Élection présidentielle syrienne de 2021

Élection présidentielle syrienne de 2021
Bashar al-Assad (cropped).jpg Bachar el-Assad – Parti Baas
Président
Sortant
Bachar el-Assad
Parti Baas

L'élection présidentielle syrienne de 2021 a lieu le afin d'élire le président de la République arabe syrienne.

Le président sortant Bachar el-Assad est candidat à un nouveau mandat. La tenue de cette élection est dénoncée comme illégitime par les opposants, ONG et plusieurs pays.

ContexteModifier

Situation interneModifier

L'élection est prévue le 26 mai pour les Syriens vivant dans les zones contrôlées par le régime, soit les deux-tiers du pays. Cinq millions de Syriens sont déplacés à l'intérieur du pays et ne pourront pas voter, de même que la population vivant dans le Gouvernorat d'Idleb, qui échappe au contrôle du régime et se voit privée de la possibilité de participer au scrutin. Six millions de Syriens se sont exilés, en particulier en raison de la Guerre civile syrienne qui a contrainte au départ une large part de la population, et l'ensemble des opposants. Selon l'Express « toute alternative à Bachar el-Assad, soutenu par l'Iran et la Russie, a été réduite à l'exil ». Les citoyens syriens établis à l'étranger pourront voter le 20 mai dans leur ambassade, mais de nombreuses ambassades syriennes sont fermées depuis plusieurs années[1]. De plus, les Syriens exilés sont nombreux à craindre des représailles s'ils vont s'inscrire et voter dans leurs ambassades[2],[3]. Les conditions d'organisation du scrutin sont vivement critiqués, les candidats devant obtenir les parrainages de membres de l'assemblée du peuple, tous acquis au parti de Bachar el-Assad, le parti Baas. Aucun candidat libre d'opposition ne peut se présenter[4]. Les candidats doivent également avoir vécu au moins dix ans en Syrie, selon une loi passée avant les élections de 2014 visant à empêcher les opposants en exil à se présenter[1].

L'opposition syrienne en exil annonce ne pas reconnaître la légitimité de ce scrutin[5], qualifié d'illégal et de « farce » par la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution syriennes[6]. Nasr Hariri, une figure de l'opposition installé en Turquie parle de « mascarade »[4]. Le chercheur Maan Talaa déclare en outre que l'élection sera utilisée par le régime pour « déclarer une victoire »[5].

Le Réseau syrien pour les droits humains pointe le fait que la tenue de ces élections constitue une violation du processus de paix de Genève et des résolutions des Nations Unies, en particulier la Résolution 2254, et affirme que la situation, et en particulier la pression et les menaces des services de renseignements, ne permet pas aux électeurs d'exercer une liberté d'opinion, ni de voter dans un environnement neutre et sûr[7].

La Syrian Association for Citizen’s Dignity (SACD) rejoint la conclusion sur l'absence d'environnement sûr permettant le déroulement du vote[8].

Sara Kayyali, chercheuse pour Human Rights Watch précise que les déclarations de garantie du gouvernement syrien sont vides de sens[2].

Réactions internationalesModifier

En mars, les États-Unis, la France, l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni publient un communiqué commun pronostiquant que la tenue de l'élection ne serait « ni libre ni juste » précisant que « Le processus politique quel qu'il soit a besoin de la participation de tous les Syriens (...) afin que toutes les voix soient entendues »[4].

Le politologue français Nicolas Tenzer qualifie cette "élection" de « sinistre farce », dont l'objet est essentiellement de servir la propagande du régime : tenter de donner l'image d'une démocratie dont les institutions fonctionnent alors que la Syrie est une dictature depuis 51 ans, car ce narratif est ensuite repris à l'étranger par les soutiens du régime de Damas[1] .

La résolution 2254 de conseil de sécurité des Nations Unies adoptée en décembre 2015 prévoyait l'organisation d'élections sous 18 mois mais n'a pu être mise en œuvre. L'organisation d'élections sous la supervision des Nations Unies n'est pas non plus possible, en raison de la non signature de la Syrie, accusée par différents pays occidentaux et par l'opposition de retarder volontairement l'adoption d'une nouvelle constitution pour se soustraire à toute observation des Nations Unies. Bachar el-Assad a en effet déclaré en 2020 que les élections seraient « complètement, de A à Z, sous la supervision de l’État syrien »[9],[5].

Système électoralModifier

Le président syrien est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de sept ans renouvelable une seule fois. Est élu le candidat qui réunit au premier tour la majorité absolue du total des suffrages — y compris les votes blancs et nuls —[10]. À défaut, les deux candidats arrivés en tête s'affrontent lors d'un second tour organisé deux semaines plus tard, et celui réunissant le plus de suffrages est déclaré élu[11],[12].

