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Les Églises orthodoxes orientales ou Églises préchalcédoniennes, connues aujourd'hui sous la dénomination d’Églises antéchalcédoniennes ou non chalcédoniennes, sont des Églises chrétiennes qui se fondent historiquement, pour les « Églises des deux conciles », sur les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381), soit, pour les « Églises des trois conciles », sur ces deux conciles et celui d'Éphèse (431). En anglais, cette branche du christianisme se nomme Oriental Orthodoxy. Elle est distincte de l'Église orthodoxe proprement dite, également appelée «  des sept conciles », qui est chalcédonienne et qui se nomme anglais Eastern Orthodoxy.

En français, l'adjectif antéchalcédonien est désormais retenu afin d'éviter l'ambiguïté.

Les Églises « orthodoxes orientales », ou antéchalcédoniennes, se répartissent en deux groupes : les Églises des deux conciles (environ 250 000 baptisés) et les Églises des trois conciles (environ 60 millions de baptisés). Cette définition est celle des historiens Hervé Legrand[1], Henri-Irénée Dalmais[1], Antoine Arjakovsky[2] et Odon Vallet[3].

Selon d'autres historiens, Christine Chaillot[4], Gilbert van Belle[5], Jean-Marie Mayeur[6], John Anthony McGuckin[7], Jeffrey Gros[8] l'expression « Églises orthodoxes orientales » n'inclut pas le premier groupe des Églises antéchaldédoniennes.

Sommaire

TerminologieModifier

La réalité des christianismes d'origine orientale qui constituent une mosaïque difficile à cerner n'a pas encore permis une unanimité typologique et terminologique au sein de la recherche, ni par conséquent dans l'usage fait communément de ces appellations.

Les distinctions qui s'opéraient jusque récemment en fonction de l'acceptation - ou non - des conciles œcuméniques s'étalant du premier (325) au deuxième concile de Nicée (787) ont laissé place à une situation plus complexe engendrée notamment par les rencontres œcuméniques qui ont prospéré au XXe siècle ainsi que par le phénomène de la mondialisation[9] : « le tracé [des lignes de partage] tient compte désormais à la fois du degré de réception de ces conciles par les Églises et du degré de reconnaissance de cette évolution mémorielle d'une Église par les autres Églises »[9].

Néanmoins, selon l'historien Antoine Arjakovsky, dans le monde francophone au début du XXIe siècle, on peut distinguer les « églises non chalcédonienne » ou « Églises orthodoxes orientales » (Églises assyrienne, copte, éthiopienne, érythréenne, syrienne-occidentale, malankare du Sud de l'Inde et arménienne) et les « églises chalcédoniennes » ou « églises orthodoxes » ; dans le monde anglophone cette distinction se traduit en « Oriental Orthodox Churches » pour les premières qui regroupent les Églises des deux et des trois conciles, et « Eastern Orthodox Churches » pour les secondes qui regroupent les Églises des sept conciles[2].

Selon le Conseil œcuménique des Églises, « à l'heure actuelle, l'appellation couramment admise est Églises orthodoxes orientales » en relation a ces Églises qui, « dans l'histoire, [...] ont été appelées Églises non chalcédoniennes, anti-chalcédoniennes ou pré-chalcédoniennes, Églises monophysites, Églises orientales anciennes ou petites Églises orientales »[10], appellations qui pour certains ne s'appliquent pas à l'Église assyrienne (Église dite des deux conciles)[11],[12],[13], qui, en raison d'avoir rejetté les décrets du concile d'Éphèse, tenu vingt ans avant le concile de Chalcédoine, a été appelée pré-éphésienne[14],[15] (terme qu'on distingue nettement de « préchalcédonienne »)[16] et nestorienne[17],[18],[19],[20]. (c'est-à-dire, du courant théologique le plus opposé au monophysisme)[21],[22].

