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La zaouïa de Dila est une confrérie soufie marocaine fondée vers 1566 et qui joue un rôle prépondérant dans la vie politique et religieuse marocaine au XVIIe siècle.

Tenant son espace d'origine et d'accroissement au sein des tribus berbères du Moyen Atlas, la zaouïa de Dila atteint son apogée vers 1659, en contrôlant une grande partie du nord du Maroc et en ayant son leader, Muhammad al-Hajj ad-Dila'i, proclamé sultan à Fès.

Sommaire

HistoireModifier

OrigineModifier

Le mouvement dilaïte émerge au sein de la tribu sanhajienne des Aït Mejjat, installée primitivement sur le cours supérieur de la Moulouya[1] et ayant migré au début du XVe siècle vers le piémont occidental de l'Atlas.

Vers 1566, sous le règne du sultan Abdallah al-Ghalib, le marabout sidi Abubakr ibn Muhammad as-Sanhaji al-Mejjati réunit ses disciples en confrérie religieuse. Sous Abubakr et son successeur, la zaouïa, alors cantonnée dans ses fonctions religieuses et sociales, entretient des relations cordiales avec le pouvoir central saadien.

Montée en puissanceModifier

 
Etat de morcellement du Maroc après l'assassinat du dernier sultan saadien

Au début du XVIIe siècle, à la suite de la période d'anarchie ayant succédé au décès du sultan Ahmad al-Mansur en 1603 et l'accession au trône de Moulay Zidane en 1613, plusieurs régions du Maroc échappent au contrôle du pouvoir central saadien[2] :

La zaouïa de Dila apparait alors, sous l'impulsion de Muhammad al-Hajj, 3e chef depuis sa fondation, comme un mouvement combinant spiritualité et politique, mêlant l'idéologie de la sainteté et du chérifisme aux aspirations au pouvoir par les Berbères. Elle profitera de la faiblesse du pouvoir saadien et du morcellement du pays pour étendre son influence et son contrôle sur plusieurs villes et régions du nord et du centre du Maroc[3].

ApogéeModifier

La zaouïa de Dila arrive à son apogée au milieu du XVIIe siècle, après avoir commandité l'assassinat[4] d'El-Ayachi en 1641, en étendant son influence sur les villes de Fès, Tétouan et Ksar el-Kébir et sur l'embouchure du Bouregreg, ainsi que sur les plaines du nord-ouest et le couloir de Taza jusqu'à la Moulouya[2].

Muhammad al-Hajj, chef de la zaouïa, gouverne ainsi Fès dès 1641[5] et y est proclamé sultan en 1659, à la suite du décès du dernier sultan saadien Ahmad al-Abbas. Il en est délogé en 1663 par les Alaouites, qui prennent l'ascendant et entreprennent la réunification du Maroc[6].

Chute et disparitionModifier

La conquête du pouvoir par les Alaouites et l'accession au trône de Moulay Rachid en 1666 marque un tournant, et la zaouïa de Dila perd tout pouvoir politique en 1668[3],[5].

Aḥamad ibn Abdallah, petit-fils de Muhammad al-Hajj, tente une dernière fois, avec l'appui des Turcs, de reconquérir le pouvoir perdu au profit des Alaouites, en organisant un soulèvement des tribus du Moyen-Atlas en 1677. Après quelques succès initiaux, la tentative avorte et consacre l'échec ultime des Dilaïtes, marquant la fin de leurs visées politiques.

La zaouïa est rasée en 1696 par Moulay Ismail et ne sera jamais restaurée[3].

Notes et référencesModifier

  1. J. Brignon et al., Histoire du Maroc, Ed. Hatier (1967), p.224
  2. a et b Brahim Harakat, « Le Makhzen sa'adien », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, nos 15-16,‎ , p. 43-60 (lire en ligne)
  3. a b et c Mustapha Jlok, « La sainteté et le culte des saints », dans Le Patrimoine culturel marocain, Paris, Maisonneuve et Larose, (ISBN 2-7068-1696-1), p. 357-374
  4. (es) Mikel de Epalza, Los Moriscos antes y después de la expulsión, Madrid, Mapfre, (ISBN 84-7100-249-3), p. 106
  5. a et b (en) Benson Akutse Mojuetan, « The sa'adian state of Ahmad al-Mansur and the aftermath », dans History and Underdevelopment in Morocco: the Structural Roots of Conjuncture, Münster/Londres, Lit International/International African Institute, (ISBN 3-89473-697-6), p. 64-76
  6. Peyron 1995

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Souad Laziz, La Zaouia de Dila : Institution religieuse et mouvement politique (Maroc au XVIIe siècle), Perpignan, Faculté pluridisciplinaire des sciences humaines juridiques économiques et sociales (mémoire de DEA : Droit, institutions, sociétés, Islam et Afrique francophones), , 48 p. (OCLC 490696196)
  • Michaël Peyron, « Dila‘ », dans Gabriel Camps (dir.), Encyclopédie berbère, Aix-en-Provence, Édisud, , 2340-2345 p. (ISBN 2-85744-808-2, lire en ligne), chap. 15