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Site archéologique de Troie

(Redirigé depuis Hissarlik)
Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le « site archéologique de Troie » à Hissarlik (Turquie). Pour la cité légendaire, voir Troie.

Site archéologique de Troie *
Image illustrative de l’article Site archéologique de Troie
L'actuel site d'Hissarlik
Coordonnées 39° 57′ 26″ nord, 26° 14′ 21″ est
Pays Drapeau de la Turquie Turquie
Subdivision Çanakkale
Type Culturel
Critères (II) (III) (VI)
Numéro
d’identification
849
Zone géographique Europe et Asie **
Année d’inscription 1998 (22e session)
Image illustrative de l’article Site archéologique de Troie
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Hissarlik ou Hisarlik (en turc Hisarlık, « lieu de la forteresse ») est le nom turc d'une colline située dans l'actuelle province de Çanakkale en Turquie. Il correspond à un site de fouilles archéologiques aujourd'hui reconnu sous le nom de site archéologique de Troie par l'UNESCO, qui l'a inscrit sur la liste de son patrimoine mondial en 1998[1]. Situé dans l'ancienne Troade, à égale distance de la mer Égée et des Dardanelles (6,5 km), le site est en effet communément identifié à la Troie homérique[2] depuis le XIXe siècle, bien que plusieurs incertitudes demeurent.

Hissarlik se présente comme un tel (colline artificielle), formé principalement par les accumulations successives de décombres et de vestiges enterrés résultant de plusieurs millénaires d'occupation humaine. Ce tel, de trente mètres de hauteur, a attiré un certain nombre d'archéologues amateurs dès les années 1850.

La recherche de la Troie HomériqueModifier

Les récits poétiques et leur influence culturelleModifier

Selon les longs poèmes épiques d’Homère, l’Iliade et l’Odyssée, et celui de Virgile, l’Énéide, un roi mycénien, Agamemnon, mena une importante armée rassemblant des guerriers achéens venant de Grèce, des îles Cyclades, du sud des Balkans et de Crète ; il traversa la Mer Égée pour assiéger la cité majeure du peuple éolien, sur la côte nord occidentale d’Asie Mineure : Troie. La guerre entre les deux peuples aurait duré dix ans et les Achéens auraient eu raison des Éoliens (ou Troyens) grâce à l’ingéniosité d’Ulysse et l’arbitrage favorable des dieux grecs. Ces auteurs antiques situent l'action entre 1334 et 1135 av. J.-C. Cependant, le mathématicien grec Ératosthène, date l'événement plutôt vers 1184 av. J.-C.

Les Romains, qui avaient beaucoup de considération pour les Grecs des périodes classique et hellénistique, souffraient culturellement du manque de liens avec cette civilisation. C'est ainsi que serait né le mythe d'Énée, prince troyen qui se serait enfui de Troie lorsque la ville fut vaincue par Ulysse et Agamemnon, et qui devint ensuite le fondateur de Rome. Les Romains se considéraient par là comme descendants de la civilisation éolienne. Après le déclin de l'Empire romain d'Occident, cette légende perdit de son influence.

Le nouvel intérêt romantiqueModifier

Ce n'est qu'au milieu du XVIIIe siècle de notre ère qu'un nouvel intérêt pour la culture classique se manifesta. Les récits d'Homère et de Virgile entraînèrent quelques voyageurs au goût romantique pour le passé à rechercher les ruines de Troie. En 1776, l’aristocrate français Choiseul-Gouffier, analysant l'Iliade, suggère que les ruines de Troie pourraient être enterrées sous un monticule proche d'un petit hameau turc, Bunarbashi, situé à dix kilomètres de la mer Égée et à treize kilomètres du détroit des Dardanelles. Cette théorie fut popularisée plus tard par son collaborateur Jean-Baptiste Lechevalier et trouva crédit parmi les hellénistes du XIXe siècle.

Mais en 1801, les savants britanniques Edward Daniel Clarke et John Martin Cripps avancent l'hypothèse que la cité doit se trouver sous une autre colline plus proche de la côte, que les Turcs appellent Hissarlik. D'autres travaux, notamment ceux de Charles Mac Laren (1822) et de Gustav von Eckenbrecher (1842), vont dans le même sens [3].