Implantations et fidèlesModifier

La plupart des fidèles des Églises orthodoxes orientales vivent au XXIe siècle en Éthiopie, en Érythrée, en Égypte, en Syrie, au Liban, en Arménie et en Inde ; il existe d'importantes diasporas en Europe, en Amérique du Nord et Amérique du Sud ou encore en Australie[23]. Selon Arjakovsky, qui considère les Églises dites des deux conciles comme Églises orthodoxes orientales, l'ensemble de toutes ces Églises représente environ soixante millions de fidèles[23]. Jérôme Anciberro, selon lequel les « Églises des deux conciles » ne sont pas des Églises orthodoxes orientales, indique le nombre des fidèles de chaque Église des quatre catégories dans lesquelles il divise les Églises orientales (respectivement des 2, des 3, des 7 et des 21 conciles), avec une grande disparité entre les confessions, les plus petites ne comptant guère plus de quelques milliers de fidèles tandis que l'Église éthiopienne orthodoxe en dénombre près de quarante millions[24].

ApostolicitéModifier

La plupart des Églises antéchalcédoniennes revendiquent traditionnellement avoir été fondées par les premiers apôtres de Jésus de Nazareth ou des disciples directs de ceux-ci : Pierre à Antioche pour l'Église syriaque orthodoxe[25], Marc à Alexandrie pour l'Église copte orthodoxe[26], Barthélemy et Thaddée pour l'Église apostolique arménienne[25] ou encore Thomas pour l'Église malankare orthodoxe syrienne du Kerala[26].

Relations interconfessionnellesModifier

Durant des siècles, c'est l'éloignement voire la confrontation qui marquent les deux conceptions et il faut attendre la deuxième moitié du XXe siècle pour que s'opère un rapprochement dans ce qui apparaît comme un débat probablement plus sémantique que réellement théologique[27]. Les Églises « orthodoxes orientales » (à l'exclusion des « orthodoxes des sept conciles » et de l'Église apostolique assyrienne de l'Orient) se rencontrent en 1965 à Addis-Abeba (Conférence des Églises orthodoxes orientales d'Addis-Abeba), la première réunion, depuis le Concile d'Éphèse en 431, de ces églises, qui depuis toujours se considéraient en communion mutuelle.[28]. Vingt ans plus tard, elles s'engagent avec les Églises des sept conciles dans un dialogue théologique, dont découlent en 1990 certains accords christologiques. Si la proposition a été faite de lever les anathèmes de la période byzantine, elle n'a pu encore trouver de concrétisation faute d'une réception dans l'ensemble des églises concernées, traduisant le manque actuel de leur unité de la foi[27]. Même au niveau de théologiens, elle ne se sont pas engagées avec l'Église apostolique assyrienne de l'Orient (des deux conciles), que l'Église copte orthodoxe considère toujours comme nestorienne, donc comme hérétique[29],[30].

Les églises orthodoxes orientales (des trois conciles) entretiennent également des rapports et dialogues théologiques avec l'Alliance réformée mondiale, l'Église catholique et la Communion anglicane[31]. En 1984, l'Église syrienne orthodoxe, représentée par Zakka Iwas Ier, et l'Église catholique romaine, alors dirigée par Jean-Paul II, signent une déclaration de foi commune[32].

Toutes les Églises orthodoxes orientales sont membres du Conseil œcuménique des églises[10],[23]. L'Église apostolique assyrienne de l'Orient en est aussi membre[33], sans être comptée comme appartenant au même groupe[10].

Confessions principalesModifier

Deux concilesModifier

Trois concilesModifier

La position du Conseil œcuménique des ÉglisesModifier

La pertinence de cette section est remise en cause. Considérez son contenu avec précaution. Améliorez-le ou discutez-en. (avril 2019)

Le Conseil œcuménique des Églises est une ONG confessionnelle dont le centre administratif se trouve à Genève en Suisse. En 2016, il comptait 345[34] Églises membres de presque toutes les traditions chrétiennes, notamment protestantes, anglicanes, orthodoxes (tant chalcédoniennes qu'orientales)[34], évangéliques, Églises qui représentent plus de 500 millions de chrétiens[34]. L'Église catholique, qui compte plus d'un milliard de chrétiens, n'est pas membre, bien qu'elle collabore pour certains sujets[35].

