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Ne pas confondre avec la place du Ralliement à Angers

Le Ralliement désigne l'attitude d'une partie des catholiques français qui, à la suite de son encyclique Au milieu des sollicitudes du pape Léon XIII adhèrent à la Troisième République après le 20 février 1892. Le Pape précisait dans son Encyclique que la reconnaissance de la forme du gouvernement, qu'il réclamait de la part des catholiques - en France comme dans tous les pays - ne signifiait pas l’acceptation de la législation hostile au catholicisme[1]. Le Pape réclamait en revanche la cessation d'une opposition systématique des catholiques français à la forme républicaine du gouvernement, pour s'efforcer désormais de peser de tout leur poids dans les institutions afin de faire modifier les lois de laïcisation[2].

Bien que les évêques français, à l'unanimité, aient signé une lettre d'approbation au Souverain Pontife[3], l'autorité du pape est violemment contestée par un certain nombre de laïcs empreints d'une longue tradition gallicane - identifiée avec le principe monarchique - comme le duc d'Orléans (prétendant orléaniste) criant à l'ingérence du Pape dans les affaires temporelle d'une nation.

Un nombre important de catholiques et quelques membres du clergé refusent ainsi de se conformer aux conseils du Pape — comme des députés Sosthène II de La Rochefoucauld (duc de Doudeauville), du comte de Douville-Maillefeu ou du comte de Bernis. Au contraire, d'autres affirment suivre les directives pontificales, comme le comte Albert de Mun et Jacques Piou, chefs de la droite constitutionnelle au Parlement, sans qu'il soit possible de discerner s'il s'agit d'un ralliement à la forme républicaine du gouvernement ou à la législation anticléricale qui prétend s'identifier à la République.

Cette double attitude empêche l'accomplissement des desseins du Pape. La physionomie du paysage politique français ne se modifiera donc pas ou peu. De 1872 à 1905, dans un pays dont les électeurs sont baptisés à plus de 90%, le taux de participation aux élections reste stable à 75%, avec une légère baisse en 1893. En revanche, la multiplicité des partis conservateurs permet aux libéraux et même aux anticléricaux de remporter presque toutes les élections. En 1893, l'ancien bras droit de Gambetta, Eugène Spuller, tentera de faire prendre corps à son fameux « esprit nouveau », main tendue des républicains modérés aux catholiques libéraux, mais sans succès : il est contraint de remettre sa démission de ministre des cultes dès le 30 mai 1893, après moins de 6 mois passé à ce ministère.

Sommaire

La politique de Ralliement et le cardinal LavigerieModifier

Certains historiens voient dans la déclaration du cardinal Lavigerie, archevêque d'Alger, recevant des officiers français le 12 novembre 1890 (« Toast d'Alger »), une préparation à l'Encyclique Au milieu des sollicitudes :

« Quand la volonté d'un peuple s'est nettement affirmée, que la forme d'un gouvernement n'a rien de contraire, comme le proclamait dernièrement Léon XIII, aux principes qui peuvent faire vivre les nations chrétiennes et civilisées, lorsqu'il faut, pour arracher son pays aux abîmes qui le menacent, l'adhésion sans arrière-pensée à cette forme de gouvernement, le moment vient de sacrifier tout ce que la conscience et l'honneur permettent, ordonnent à chacun de sacrifier pour l'amour de la patrie. […] C'est ce que j'enseigne autour de moi, c'est ce que je souhaite de voir imiter en France par tout notre clergé, et en parlant ainsi, je suis certain de n'être démenti par aucune voix autorisée. »

Néanmoins, une comparaison attentive de cette déclaration - très médiatisée - avec l'Encyclique Au milieu des sollicitudes (publiée un an et demi plus tard), montre des différences très nettes, principalement en ce qui concerne la lutte à laquelle le Pape Léon XIII appelait les catholiques français contre la législation antireligieuse - sujet que n'avait pas abordé le cardinal d'Alger.

BibliographieModifier

  • Bruno Dumons, Catholiques en politique. Un siècle de Ralliement, Paris, DDB, 1993.
  • Martin Dumont, Le Saint-Siège et l'organisation politique des catholiques français aux lendemains du Ralliement. 1890-1902, Paris, Honoré Champion, 2012.
  • Édouard Lecanuet, L'Église de France sous la IIIe République, vol. II, III, IV, Paris, 1930.
  • Roberto de Mattei, Le ralliement de Léon XIII : l'échec d'un projet pastoral, Paris, Cerf, 2016.
  • Jean-Marie Mayeur, Des partis catholiques à la démocratie chrétienne (XIXe – XXe siècles), Paris, Armand Colin, 1980.
  • Jean-Marie Mayeur, Catholicisme social et démocratie chrétienne. Principes romains, expériences françaises, Paris, Éditions du Cerf, 1986.
  • Xavier de Montclos, Le toast d'Alger, documents, 1890-1891, Paris, De Boccard, 1966.
  • Fernand Mourret, Les Directives politiques, intellectuelles et sociales de Léon XIII, Paris, 1920.
  • Philippe Prévost, L'Église et le ralliement. Histoire d'une crise (1892-2000), Paris, Centre d'études contemporaines, 2001.

Articles connexesModifier

RéférencesModifier

  1. "Dieu seul peut mesurer l'abîme de maux où elle [la France] s'enfoncerait, si cette législation, loin de s'améliorer, s'obstinait dans une telle déviation qui aboutirait à arracher de l'esprit et du cœur des Français la religion qui les a faits si grands". Encyclique Au milieu des sollicitudes
  2. Nous avons formulé la distinction entre le pouvoir politique et la législation, et Nous avons montré que l’acceptation de l’un n’impliquait nullement l’acceptation de l’autre ; dans les points où le législateur, oublieux de sa mission, se mettait en opposition avec la loi de Dieu et de l’Église. Lettre Notre Consolation du 3 mai 1892
  3. "Notre consolation a été grande en recevant la Lettre par laquelle vous adhériez, d’un concert unanime, avec tout l’épiscopat français, à Notre Encyclique Au milieu des sollicitudes, et Nous rendiez grâces de l’avoir publiée, protestant avec les plus nobles accents de l’union intime qui relie les évêques de France et en particulier les cardinaux de la Sainte Église au Siège de Pierre". Premier paragraphe de la Lettre Notre Consolation du Pape Léon XIII