Charlotte de Galles

Charlotte de Galles
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Portrait de la princesse Charlotte de Galles par Dawe, 1817.
Biographie
Titulature Princesse de Grande-Bretagne
Dynastie Maison de Hanovre
Nom de naissance Charlotte Augusta de Galles
Naissance
Carlton House, Londres
(Grande-Bretagne)
Décès (à 21 ans)
Claremont House
Surrey (Grande-Bretagne)
Sépulture Chapelle Saint-Georges
Père George IV
Mère Caroline de Brunswick
Conjoint Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld
Enfants 1 garçon mort-né
Religion Anglicanisme

Signature

Signature de Charlotte de Galles

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Charlotte Augusta de Galles (Londres, - Claremont House, ), princesse de Grande-Bretagne et Saxe-Cobourg-Saalfeld, est un membre de la famille royale britannique.

Unique enfant de George IV et de Caroline de Brunswick, elle était désignée comme l'héritière du trône d'Angleterre après son père et son grand-père, George III. Son père, le prince George, laisse son éducation aux bons soins de gouvernantes et de serviteurs, n'autorisant que de brèves rencontres avec sa mère, qui quitte finalement le pays.

Elle est promise au futur roi des Pays-Bas, Guillaume II[1], avant que son père ne se rétracte et lui fasse épouser le prince Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld, futur roi des Belges. Elle meurt un an après, en donnant naissance à un fils mort-né.

Étant la seule et unique petite-fille du roi George III, sa mort presse les autres fils du roi d'engendrer des héritiers. C'est dans ce climat que le quatrième fils du roi George III, Édouard, duc de Kent, devient le père de la future reine Victoria.

BiographieModifier

OriginesModifier

En 1794, George, prince de Galles, recherche une épouse convenable dans toute l'Europe pour bénéficier de la généreuse somme de revenus que lui a promis le Premier ministre William Pitt le Jeune s'il venait à se marier[2]. En effet, ses revenus personnels ne lui permettent même pas de couvrir ses intérêts sur sa dette.

En 1785, il épouse secrètement, Maria Anne Fitzherber, de confession catholique romaine[3]. Mais son père s'oppose formellement à ce mariage, qui est alors jugé illégal en vertu de la Loi des mariages de 1772.

Deux mariages s'offrent à lui en 1794, tous deux avec une personne germanique et issue de son cercle familial, puisqu'il s'agit de deux de ses cousines : Louise de Mecklembourg-Strelitz, 18 ans, fille de son oncle maternel, et Caroline de Brunswick, 25 ans, fille de sa tante paternelle. Bien que la mère de George, la reine Charlotte de Mecklembourg-Strelitz préfère d'emblée la princesse Louise, qu'elle considère comme plus jolie et qui est sa nièce par le sang, le prince de Galles choisit lui-même la princesse Caroline, en dépit des rumeurs qui courent à son sujet. Caroline est âgée de 25 ans, ce qui est tardif pour une dame de son rang. On raconte aussi que Caroline s'est mal comportée avec un soldat irlandais de l'armée de son père, ce qui n'a pas arrangé sa réputation déjà partiellement entachée par la rupture de précédentes fiançailles, pour des motifs inconnus. George, sous l'influence de Lady Jersey (qui voyait en Caroline une bien piètre rivale comparée à Louise), dépêche donc le diplomate James Harris, comte de Malmesbury, auprès de sa promise afin qu'il l'escorte durant son voyage du Brunswick à l'Angleterre.

Harris décrit la princesse de manière peu flatteuse : selon lui, elle était vêtue de manière débraillée et il paraissait évident qu'elle ne s'était pas lavée depuis plusieurs jours. Lui sont aussi reprochés une conversation déplorable et un langage des plus familiers, lui valant l'appréhension du diplomate qui le pousse à transformer Caroline durant le voyage. Il passe ces quatre mois auprès d'elle à faire de son mieux pour changer son comportement et ses attitudes, dans l'espoir qu'elle fasse à son futur époux une bien meilleure impression qu'il n'en eut lui-même le premier jour. Au palais Saint James, en voyant son épouse pour la première fois, le prince de Galles s'exclame : « Harris, je ne me sens pas bien, qu'on m'apporte un verre de Cognac ». Caroline trouve le prince « bien gras et en rien semblable à son portrait ». Elle pousse même le vice jusqu'à faire le soir même, au cours de leur premier dîner ensemble, des allusions grossières sur la relation de son fiancé avec Lady Jersey. Selon Harris, c'est vraisemblablement cette provocation qui a définitivement provoqué l'aversion du prince envers son épouse. C'est ainsi que peu avant le mariage, le 8 avril 1795, George envoie son frère, le duc de Clarence, dire à Mme Fitzherbert qu'elle était la seule et unique femme qu'il a aimée, et arrive à la cérémonie complètement ivre.