Des deux Églises des deux conciles, il n'y en a qu'une qui est membre du Conseil œcuménique des Églises : l'Église apostolique assyrienne de l'Orient[33], dont le Conseil œcuménique des Églises dit : « D'autres noms lui ont été incorrectement attribués, notamment celui d'"Église orthodoxe assyrienne", ce qui a conduit certains à croire à tort qu'il s'agit d'une branche de la communauté orthodoxe orientale »[33]. Selon Jérôme Anciberro, cette Église « n'utilise jamais le terme « orthodoxe » pour elle-même[24]». L'Église catholique tient à souligner qu'elle aussi considère comme distincts les dialogues qu'elle entretient d'un côté avec les Églises orthodoxes orientales et de l'autre avec l'Église Assyrienne de l'Orient[36].

La définition de la phrase « Églises orthodoxes orientales » acceptée par le Conseil œcuménique des Églises est aussi celle de Leo F. Lefebure[37], Christine Chaillot[38], Basile Valuet[39], Saïd Élias Saïd[40], et c'est le nom utilisé dans le titre de la « Conférence des Églises orthodoxes orientales d'Addis-Abeba » (15-25 janvier 1965), à laquelle seules les églises miaphysites ont participé[41],[42]. On distingue expressément entre Églises orthodoxes orientales et l'Église assyrienne de l'Orient[36],[43],[44],[45],[46].