Au fil des ans, plusieurs explorateurs passionnés se rendent sur place pour rechercher des traces attestant l'existence de la Guerre de Troie. En 1810 par exemple, Lord Byron fait l’expérience de lire l’Iliade sur les lieux supposés des événements. En 1847, Thomas Burgon publie un rapport sur des fragments de céramiques trouvés dans la zone. Grâce à ses recherches, des universitaires se montrent moins sceptiques, et c’est ainsi que Charles Thomas Newton, qui deviendra conservateur des antiquités grecques et romaines du British Museum, compare les découvertes de Burgon avec les céramiques trouvées en Égypte et arrive à la conclusion qu’elles datent du XIVe siècle av. J.-C.

En 1863-1865, le Britannique Frank Calvert, dont la famille était propriétaire de la moitié de la colline d'Hissarlik, vérifie que celle-ci est une élévation artificielle, formée principalement par les décombres et les ruines enterrés qu’il localise en partie au cours de quatre fouilles sommaires. On a revendiqué récemment, dans les revues spécialisées, l’importante contribution de Calvert dans la découverte archéologique de Troie [4].

Découverte de Troie par SchliemannModifier

 
Pièces du « trésor de Priam » (Troie II) découvert par Heinrich Schliemann. Cette photographie est présumée avoir été prise avant la dispersion du trésor en 1880.

Fouilles entachées d'amateurismeModifier

En 1870, les spécialistes hésitent toujours entre les deux sites d'Hissarlik et Burnabashi pour situer Troie. L'aventurier rêveur et richissime Heinrich Schliemann relève tous les indices géographiques présents dans les récits d'Homère et de Virgile (dont il connaît par cœur les textes originaux) afin de déterminer la position de la ville qu'il situe, avec l'aide de Frank Calvert, sur la colline d'Hissarlik. Il se rend sur place et creuse une importante tranchée tansversale de 40 m de large et 48 m de long [5] (elle toujours visible actuellement) : « Pas moins de 150 hommes sont requis pour déblayer un total de 250 000 m3. Une voie ferrée est construite en vue d'évacuer les gravats. » [6]. Schliemann fouille cette tranchée pendant plus de cinq ans. Son enthousiasme le conduit à investir dans cette aventure une partie de son immense fortune. N'étant diplômé d'archéologie que de fraîche date, il fait preuve d'un certain amateurisme, et l'on ne pourra malheureusement jamais réparer certaines erreurs commises lors de ces premières fouilles : en particulier, le matériel archéologique le plus récent, celui des strates les plus superficielles, jugé sans intérêt par Schliemann, est négligemment excavé et déblayé, ce qui empêche définitivement une reconstitution rigoureuse de la stratigraphie [3].

Un enthousiasme payantModifier

Malgré tout, son initiative et ses efforts sont récompensés puisqu’il découvre en 1871 les ruines d'une citadelle (connue aujourd’hui sous l’appellation de « Troie II »). En continuant de fouiller, il met au jour plusieurs niveaux différents d'évolution de la ville. Dérouté par ces nombreux niveaux découverts sous la colline, Schliemann finit par identifier quatre villes distinctes et successives sous la ville qu'il avait découverte en premier (Troie II ou Ilion) et qui se situait au-dessus de toutes les autres (et était donc la plus récente). Il pense alors que la Troie d'Homère correspond au deuxième niveau à partir du bas, mais cette conclusion ne sera guère partagée par les autres archéologues et se révèlera fausse.

Une découverte spectaculaireModifier

 
Sophia Schliemann.

Deux ans plus tard, en mai 1873, il fait sa découverte la plus spectaculaire : il exhume un ensemble de bijoux en or, qu'il dissimule aux autorités turques et aux ouvriers grâce à sa femme grecque Sophia, qui les met à l'abri pièce par pièce en les cachant sous son châle. Il pense avoir trouvé le trésor de Priam, le monarque de Troie du récit d'Homère. Ce trésor est constitué de nombreux objets d’or, d’argent et de bronze, quelques-uns d’une brillante qualité artistique. Il prend une photographie, qui deviendra célèbre, de son épouse Sophia parée de bijoux qu'il dira être ceux de la belle Hélène, dont l'enlèvement par Pâris, prince de Troie, avait été, selon Homère, à l'origine de la Guerre.

Parallèlement, Schliemann met au jour un grand nombre de vases, de pointes de lances et de boucles d'oreilles aux niveaux de Troie II ou de Troie III (2200 av. J.-C.).