George déclare plus tard que le couple n'eut de rapports sexuels qu'à trois reprises, et que les commentaires de la princesse à propos de leurs ébats l'amenèrent à penser qu'elle avait une base de comparaison, et qu'elle n'était sans doute plus vierge. Pour se venger, Caroline laissera entendre que le prince était impotent. Le couple royal fait chambre à part quelques semaines plus tard, étant obligé de demeurer encore sous le même toit. Neuf mois plus tard pourtant, Caroline donne naissance à une petite fille.

EnfanceModifier

Charlotte naît le 7 janvier 1796, au palais de son père situé à Londres, Carlton House. Alors que George se montre plutôt déçu qu'elle ne soit pas un garçon, elle fait d'emblée l'adoration du roi qui préfère les petites filles. Elle est de plus son premier petit-enfant et le vieux souverain, malgré ses accès de folie, trouve encore un peu de lucidité en lui-même pour espérer que cette naissance réconciliera le couple princier, malheureusement en vain. Trois jours après la naissance de Charlotte, George ordonne que sa femme ne joue aucun rôle dans l'éducation de la petite princesse, et confie tous ses biens matériels à Mme Fitzherbert. À cette époque, la famille royale est plutôt impopulaire mais la naissance de Charlotte ravit le peuple. Le 11 février 1796, la petite princesse est baptisée au palais St. James sous les noms de Charlotte Augusta, d'après ses grands-mères la reine Charlotte et la duchesse Augusta de Brunswick-Lunebourg. Le roi devient son parrain.

En dépit des demandes de Caroline pour être mieux traitée maintenant qu'elle a donné naissance à un héritier au trône, George continue de limiter ses contacts avec l'enfant, lui interdisant de voir leur fille sans la présence de sa nourrice et de sa gouvernante. Caroline est ainsi seulement autorisée à une visite quotidienne, comme de nombreux parents des classes aisées à cette époque, et est volontairement écartée de toutes décisions concernant l'enfant. Cependant, il semblerait que du personnel, probablement touché par la situation, désobéisse au prince et lui permette d'approcher la petite en secret. Il est vrai que le prince lui-même n'a que peu de contact avec la petite princesse, et Caroline est encore assez audacieuse pour s'afficher en carrosse dans les rues de Londres avec Charlotte, sous les applaudissements de la foule.

Charlotte est une enfant saine, dotée d'une forte constitution. Selon le biographe Thea Holme : « l'impression qui se dégage des récits concernant Charlotte est celle d'une heureuse insouciance et d'un cœur aimant et sincère. » Son enfance est cependant ponctuée par la guerre que se livrent désormais ses deux parents, chacun cherchant à influencer l'enfant, voire le Roi et la Reine eux-mêmes. En 1797, Caroline quitte finalement Carlton House, et s'établit près de Blackheath, laissant sa fille derrière elle, la loi anglaise de l'époque considérant que les enfants mineurs dépendent uniquement de leur père. En 1798, le prince prend sur lui d'inviter son épouse à passer l'hiver à Carlton House, mais celle-ci refuse tout nettement. Il s'agit du dernier véritable effort de réconciliation, et cet échec signe pour George la fin de ses espoirs de voir un fils naître après Charlotte. Ce qui n'empêche pas Caroline de rendre visite à sa fille à Carlton House, ni l'enfant de chasser aux abords de Blackheath afin de voir sa mère ; il lui est en effet seulement interdit de s'installer dans la maison de sa mère, si bien que tous les étés, le prince loue pour sa fille Shrewsbury Lodge à Blackheath, ce qui facilite grandement les visites. Caroline a donc vu son enfant bien plus souvent qu'elle aurait dû.