RéférencesModifier

  1. a et b Irénée-Henri Dalmais et Hervé Legrand, Encyclopædia Universalis, article « Églises chrétiennes d'Orient », § Le clivage chalcédonien.
  2. a et b Antoine Arjakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 69-70
  3. Odon Vallet, Petit lexique des idées fausses sur les religions, Le Livre de poche, p. 141-142.
  4. Christine Chaillot, Rôle des images et vénération des icônes dans les églises orthodoxes orientales: syrienne, arménienne, copte, éthiopienne, Genève, Dialogue entre Orthodoxes, (présentation en ligne)
  5. Gilbert van Belle, Il Senodos etiopico, Peeters Publishers, (ISBN 978-9-04290816-1, lire en ligne), p. 27
  6. Jean-Marie Mayeur, Crises et Renouveau (de 1958 à nos jours): Histoire du christianisme, Fleurus, (ISBN 978-2-71890737-6, lire en ligne)
  7. (en) John Anthony McGuckin, The Encyclopedia of Eastern Orthodox Christianity, John Wiley & Sons, (ISBN 978-1-44439254-8, lire en ligne), p. 590
  8. (en) Jeffrey Gros, Growth in Agreement III: International Dialogue Texts and Agreed Statements, 1998-2005, Eerdmans, (ISBN 978-0-80286229-7, lire en ligne), p. 37
  9. a et b Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 69
  10. a b et c Conseil œcuménique des Églises, "Églises orthodoxes orientales"
  11. Dominique Letourneau, Les mots du Christianisme, Fayard, (ISBN 978-2-21367638-8, lire en ligne)
  12. Martin Baumann et Jorg Jorg Stolz, La nouvelle Suisse religieuse, Labor et Fides, (ISBN 978-2-83091278-4, lire en ligne), p. 168
  13. Didier Giorgini, Géopolitique des religions, Presses universitaires de France, (ISBN 978-2-13073657-8, lire en ligne)
  14. Rémi Gounelle, « Les dessous de la réhabilitation d'un patriarche hérétique », dans La christologie entre dogmes, doutes et remises en question, Van Dieren, (ISBN 978-2-91108732-5, lire en ligne)
  15. Chiara Pellegrino, La croix et le drapeau noir, Marsilio, (ISBN 978-88-3174026-5, lire en ligne)
  16. Dietmar W. Winkler, « Les pères grecs dans les dialogues œcuménique entre les Églises syriaques », dans Les Pères grecs dans la tradition syriaque, Geuthner, (ISBN 978-2-70533799-5, lire en ligne), p. 150
  17. Bernard Meunier, La naissance des dogmes chrétiens, Editions de l'Atelier, (ISBN 978-2-70824375-0, lire en ligne)
  18. Stéphane Walter, La construction nationale syrienne, CNRS Éditions, (ISBN 978-2-27107850-6, lire en ligne)
  19. Theodoros Koutroubas, L'action politique et diplomatique du Saint Siège au Moyen-Orient de 1978 à 1992, Presses univ. de Louvain, (ISBN 978-2-87463025-5, lire en ligne)
  20. Nathalie Duplan et Valerie Raulin, Jocelyne Khoueiry l'indomptable, Le Passeur, (ISBN 978-2-36890327-8, lire en ligne)
  21. Michel Dubost et Stanislas Lalanne, Le nouveau Théo: L'Encyclopédie catholique pour tous, Fleurus, (ISBN 978-2-7289-1417-3, lire en ligne)
  22. Jean-Pierre Martin et Alain Chauvot, Histoire romaine, Armand Colin, (ISBN 978-2-2002-9103-7, lire en ligne)
  23. a b et c Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 70
  24. a et b Jérôme Anciberro, « Les Églises d'Orient en un seul (grand) tableau », sur Témoignage chrétien, (consulté en 19 aoüt 2013)
  25. a et b Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 71
  26. a et b Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 72
  27. a et b Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 74
  28. (en) Église orthodoxe éthiopienne, « The Oriental Orthodox Churches Addis Ababa Conference, January 1965 », Église orthodoxe éthiopienne (consulté le 13 octobre 2006) : « Although these five Churches have all along recognized one another officially as sister churches holding full Eucharistic fellowship with each other, they have not had a common council or synod after the fifth century »
  29. Antoine Fleyfel dans Œuvre d'Orient N°768, p.662.
  30. Ecumenical Dialogue with Assyrians (Site du métropolite Bishoy, copte orthodoxe)
  31. Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , p. 75
  32. « Déclaration commune du Pape Jean-Paul II et de S.S. Moran Mar Ignatius Zakka Ier Iwas », sur vatican.va, (consulté le 19 août 2013), cité par A. Arjakovski, op. cit. 2012, p. 75-76
  33. a b et c Conseil œcuménique des Églises, "Église apostolique assyrienne de l'Orient".
  34. a b et c « Une communauté mondiale de 345 Églises représentant plus de 500 millions de chrétiens », Églises membres, site du COE, consulté le 11 mai 2016.
  35. Conseil Œcuménique des Églises,Église catholique, Site officiel du Conseil Œcuménique des Églises, Suisse, consulté le 11 mai 2016.
  36. a et b Conseil Pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens
  37. Vrai et saint: Écritures chrétiennes et autres religions (LIT Verlag Münster, 2018)
  38. Vie et spiritualité des églises orthodoxes orientales: des traditions syriaque, arménienne, copte et éthiopienne (Cerf, 2011)
  39. Frères désunis (Artèges, 2011)
  40. Les églises orientales et leurs droits: hier, aujourd'hui, demain (Cariscript, 1989)
  41. Istina, Volumes 31-32 (Centre d'Études Istina, 1986)
  42. Jean Albert Rejouis, Diverses religions du monde (Author House, 2013)
  43. Jean-Marie Mayeur, Luce Pietri, André Vauchez, Marc Venard, Crises et Renouveau (de 1958 à nos jours): Histoire du christianisme (Desclée 2000), p. 500
  44. Rémi Gounelle, Nestorius dans le dialogue de l'Église catholique avec les Églises d'Orient, en Études théologiques et religieuses 2006/1 Tome 81, pages 53 à 64
  45. Histoire du christianisme: Crises et renouveau, de 1958 a nos jours (Desclée-Fayard, 2000)
  46. Fondazione internazionale Oasis, Oasis n. 22, La croix et le drapeau noir (décembre 2015)

BibliographieModifier

  • Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais », , 632 p. (ISBN 978-2-07-043772-6)
  • Christine Chaillot, « Fidélité et vulnérabilité des plus anciennes Églises d'Orient », in Les Richesses de l'Orient Chrétien, éd. Saint-Augustin, 2000, p. 135-168