauvres d’Afrique[5]. La baisse de taux de vaccination qui en est résultée a préparé le terrain pour l’épidémie l’année suivante[14],[15],[16].

Épidémie de 2019Modifier

On ne sait pas comment le cas de rougeole qui a déclenché l’épidémie aux Samoa est arrivé dans l’archipel; possiblement par l’un des vols qui arrivent quotidiennement d’Auckland[17]. Quoi qu’il en soit, l’épidémie s’est développée rapidement à partir du mois d’octobre et s’est poursuivie jusqu’au mois de décembre. L’épidémie aura fait 83 morts avant de s’éteindre[4],[3]. Au 22 décembre, le taux de décès était de 14,3 par 1000 personnes infectées. Le total de personnes atteintes a dépassé 5500, soit 2,75 % de la population[18],[4],[3]. Des 70 premiers décès, 61 victimes étaient âgées de moins de cinq ans[19]. Au moins 20 % des bébés âgés de six à onze mois ont contracté la rougeole et 150 en sont morts.[7]

Les parents de plusieurs enfants atteints ont d’abord consulté des guérisseurs traditionnels, dont certains utilisaient des appareils fabriqués en Australie pour produire de l’eau aux propriétés prétendument antivirales, mais en réalité sans aucun effet[5].

Comme Samoa, les archipels proches de Tonga et Fidji ont déclaré l’état d’urgence pour faire face à l’épidémie. Ils ont cependant connu un taux de mortalité moins élevé, étant donné qu’une proportion de jeunes enfants plus élevée avaient été vaccinés[20].

À la fin du mois de décembre, 94 % de la population avait été vaccinée[7],[8], ce qui est juste en dessous du seuil de 95 % requis pour empêcher la rougeole de se répandre dans la population[21].

Mesures prises par le gouvernementModifier

L’état d’urgence a été invoqué le 17 novembre, le gouvernement décrétant la fermeture de l’ensemble des écoles et l’interdiction pour les jeunes de moins de 17 ans de participer à des événements publics. La vaccination contre la rougeole est du même coup devenue obligatoire[22].

Un couvre-feu a été décrété le 2 décembre par le gouvernement, qui a aussi annulé les célébrations des fêtes de Noël et autres rassemblements publics[23],[24]. Les familles comptant des enfants non vaccinés devaient installer devant leur domicile un morceau de tissu rouge servant d’avertissement, mais aussi pour faciliter le travail des équipes de vaccination[25]. La campagne de vaccination s’est intensifiée les 5 et 6 décembre, alors que les fonctionnaires de tous les services non essentiels ont été mobilisés[26], puis le couvre-feu a été levé le 7 décembre, alors que le taux de vaccination des jeunes enfants était estimé à 90 %[27].

Le 19 décembre, le Parlement a adopté un projet de loi rendant la vaccination contre la rougeole obligatoire en 2020[28].

Immédiatement après la crise, le gouvernement a été critiqué pour avoir suspendu les programmes de vaccination en 2018, l’opposition exigeant la démission du ministre de la Santé[17].

Le premier ministre Sailele Malielegaoi a fait de l’épidémie de rougeole le sujet principal de son discours de fin d’année, remerciant du coup les nombreuses équipes médicales venues de l’étranger d’avoir prêté main-forte aux professionnels de la santé de l’archipel[29]. Un budget de 2,5 millions dollars US a été prévu pour compenser les séquelles de l’épidémie[30].

En janvier 2020, le Premier ministre refusait toujours de mettre sur pied une enquête publique sur les conditions ayant mené à la crise, malgré les demandes répétées de l’opposition parlementaire[31],[32],[15].

Mouvement anti-vaccinationModifier

Des militants anti-vaccination ont attribué l’épidémie à la pauvreté, une alimentation déficiente et au vaccin lui-même. Ces spéculations ont été infirmées par les équipes médicales internationales qui se sont mises à l’œuvre à partir du mois de novembre, qui n’ont observé aucune indication de malnutrition, de déficience en vitamine A ou de déficience immunitaire chez les enfants qui avaient été vaccinés[17].

