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Cette page contient les versions françaises de poèmes persans présentées chaque mois sur le portail Iran


Sommaire

Février 2012Modifier

Le vin nocturne
(Hafez)
Les boucles en désordre, tout en sueur, la lèvre riante et ivre,
La robe déchirée, chantant un poème et le verre à la main,
L’œil querelleur, la bouche enchanteresse,
A minuit, hier, Il est venu s'asseoir à mon chevet.
Il a penché la tête vers mon oreille pour, d'un accent triste,
Me dire : "Ô mon ancien amoureux, tu dors donc ?
L'amant à qui l'on verse un tel vin à la pointe du jour
Devient hérétique en amour s'il ne se fait adorateur du vin".
Allons, dévot, ne blâme point ceux qui boivent le coupe jusqu'à la lie,
Car aucun autre présent nous a été offert le jour ou le Seigneur a dit "Ne suis-je pas ton maître ?"
Le rire de la coupe de vie et des boucles emmêlées d'une jolie créature,
Ah combien de repentir n'ont-ils brisés, comme ont brisé celui d'Hafez.

Août 2008Modifier

Le vent nous emportera
(Forough Farrokhzad)
Dans ma nuit, si brève, hélas
Le vent a rendez-vous avec les feuilles.
Ma nuit si brève est remplie de l'angoisse dévastatrice
Ecoute! Entends-tu le souffle des ténèbres?
De ce bonheur, je me sens étranger.
Au désespoir je suis accoutumée.
Ecoute! Entends-tu le souffle des ténèbres?
Là, dans la nuit, quelque chose se passe
La lune est rouge et angoissée.
Et accrochée à ce toit
Qui risque de s'effondrer à tout moment,
Les nuages, comme une foule de pleureuses,
Attendent l'accouchement de la pluie,
Un instant, et puis rien.
Derrière cette fenêtre,
C'est la nuit qui tremble
Et c'est la terre qui s'arrête de tourner.
Derrière cette fenêtre, un inconnu s'inquiète pour moi et toi.
Toi, toute verdoyante,
Pose tes mains - ces souvenirs ardents -
Sur mes mains amoureuses
Et confie tes lèvres, repues de la chaleur de la vie,
Aux caresses de mes lèvres amoureuses
Le vent nous emportera!
Le vent nous emportera!

Juillet 2008Modifier

Extrait de Leily o Majnoun
(Nizami)
On me pousse à me séparer de l'amour
On me dit "débarrasse toi de l’amour
Seigneur! Je te jure devant ta Divinité,
Et encore devant ta Déité
Relève-moi jusqu’au bout de l'amour,
Que ne finisse pas ce grand amour,
Abreuve mon âme à la source de l’amour
Ne me prive pas du kohol de l’amour
Je suis aviné par le vin de l’amour
Assoiffe-moi pour du vin de l’amour

Avril 2008Modifier

Extrait de Bustan
(Saadi)
Ô caravanier va doucement, car c'est ma vie que tu emportes,
et mon cœur ravi s'en va, avec la belle que tu emportes.
Elle s'éloigne, me laissant seul, plaintif et malheureux,
et son départ, comme une pointe, déchire mon être douloureux.
J'ai tenté de cacher ma blessure par des ruses et des sortilèges,
mais mon sang débordant témoigne qu'au seuil de mon âme tout se désagrège.
Ô caravanier retiens sa litière, tire les rênes de ta caravane,
car le cyprès de mon cœur ravit mon âme au pas de ta caravane.
Oui, ma belle s'en va fièrement, m'abandonnant au fiel de la solitude,
ne me demandez plus rien, car la vie m'a ôté toute sa plénitude.
La belle insoumise s'en va, me laissant dans toute ma douleur,
et je me retrouve, tel un brûle-parfum, la tête en flammes et en pleurs.
Malgré la cruauté, les fausses promesses de ma douce infidèle,
j'ai gravé en mon cœur et sur mes lèvres ce souvenir doux d'elle.
Oui, reviens ma charmante bienaimée, reviens donc éclairer mes yeux,
reviens, car mes cris de détresse bouleversent la terre et les cieux.
Je ne dors ni le jour, ni la nuit, refusant le moindre conseil,
je m'en vais sans but, inapte, l'âme débridée par cette passion sans pareille.
J'ai cherché à pleurer pour que le chameau de ta litière s'envase sous mes larmes,
mais je n'ai pu le faire, mon cœur, tant ton départ me désarme.
Je ne veux ni attendre, ni délaisser ma tendre bienaimée,
alors qu'en fait, cela serait la solution préférée.
Il y a diverses façons de dire comment l'âme du corps se retire,
or moi, j'ai vu de mes yeux comment ma vie s'est mise à partir.
Sa'adi l'infidèle, me dit-elle, tu n'aurais pas dû de mon amour te plaindre,
face à ta tyrannie qu'aurais-je fait, ma belle, lui dis-je, si ce n'est que m'en plaindre!

Mars 2008Modifier

Apparition
(Hafez)
Décoiffé, le front moite, souriant et ivre,
col déchiré, poème en bouche et verre en main,
le regard querelleur et la lèvre ironique,
hier, à minuit, il vint me voir et, s’asseyant,
Penché sur moi, il demanda, d’une voix triste :
« dors-tu, ô toi qui m’aimes depuis si longtemps ?... »
L’amant auquel, la nuit, on sert un pareil vin :
qu’il s’en enivre ! Ou qu’en amour, qu’il soit païen !
Va, dévôt, et ne donne pas tort aux ivrognes :
Boire est leur destinée, et ils n’y peuvent rien !
Pour moi, je bus tout ce qu’Il versa dans ma coupe,
Que ce fut vin d’ivrogne ou vin de paradis…
Combien, pour Hâfez et d’autres, ont brisé de repentirs
La Beauté avec ses boucles, et la Coupe, avec son tire !

Février 2008Modifier

Je fis un Hymne de la mort
(Ahmad Shamlou)
Voici la houle lente du temps qui me traverse
tel un fleuve de fer
Voici la houle lente du temps qui me traverse
telle une mer d'acier et de pierre.
Sur le passage du zéphyr je chantai un nouvel hymne
Sur le passage de la pluie je chantai un nouvel hymne
Sur le passage de l'ombre je chantai un nouvel hymne.
En toi demeuraient le nénuphar et la pluie
En moi la dague et le cri.
En toi demeuraient le jet d'eau et le rêve
En moi l'étang et l'obscurité.
Sur ton passage je chantai un nouvel hymne.
Je fis d'une feuille un hymne
Plus verdoyant qu'un bois
Je fis d'une vague un hymne
Plus palpitant que le cœur humain
Je fis de l'amour un hymne
Plus retentissant que la mort.
Plus vert que la forêt
Je fis un hymne de la feuille
Plus palpitant que le cœur de la mer
Je fis un hymne de la vague
Plus retentissant que la vie
Je fis un hymne de la mort.