Dioxyde de zirconium

composé chimique
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Dioxyde de zirconium
Image illustrative de l’article Dioxyde de zirconium
__ Zr4+     __ O2–
Structure cristalline du dioxyde de zirconium.
Identification
Nom systématique dioxyde de zirconium
Synonymes

zircone

No CAS 1314-23-4
No ECHA 100.013.844
No CE 215-227-2
No RTECS ZH8800000
PubChem 62395
SMILES
InChI
Apparence poudre blanche[1]
Propriétés chimiques
Formule O2ZrZrO2
Masse molaire[3] 123,223 ± 0,003 g/mol
O 25,97 %, Zr 74,03 %,
Moment dipolaire 7,80 ± 0,02 D[2]
Propriétés physiques
fusion 2 680 °C[1]
ébullition 4 300 °C[1]
Solubilité pratiquement insoluble dans l'eau[1]
Masse volumique 5,85 g/cm3[1] à 20 °C
Cristallographie
Système cristallin Monoclinique
Symbole de Pearson
Classe cristalline ou groupe d’espace P21/c (no 14) [4]

Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

Le dioxyde de zirconium, ou oxyde de zirconium(IV), couramment appelé zircone, est un composé chimique de formule ZrO2. Il s'agit d'une céramique réfractaire qui cristallise dans le système monoclinique et le groupe d'espace P21/c (no 14) avec les paramètres cristallins a = 513,8 pm, b = 520,4 pm, c = 531,3 pm et β = 99,2°[4]. On le trouve dans le milieu naturel sous la forme d'un minéral rare à cristaux monocliniques appelé baddeleyite (en), qui contient des impuretés d'hafnium. La zircone ne doit pas être confondue avec le zircon, minéral constitué de silicate de zirconium(IV) (en) ZrSiO4.

La zircone est couramment stabilisée à température ambiante dans ses structures cristallines cubique ou tétragonales, qui n'existent normalement qu'au-dessus de 1 173 °C, à l'aide de dopants tels que l'oxyde de magnésium MgO, l'oxyde de calcium CaO et surtout l'oxyde d'yttrium(III) Y2O3[5], ce dernier donnant de la zircone stabilisée à l'oxyde d'yttrium, notée YSZ, aux multiples applications industrielles — une variété stabilisée à l'oxyde de scandium Sc2O3 a par exemple été mise en œuvre sur Mars dans l'expérience MOXIE du rover Perseverance[6]. Diverses autres terres rares peuvent être utilisées, qui donnent des matériaux à dureté améliorée, avec par exemple une dureté Vickers de 8,68 GPa (885 HV) mesurée avec une concentration molaire de 13 % d'oxyde de cérium(IV) CeO2[7]. Des traitements de surface appropriés permettent de doter des paliers en zircone d'états de surface éliminant significativement les frottements, par exemple pour réaliser des paliers lisses ou des roulements à billes. Les zircones sont également des précurseurs des titano-zirconates de plomb (céramiques PZT), de formule PbZrxTi1−xO3, où 0 ≤ x ≤ 1, aux très nombreuses applications électroniques comme diélectriques high-κ.

La zircone cubique monocristalline transparente, dite CZ, peut être utilisée comme gemme pour simuler des diamants en joaillerie.

Propriétés généralesModifier

On obtient la zircone par calcination de composés du zirconium en tirant profit de sa stabilité thermique[5]. Le zircon ZrSiO4 est couramment utilisé comme produit de départ. On peut également l'obtenir par déshydratation et recuit d'hydrates d'oxydes de zirconium ou de sels de zirconium tels que des nitrates, des oxalates ou des acétates traités avec des oxoacides volatils[4]. La zircone est chimiquement inerte : elle est lentement attaquée par l'acide sulfurique et l'acide fluorhydrique concentré, et donne du carbure de zirconium ZrC lorsqu'elle est chauffée en présence de carbone, mais donne du chlorure de zirconium(IV) ZrCl4 lorsqu'elle est chauffée avec du carbone en présence de chlore : cette conversion est à la base de la purification du zirconium élémentaire et est analogue au procédé Kroll d'extraction du titane.

