Ouvrir le menu principal

Groenlandais (peuple)

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Groenlandais (homonymie).
Groenlandais
Description de l'image Greenland kayak seal hunter 2006.jpg.

Populations significatives par région
Drapeau du Groenland Groenland 55 877 (2018)[1]
Population totale 75 000 (2016)[réf. nécessaire]
Autres
Régions d’origine Drapeau du Groenland Groenland
Langues Groenlandais et danois
Religions Majoritairement luthérien
Ethnies liées Inuits et danois

Les Groenlandais (groenlandais : Kalaallit) peuvent être définis comme un groupe ethnique dans le sens où ils partagent une même culture groenlandaise, ont le groenlandais comme langue maternelle et sont d’ascendance groenlandaise. En 2009, les Inuits représentent 89 % de la population du Groenland, les Danois et autres individus 11 %[2].

AnthropologieModifier

Les Groenlandais du XIXe siècle sont attachés si fortement aux croyances et aux usages de leurs pères, qu'ils répugnent infiniment à ouvrir les yeux à la lumière. Cependant, en 1844, l'administration danoise régularisée suit un plan de colonisation propre à établir l'ordre et le bonheur ; mais les anciens défauts et les nouveaux vices des Groenlandais y opposent de grands obstacles. Presque dépourvus de toute idée de religion et de lois, ils ne voient dans le culte qu'une cérémonie sans but et dans les punitions que l'abus de la force[3]. Le malfaiteur paraît assez puni lorsque, dans une assemblée publique, il a été accablé de reproches. Les missionnaires ont avoué que la conversion des Groenlandais avançait lentement et n'influait que peu sur leurs idées morales. Les prédications des indigènes, élevés comme missionnaires, ont produit un changement positif dans la première moitié du XIXe siècle. Les frères moraves réussissent aussi à frapper singulièrement l'imagination de ces hommes simples, mais doués d'un esprit vif. L'administration commerciale, en introduisant le numéraire et même le papier-monnaie, leur a donné des notions nouvelles sur la propriété. Dans la partie méridionale, on leur a enseigné la tonnellerie et la construction des bateaux[3].

Naturellement tristes et silencieux, les Esquimaux du Groenland semblent presque constamment plongés dans une espèce de stupeur au XIXe siècle. Ils sont doux, paisibles et d'un caractère sociable. Quoiqu'ils vivent dans un état de misère presque continuel, ils ne se trouvent pas malheureux ; l'indépendance et une sécurité absolue pour leurs familles leur semblent une compensation suffisante. Ils ne sont ni querelleurs, ni rancuniers ; quand ils voient des Européens se disputer et quelquefois même se battre, ils s'étonnent de ces violences et les attribuent à l'usage des liqueurs fortes : « Ils ont perdu l'esprit », disent-ils, « la mauvaise eau les a rendus fous ». Il est dit qu'on ne les surprend jamais en flagrant délit de mensonge ; toutefois, si l'on accuse un Groenlandais d'une mauvaise action, il ne l'avouera pas de crainte de perdre par un aveu sincère l'estime de ses connaissances, dont il est éminemment jaloux[3]. Le caractère de ce peuple est difficile à définir ; il offre des contrastes étranges, des contradictions qu'on ne peut guère expliquer. S'il est doux et humain, d'un autre côté il pousse quelquefois l'indifférence jusqu'à la cruauté. Par exemple, lorsque ces hommes voient un bateau près de faire naufrage, ils ne portent pas secours au pêcheur en danger, s'il ne fait pas partie de leur compagnie. Toutefois, s'ils entendaient dans la barque des cris de femme ou d'enfants, ils n'hésiteraient pas à se jeter à la mer pour les sauver. Il en est tout autrement lorsqu'ils partent plusieurs pour la pêche ; alors tout est commun entre eux, travail, péril, fatigue, misère et même faim ; ils ne se refusent alors jamais aucun service mutuel[3].

Quoiqu'ils soient généralement honnêtes, les Esquimaux du Groenland convoitent souvent les biens de leurs compatriotes au XIXe siècle et se les approprient par des moyens les plus odieux. S'ils sont jaloux de la richesse de quelque voisin ou de son activité à se procurer les nécessités de la vie matérielle, ils ne prendront pas le parti de le voler ; ils iront l'attaquer en mer ; ils renverseront son canot, ou lui lanceront un harpon par derrière et l'abandonneront ainsi à la fureur des vagues. Enfin, quoiqu'ils soient pacifiques et peu querelleurs, comme dit ci-avant, ils n'en sont pas moins très vindicatifs dans certaines circonstances. Ainsi, lorsqu'un homme a été assassiné, ses parents dissimulent leur ressentiment jusqu'à ce qu'ils trouvent l'occasion de venger le défunt ; cette occasion ne dût-elle se présenter que vingt ans après le crime, ils ne témoignent jusque-là au meurtrier ni haine ni colère[3]. Si un beau jour ils rencontrent l'assassin dans l'intérieur du pays, ils le saisissent, lui reprochent son forfait et le font mourir sous un tas de pierres, ou le précipitent du haut d'un rocher. Quelquefois la fureur les porte à couper l'individu par morceaux et à manger son cœur pour ôter, disent-ils, à ses parents le courage de venger sa mort. La vengeance est héréditaire chez ce peuple et se lègue comme un patriotisme, de génération en génération ; elle passe même, à ce qu'il paraît, aux voisins, excepté cependant lorsque le premier meurtrier a été un vagabond et un scélérat, méprisé de sa propre famille ; dans ce cas personne ne cherche à le venger[3].