Schliemann fait don de ce « trésor de Priam » à l'Allemagne en 1881. Il est aujourd'hui à Moscou (voir ci-dessous la rubrique "Bilan des fouilles").

Le virage scientifique

Accusé de pillage par la Turquie, et, sur le plan méthodologique, convaincu de naïveté par plusieurs archéologues, Schliemann abandonne ses recherches dans la région en 1875 ; il en profite pour assurer une tournée mondiale de conférences qui provoque un intérêt universel pour les découvertes troyennes [3].

Puis, prenant le virage d'une archéologie moins littéraire, moins dilettante et plus documentée, enfin attentive à la stratigraphie, et reconnaissant publiquement ses erreurs de datation, Schliemann s'associe à Rudolf Virchow, médecin, anthropologue et archéologue allemand, ainsi qu'à Wilhelm Dörpfeld (qui leur succèdera après leur disparition), pour une seconde campagne de fouilles en 1878-1879 [3]. Les résultats en sont exposés publiquement à la communauté savante par le moyen de « conférences internationales » pour être discutés et confirmés, ce qui est une innovation majeure dans la pratique archéologique [3].

Histoire des fouilles et des recherches (après Schliemann)Modifier

Liste des archéologues ayant dirigé des fouilles sur le siteModifier

Après le départ de Schliemann à la fin des années 1870, plusieurs archéologues se succèdent sur le site d'Hissarlik :

Pendant les années 1920, l'érudit suisse Emil Forrer (de) déclara que des toponymes trouvés dans des textes hittitesWilusiya et Taruisa — devraient être identifiés avec Ilium et Troia respectivement. Il nota aussi qu'un roi wilusien, mentionné dans un des textes hittites sous le nom d'Alaksandu était assez proche de celui du prince de Troie Pâris. Ces identifications furent démenties par beaucoup comme étant peu probables, ou du moins pas prouvables, mais Trevor Bryce défendit cette idée dans son livre The Kingdom of the Hittites (Le Royaume des Hittites, 1998), citant une partie de la lettre Manapa-Tarhunda, qui parle du Royaume de Wilusa comme étant situé au-delà du pays de la rivière Seha (connue à l'époque classique comme Caicus), et près du pays du Lazpa (mieux connu comme l'île de Lesbos).

Les découvertes du Dr Korfmann (1988-2005)Modifier

 
Murs dégagés des fouilles de Troie.

Au moment ou Manfred Korfmann prend la direction des recherches archéologiques, les différentes campagnes de fouilles ont mis au jour les restes superposés de neuf villes, numérotées de la plus ancienne (Troie I, entre 3000 et 2500 av. J.-C.) à la plus récente, d’époque romaine (Troie IX). Aucune ne paraît alors correspondre vraiment à la cité de Priam. L'un des problèmes majeurs posés par le site d'Hissarlik (la Troie historique) est sa petite taille (137 m sur 187 m) comparée à la Troie décrite par Homère. Trois cents habitants tout au plus auraient pu vivre dans la Troie VIIa, alors qu'Homère en décrit cinquante mille. En revanche, Troie VI, datée entre 1800 et 1300 av. J.-C., laisse imaginer une grande ville avec des fortifications impressionnantes. L’Allemand Wilhem Dörpfeld, ancien assistant de Schliemann, en soutenait l'identification à la cité homérique, bien qu’il fût établi que Troie VI n’avait pas été détruite par un siège, mais par un tremblement de terre, vers 1275 av. J.-C. Jusqu'aux années 1990, l'opinion commune est que le texte d'Homère est une amplification et une exagération poétique, et ne saurait être informatif sur l'histoire de cette région.

En 1988, Manfred Korfmann, de l'Université de Tübingen, prend la direction des fouilles du site, avec le soutien de l'Université de Cincinnati [3]. Son but est scientifique, il n'est pas influencé par le récit d'Homère comme l'était Schliemann. D'ailleurs, ce n'est pas véritablement pour explorer la ville de l'époque où est censée se produire l’Iliade qu'il prospecte, mais pour étudier des périodes qui paraissent plus intéressantes archéologiquement : la période classique et la période romaine.

Étape par étape, au fil des campagnes de recherches, ses découvertes vont faire évoluer considérablement notre connaissance de l'histoire de cette époque.

Les recherches sur l'époque classique et l'époque romaineModifier

De 1988 à 2001, M. Korfmann authentifie l'existence des neuf villes qui se sont succédé à travers l'histoire.

