Yvonne Picard

philosophe et résistante française
Yvonne Picard
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Colette Picard (belle-sœur)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Yvonne Picard est une philosophe française née le à Athènes et morte le à Auschwitz où elle a été déportée comme résistante. Elle est la sœur de Gilbert Charles-Picard et la fille de l'archéologue Charles Picard.

BiographieModifier

Yvonne Picard nait le à Athènes où son père, l'archéologue Charles Picard dirige alors l'École française[1]. Après le retour de la famille à Paris sa mère meurt en 1936[2]. Elle fait ses études au cours Sévigné où en classe terminale Maurice Merleau-Ponty enseigne la métaphysique et la morale. Sous son influence elle s'intéresse aux philosophies de Kant, Hegel, Husserl, Heidegger, et apprend l'allemand[2]. Elle lit aussi les romanciers américains, Faulkner, Steinbeck, Dos Passos.

À la Sorbonne, Yvonne Picard fréquente les cours de Jean Wahl, se lie d'amitié avec Roland Caillois, frère de Roger Caillois, Janine Minkowski, fille d'Eugène Minkowski et Claude Simonnet, continuant de rencontrer son ancien professeur Maurice Merleau-Ponty[2], grâce à qui elle est en contact avec Sartre et Simone de Beauvoir. Durant l'hiver 1938-1939 elle suit les derniers cours d'Alexandre Kojève[3]. Pendant l'hiver suivant Claude Simonnet et Yvonne Picard font connaissance d'un groupe d'étudiants d'une année plus jeunes, Raoul Lévy, Jean Kanapa, Bernard Lamblin, tous trois anciens élèves de Sartre au lycée Pasteur de Neuilly, et de Bianca Lamblin, ancienne élève de Simone de Beauvoir au lycée Molière, eux aussi intéressés par la philosophie phénoménologique. Après l'exode ils se retrouvent souvent dans la maison d'Alfred Manessier, absent de Paris, où loge Claude Simonnet[4].

Licenciée de philosophie à 19 ans, c'est en étudiant la philosophie marxiste qu'elle adhère au communisme[1]. Elle donnera des cours à l'École normale supérieure de jeunes filles[1].

Yvonne Picard intègre brièvement le groupe Socialisme et Liberté fondé par Jean-Paul Sartre en 1941, rejoint les Jeunesses communistes et entre dans la Résistance. L'été 1941 elle rejoint Claude Simonnet chez ses parents à Mortagne-au-Perche[5]. À l'automne, ayant obtenu une délégation rectorale au lycée de Sèvres, elle emménage dans une chambre d'un petit hôtel de la rue Joseph-Bara. Elle fait ensuite son stage d'agrégation dans la classe de Simone de Beauvoir au Lycée Camille-Sée. L'hiver suivant elle confie qu'elle supporte « de plus en plus mal l'attitude timorée, conformiste, pétainiste » de son père[6]. Vers la fin de elle décide de quitter le parti communiste et en informe sa cellule. On lui demande de procéder à une dernière distribution de tracts, que la police retrouvera dans sa chambre[6].

Afin d'éviter que ses parents s'inquiètent, Yvonne Picard avait laissé son adresse à son père. Quand, en , la police trouve sur le carnet d'un Franc-tireur partisan arrêté la mention « 1-8-20 Athènes » (la date et le lieu de naissance d'Yvonne Picard), le rapprochement est fait avec elle[1]. La police se présente au domicile, avenue de l'Observatoire de son père Charles Picard qui indique où elle se trouve en toute confiance, n'imaginant pas qu'avec sa position (il est alors membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres) sa famille puisse être inquiétée[1]. Yvonne Picard est arrêtée le [7] ou plutôt le avec son fiancé ou camarade Gaston Étiévent (marié et de dix ans son aîné)[8] qui est fusillé en [1]. Malgré les interventions de son père, elle ne sera pas libérée[1].