Le militant anti-vaccination et président d’une coopérative agricole Edwin Tamasese, qui n’a pas de compétences médicales, a été accusé d’inciter la population à rejeter les directives du gouvernement. Il a encouragé les citoyens à refuser le vaccin, prétendant que celui-ci cause la rougeole, de même que les antibiotiques[17],[26].

Les épidémiologistes étudient maintenant le rôle qu’ont joué les médias sociaux, principalement Facebook, dans la propagation de fausses informations concernant la vaccination. Le centre de recherche néo-zélandais sur la vaccination cite l’épidémie aux Samoa comme un signe que les plateformes de médias sociaux doivent mieux traiter la désinformation dangereuse[33].

Appui de la communauté internationaleModifier

Le gouvernement des Samoa a initialement refusé l’aide offerte par différents organismes internationaux. La proclamation de l’état d’urgence le 17 novembre a cependant changé la donne[15].

L’UNICEF a envoyé 110 500 doses de vaccins pour permettre au gouvernement de mettre en place son programme de vaccination obligatoire[34]. Les forces aériennes néo-zélandaises ont transporté aux Samoa de l’équipement médical; un total de 49 équipes médicales sont également venues en renfort d’Australie, de Chine, du Royaume-Uni, de Polynésie française, de Fidji, d’Israël, des États-Unis, du Japon, de Papouasie-Nouvelle-Guinée, de la Norvège, des Îles Salomon, de Kiribati, de France, en plus des agences des Nations unies, de Médecins sans frontières, Save the Children, Blacktown Doctors Medical Centre et Samoan Doctors Worldwide[35],[29].