Seuls peuvent se présenter les candidats ayant le soutien d'au moins 35 des 250 députés de l'Assemblée du peuple au cours d'une période de 10 jours à partir de l'annonce du scrutin, soit en 2021 le 18 avril[13],[4],[1]. Chaque député ne peut soutenir qu'une seule candidature, ce qui limite l'élection à un maximum de sept candidats[14].

Tout candidat doit également être de religion musulmane, être né de nationalité syrienne de parents eux-mêmes syriens de naissance, ne pas avoir d'autres nationalité, être âgé d'au moins quarante ans, avoir vécu au moins les dix dernières années en Syrie, et ne pas être marié à un étranger[11],[12],[15].

CampagneModifier

Un total de 51 candidatures sont soumises à l'issue de la période de dix jours suivant l'annonce du scrutin, ouvrant la voie à la période de récolte des 35 parrainages de députés nécessaires pour qu'une candidature soit officiellement validées par le Haut Tribunal constitutionnel[16]. Outre celle du président sortant, seules deux autres candidatures sont finalement approuvées, celle de l'ancien ministre Abdallah Salloum Abdallah et celle de Mahmoud Mareï, membre de l'opposition « tolérée » par le régime[17],[18].

Au Liban, des réfugiés syriens sont poussés à aller voter et même menacés de devenir la cible d'attaques ou d'être exclus de camps de réfugiés s'ils ne se présentent à des réunions où leur identité est enregistrées et s'ils ne se présentent pas aux élections[19].

RésultatsModifier

Résultats de la présidentielle syrienne de 2021
Candidats Partis Premier tour
Voix %
Bachar el-Assad Parti Baas
Abdallah Salloum Abdallah PSU
Mahmoud Mareï
Votes blancs et nuls
Votes valides
Votes blancs et nuls
Total 100
Abstention
Inscrits / participation

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d « Election présidentielle en Syrie : "C'est une sinistre farce" », sur LExpress.fr, (consulté le 19 avril 2021)
  2. a et b (en) Kareem Chehayeb, « Fearing reprisals, Syrian refugees wary to vote in election », sur www.aljazeera.com (consulté le 28 avril 2021)
  3. (en-US) « Elections Survey Results », sur Syrian Association for Citizens Dignity (consulté le 28 avril 2021)
  4. a b c et d « La Syrie va élire son président le 26 mai, 4e mandat en vue pour Assad », sur TV5MONDE, (consulté le 19 avril 2021)
  5. a b et c (en-US) « 2021 Elections.. "Entitlement" or "illegal" procedure », sur Enab Baladi, (consulté le 19 avril 2021)
  6. « المعارضة السورية: انتخابات النظام الرئاسية مسرحية هزلية (تقرير) », sur www.aa.com.tr (consulté le 26 avril 2021)
  7. (en-US) Syrian Network For Human Rights, « The Presidential Elections That the Syrian Regime Unilaterally Plans to Hold Are Illegitimate, Imposed by Regime Security Services and Undermine the Political Process », sur Syrian Network for Human Rights, (consulté le 28 avril 2021)
  8. (en-US) « Safe Environment Before Everything Else: Why elections in Syria are illegitimate without political solution », sur Syrian Association for Citizens Dignity, (consulté le 28 avril 2021)
  9. (en-GB) « Syria to hold election in May after years of war », BBC News,‎ (lire en ligne, consulté le 19 avril 2021)
  10. « Constitution en anglais », sur www.constituteproject.org (consulté le 19 avril 2021).
  11. a et b Jean-Pierre Maury, « Syrie, Constitution de 2012, Digithèque MJP », sur mjp.univ-perp.fr (consulté le 19 avril 2021).
  12. a et b (la) « IFES Election Guide », sur www.electionguide.org (consulté le 19 avril 2021).
  13. (en-US) hala, « Speaker of the People’s Assembly announces opening of candidacy for Presidential elections starting from Monday », sur Syrian Arab News Agency, (consulté le 19 avril 2021)
  14. وزارة الدفاع في الجمهورية العربية السورية, « الباب الثالث », sur وزارة الدفاع في الجمهورية العربية السورية (consulté le 26 avril 2021)
  15. « Presidential candidacy to open this month: minister | News , Middle East | THE DAILY STAR », sur www.dailystar.com.lb (consulté le 19 avril 2021)
  16. (en) « Syria finalises list of candidates for presidential election in May », sur Hindustan Times, (consulté le 1er mai 2021).
  17. « Syrie: trois candidats pour une présidentielle sans suspense », sur RFI, RFI, (consulté le 4 mai 2021).
  18. « Présidentielle en Syrie: Assad et deux autres candidats en lice », sur LEFIGARO, lefigaro (ISSN 0182-5852, consulté le 4 mai 2021).
  19. « Syrian get-out-the-vote push raises eyebrows — and fears — among refugees in Lebanon ahead of the May election », sur L'Orient Today, (consulté le 2 mai 2021)