La zircone pure cristallise dans le système monoclinique jusqu'à 1 173 °C, puis passe au système tétragonal jusqu'à 2 370 °C, et reste cubique jusqu'à 2 680 °C, son point de fusion[8]. Ses groupes d'espace sont alors respectivement P21/c (no 14), P42/nmc (no 137) et Fm3m (no 225), avec dans ce dernier cas une structure fluorine cubique à faces centrées.

La zircone est généralement employée sous sa forme dite stabilisée, c'est-à-dire sans transition de phase induite par chauffage. La transition entre les phases tétragonale et monoclinique s'accompagne en effet d'un changement de volume pouvant atteindre 5 % susceptible de générer de fortes contraintes de cisaillement qui fragilisent les joints de grains[9] et peuvent donner lieu à des fissures à travers le matériau[10]. Cette stabilisation est généralement réalisée par l'adjonction d'un faible pourcentage molaire d'oxyde d'yttrium(III) Y2O3, ce qui donne un matériau, appelé zircone stabilisée à l'oxyde d'yttrium et noté YSZ, aux propriétés thermiques, mécaniques et électriques améliorées.

La phase tétragonale peut, dans certains cas, être métastable, ce qui peut conduire, sous l'effet de contraintes mécaniques, et notamment de concentration de contraintes au bord des fissures, à former des phases monocliniques au sein du matériau ; l'expansion volumique associée a pour effet de comprimer les fissures et de retarder leur propagation, ce qui améliore la ténacité de ces zircones. Ce mécanisme de renforcement par transition de phase induite sous contrainte mécanique est souvent désigné par son terme anglais transformation toughening, et contribue à la fiabilité et à la durée de vie des pièces en zircone stabilisée[11],[12]. La zircone polycristalline tétragonale, ou zircone TZP, est un cas particulier de zircone partiellement stabilisée, ou PSZ, constituée uniquement de phases tétragonales métastables.

La largeur de la bande interdite du dioxyde de zirconium dépend de la phase cubique, tétragonale, monoclinique ou amorphe du matériau ainsi que de son mode de production, mais est généralement estimée entre 5 et 7 eV[13].

La zircone peut être mise en œuvre par frittage ou par projection plasma. Après frittage, elle se caractérise par une très grande résistance à la rupture, à la fissuration[14].

UtilisationsModifier

La zircone est principalement utilisée pour produire des céramiques dures, comme en odontologie, mais l'est également comme revêtement protecteur pour particules de pigments de dioxyde de titane[5], comme matériau réfractaire, comme isolant électrique, comme abrasif ou encore comme constituant d'émail. On la retrouve par exemple dans les pièces d'usure soumises à des frottements, comme les palierspaliers lisses ou roulements à billes — tels que les chemises des moteurs en compétition automobile.

La zircone stabilisée — notamment à l'oxyde d'yttrium dite 8YSZ — est utilisée dans les sondes lambda et les membranes pour piles à combustible en raison de sa perméabilité à l'oxygène à haute température, ce qui en fait une électrocéramique des plus utiles. Elle est également employée comme électrolyte pour composants électrochromes.

La zircone polycristalline tétragonale (zircone TZP) est utilisée en odontologie conservatrice pour la réalisation de prothèses dentaires telles que couronnes et bridges. Elle est également utilisée pour la réalisation de têtes fémorales des prothèses de hanche.

Les zircones sont également des précurseurs des titano-zirconates de plomb (céramiques PZT), de formule PbZrxTi1−xO3, où 0 ≤ x ≤ 1, aux très nombreuses applications électroniques comme diélectriques high-κ, en subsitution du dioxyde de silicium SiO2 dont la permittivité n'est pas assez élevée pour les technologies contemporaines des semiconducteurs.

Applications thermiquesModifier

La zircone cubique présente une conductivité thermique particulièrement faible qui lui vaut d'être utilisée comme barrière thermique pour réacteurs d'avion[15] et turbines à gaz permettant un fonctionnement à haute température. Son coefficient de dilatation thermique est relativement élevé pour une céramique, ce qui permet d'envisager la réalisation de couples céramique/alliages métalliques présentant de bonnes propriétés thermiques et mécaniques[16].