Les mœurs et usages des Groenlandais se ressentent d'une part de leur caractère généralement pacifique, d'autre part du climat dont ce peuple subit l'influence. Les seules occupations des hommes sont la pêche et la chasse au XIXe siècle. Aux femmes groenlandaises sont dévolus, non seulement tous les soins du ménage, mais encore l'entretien des vêtements de leurs maris et des corvées très fatigantes, telles que le transport des animaux pêchés ou tués à la chasse par les hommes. Leur condition est généralement fort difficile, surtout quand elles viennent à perdre leurs époux. Les Groenlandais se visitent pendant l'hiver et viennent les uns chez les autres quelquefois de très loin ; les visiteurs sont souvent accueillis avec empressement et régalés à la manière du pays[3].

Anthropologie physiqueModifier

Les autochtones groenlandais du XIXe siècle sont petits mais généralement bien faits. Ils ont la figure plate et large, les joues rondes et charnues ; les yeux petits, noirs et sans feu ; la bouche étroite et ronde ; la lèvre inférieure épaisse ; les cheveux noirs, épais, longs et rudes ; presque pas de barbe, soit qu'elle ne croisse pas, soit qu'ils s'épilent avec soin ; les membres très musculeux ; la poitrine haute, les épaules larges, la main petite et potelée, de même que le pied. Les femmes ont la taille remarquablement carrée et les épaules aussi larges que les hommes[3]. La couleur de ces indigènes est jaune verdâtre ; leur épiderme est d'un brun approchant du rouge clair ; mais ce qui prouve que le brun n'est pas leur couleur naturelle, c'est que leurs enfants naissent blancs comme la plupart des Européens ; ils acquièrent cette teinte d'abord par l'usage de la graisse et de l'huile dont ils se frottent continuellement le corps et le visage, ensuite par l'action de l'épaisse fumée que l'huile de leurs lampes répand dans leurs demeures[3].

Mariage et polygamieModifier

Le mariage est une affaire très importante pour ces gens au XIXe siècle. C'est pour la plupart des femmes une question de vie ou de mort ; car si l'homme auquel s'unit une jeune fille est incapable de la nourrir, ou s'il meurt, celle-ci ne tarde pas à périr de faim et de froid, quand elle ne trouve pas une âme assez charitable pour la recueillir. Aussi voit-on souvent des filles nubiles qui craignent le mariage au point de s'enfuir dans les montagnes quand il est question de leur donner un époux et qui déclarent se vouer pour toujours au célibat, ce qu'elles expriment en se coupant les cheveux[3]. Il paraît que les duègnes qui font dans ces circonstances l'office d'entremetteuses, se permettent quelquefois envers la jeune fille des violences qui ne sont pas désapprouvées par les parents. Les coups et les tortures sont les arguments ordinaires de celles-ci, qui ont fort à cœur de gagner la récompense promise par le prétendu. Point de cérémonie pour le mariage, dès que tout est convenu, les parents unissent tout simplement et sans aucune solennité les deux jeunes gens et les installent dans leur hutte[3].

La polygamie est tolérée, mais uniquement dans un but de reproduction. Comme le plus grand déshonneur pour un Esquimau est de n'avoir pas d'enfants, celui qui est assez riche pour nourrir plusieurs femmes a le droit d'avoir des concubines, mais seulement comme moyen de laisser une nombreuse postérité ; sa conduite serait sévèrement blâmée si elle avait pour mobile le libertinage. Au sujet de la polygamie et de ses conséquences morales, Égède fait une observation notable : « Avant l'arrivée des missionnaires, les femmes ne connaissaient pas la jalousie ; mais depuis qu'elles savent que le christianisme prohibe la polygamie, elles ne supportent pas aussi facilement les infidélités de leurs maris. », toutefois que la meilleure harmonie règne dans la plupart des ménages groenlandais. Le divorce est en usage et consiste dans l'expulsion pure et simple de la femme qui, en pareil cas, ne se sépare jamais de ses enfants[3].