La majeure partie des recherches de 1988 à 2001 de M. Korfmann se concentre sur deux niveaux de la ville : Troie VIII et Troie IX, qui correspondent respectivement à la fin de la période classique de la Grèce antique et l'époque romaine. Il met en évidence notamment que le site romain avait une vocation très touristique.

En effet, il découvre qu'au VIIIe siècle av. J.-C., des colons grecs de l'île de Lemnos ont construit une sorte de « lieu de pèlerinage » ou de « station touristique » sur le site de Troie VII, resté abandonné depuis la fin du IIe millénaire av. J.-C., soit entre l'an 1250 et l'an 1000 av. J.-C. La petite ville qu'ils construisent prendra davantage d'ampleur pendant les 5 siècles qui suivent [7].

Il parvient à dater qu'en 306 av. J.-C., soit à la période hellénistique (peu après le règne d'Alexandre le Grand), la ville grecque prend une ampleur considérable et devient la capitale d'un secteur qu'on définira plus tard comme étant la Ligue des villes de la Troade [8].

En ce qui concerne Troie IX, Korfmann constate qu'en 188 av. J.-C. les Romains avaient eux-mêmes identifié le site comme étant celui du récit d'Homère. Ainsi, les historiens pensent-ils aujourd'hui que la ville romaine de Troie IX avait une vocation de pèlerinage importante pour les Romains.

Les fouilles montrent que la ville reste active jusqu'à l'empire byzantin. Elle est désertée à l'époque de l'empire ottoman.

Les recherches sur la période de l'âge du BronzeModifier

À la fin des années 1990, les résultats obtenus par Manfred Korfmann sur la vocation commémorative de la ville romaine envers la légende troyenne du récit homérique, le poussent à étudier l'ampleur de Troie VI et VIIa. C'est l'objectif qu'il avait fixé pour la campagne de fouilles de « 2001-2002 ».

Découverte de la ville basseModifier

Se penchant sur cette ville qu'il estime trop petite pour être la cité mythique, il analyse le mur d'enceinte qui, pour lui, n'a rien de commun avec les fameuses « hautes murailles de Troie » que décrit Homère. C'est alors qu'il remarque que la porte d'entrée n’a pas la vocation qu'on lui avait attribuée jusqu'alors : elle ne permet pas de défendre la ville. À partir de cette conclusion débutent des recherches qui vont révéler que la supposée « ville » de Troie VIIa n'est en fait qu'un endroit privilégié de résidence, une sorte d'« Acropole », qui appartiendrait forcément à une agglomération bien plus grande.

Utilisant la prospection par résonance magnétique sur la périphérie du site, il découvre — en plus des restes d'une grande agglomération de l'époque romaine et classique une importante « ville basse » de l'âge de Bronze. Remarquant une ligne entourant la ville basse de cette époque sur les restitutions des sondages souterrains, il entreprend des fouilles au niveau de cet emplacement identifié [9].

Ces fouilles ont révélé un fossé et un mur d'enceinte de type cyclopéen enserrant la ville basse, et appartenant au niveau Troie VIIa.

Cette nouvelle découverte permet d'assigner à la ville une superficie de 350 000 m2, soit treize fois plus grande que celle de l'acropole, auparavant seule connue. Avec une taille aussi considérable, Troie dépasse en superficie sa contemporaine Ugarit (200 000 m2), et se révèle comme l'une des plus grandes villes de l'Âge du bronze. Sa population aurait été de 5 000 à 10 000 habitants, ce qui correspond à une ville suffisante pour abriter les 50 000 habitants de toute la région en temps de siège.

Révélation de l'histoire géologique du secteurModifier

Ses découvertes précédentes ayant attiré des investisseurs privés, le Dr Korfmann entreprend une nouvelle campagne de fouilles, dans le cadre d'un nouveau projet : le « projet Troia ».

Intrigué par cette ressemblance maintenant attestée avec la ville mythique, le Dr Korfmann entreprend de se pencher alors sur les autres contradictions ou zones d'ombres subsistant encore entre le site qu'il fouille et celui décrit par Homère.