Textes connexesModifier

RéférencesModifier

  1. (en) « Ministry of Health Press Release 1 - Measles Epidemic - Samoa » [archive du ], sur Government of Samoa, (consulté le 1er décembre 2019)
  2. (en) « More deaths from measles in samoa over new year period » [archive du ], (consulté le 7 janvier 2020)
  3. a b et c (en) « Population & Demography Indicator Summary » [archive du ], sur Samoa Bureau of Statistics (consulté le 22 décembre 2019)
  4. a b c d e et f (en) « National Emergency Operation Centre: Update on the measles outbreak (Press Release 36) December 22, 2019 » [archive du ], sur ReliefWeb, (consulté le 6 mai 2020)
  5. a b c et d (en) Isabella Kwai, « Why My Baby? How Measles Robbed Samoa of Its Young » [archive du ], New York Times, (consulté le 31 décembre 2019)
  6. (en) « Samoa measles state of emergency extended » [archive du ], sur Radio New Zealand, (consulté le 14 décembre 2019)
  7. a b et c (en) Katherine Gibney, « Measles in Samoa: how a small island nation found itself in the grips of an outbreak disaster » [archive du ], sur The Conversation, (consulté le 12 décembre 2019)
  8. a et b (en) Florence Kerr, « Samoa measles outbreak: Death toll continues to rise, 39 new cases » [archive du ], sur Stuff, NZ}, Stuff Ltd, (consulté le 5 mai 2020)
  9. (en) Samuel H. Davies, « Epidemic Measles at Samoa », The British Medical Journal, vol. 1, no 1742,‎ , p. 1077 (PMID 20754822, DOI 10.1136/bmj.1.1742.1077)
  10. a et b (en) Chelsea Whyte, « Samoan government takes drastic measures to fight measles outbreak » [archive du ], News Scientist, (consulté le 8 décembre 2019)
  11. (en) Avi Duckor-Jones, « Tragedy in paradise: How Samoa is faring after the measles epidemic » [archive du ], sur The Listener, (consulté le 23 février 2020)
  12. (en) « Samoan nurses jailed over deaths of two babies who were given incorrectly mixed vaccines » [archive du ], sur ABC News, (consulté le 14 décembre 2019)
  13. (en) « Samoa: WHO and UNICEF estimates of immunization coverage: 2018 revision » [archive], sur Organisation mondiale de la santé, (consulté le 8 décembre 2019)
  14. (en) « Samoa measles outbreak: WHO blames anti-vaccine scare as death toll hits 39 » [archive du ], sur The Guardian, (consulté le 29 novembre 2019)
  15. a b et c (en) Lagipoiva Cherelle Jackson, « These babies should not have died: How the measles outbreak took hold in Samoa » [archive du ], sur The Guardian, (consulté le 18 décembre 2019)
  16. (en) Melissa Clarke, « Anatomy of an epidemic: How measles took hold of Samoa » [archive du ], sur ABC News, (consulté le 10 décembre 2019)
  17. a b c et d (en) Brian Deer, « Samoa's perfect storm: How a collapse in vaccination rates killed more than 70 children » [archive du ], The Telegraph, (consulté le 21 décembre 2019)
  18. (en) « Samoa, Fiji and Tonga - Measles outbreak » [archive du ], sur Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies,
  19. (en) Jonathan Barrett, « Decorated with butterflies, infant-sized coffins sent to measles-ravaged Samoa » [archive du ], sur Reuters, (consulté le 10 décembre 2019)
  20. (en) « The wrong jab that helped cause a measles crisis » [archive du ], sur BBC News, (consulté le 9 décembre 2019)
  21. (en) Julia Belluz, « Tiny Samoa has had nearly 5,000 measles cases. Here's how it got so bad » [archive du ], sur Vox, (consulté le 8 janvier 2020)
  22. (en) « Samoa declares state of emergency over deadly measles outbreak » [archive du ], sur ABC News, (consulté le 2 décembre 2019)
  23. (en) « Children stay home, Christmas gatherings cancelled in Samoa » [archive du ], sur Radio New Zealand, (consulté le 2 février 2020)
  24. (en) « Samoa measles outbreak: Police urge public to keep to curfew » [archive du ], sur Radio New Zealand, (consulté le 21 décembre 2019)
  25. (en) John Silk et AFP, « Samoan measles epidemic: Unvaccinated advised to display red flags in front of their homes » [archive du ], sur Deutsche Welle, Germany, (consulté le 5 décembre 2019)
  26. a et b (en) Merrit Kennedy, « Samoa arrests Anti-Vaccination Activist As Measles Death Toll Rises » [archive du ], sur NPR, US}, (consulté le 12 décembre 2019)
  27. (en) « Samoa measles vaccination hits target but new cases still rising » [archive du ], sur Al-Jazeera English, (consulté le 7 janvier 2020)
  28. (en) « Samoa's measles death toll rises to 78 » [archive du ], sur Radio New Zealand, (consulté le 20 décembre 2019)
  29. a et b (en) Joyetter Feagaimaali'i, « Prime Minister addresses nation at start of 2020 » [archive du ], Samoa Observer, (consulté le 1er janvier 2020)
  30. (en) « Samoa govt allocates more funds for measles epidemic » [archive du ], sur Radio New Zealand, (consulté le 30 novembre 2019)
  31. (en) « Samoa's measles crisis wanes, but questions remain unanswered » [archive du ], sur Radio New Zealand, (consulté le 25 janvier 2020)
  32. (en) « MP calls for inquiry into Samoa's measles epidemic » [archive du ], sur Radio New Zealand, (consulté le 25 janvier 2020)
  33. (en) Doug Hendrie, « Facebook challenged over spread of anti-vaccine content in measles-stricken Samoa » [archive du ], sur Royal Australian College of General Practitioners, (consulté le 18 décembre 2019)
  34. (en) « Samoa measles outbreak worsens » [archive du ], sur BBC News, UK, (consulté le 5 décembre 2019)
  35. (en) « NZDF supporting Samoa measles epidemic response » [archive du ], sur Radio New Zealand, (consulté le 3 décembre 2019)