Infrastructure et superstructure

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L'infrastructure (ou base matérielle) et la superstructure sont une paire de concepts philosophiques clefs de la philosophie marxiste. Développés par Karl Marx et Friedrich Engels, ils permettent de décrire les interactions mutuelles entre les institutions sociales et les modes de production dans le maintien de l'ordre social.

ConceptsModifier

InfrastructureModifier

L'infrastructure, que Marx désigne sous le terme de « base » (en allemand : bau) désigne ce qui est relatif à la production. Il s'agit des conditions de production (climat, ressources naturelles) ; des forces productives (outils, machines) ; et aussi des rapports de production, c'est-à-dire de la manière dont les classes sociales sont organisées en vertu de leur place dans la production (classes sociales, domination, aliénation, salariat...)[1].

SuperstructureModifier

L'infrastructure permet et produit la superstructure (ou Überbau : « édifice »). La superstructure désigne l'ensemble des idées d'une société, c'est-à-dire ses productions non matérielles. Les institutions politiques, comme l'école, permettent de traduire l'idéologie bourgeoise capitaliste. Les lois en seraient la traduction. La religion, mais aussi la philosophie, la morale et l'art en feraient également partie. Tout cela déterminerait la conscience de soi.

Dynamiques de déterminationModifier

Il y a entre les deux un rapport de détermination. L'infrastructure est composée des forces productrices (les ressources naturelles et les machines, ainsi que la force de travail), et des rapports de production (qui selon Marx, sont responsables de la société). De cette infrastructure, qui régule l'activité de production, découle la superstructure. La superstructure possède trois paliers : tout d'abord les formes politiques et juridiques, c'est-à-dire l’état (une « communauté illusoire » pour Marx, puisqu'il n'est que le résultat de l'infrastructure), puis, en deuxième position, les représentations intellectuelles et collectives que sont la religion, la philosophie ou l'art. Et enfin, la conscience de soi arrive en dernier. La conscience individuelle est, pour Marx, la somme des illusions qu'on se fait sur soi-même, car elle est pur produit de la société, née du travail.

Cette conception marxiste explique le changement social qui est impulsé par les transformations du système de production. Par exemple, la révolution industrielle a contribué à transformer la société féodale en une société industrielle, ce qui implique que l'évolution de l'infrastructure (mécanisation, industrialisation, prolétarisation...) a engendré une évolution de la superstructure (développement du protestantisme, du rationalisme, du libéralisme...). Au contraire, la superstructure est là pour maintenir en place le mode de production. Marx l'illustre avec l'exemple de la philosophie de Hegel (et l'idéalisme allemand en général dans L'Idéologie allemande), mouvement des idées qui visent à la conservation de l'ordre bourgeois, et de la production capitaliste.

PostéritéModifier

Le terme "infrastructure" n'est pas présent dans l’œuvre de Marx, et semble être un ajout plus récent, se substituant au terme originel de "structure".

Louis Althusser reprend la position de Marx pour le critiquer, en écrivant que la superstructure peut obtenir une autonomie vis-à-vis de l'infrastructure[2].

Pierre Bourdieu critique cette paire de concepts marxistes, considérant qu'elle reproduit la dichotomie esprit/corps (distinction idéalisme/matérialisme)[2].

Notes et référencesModifier

  1. Zarader, Jean-Pierre, (1945- ...) et Bourgeois, Bernard, (1929- ...), Le vocabulaire des philosophes. [3], La philosophie moderne, XIXe siècle, Ellipses, (ISBN 978-2-340-00983-7 et 2-340-00983-9, OCLC 946827117, lire en ligne)
  2. a et b (en) David Swartz, Culture and Power: The Sociology of Pierre Bourdieu, University of Chicago Press, (ISBN 978-0-226-78595-0, lire en ligne)