EnvironnementModifier

La zircone peut être utilisée comme photocatalyseur en raison de sa grande largeur de bande interdite, de l'ordre de 5 eV[17], ce qui permet de générer des porteurs (électrons et trous) d'énergie élevée. Certaines études ont démontré l'activité de la zircone, dopée pour accroître son absorption dans le spectre visible, dans la dégradation de matière organique[18],[19] et dans la réduction du chrome hexavalent des eaux usées[20].

Lames de couteaux en céramiqueModifier

La zircone est également utilisée dans la fabrication de couteaux à lame en céramique[21]. La zircone confère leur couleur blanche à ces lames, des lames noires chargées en carbone existant également.

Joaillerie et horlogerieModifier

En raison de la possibilité de lui donner des teintes diverses (noir, blanc, rose...), de sa relative résilience comparativement à d'autres céramiques et de son indice de réfraction élevé, la zircone est utilisée comme matériau pour la réalisation d'objets de luxe en joaillerie, en bijouterie et en horlogerie.

L'un des principaux problèmes tient à la difficulté de polissage, du fait de la dureté du matériau.

La zircone est aussi utilisée par Omega : la Speedmaster « Dark Side of the Moon » est fabriquée à partir d'un seul bloc d'oxyde de zirconium. Seiko[22] à recours au zirconium noir ou bleu pour le bracelet et la montre dans certaines collections de luxe très haut de gamme.