Lorsque Charlotte a huit ans, son père, reparti auprès de Mme Fitzherbert, décide de revenir à Carlton House. Il s'empare des appartements de son épouse (Caroline se verra dédommagée par un espace personnel au palais de Kensington), et déplace sa fille à Montague House, non loin de Carlton House. James Chambers, un autre biographe de Charlotte, note alors que la petite princesse « vit seule dans sa demeure, entourée de personnes toutes payées pour rester avec elle ». De plus, le déménagement se fait sans la gouvernante de Charlotte, Lady Elgin (veuve de Charles Bruce, comte d'Elgin), dont elle était très proche. Lady Elgin est en effet obligée de se retirer, officiellement à cause de son grand âge, officieusement sur l'ordre de George, furieux que la lady ait permis à Charlotte de voir le Roi sans sa permission. Le prince ne s'arrête d'ailleurs pas là, puisqu'il congédie aussi la sous-gouvernante, Miss Hayman, trop proche de Caroline à son goût - la princesse de Galles l'a d'ailleurs mise à son service peu après. Lady Elgin est remplacée par Lady de Clifford (veuve d'Edward Southwell, baron de Clifford), très affectueuse mais trop douce pour éduquer le petit garçon manqué qu'est Charlotte. Lady de Clifford fait alors appel à l'un de ses petits-enfants, George Keppel, de trois ans plus jeune que Charlotte, afin qu'il soit son camarade de jeu. De nombreuses anecdotes nous sont parvenues de l'enfance de Charlotte, dont l'une mettant en scène les deux enfants ensemble : une foule s'était rassemblée devant la demeure des parents du garçonnet, dans l'espoir d'apercevoir la jeune princesse. Les deux enfants, peu farouches, se joignirent alors à la foule, qui leur en fut très reconnaissante.

En 1805, le Roi commence à s'occuper de l'éducation de Charlotte et pour cela, fait appel à un large panel de professeurs pour son seul et légitime petit-enfant, dont l'évêque d'Exeter, qui doit lui enseigner la religion. Le Roi espère que ces professeurs feront d'elle une bonne reine. Toujours selon Holme, il semble que ces instructions n'ont que peu d'effet sur Charlotte, qui choisit de n'apprendre que ce qui lui fait envie. Sous l'égide de son professeur de piano, Jane Mary Guest, elle deviendra une excellente pianiste.

Mais en 1807, un nouveau scandale éclate dans la famille royale : Caroline est accusée d'avoir des relations extraconjugales, loin de son époux. La preuve irréfutable de cet adultère serait William Austin, un enfant pour qui Caroline éprouve une réelle affection et qui serait son fils illégitime. Le prince de Galles espère que cette accusation lui permettra d'obtenir le divorce, et interdit formellement à Charlotte de voir sa mère. L'enquête se désintéresse pourtant rapidement de Caroline et de ses supposés amants, pour se concentrer davantage sur sa domesticité, à qui on demande de plus amples renseignements, sans grand succès. Évidemment, Charlotte est au courant de l'enquête et il n'est pas difficile d'imaginer la souffrance de cette petite fille lorsque, croisant sa mère dans le parc, elle fait semblant de ne pas la reconnaître, conformément aux ordres reçus de son père. George est cependant déçu : l'enquête ne lui permet pas de confondre son épouse, et rien ne fait d'elle la mère d'un enfant illégitime, même si, il est vrai, sa façon de se comporter a toujours été plus ou moins équivoque. C'est un échec pour le prince de Galles qui, à regret, finit par autoriser sa fille à revoir Caroline, avec pour seule condition que le petit William Austin ne joue pas avec elle.

AdolescenceModifier

Adolescente, la princesse est jugée indécente par les membres de la Cour, qui reprochent à Lady de Clifford de la laisser se promener avec les bas apparents sous ses jupes. Son père est cependant fier d'elle et de sa façon de monter à cheval comme un homme. Elle aime Mozart et Haydn, et s'est identifiée au personnage de Marianne dans Raison et Sentiments.

À la fin de l'année 1810, le roi George III sombre lentement dans la folie. Étant très proche de son grand-père, la princesse est très touchée par cette maladie qui l'éloigne progressivement de lui. Le 6 février 1811, son père est intronisé prince régent devant le Conseil privé, une cérémonie qu'elle tente d'apercevoir au travers des fenêtres du rez-de-chaussée de Carlton House. Whig convaincue, comme son père auparavant, elle vit mal le revirement politique de celui-ci maintenant qu'il est investi des pleins pouvoirs. Pour montrer son opposition face à ce qu'elle estime être une trahison, elle adresse un baiser de la main au chef des Whig, Charles Grey, un soir d'opéra.