Quand un Groenlandais perd sa femme, il cherche aussitôt à la remplacer. Quelques jours après l'avoir enterrée, il étale ses richesses à la vue de ses voisins ; il affecte de se montrer lui-même plus qu'à l'ordinaire ; il fait parade de ses enfants ; sa maison est ouverte à tout le monde ; il expose sa provision de poisson, son équipage de pêche et de chasse, en un mot tout ce qu'il possède. Cependant il ne convole en secondes noces qu'après un an de veuvage, à moins qu'il n'ait des enfants dont ses parents ne veulent pas prendre soin[3]. Lorsqu'il a plus d'une femme, la seconde, par ordre de date, prend la place de la défunte. Ce qu'il y a de particulier, c'est que cette promotion par ordre d'ancienneté se fait avec les marques de la plus profonde tristesse de la part de la seconde femme, malgré la joie qu'elle ressent au fond du cœur de cet événement. Les Esquimaux aiment tendrement leurs enfants ; les mères ne les sèvrent qu'à trois ou quatre ans et les portent constamment sur leur dos, dans quelque lieu qu'elles aillent et à quelque travail qu'elles se livrent[3].

CroyancesModifier

Au milieu du XIXe siècle, ils oublient le nom de leur antique divinité, Torngarsouk, à laquelle ils n'ont jamais offert de culte, ainsi que la déesse malfaisante, sans nom, qui était censée habiter un palais sous les flots, gardé par des chiens marins redoutables. Une sorte de philosophie s'est même glissée parmi eux et il existe à cette époque diverses opinions nouvelles sur la vie à venir ainsi que sur la transmigration des âmes. Les esprits forts groenlandais nient le paradis où l'âme, dans une heureuse indolence, se nourrissait de têtes de chiens marins. Les sorciers-prêtres, nommés anghekok et les enchanteurs malfaisants, nommées iliseets, perdent alors continuellement de leur influence[3].

Régime alimentaireModifier

Articles détaillés : Cuisine inuite et Cuisine danoise.

Le hareng salé, la chair de phoque séchée ; le mitriack, qui n'est autre chose que du chien marin à moitié pourri ; les queues de baleine, mets réputé très succulent ; la viande de renne ; les mûres sauvages trempées dans le sang de cet animal ou dans l'huile de cachalot, tels sont les aliments ordinaires que les Esquimaux servent sur leur table[3]. Du sang de chien marin ou de l'huile mêlée avec de l'eau de mer pour tout assaisonnement, telle est la sauce en usage. Le premier soin des pêcheurs, dès qu'ils ont pris un phoque, est de sucer la plaie qu'ils lui ont faite pour étancher le sang qui en sort ; on verse ensuite ce sang dans des pots et on le conserve précieusement pour en apprêter diverses viandes, c'est le seul coulis en usage. Par ailleurs les Groenlandais mangent la viande crue qu'exceptionnellement[3].

Le Groenlandais ne dédaigne pas non plus le ventre des jeunes animaux ; la seule préparation qu'il fasse subir à ces débris, est de presser fortement les intestins entre ses doigts pour en faire sortir la fiente. Celle que contiennent les boyaux de renne est pour eux un régal ; ils en font des présents à leurs meilleurs amis. Ils n'estiment pas moins la fiente de perdrix et l'huile fraîche de baleine, mais les deux mets les plus recherchés sont les deux suivants : le premier consiste en une pâte composée d'œufs, de graines de genièvre et de racine d'angélique battus avec de l'huile de poisson dans une vessie de phoque ; le second, qu'on ne trouve que chez les habitants les plus riches et les plus gourmets, est un mélange de graisse d'ailerons d'oies sauvages et de chien de mer[3].

La gloutonnerie des Groenlandais est telle au XIXe siècle, qu'ils consomment fréquemment toute leur provision d'hiver dans les premiers mois de la mauvaise saison. Aussi, quand le temps ou un accident quelconque les empêche d'aller à la chasse et à la pêche, ils sont réduits aux plus cruelles extrémités. Quelquefois ils sont obligés, pour ne pas mourir de faim, eux et leur famille, de dévorer le cuir de leurs chaussures, les peaux qui couvrent leurs tentes d'été et de tuer les chiens qu'ils attellent à leurs traîneaux pour les manger. Il y a des personnes qui meurent d'inanition, quand la charité de leurs voisins ne vient pas à leur aide[3].

HabitatModifier

Historiquement les Esquimaux habitent pendant l'été des tentes couvertes de peaux de phoques et en hiver des huttes dans lesquelles ils bravent le froid et les tempêtes. Ces huttes sont construites en pierres superposées les unes au-dessus des autres, en terre, en mousse, en pièces de bois et en ossements de baleine[3].

Notes et référencesModifier

  1. (en) « Grønlands Statistik », sur www.stat.gl
  2. (en)North America : Greenland sur cia.gov
  3. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s et t Auguste Wahlen, Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde : Afrique - Amérique, Bruxelles, librairie Historique-Artistique, 1844

Voir aussiModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexesModifier

Liens externesModifier