Notes et référencesModifier

  1. a b c d et e Entrée « Zirconium(IV) oxide » dans la base de données de produits chimiques GESTIS de la IFA (organisme allemand responsable de la sécurité et de la santé au travail) (allemand, anglais), accès le 5 mai 2021 (JavaScript nécessaire)
  2. (en) David R. Lide, Handbook of chemistry and physics, Boca Raton, CRC, , 89e éd., 2736 p. (ISBN 978-1-4200-6679-1 et 1-4200-6679-X), p. 9-50
  3. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  4. a b et c (de) Georg Brauer, Handbuch der Präparativen Anorganischen Chemie, 3e éd. révisée, vol. 2, Enke, Stuttgart, 1978, p. 1370. (ISBN 3-432-87813-3)
  5. a b et c (en) Ralph H. Nielsen et Gerhard Wilfing, « Zirconium and Zirconium Compounds », Ullmann's Encyclopedia of Industrial Chemistry,‎ (DOI 10.1002/14356007.a28_543.pub2, lire en ligne)
  6. (en) M. Hecht, J. Hoffman, D. Rapp, J. McClean, J. SooHoo, R. Schaefer, A. Aboobaker, J. Mellstrom, J. Hartvigsen, F. Meyen, E. Hinterman, G. Voecks, A. Liu, M. Nasr, J. Lewis, J. Johnson, C. Guernsey, J. Swoboda, C. Eckert, C. Alcalde, M. Poirier, P. Khopkar, S. Elangovan, M. Madsen, P. Smith, C. Graves, G. Sanders, K. Araghi, M. de la Torre Juarez, D. Larsen, J. Agui, A. Burns, K. Lackner, R. Nielsen, T. Pike, B. Tata, K. Wilson, T. Brown, T. Disarro, R. Morris, R. Schaefer, R. Steinkraus, R. Surampudi, T. Werne et A. Ponce, « Mars Oxygen ISRU Experiment (MOXIE) », Space Science Reviews, vol. 217, no 1,‎ , article no 9 (DOI 10.1007/s11214-020-00782-8, Bibcode 2021SSRv..217....9H, lire en ligne)
  7. (en) Salah-ud Din et A. Kaleem, « Vickers hardness study of zirconia partially stabilized with lanthanide group oxides », Materials Chemistry and Physics, vol. 53, no 1,‎ , p. 48-54 (DOI 10.1016/S0254-0584(97)02057-9, lire en ligne)
  8. (en) R. Stevens, « An introduction to zirconia », Magnesium Elektron Publication, no 113, 1983.
  9. (en) Jérôme Chevalier, Laurent Gremillard, Anil V. Virkar et David R. Clarke, « The Tetragonal‐Monoclinic Transformation in Zirconia: Lessons Learned and Future Trends », Journal of the American Ceramic Society, vol. 92, no 9,‎ , p. 1901-1920 (DOI 10.1111/j.1551-2916.2009.03278.x, lire en ligne)
  10. (en) P. Platt, P. Frankel, M. Gass, R. Howells et M. Preuss, « Finite element analysis of the tetragonal to monoclinic phase transformation during oxidation of zirconium alloys », Journal of Nuclear Materials, vol. 454, nos 1-3,‎ , p. 290-297 (DOI 10.1016/j.jnucmat.2014.08.020, lire en ligne)
  11. (en) A. G. Evans et R. M. Cannon, « Overview no. 48: Toughening of brittle solids by martensitic transformations », Acta Metallurgica, vol. 34, no 5,‎ , p. 761-800 (DOI 10.1016/0001-6160(86)90052-0, lire en ligne)
  12. (en) D. L. Porter, A. G. Evans et A. H. Heuer, « Transformation-toughening in partially-stabilized zirconia (PSZ) », Acta Metallurgica, vol. 27, no 10,‎ , p. 1649-1654 (DOI 10.1016/0001-6160(79)90046-4, lire en ligne)
  13. (en) Jane P. Chang, You-Sheng Lin et Karen Chu, « Rapid thermal chemical vapor deposition of zirconium oxide for metal-oxide-semiconductor field effect transistor application », Journal of Vacuum Science & Technology B, vol. 19, no 5,‎ , p. 1782-1787 (DOI 10.1116/1.1396639, Bibcode 2001JVSTB..19.1782C, lire en ligne)
  14. zircone.fr
  15. (en) April Gocha, « New ceramic thermal barrier coating is long, strong, and down to get the friction on », sur https://ceramics.org/, The American Ceramic Society, (consulté le 7 mai 2021).
  16. Fabrice Crabos, « Caractérisation, évaluation et optimisation de systèmes barrière thermique industriels. Applications aux turbines à gaz », sur https://www.theses.fr/, Institut national polytechnique de Toulouse, (consulté le 7 mai 2021).
  17. (en) Chiara Gionco, Maria C. Paganini, Elio Giamello, Robertson Burgess, Cristiana Di Valentin et Gianfranco Pacchioni, « Cerium-Doped Zirconium Dioxide, a Visible-Light-Sensitive Photoactive Material of Third Generation », The Journal of Physical Chemistry Letters, vol. 5, no 3,‎ , p. 447-451 (PMID 26276590, DOI 10.1021/jz402731s, lire en ligne)
  18. (en) Quan Yuan, Yang Liu, Le-Le Li, Zhen-Xing Li, Chen-Jie Fang, Wen-Tao Duan, Xing-Guo Li et Chun-Hua Yan, « Highly ordered mesoporous titania–zirconia photocatalyst for applications in degradation of rhodamine-B and hydrogen evolution », Microporous and Mesoporous Materials, vol. 124, nos 1-3,‎ , p. 169-178 (DOI 10.1016/j.micromeso.2009.05.006, lire en ligne)
  19. (en) Fabrício Eduardo Bortot Coelho, Chiara Gionco, Maria Cristina Paganini, Paola Calza et Giuliana Magnacca, « Control of Membrane Fouling in Organics Filtration Using Ce-Doped Zirconia and Visible Light », Nanomaterials, vol. 9, no 4,‎ , article no 534 (PMID 30987140, PMCID 6523972, DOI 10.3390/nano9040534, lire en ligne)
  20. (en) Fabrício Eduardo Bortot Coelho, Victor M. Candelario, Estêvão Magno Rodrigues Araújo, Tânia Lúcia Santos Miranda et Giuliana Magnacca, « Photocatalytic Reduction of Cr(VI) in the Presence of Humic Acid Using Immobilized Ce–ZrO2 under Visible Light », Nanomaterials, vol. 10, no 4,‎ , article no 779 (PMID 32325680, PMCID 7221772, DOI 10.3390/nano10040779, lire en ligne)
  21. (en) Pradyut Sengupta, Arjak Bhattacharjee et Himadri Sekhar Maiti, « Zirconia: A Unique Multifunctional Ceramic Material », Transactions of the Indian Institute of Metals, vol. 72,‎ , p. 1981-1998 (DOI 10.1007/s12666-019-01742-9, lire en ligne)
  22. « Grand Seiko », sur www.grand-seiko.com (consulté le 16 octobre 2019).

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