Malgré son nouveau statut, le prince-régent ne facilite en rien la vie de son élégante fille et lui donne à peine assez d'argent pour se vêtir. L'opéra lui devient même difficile d'accès : si elle y va, elle doit s'asseoir dans le fond de sa loge et partir avant la fin. Elle loge désormais la plupart du temps à Windsor, auprès de ses tantes célibataires. La vie y est très ennuyeuse, mais elle trouve du réconfort auprès de son premier cousin, George FitzClarence, bâtard de son oncle Clarence, dont elle s'est entichée. Peu de temps après, alors que FitzClarence a rejoint son régiment à Brighton, la jeune fille reporte son affection sur le lieutenant Charles Hesse, dont la légende prétend qu'il est l'enfant illégitime de Frederick, duc d'York, une relation approuvée cette fois-ci et largement encouragé par la princesse Caroline. Les deux amoureux se rencontrent à diverses reprises, parfois avec l'aide de Caroline, avant que Hesse ne rejoigne finalement les forces anglaises en Espagne. À part le prince-régent, dont Lady de Clifford craignait la fureur s'il venait à apprendre cette amourette, tous les autres membres de la famille royale étaient au courant de cette aventure. Aucun ne chercha à interférer, désapprouvant la manière avec laquelle George traitait sa fille.

 
Guillaume de Nassau, prince héritier d'Orange

En 1813, les guerres napoléoniennes prennent un tournant inquiétant pour l'Angleterre, et obligent George à considérer pour la première fois le mariage de la jeune fille. Il se prononce d'abord avec ses conseillers sur Guillaume, prince héritier d'Orange, fils et héritier présomptif du prince d'Orange. Un tel mariage permettrait d'augmenter l'influence britannique en Europe du Nord. Le 12 août, date de leur première rencontre à la fête d'anniversaire de George, le jeune Guillaume, totalement ivre comme la plupart des invités et le prince-régent lui-même, fait assez mauvaise impression à la princesse. Celle-ci, bien que personne ne lui ait fermement annoncé, se doute bien que la présence du prince d'Orange n'est pas innocente et ses doutes sont confirmés par les rumeurs qui circulent au sein du palais. Mais la jeune fille s'entête : selon elle, une reine d'Angleterre ne doit pas épouser un étranger.

Cependant les négociations sur le contrat de mariage sont bien engagées, et se poursuivent au fil des mois. Mais un épineux problème fait alors surface : si Charlotte insiste fermement sur son intention de ne pas quitter la Grande-Bretagne, les diplomates eux, n'ont aucune envie de voir les deux pays réunis sous une même couronne. Un compromis est finalement trouvé : le premier enfant du couple héritera du trône d'Angleterre, tandis que le second sera souverain des Pays-Bas. S'il venait à n'y avoir qu'un seul fils, les Pays-Bas passeront à la branche allemande de la maison d'Orange. Le 10 juin 1814, Charlotte signe son contrat de mariage ; d'aucuns prétendent à cette époque qu'elle est tombée amoureuse d'un prince prussien, dont l'identité demeure incertaine : Charles Greville affirme qu'il s'agit du prince Auguste de Prusse (qui a 27 ans de plus qu'elle), tandis que l'historien Arthur Aspinall désigne le jeune Frédéric de Prusse. Mais les rumeurs ne freinent en rien les fiançailles, et les négociations se poursuivent. Un jour que Charlotte se rend à une fête au Pulteney Hotel, à Londres, elle rencontre le lieutenant-général de la cavalerie russe, le prince Léopold de Saxe-Cobourg. La princesse l'invite à faire sa connaissance, ce qu'il accepte, restant trois quarts d'heure à ses côtés. Zélé, Léopold ne manque pas de rédiger une lettre d'excuses à George qui en est très impressionné, même s'il ne le voit pas du tout comme un prétendant digne de son enfant.

