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Pensées diverses écrites à un docteur de Sorbonne à l'occasion de la Comète qui parut au mois de décembre 1680

Pensées diverses écrites à un docteur de Sorbonne à l'occasion de la Comète qui parut au mois de décembre 1680, souvent abrégé en Pensées sur la comète, est un texte du philosophe français Pierre Bayle paru en 1683. Ce phénomène naturel – le passage de la comète de 1680 – donne l'occasion à Bayle de critiquer, en précurseur des Lumières, l'idolâtrie et le fanatisme religieux auxquels il préfère la liberté d'expression.

RésuméModifier

Dans ce texte de 1682-1683, Bayle élabore une critique de la superstition et de la tradition, reprochant l'habitude de l'époque de commencer par extrapoler sur un fait avant de l'avoir étudié pour tenter de le comprendre. Ainsi, la comète arrive en même temps que les malheurs terrestres, donc elle en est la cause, ou encore elle les annonce. À cela Bayle répond que si la comète était un signe de malheur prochain ou qu'elle les provoquait simplement par le fait d'apparaître dans le ciel, cela reviendrait à dire que l'homme qui sort devant sa porte est la cause de ce que tant de gens sont passés dans la rue où il habite.

Ce texte permet aussi à Bayle de critiquer, outre la superstition, l'obscurantisme et l'habitude de ramener tout ce que l'on ne comprend pas immédiatement à une action divine. Ainsi, parce que les connaissances de l'époque ne permettaient pas d'expliquer son origine, sa formation ou, par exemple, le fait qu'elle ait une queue, la comète devient un présage divin.

Notes et référencesModifier

AnnexesModifier

Pierre Bayle

Pensées diverses sur la comète  (1682)

Que ne pouvons-nous voir ce qui se passe dans l'esprit des hommes lorsqu'ils choisissent une opinion ! Je suis sûr que si cela était nous réduirions le suffrage d'une infinité de gens à l'autorité de deux ou trois personnes qui, ayant débité une doctrine que l'on supposait qu'ils avaient examinée à fond, l'ont persuadée à plusieurs autres par le préjugé de leur mérite, et ceux-ci à plusieurs autres qui ont trouvé mieux leur compte, pour leur paresse naturelle, à croire ce qu'on leur disait qu'à l'examiner soigneusement. De sorte que le nombre des sectateurs1 crédules et paresseux s'augmentant de jour en jour a été un nouvel engagement aux autres hommes de se délivrer de la peine d'examiner une opinion qu'ils voyaient si générale et qu'ils se persuadaient n'être devenue telle que par la solidité des raisons desquelles on s'était servi d'abord pour l'établir ; et enfin on s'est vu réduit à la nécessité de croire ce que tout le monde croyait, de peur de passer pour un factieux 2 qui veut lui seul en savoir plus que tous les autres et contredire la vénérable Antiquité ; si bien qu'il y a eu du mérite à n'examiner plus rien et à s'en rapporter à la Tradition. Jugez vous même si cent millions d'hommes engagés dans quelque sentiment, de la manière que je viens de le représenter, peuvent le rendre probable 3 et si tout le grand préjugé qui s'élève sur la multitude de tant de sectateurs ne doit pas être réduit à l'autorité de deux ou trois personnes qui apparemment ont examiné ce qu'ils enseignaient. Les Savants sont quelquefois une aussi méchante 4 caution que le peuple, et une Tradition fortifiée de leur témoignage n'est pas pour cela exempte de fausseté. Il ne faut donc pas que le nom et le titre de savant nous en impose. Que savons-nous si ce grand Docteur 5 qui avance quelque doctrine a apporté plus de façon à s'en convaincre qu'un ignorant qui l'a crue sans l'examiner ? Si le Docteur en a fait autant, sa voix n'a pas plus d'autorité que celle de l'autre, puisqu'il est certain que le témoignage d'un homme ne doit avoir de force qu'à proportion du degré de certitude qu'il s'est acquis en s'instruisant pleinement du fait


1- Personne qui adhère sans réserves à des opinions, des croyances déjà formées et adoptées par un groupe. 2 - révolté 3 - digne d’être crue, approuvée 4 - mauvaise 5 - Titulaire d’une thèse de doctorat ; en fait, ici, Docteur de la foi, théologien.