En effet, le mur de la ville basse se situe à 7 km du premier rivage marin, et il paraît difficile d'imaginer ainsi les combats décrits par Homère d'une part ; et d'autre part (ce qui est beaucoup plus problématique selon M. Korfmann) : Troie VIIa se révélant être après la découverte la plus importante ville de la région connue à ce jour, et de plus située sur le détroit des Dardanelles, elle a dû occuper une place majeure dans la vie maritime de l'époque. Il était donc peu pertinent de la construire si loin de la mer.

Afin de répondre à cette dernière interrogation, il entreprend des études géologiques et géophysiques autour de la ville basse. Avec une foreuse à grande profondeur, les géologues retrouvent des sédiments marins sous les cultures. Le secteur nord était une terre marécageuse, faite de sables et d'argiles. Les scientifiques la datent de 3000 ans avant le présent, soit donc à peu près vers l'époque supposée de la guerre de Troie, et correspondant donc à la même époque que la cité importante de l'âge du Bronze. La ville a ainsi trouvé désormais pour les historiens, une utilité crédible et logique au niveau du rôle qu'elle aurait pu jouer à son époque.

Recueil des premiers épigraphes sur le siteModifier

À peu près au même moment que les recherches géologiques, les fouilleurs mettent la main sur les premières inscriptions du site archéologique. Il s'agit notamment d'un petit sceau en bronze[10] trouvé dans la ville basse. L'analyse de ses hiéroglyphes indique qu'il s'agit de louvite, langue qui était parlée en Asie mineure sur le plateau anatolien, dans l'actuelle Turquie, sous le règne des Hittites.

Manfred Korfman se met en lien avec David Hawkins, spécialiste des langues mortes de l'Asie mineure, qui a analysé et traduit une tablette hittite, un traité de paix et de commerce avec une grande ville du nord ouest de la Turquie ayant un statut « divin » pour les Hittites. Cette ville est décrite comme ayant une rivière souterraine.

Recherche de la rivière souterraineModifier

Afin de pouvoir déterminer si le site mentionné dans le traité hittite est bien le site archéologique de Troie, les archéologues prospectent autour d'un affluent du Scamandre, pour en trouver la source et découvrent ainsi une source souterraine, qui se prolonge sous le site par un canal souterrain aménagé par l'homme. Ils mettent ensuite au jour un réseau d'irrigation provenant de ce canal et pouvant alimenter une ville basse.

Korfman fait analyser les dépôts calcaires dans le tunnel. Ces analyses révèlent que le système d'irrigation souterrain serait aussi ancien que la ville, et qu'il était toujours utilisé à l'époque romaine.

On peut noter qu'il est fait mention de « sources jaillissant de la terre » dans la description de la ville de Troie par Homère.

Découvertes de traces militairesModifier

Au cours des dernières recherches dirigées par le Dr Korfman, on recueille dans Troie VIIa quelques objets militaires (principalement des lances), mais en petit nombre. Il est de surcroit difficile de les dater précisément et de définir à quelle civilisation ils appartiennent vraiment. En découvrant aussi plusieurs traces de foyers, on arrive en 2004-2005 à estimer avec assez de précisions qu'il y a bien eu des combats dans la ville, et qu'on y a utilisé le feu. Mais rien toutefois n'apporte encore la certitude que la cité a été détruite par un incendie.

Après sa dernière campagne, en 2005, le Dr Korfmann estime qu'on ne peut pas encore parler objectivement de guerre de Troie, et qu'il faudra des fouilles ultérieures pour révéler si le mythe de l'Iliade d'Homère est réellement confirmé par les observations scientifiques.

Poursuite des fouilles par Ernst Pernicka (de 2005 à 2012)Modifier

 
Ernst Pernicka en 2011

Après le décès de Manfred Korfmann, les fouilles sont reprises par Ernst Pernicka, archéo-métallurgiste, en octobre 2005 [11].

Il se fixe pour objectif de continuer la prospection de la strate Troie VIIa dans une dimension anthropologique (recherches de sépultures, analyse des squelettes...). Il découvre beaucoup de restes humains, notamment des squelettes d'hommes et de chevaux enterrés ensemble. Les principales causes de décès sont apparemment violentes [12].

Parallèlement, ses méthodes de fouille permettent de retrouver un certain nombre d'armes et d'éléments liés à une activité guerrière. Entre autres, des flèches plantées dans la muraille. E. Pernicka détermine également que le foyer des incendies était bien plus étendu que ce que M. Korfmann avait établi en 2005. Il fait dater au carbone 14 les traces de charbon de bois : les incendies auraient eu lieu autour de 1225 av. J.-C., à l'époque présumée de la fin de la guerre de Troie. En 2009, il met au jour notamment les restes d'un couple inhumé au niveau de Troie VIIa.