Yvonne Picard arrive au Dépôt de la préfecture de Police de Paris le 21 ou après quatre jours à la Préfecture où elle partage une cellule aménagée pour deux personnes avec vingt-six compagnes[9]. Le elle est livrée aux autorités allemandes et emmenée au fort de Romainville où elle se lie d'amitié avec Charlotte Delbo. Elles font partie du convoi du 24 janvier 1943[10] de 230 femmes et 1200 hommes quittant la gare de Compiègne pour le camp d'Auschwitz[7] où elle reçoit le numéro 31 634[1]. Atteinte de dysenterie dès son arrivée, elle est particulièrement déprimée[1]. Elle meurt au revier du camp le [1] à vingt-deux ans.

PublicationsModifier

  • « Le Temps chez Husserl et chez Heidegger », Deucalion, 1946, no 1, p. 93-124[11] ; réédition La Liberté de l'esprit, 1987, no 16, p. 279-289 ; réédition Philosophie, no 100, 2009, présenté par Daniel Giovannangeli[12]
  • Alphonse de Waelhens, Jean Wahl, Aimé Patri, Yvonne Picard, « Remarques sur une nouvelle doctrine de la liberté », Deucalion, 1946, no 1, p. 75-92

BibliographieModifier

  • Charlotte Delbo
    • Le Convoi du , Les Éditions de Minuit, 1965, 1978, 1995.
    • Auschwitz et après, 3 tomes :
    • Aucun de nous ne reviendra, Editions Gonthier SA Genève, collection Femmes, publiée sous la direction de Colette Audry. 1965.
    • Aucun de nous ne reviendra, Réédition: Les Éditions de Minuit, 1970, 1979, 1995.
    • Aucun de nous ne reviendra, livre audio, coll. La Bibliothèques des voix, Éditions des femmes-Antoinette Fouque, 2017. (Coup de cœur 2017 de la parole enregistrée de l'Académie Charles Cros ; Grand Prix du livre audio, catégorie Contemporain, de La plume de Paon)
  • Emmanuel Levinas, « Yvonne Picard », La liberté de l'esprit, Visages de la Résistance, La Manufacture, 1987, no 16, p. 277-278.
  • Emmanuel Levinas, Noms propres : Agnon, Buber, Celan, Delhomme, Derrida, Jabès, Kierkegaard, Lacroix, Laporte, Picard, Proust, Van Breda, Wahl, Fata Morgana, 1976.
  • Bianca Lamblin, « L'Histoire d'Yvonne Picard suivi d'une Lettre d'Yvonne Picard à Maurice Merleau-Ponty en date du 5 août 1942 », Esprit,‎ , p.88-101.
  • Dominique Desanti, Ce que le siècle m'a dit : mémoires, Plon, 1997.
  • Simone de Beauvoir, La Force des choses, Gallimard, 1963.
  • Daniel Giovannangeli, « La lecture dialectique des Leçons », in Jocelyn Benoist (éd.), La conscience du temps. Autour des Leçons sur le temps de Husserl, Vrin, 2008, p. 137-159.
  • Annabelle Bonnet, « Marguerite Buffard, Yvonne Picard e Simone Weil: trois philosophes-héros», in La barbe ne fait pas le philosophe: les femmes et la philosophie en France (1880-1949), CNRS Éditions, 2022, p. 280-288.

NotesModifier

  1. a b c d e f g h i et j Charlotte Delbo, Le Convoi du 24 janvier, Éditions de Minuit, 1965 (réédité en 2002), 304 p. (ISBN 978-2-7073-1638-7 et 2-7073-1638-5), p. 230-231.
  2. a b et c Lamblin 1992, p. 89.
  3. Lamblin 1992, p. 90.
  4. Lamblin 1992, p. 91.
  5. Lamblin 1992, p. 92.
  6. a et b Lamblin 1992, p. 94.
  7. a et b Plaque commémorative.
  8. Lamblin 1992, p. 98. .
  9. Lamblin 1992, p. 96.
  10. « Présentation du convoi du 24 janvier 1943, dit convoi des 31000 », sur www.memoirevive.org (consulté le )
  11. Avec l’avertissement suivant : « Nous tenons à honneur de publier ces pages d’Yvonne Picard, étudiante à la Sorbonne, morte en Allemagne dans un camp de concentration. Elles ont été écrites en 1941 ».
  12. https://www.cairn.info/revue-philosophie-2009-1-page-3.htm

Liens externesModifier