La princesse de Galles quant à elle, s'oppose tout bonnement au projet de mariage de sa fille et du prince d'Orange, à tel point qu'elle obtient le soutien du grand public, si bien que quand Charlotte paraît en public, la foule la presse de ne pas abandonner sa mère avec ce mariage. Charlotte a alors l'idée de soumettre son union une condition : l'accueil sans réserve de sa mère sur le territoire néerlandais, une condition qu'elle est certaine de ne pas obtenir de son père. Évidemment, le prince d'Orange s'y oppose, et Charlotte rompt ses fiançailles. Furieux, son père décide pour la punir de la faire enfermer à Warwick House, non loin de Carlton House, où elle n'aurait droit à aucun contact, si ce n'est celui de la Reine, sa grand-mère. Anticipant cela, Charlotte s'enfuit et c'est un homme qui, l'apercevant du haut de sa fenêtre, l'aide à s'échapper de chez sa mère à bord d'un taxi. Caroline, qui se trouvait en visite chez des amis, se hâte de retrouver la jeune fille, alors que Charlotte a faire appel à des amis whig, dont elle recherche les précieux conseils. Elle a le soutien des membres de sa famille, dont son oncle York, mais pourtant, suivant les conseils reçus, elle regagne la demeure paternelle le jour suivant.

Solitude et fiançaillesModifier

La mésaventure de Charlotte est vite connue de toute la ville et devient le fer de lance de l'opposition politique. Malgré une émouvante réconciliation avec son père, Charlotte doit tout de même gagner Cranbourne Lodge, où on ne doit jamais la quitter d'une semelle. Elle parvient cependant à faire passer une lettre à son oncle préféré, Auguste-Frédéric, duc de Sussex, qui la transmet au Premier ministre, Robert Jenkinson, à la Chambre des lords. Aussitôt les questions pleuvent sur le prince-régent : Charlotte est-elle libre de ses mouvements ? Peut-elle aller au bord de la mer, comme l'ont conseillé les médecins ? Le gouvernement a-t-il envisagé de lui donner sa propre demeure, maintenant qu'elle a dix-huit ans ? Mais le Premier ministre élude les questions, tandis qu'Auguste-Frédéric, convoqué à Carlton House, se dispute avec son frère, qu'il ne voudra plus jamais voir après l'incident.

Malgré son isolement, Charlotte trouve la vie à Cranbourne Lodge étonnamment agréable et accepte progressivement sa situation. À la fin de juillet 1814, le prince-régent se rend auprès d'elle pour lui annoncer une bien triste nouvelle : sa mère est sur le point de quitter l'Angleterre pour un long séjour sur le continent. La jeune fille est bouleversée, mais ne sait pas du tout comment convaincre sa mère de changer d'avis, et se montre très attristée par l'attitude désinvolte de sa mère au moment de son départ « car Dieu seul sait combien de temps, ou quels événements peuvent se produire avant que nous nous revoyons ». Charlotte ne reverra jamais sa mère.

À la fin août, Charlotte est autorisée à gagner le bord de mer. Elle aurait préféré s'installer dans la destination à la mode, Brighton, mais son père s'y opposant, elle se contente de Weymouth. Sur le chemin, alors que le cocher de la princesse s'autorise une pause, la foule se rassemble autour de la voiture pour la voir ; selon Holme « ce chaleureux accueil démontre que le peuple voit déjà en elle la future reine ». À son arrivée à Weymouth, une banderole la salue par ces mots : « Salut Charlotte, Espoir de l'Europe, Gloire de l'Angleterre ». Charlotte occupe son temps libre à explorer les alentours, acheter des soieries françaises passées outre le blocus général, et à la fin de septembre, découvre les bains de mer chauffés. Encore amoureuse de son prince prussien, elle espère encore - en vain - que celui-ci va faire sa demande auprès de son père. Déçue, elle écrit à un(e) ami(e) qu'elle « va prendre le meilleur choix [qui s'offre à elle], un homme de bon caractère, et avec du bon sens [sic]… cet homme est le P de S-C » [Prince de Saxe-Cobourg, c'est-à-dire, Léopold]. À la mi-décembre, peu avant son départ de Weymouth, elle « éprouve un grand et profond choc » lorsqu'on des nouvelles de son cher prince prussien, parti convoler ailleurs, lui sont rapportées.

 
Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld

Les derniers mois de 1815 sont décisifs pour le projet de mariage de Charlotte, qui s'est finalement décidé en la personne de Léopold, qu'elle surnomme « le Lion ». Il est vrai que ce n'est pas encore gagné : malgré tout ce qu'elle a pu faire jusqu'à présent, son père s'accroche toujours à l'espoir qu'elle épouse le prince d'Orange. Mais Charlotte tient bon et écrit même : « Aucun ordre, aucune menace, ne me résigneront à épouser cet odieux Hollandais. » C'est finalement la coalition menée par l'ensemble de la famille royale qui force le prince-régent à se faire une raison. Le prince d'Orange ne tarde pas à se consoler avec une nouvelle fiancée, Anna Pavlovna de Russie, dès l'été suivant. Par le biais d'intermédiaires, Charlotte parvient à contacter Léopold, qui se montre plutôt favorable à cette union. Mais le retour des conflits napoléoniens oblige le futur fiancé à rejoindre son régiment. En juillet, peu avant son retour à Weymouth, Charlotte formule enfin une demande officielle à son père concernant son mariage. Le prince-régent, que le mariage peu intéressant semble gêner, répond qu'il ne peut considérer cette requête comme officielle au vu de la situation sur le continent. De plus, Léopold a annoncé ne pas revenir en Angleterre après le retour de la paix, préférant demeurer à Paris.

