Élection présidentielle malawite de 2020

Élection présidentielle malawite de 2020
Arthur Peter Mutharika 2014 (cropped).jpg Peter Mutharika – Parti démocrate-progressiste
Colistier : Everton Chimulirenji
Mcp flag 3.gif Lazarus Chakwera – Parti du congrès du Malawi
Colistier : Sidik Mia
Saulos Klaus Chilima, Vice President of Malawi 2017 (cropped).jpg Saulos Chilima – Parti uni de la transformation
Colistier : Michael Usi
Président de la République
Sortant
Peter Mutharika
DPP

L'élection présidentielle malawite de 2020 se déroule le afin d'élire le président de la République.

Cette élection intervient à la suite de celle de 2019 qui, vivement contestée par l'opposition, est annulée début février 2020 par la Cour constitutionnelle, cette dernière la jugeant entachée de nombreux éléments de fraude électorale. Initialement fixée au 19 mai, le scrutin est reporté du fait de l'absence volontaire de préparation de la part du gouvernement sortant.

ContexteModifier

L'élection présidentielle de mai 2019 voit le président sortant Peter Mutharika, du Parti démocrate-progressiste, proclamé vainqueur avec un peu plus de 38 % des suffrages devant Lazarus Chakwera, du Parti du congrès du Malawi.

L'opposition rejette cependant la réélection de Peter Mutharika et dénonce des résultats frauduleux, les candidats Lazarus Chakwera et Saulos Chilima déposant un recours devant la Cour constitutionnelle[1]. Ce rejet des résultats prend la forme d'un mouvement national de manifestations populaires qui culmine au cours des mois de mai à juillet 2019. Les manifestants accusent le président Peter Mutharika d'avoir truqué les résultats avec la complicité de la présidente de la commission électorale malawite, Jane Ansah, dont ils exigent également la démission[2]. Des manifestations sont organisées dans les principales villes du pays, entremêlées de manifestations de soutiens de femmes jugeant Jane Ansah victime de sexisme[3].

Le jugement de la Cour constitutionnelle est alors attendu avec fébrilité[4]. Le 3 février 2020, celle-ci se réunit à Lilongwe sous la protection d'une importante escorte policière pour se prononcer sur les recours[5]. Le jugement, qui s'étale sur plus de sept heures, voit les cinq juges de la Cour se relayer pour lire leur décision, mise par écrit sur un document de cinq cent pages[6]. Ce dernier fait état d'une élection truquée n'ayant pas été organisée dans des conditions libres et régulières, mais au contraire marquée par des fraudes à répétition, des falsifications de documents et de nombreuses autres pratiques illégales. L'« utilisation généralisée de Tipp-Ex » pour modifier les procès verbaux est notamment citée comme ayant « gravement sapé l'intégrité des élections », de même que la présence répétée de doublons et l'absence de signatures sur la plupart des documents[6], réduisant les procès verbaux vérifiés à un quart seulement du total[5]. Ces éléments conduisent la Cour à qualifier le scrutin du 21 mai de « démonstration d'incompétence » de la part d'une commission électorale ayant « failli à ses devoirs »[6].

En conséquence, la Cour déclare nulle et sans effet l'élection de Peter Mutharika, et ordonne qu'une nouvelle élection soit convoquée dans un délai de 150 jours, cette fois-ci par le biais du scrutin uninominal majoritaire à deux tours, tel que prévu avant la modification de la loi électorale par le parlement en 2018, sans avoir pu être appliqué[5],[6]. La tenue de nouvelles élections législatives et municipales est un temps évoquée par plusieurs sources, sans fondement. L'opposition tente de faire valoir que les critiques de la Cour constitutionnelle à la commission électorale sont également valables pour ces scrutins mais, faute d'avoir déposée des recours similaires, ne parvient pas à les faire annuler. Le parlement vote quant à lui le 25 février la prorogation d'un an de son mandat et de celui des conseils municipaux afin de conserver une organisation simultanée de ces différents scrutins et de celui présidentiel en 2025, en accord avec la constitution[7]. Cette même loi fixe le scrutin présidentiel au 19 mai 2020[7], et le président sortant annonce le 5 février son intention de participer à la nouvelle élection[8]. Mutharika revient cependant sur sa décision deux jours plus tard en décidant finalement de faire appel du jugement après l'avoir publiquement envisagé. La commission électorale, pointée du doigt par la Cour constitutionnelle pour ses dysfonctionnements, demande également à cette dernière de suspendre sa mesure[9]. Évoquant un manque de temps, la commission propose par ailleurs de reporter le scrutin au 28 octobre, bien au delà du délai de 150 jours fixé par la Cour[10]. Le 12 février, la Cour constitutionnelle rejette la demande de la commission électorale de suspendre le jugement prononcé[11], puis rejette le recours présidentiel le 13 mars suivant[12].

L'absence volontaire de préparation du scrutin par le gouvernement dans le but de retarder son organisation contraint le pays à un report de l'élection présidentielle. Courant mars, la commission électorale annonce son report au 2 juillet, soit la veille du délai de 150 jours fixé par la Cour[13],[14]. Celle-ci confirme définitivement l'annulation de la présidentielle de 2019 le 8 mai[15]. Cependant, elle décide que seuls les candidats de 2019 peuvent participer au scrutin[16]. Le Parlement tente ensuite d'avancer le scrutin au 23 juin[17].