Ces derniers résultats permettent de confirmer qu'un conflit important a sans doute causé des destructions dans la cité vers 1225 av. J.-C., sans pour autant donner la certitude qu'une corrélation existe entre ce conflit et le récit des évènements rapportés par l’Iliade.

Les fouilles de Ernst Pernicka se sont achevées en 2012. Depuis 2013, Rüstem Aslam de l'Université turque de Çanakkale Onsekiz Mart a repris la direction des recherches archéologiques [13].

Le site aujourd'huiModifier

 
Vue de coupe du site
 
Plan du site archéologique

Aujourd'hui, les archéologues ont pu distinguer neuf villes recouvertes par la colline d'Hissarlik, construites les unes sur les autres puis détruites, par un incendie, un séisme ou une guerre, et ont établi que la première ville fut construite au IIIe millénaire av. J.-C.. Les couches archéologiques, formées par l'accumulation successive de vestiges, atteignent une épaisseur de 80 m, et se décomposent en effet en neuf strates très différentes les unes des autres par l'aspect, la composition et la couleur des sédiments[14].


Les différentes stratesModifier

Les couches de ruines des villes successives sont numérotées de Troie I à Troie IX, avec quelques subdivisions[14] :

  • Troie I : 3000-2600 av. J.-C. (ouest anatolien AB 1)
  • Troie II : 2600-2250 av. J.-C. (ouest anatolien AB 2)
  • Troie III : 2250-2100 av. J.-C. (ouest anatolien AB 3)
  • Troie IV : 2100-1950 av. J.-C. (ouest anatolien AB 3)
  • Troie V : XXe-XVIIIe siècles avant notre ère (Ouest anatolien AB 3)
  • Troie VI : XVIIe au XVe siècle av. J.-C.
  • Troie VIH : la fin de l'âge du bronze, XIVe siècle av. J.-C.
  • Troie VIIa : v. 1300-1190 av. J.-C., niveau le plus probable pouvant correspondre au récit d'Homère.
  • Troie VIIb 1 : XIIe siècle av. J.-C.
  • Troie VIIb 2 : XIe siècle av. J.-C.
  • Troie VIIb 3 : jusqu'au v. 950 av. J.-C.
  • Troie VIII : vers 700 av. J.-C.
  • Troie IX : ville hellénistique puis romaine d'Ilion, Ier siècle av. J.-C.

Bilan des fouillesModifier

Les différentes campagnes de fouilles ont mis au jour les restes superposés de neuf villes, numérotées de la plus ancienne (Troie I, entre 3000 et 2600 av. J.-C.) à la plus récente, d’époque romaine (Troie IX). Aucune ne semble correspondre exactement à la cité de Priam.

Pendant l'Âge du bronze, Troie semble avoir été une ville marchande prospère, sa position permettait le contrôle complet des Dardanelles, par lesquelles tous les bateaux marchands de la mer Égée se rendant dans la mer Noire devaient passer. Elle aurait été disputée entre les Mycéniens et les Hittites, alliés de la ville.

La septième ville, qui fut fondée au XIIIe siècle av. J.-C., semble avoir été détruite par une guerre et il y a des traces évidentes d'un grand incendie à l'intérieur. C'est pourquoi cette ville, plus précisément le niveau Troie VIIa, découvert par Carl Blegen, est supposée être celle décrite dans la légende de la guerre de Troie [4].

La dernière ville attestée sur cet emplacement fut romaine, agrandie pendant le règne d'Auguste, et elle semble avoir été une ville assez importante, jusqu’à ce que Constantinople devienne la capitale de l’Empire romain au IVe siècle. Par la suite, l’éloignement du littoral, les séismes et le tarissement des sources provoquèrent l’abandon de ce site, comme de bien d’autres à la même époque.

Les objets originaux du « trésor de Priam » de Schliemann, qui était conservés à Berlin, disparaissent lors de la prise de la ville par l'Armée rouge en 1945 ; ils feront leur réapparition, après la chute de l'URSS, à Moscou, où ils appartiennent aujourd'hui aux collections du Musée Pouchkine, qui les a exposés publiquement en 1996. Le Neues Museum de Berlin en expose des répliques.