En janvier 1816, le prince-régent invite sa fille au pavillon royal de Brighton, un séjour qu'elle met à profit pour plaider une nouvelle fois sa cause. De retour à Windsor, elle écrit à son père, « Je n'hésite plus à annoncer mon choix en faveur du Prince de Cobourg - je vous assure que personne ne sera plus stable et cohérent dans son seul et unique mariage que moi-même ». George fait alors appeler ledit Léopold, qui se trouvait à Berlin en route pour la Russie, lui enjoignant de rentrer en Angleterre. Léopold débarque à la fin de février 1816, et gagne Brighton, où il s'entretient avec le prince-régent. Charlotte est ensuite invitée à son tour, et dîne avec les deux hommes, une entrevue qu'elle décrit en ces termes :

« Je l'ai trouvé tout à fait charmant, et en allant me coucher ce soir-là, j'étais plus heureuse que jamais auparavant dans toute mon existence… Je suis certainement la créature la plus chanceuse et la plus bénie de Dieu. Jamais princesse, je crois, n'a pu former sur sa vie (ou sur son mariage) autant de perspectives de bonheur, si réels, comme les autres gens. »

Le prince-régent est impressionné par Léopold, à tel point qu'il finit par concéder à sa fille que Léopold « a tout ce qu'il faut pour rendre une femme heureuse ». Charlotte retourne à Cranbourne le 2 mars, quittant Léopold avec le prince-régent. Le 14 mars, une annonce est faite à la Chambre des Communes, où l'on est heureux de voir les mésaventures romantiques de la princesse prendre enfin fin. Le Parlement octroie une pension annuelle à Léopold de 50 000 £, achète Claremont House au couple, et leur offre une somme généreuse pour la mise en place de leur maison. Afin d'éviter que ne se reproduise le fiasco Orange, George prend garde à limiter les contacts entre Charlotte et Léopold ; lorsque Charlotte se rend à Brighton, ils ne sont autorisés à se voir qu'au dîner, et ne doivent jamais être seuls ensemble.

La cérémonie du mariage est prévue pour le 2 mai 1816. Le jour de la noce, une immense foule envahit Londres, causant quelques difficultés au convoi qui peine à avancer. Le couple se marie à neuf heures du soir, à Carlton House. Léopold est alors vêtu pour la première fois en général britannique, tandis que le prince-régent porte l'uniforme de maréchal. La robe de mariée de Charlotte coûte plus de 10 000 £. Seul incident notable dans le cérémonial : Charlotte ne peut s'empêcher de pouffer de rire lorsque le pauvre Léopold promet de lui fournir tous les biens matériels dont elle aura besoin dans sa vie.

Mariage et décèsModifier

Le couple passe sa lune de miel à Oatlands Palace, la résidence de York située dans le Surrey. Charlotte dut en garder un bien piètre souvenir, la maison étant littéralement livrée aux chiens de York et sentant les animaux un peu partout. Néanmoins, la princesse dit de Léopold « était perfection comme amant ». Deux jours après leur mariage, ils reçoivent la visite du prince-régent, qui passe pas moins de deux heures à expliquer à Léopold les détails des uniformes militaires, une chose que Charlotte voit, non sans humour, comme « une grande marque de la plus exquise bonne humeur à son égard ». Le prince Léopold et son épouse rentrent ensuite à Londres lors de la saison parlementaire : leur présence au théâtre est saluée par un tonnerre d'applaudissements et un God Save the King est entonné par la troupe. Un jour qu'elle tomba malade à l'opéra, le public manifesta beaucoup d’inquiétude. Il a été annoncé qu'elle avait fait une fausse couche. Le , ils prennent possession de leur demeure à Claremont House.