CampagneModifier

Le président sortant Peter Mutharika, qui se voit affublé du sobriquet de « président tipp-Ex » par ses opposants suite aux évènements du scrutin précèdent[18],[19], reçoit le soutien d'Atupele Muluzi, qu'il choisit comme colistier, tandis que Lazarus Chakwera reçoit celui du vice-président Saulos Chilima, et brigue un nouveau mandat de vice-président à ses côtés[20]. Muluzi et Chakwera étaient arrivés respectivement en quatrième et troisième position en 2019. Les candidats John Eugenes Chisi et Hadwick Kaliya décident quant à eux de ne pas renouveler leur candidature, laissant pour seul autre candidat Peter Kuwani, arrivé cinquième en 2019[21].

Mutharika dissout son gouvernement le 13 mars dans la foulée du rejet de son recours par la Cour suprême[22]. Il forme un nouveau gouvernement le 19 mars[23].

À l'approche du scrutin, le gouvernement sortant opère une répression des dissidents qui se poursuit après sa tentative réussie de retarder son organisation[13].

Mode de scrutinModifier

Le président de la République est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de cinq ans[5],[6]. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés, un second tour est organisé entre les deux candidats arrivés en tête, et celui recueillant le plus de suffrages est déclaré élu.

RésultatsModifier

Présidentielle malawite de 2020
Candidats Partis Voix %
Peter Mutharika DPP
Lazarus Chakwera MCP
Saulos Chilima UTM
Atupele Muluzi UDF
Peter Kuwani MMD
John Eugenes Chisi UP
Hadwick Kaliya Ind.
Votes valides
Votes blancs et nuls
Total 100
Abstention
Inscrits / participation 6 859 570

Notes et référencesModifier

  1. « Présidentielle au Malawi : l’opposition rejette la victoire de Peter Mutharika », Jeune Afrique,‎ (lire en ligne)
  2. (en) « Malawi’s concerned youths on MEC Chair Jane Ansah must fall campaign », sur www.maravipost.com (consulté le 4 février 2020).
  3. (en) « Malawi Women Protest in Defense of Embattled Election Chairperson », sur Voice of America (consulté le 4 février 2020).
  4. (en) « Malawi anxiously awaits verdict on alleged presidential election fraud - RFI », sur RFI, RFI.English, (consulté le 4 février 2020).
  5. a b c et d Le Point, magazine, « La Cour constitutionnelle du Malawi annule la présidentielle de 2019 », sur Le Point, lepoint.fr, (consulté le 4 février 2020).
  6. a b c d et e (en) « Malawi top court annuls presidential election results », sur www.aljazeera.com (consulté le 4 février 2020).
  7. a et b (en) « Elections May 19 – The Nation Online », sur mwnation.com (consulté le 28 février 2020).
  8. « Annulation de la présidentielle au Malawi : « une grave subversion de la justice » pour Peter Mutharika – Jeune Afrique », sur JeuneAfrique.com, jeuneafrique1, (consulté le 7 février 2020).
  9. « Malawi : Peter Mutharika fait appel de l'annulation de sa réélection - Le Point », sur Le Point, lepoint.fr, (consulté le 8 février 2020).
  10. (en) « Malawi electoral commission seeks to suspend annulment of vote - France 24 », sur France 24, FRANCE24.English, (consulté le 8 février 2020).
  11. « Malawi: des manifestants cadenassent les bureaux de la commission électorale », sur Le Figaro.fr, lefigaro, (ISSN 0182-5852, consulté le 14 février 2020).
  12. VOA Afrique, « La Cour suprême du Malawi rejette l'appel du président Mutharika, la présidentielle aura lieu en mai », sur VOA, VOAAfrique (consulté le 14 mars 2020).
  13. a et b « Malawi. Les autorités intensifient la répression en arrêtant des défenseurs des droits humains », sur www.amnesty.org (consulté le 14 mars 2020).
  14. (en) « Not May 19, Malawi fresh elections slated for July 2 – MEC - Malawi Nyasa Times - News from Malawi about Malawi », sur Malawi Nyasa Times - News from Malawi about Malawi, NyasaTimes-Newspaper-250647473519, (consulté le 2 avril 2020).
  15. « Malawi: la justice confirme l’annulation de la réélection du président Mutharika », sur Libération.fr, Libération, (consulté le 9 mai 2020).
  16. (en) « Malawi’s supreme court rules in favour of election rerun, but only with original candidates », sur RFI, RFI.English, (consulté le 27 mai 2020).
  17. (en) « Malawi's electoral chief resigns ahead of election rerun », sur www.aljazeera.com (consulté le 27 mai 2020).
  18. « Au Malawi, une décision historique fait chuter « le président Tipp-Ex » », sur Le Monde.fr, Le Monde, (ISSN 1950-6244, consulté le 14 mars 2020).
  19. « Malawi - Une décision historique fait chuter « le président Tipp-Ex » », sur www.africactu.com (consulté le 14 mars 2020).
  20. AFP, « Malawi: l'opposition en alliance pour affronter la présidentielle », sur VOA, VOAAfrique (consulté le 14 mars 2020).
  21. AFP, « Le président sortant du Malawi officiellement candidat à sa réélection », sur VOA, VOAAfrique (consulté le 9 mai 2020).
  22. AFP, « Le président malawite dissout le gouvernement avant les élections », sur VOA, VOAAfrique (consulté le 14 mars 2020).
  23. (en) « Mutharika appoints new Malawi Cabinet: Atupele is energy minister, Kamlepo and Chimunthu appointed - Malawi Nyasa Times - News from Malawi about Malawi », sur Malawi Nyasa Times - News from Malawi about Malawi, NyasaTimes-Newspaper-250647473519, (consulté le 2 avril 2020).