En septembre 2012, les États-Unis ont restitué à la Turquie vingt-quatre bijoux en or dérobés sur le site à la fin du XIXe siècle, et exposés par la suite au musée de l'Université de Pennsylvanie[15].

BibliographieModifier

  • (en) Christoph Bachhuber, « The treasure deposits of Troy: rethinking crisis and agency on the Early Bronze Age citadel », Anatolian Studies, vol. 59,‎ , p. 1-18 (lire en ligne [PDF])
  • (en) Carl W. Blegen, « Excavations at Troy, 1937 », American Journal of Archaeology, vol. 41, no 4,‎ , p. 553-597
  • (en) Mariya Ivanova, « Domestic architecture in the Early Bronze Age of western Anatolia: the row-houses of Troy I », Anatolian Studies, vol. 63,‎ , p. 17-33
  • Guy Rachet, Dictionnaire de l'Archéologie, Paris, Éditions Robert Laffont, , p. 964-968

WebographieModifier

  • Université de Tübingen. Troia. In : Universität Tübingen [en ligne]. Disponible sur : < http://www.uni-tuebingen.de/en/faculties/faculty-of-humanities/departments/ancient-studies-and-art-history/ur-und-fruehgeschichte-und-archaeologie-des-mittelalters/early-history/research-projects/current-projects/troia.html > (consulté le 02/04/18).

DocumentairesModifier

  • MOLIA Agnès, RICHARD Anne. Troie. Dans la série « Enquêtes archéologiques ». Documentaire ARTE France[16]. 2016. 27 min.
  • BOULANGER, Rebecca. Enquête d'ailleurs. Documentaire ARTE France. 2015.
  • JENS, Nicolai. Civilisations disparues. Le mythe de Troie. Documentaire France 5. 2009. 52 min.

Notes et référencesModifier

  1. (fr) « Liste du Patrimoine Mondial de l'UNESCO », sur fr.ulike.net (consulté le 14 septembre 2010).
  2. (fr) « Turquie », sur whc.unesco.org (consulté le 14 septembre 2010).
  3. a b c d e et f « Heinrich Schliemann et la fouille de Troie : une contribution à l’histoire de l’archéologie. - Archéologies en chantier », sur www.archeologiesenchantier.ens.fr (consulté le 15 juillet 2019)
  4. a et b (fr) « Site archéologique d’Hissarlik [Monument historique] », sur www.evene.fr (consulté le 14 septembre 2010).
  5. JENS, Nicolai.  Civilisations disparues. Le mythe de Troie. Documentaire France 5. 2009. 52 min.
  6. [https://www.herodote.net/Heinrich_Schliemann_1822_1890_-synthese-514.php « Heinrich Schliemann (1822 - 1890) - Le d�couvreur de Troie - Herodote.net »], sur www.herodote.net (consulté le 15 juillet 2019)
  7. https://books.google.fr/books?id=QJlwLDe4pQAC&pg=PA18&lpg=PA18&dq=fouilles+korfmann&source=bl&ots=EihiNmDvpo&sig=fC3eX2cFx4rw6vZO7TgbdWhVIpY&hl=fr&sa=X&ei=Rd4rT-icBo7n-gak9emkDg&ved=0CDQQ6AEwAg#v=onepage&q=fouilles%20korfmann&f=false.
  8. http://whc.unesco.org/fr/list/849.
  9. https://www.dailymotion.com/video/xhj9et_la-legende-de-troie-2-3_webcam.
  10. article sur les sceaux hittites de Troie et Emar.
  11. http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2009/09/22/1708216_restes-humains-sur-le-site-archeologique-de-la-guerre-de-troie.htmlhttp://www.ceramostratigraphie.ch/blog/?p=115.
  12. http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2009/09/22/1708216_restes-humains-sur-le-site-archeologique-de-la-guerre-de-troie.html.
  13. « Troia », sur Universität Tübingen (consulté le 2 avril 18)
  14. a et b Annie Schnapp-Gourbeillon, « Neuf strates de ruines entre histoire et légende », Les cahiers de Science et Vie, no 70,‎ , p. 22-28.
  15. Des bijoux de Troie restitués à Ankara, Le Figaro, 5 septembre 2012.
  16. http://www.arte.tv/guide/fr/061733-007-A/enquetes-archeologiques.

Voir aussiModifier

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