Le médecin ordinaire de Léopold, Christian Stockmar (plus tard connu comme le baron Stockmar, conseiller de la reine Victoria et du prince Albert), écrit que dans les six premiers mois de leur mariage, il n'a jamais vu Charlotte porter un vêtement qui ne soit pas simple et de bon goût. Il note également que Léopold temporise son caractère, l'aide à être plus calme et à avoir un meilleur contrôle d'elle-même. Léopold écrit plus tard que mis à part les moments où il va chasser, ils sont continuellement ensemble, mais que rien ne semble les lasser d'être l'un avec l'autre. Si Charlotte vient à se montrer excessive ou à s'emporter, il la calme d'un simple et doux « Doucement, chérie », ce qui lui valut de la part de Charlotte le surnom de « Doucement ».

Les Cobourg, ainsi qu'on les appelle, passent leurs vacances de Noël à Brighton, avec d'autres membres de la famille royale. Le , le prince-régent organise un grand bal en l'honneur du vingt-et-unième anniversaire de Charlotte, mais les Cobourg n'y participent pas, étant de retour à Claremont et préférant fêter cela tranquillement. Fin avril 1817, Léopold informe le prince-régent de la nouvelle grossesse de Charlotte qui, cette fois-ci devrait être menée jusqu'à son terme.

La grossesse de Charlotte est évidemment sujette à l'intérêt du public et les paris se succèdent quant au sexe de l'enfant. Les économistes ne sont pas en reste non plus et estiment que la naissance d'une princesse ferait augmenter le marché boursier de 2,5 %, tandis que la naissance d'un prince serait de l'ordre de 6 %. Charlotte occupe calmement son temps, posant pour un portrait de Sir Thomas Lawrence. Elle mange beaucoup et fait un peu d'exercice ; on lui demande cependant de réduire son alimentation à partir d'août 1817, dans l'espoir de réduire la taille de l'enfant à sa naissance. Cette diète, accompagnée de saignées, affaiblissent Charlotte. Stockmar est effaré de voir les traitements qu'elle subit et refuse de s'associer à l'équipe médicale : pour des raisons éthiques mais aussi pour lui-même, un étranger qu'il serait si facile de fustiger en cas de problèmes.

La majeure partie des soins donnés à Charlotte sont pratiqués par Sir Richard Croft qui n'est pas médecin, mais simple accoucheur, appellation masculine pour sage-femme, assez réputé parmi les élites du moment. Alors que l'on pensait que la naissance de l'enfant serait pour le 19 octobre, le mois touche à sa fin et rien n'annonce encore l'accouchement. Elle accompagne donc normalement Léopold le 2 novembre. Dans la soirée du 3 novembre, les contractions commencent. Sir Richard est appelée auprès d'elle mais, s'il l'encourage à s'exercer, il lui déconseille de manger ; dans la soirée, l'accouchement débute pour de bon. Dans la soirée du 4 au 5 novembre, il devient évident que Charlotte ne pourra mettre au monde son enfant, si bien que Croft et son médecin personnel, Matthew Baillie, décident de faire appel à un confrère, l'obstétricien John Sims. Cependant, Croft n'a pas permis aux Sims de voir le patient et les forceps n'ont pas été utilisés, condamnant la mère et l'enfant, qui auraient pu être sauvés malgré le taux de mortalité assez important en cette époque pré-antiseptiques.

Le 5 novembre, à neuf heures du soir, Charlotte met finalement au monde un garçon mort-né. Malgré les efforts déployés pour le réanimer, il devient rapidement évident que ce bel enfant, que les observateurs jugent si ressemblant aux autres membres de la famille royale, est bel et bien mort. On s'assure que la mère va bien, puis chacun repart. Épuisée, Charlotte accepte la nouvelle avec calme, y voyant tristement la volonté de Dieu. Elle mange enfin, après ce si long jeûne, et semble se rétablir doucement. Léopold, qui est resté durant toute l'épreuve aux côtés de son épouse, s'effondre sur le lit.

Après minuit, Charlotte est prise alors de vomissements et se plaint de violentes douleurs à l'estomac. Sir Richard Croft est appelé et se montre très inquiet de l'état de sa patiente. Charlotte est glaciale, son souffle est rauque et elle saigne beaucoup. On tente de stopper l'hémorragie, mais en vain, et finalement on fait appel à Stockmar afin qu'il aille chercher Léopold, qu'il ne parvient pas à réveiller. Revenant auprès de la princesse, celle-ci lui prend la main et gémit : « Ils me rendent comme ivre » Stockmar quitte alors la pièce, bien décidé à réveiller Léopold par n'importe quel moyen, mais il est alors appelé par Charlotte qui hurle : « Stocky ! Stocky ! » Revenant sur ses pas, il la trouve morte.

FunéraillesModifier

Henry Brougham décrit la réaction du public en apprenant la mort de Charlotte : « C'était comme si chaque personne à travers la Grande-Bretagne venait de perdre son enfant préféré. » Le royaume tout entier est en deuil, partout, des draps jusqu'aux vêtements, on porte du noir. Mêmes les plus pauvres et les vagabonds se parent de brassards noirs. Les tribunaux, les ports et les magasins ferment pendant deux semaines, y compris la Royal Exchange. The Times écrit que « nous ne sommes certainement pas en droit de nous plaindre de la Providence… il n'y a pourtant rien d'impie à voir en cela une calamité. » Le deuil est d'ailleurs si bien respecté par tout le monde, que les fabricants de rubans et d'autres accessoires de mode craignent pendant un temps leur faillite. Par ailleurs, on notera la rédaction d'une lettre par le poète Percy Bysshe Shelley, An Address to the People on the Death of the Princess Charlotte (« Discours au peuple concernant la mort de la Princesse Charlotte »), dans lequel il révèle que trois hommes furent exécutés le jour suivant la mort de la princesse, pour tentative de renversement du gouvernement.

Le prince-régent, prostré par le chagrin, est incapable d'assister aux funérailles de son enfant, et la princesse Caroline, en apprenant la nouvelle, s'évanouit, sous le choc. Un peu plus tard, elle dit que « l'Angleterre, ce grand pays, a tout perdu en perdant à jamais ma fille bien-aimée. » Même le prince d'Orange ne peut s'empêcher de fondre en larmes en apprenant la nouvelle, et son épouse ordonna à toutes les dames de sa cour de porter le deuil. Le plus affecté est sûrement Léopold. Stockmar écrit plusieurs années après ce drame que « Novembre a vu la ruine de cet heureux ménage, et la destruction en un seul coup de tout l'espoir et le bonheur du prince Léopold. Il n'a plus jamais retrouvé ce sentiment de bonheur qui avait béni son bien court mariage ». Selon Holme, « sans Charlotte, il était incomplet. C'était comme s'il avait perdu son cœur ».

Le Prince Léopold écrit à Sir Thomas Lawrence :

« Deux générations sont parties. Parties au même instant ! Je suis éprouvé, mais je le suis également pour le Prince-Régent. Ma Charlotte est partie pour le royaume - il l'a perdue. Elle était une si bonne, une si admirable femme. Personne ne connait ma Charlotte comme moi je l'ai connue ! C'était mon étude, mon devoir, de la connaître, mais c'était aussi mon plaisir ! »

La Princesse est enterrée avec son enfant dans la chapelle Saint-Georges, au château de Windsor, le 19 novembre 1817. Un monument est érigé sur sa tombe, par souscription publique. Peu de temps après, le peuple commence à déterminer les causes d'un tel malheur. On reproche à la Reine et au Prince-Régent de ne pas avoir été présents lors de l'accouchement, alors que Charlotte leur avait pourtant demandé de rester avec elle. On blâma aussi Croft, pour les soins qu'il donna à la Princesse, même si le Prince-Régent lui-même ne considéra pas Croft comme responsable du malheur, ce qui n'empêcha pas ce dernier de se donner la mort trois mois plus tard. L'évènement reste dans les mémoires sous le nom de « l'accouchement triplement tragique », du fait de la mort de l'enfant, de la mère et du médecin, et provoqua à l'époque un changement dans la façon de s'occuper des futures mères, en privilégiant les accoucheurs des classes ouvrières et l'usage des forceps.

Le décès de Charlotte laisse le roi sans héritier légitime, provoquant une véritable crise de succession qui pousse le vieux monarque à marier ses fils encore célibataires. C'est ainsi que son fils Édouard, duc de Kent et Strathearn, épouse la sœur de Léopold, Victoria, princesse douairière de Leiningen. Leur fille, la princesse Victoria de Kent, devient finalement reine du Royaume-Uni en 1837. Léopold quant à lui accède au titre de roi des Belges, s'occupant à distance de sa nièce et de son mariage avec son neveu, le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha.

Notes et référencesModifier

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