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Le yârsânisme ou yaresanisme (kurde : yâresân[1]) ou Ahl-e Haqq (persan:اهل حق, "Ahl-e Haqq", dérivé de l'arabe et qui peut se comprendre comme "Peuple de la vérité" aussi bien que "Homme de Dieu"[2]) est une religion, fondée par Sultan Sahâk à la fin du XIVe siècle en Iran occidental (Kurdistan iranien)[3].

Cette religion, très peu connue des pays occidentaux et du grand public international, est aussi persécutée que le yézidisme, le judaïsme ou le christianisme dans le cadre des troubles actuels au Moyen-Orient, mais son sort reste très peu médiatisé.

Origines et filiationsModifier

Les origines du yârsânisme sont difficiles à cerner car on y trouve des emprunts à de nombreuses croyances[4].

Selon Irène Mélikoff, le yârsânisme est un ordre religieux s'apparentant aux autres groupes hétérodoxes ésotériques d'origine musulmane chiite comme les Ghulat (dits « baltinites »), les alévis, des druzes ou les ismaéliens. D'ailleurs, les membres de cette communauté pratiquent la taqiya (dissimulation) comme les druzes. Considérés comme apostats, ils sont persécutés par les autorités sunnites.

En revanche les chercheurs universitaires indépendants considèrent le yârsânisme comme une religion parmi d'autres : ainsi, selon Mehrdad Izady, le yârsânisme est l'une des trois religions formant le yazdanisme (avec l'alévisme et le yézidisme), terme qu'il a érigé pour désigner des religions qu'il considère comme kurdes et comportant des éléments antérieures à l'islam[5]. À propos des points communs entre ces trois religions, la turcologue Irène Mélikoff écrit que « "les trois principes bektachis-alévis concernant la Création du Monde (..) se retrouvent également dans des religions propres aux Kurdes, chez les Yézidis et les Ahl-è-Hakk" »[6]. D'autres points communs existent entre ces religions comme la croyance à "l'Ange-Paon" commune au yarsanisme et au yézidisme ou encore la représentation de "l'Ange-Paon" sous forme d'un coq, animal objet de vénération chez les Alévis[7].

Les yârsâns ont une littérature religieuse essentiellement écrite en goranî et marginalement en persan, bien que quelques yârsâns de nos jours parlent également le turkmène et le soranî. Leur littérature a été étudiée par Vladimir Minorsky.

PersécutionsModifier

La persécution subie par les yârsâns en Iran constitue une menace pour leur survie. Un rapport du 7 juillet 2006 de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe estime qu'en dépit des persécutions, la vieille religion du yazdanisme est toujours pratiquée sous les formes de l’alévisme, du yézidisme et du yarsanisme (Ahl-i-Haqq), mais le nombre des fidèles ne cesse également de baisser[8].

Cependant, face aux tentatives visant à étouffer la minorité yârsâne, celle-ci commence à s'organiser politiquement. Elle revendique sa kurdicité et sa propre religion à travers les statuts créant le Mouvement démocratique yarsan (MDY), adoptés lors du Congrès général yârsâne réuni à Oslo les 10 et 11 mars 2007. Devenue la principale organisation politique yârsâne, les statuts du MDY affirment que d'une part les yârsâns font partie de la nation kurde et que d'autre part d'un point de vue religieux, les yârsâns adhèrent à la religion yârsâni[9].

Les fidèlesModifier

Jusqu'au XXe siècle, la foi yârsâne était, comme la foi druze, prêchée uniquement à l'intérieur de la communauté kurde et seulement aux chekédés (« nés dans la communauté »), à l'exclusion des chasbédés (« rattachés », entrés dans la communauté par mariage avec une famille yârsân). Cette communauté comprenait principalement les tribus kurdes des Gurans, Qalkanis, Bajalanis et Sanjabis, vivant essentiellement en Iran occidental. Ces tribus forment approximativement le tiers de la population de la province de Kermanshah[10]. Il existe quelques communautés situées autour de Kirkouk dans le Nord de l'Irak.

LocalisationModifier

Le nombre actuel de yârsâns est estimé à environ 1 000 000 de personnes[11] essentiellement situées en Iran Occidental et en Irak. Les adeptes de cette religion vivent aujourd'hui dans l'ouest de l'Iran dans la Province de Kermanshah. Il y a aussi des groupes situés autour de Kirkouk en Irak. Ils sont Kurdes pour la plupart, bien qu'il y ait d'autres groupes[12] Lors, Laks, Azéris et Perses. Certains groupes[13] sont des arabes dans les villes de Mandali, Baquba, et Khanaqin. En Iran et en Irak certains Kurdes adeptes de cette religion sont appelés Kakaï.

NotesModifier

  1. P. G. Kreyenbroek (1992). Review of The Yaresan: A Sociological, Historical and Religio-Historical Study of a Kurdish Community, by M. Reza Hamzeh'ee, 1990, (ISBN 392296883X). Bulletin of the School of Oriental and African Studies, University of London, Vol.55, No.3, p. 565-566.
  2. (en) encyclopédie de l'Islam
  3. Elahi, Bahram (1987) The path of perfection, the spiritual teachings of Master Nur Ali Elahi. (ISBN 0712602003).
  4. Ostad Elahi et la tradition Ahl-e haqq[1]
  5. https://books.google.fr/books?id=I9mr6OgLjBoC&pg=PA28&lpg=PA28&dq=Izady,+Mehrdad+R.+%281992%29,+The+Kurds+:+a+concise+handbook,+Washington:+Taylor+%26+Francis,+ISBN+0844817279&source=bl&ots=0qKE7vjuJp&sig=jz-Mw4DB-ZVPllYHa0GPtLAhsRo&hl=fr&ei=IM55S_6aOpTf4gb0z5ShCg&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CAcQ6AEwAA#v=onepage&q=&f=false
  6. https://books.google.fr/books?id=45JfyzuN-8MC&pg=PA182&lpg=PA182&dq=Ir%C3%A8ne+Melikoff+Ahl-%C3%A9+Hakk&source=bl&ots=y6bj4iamwV&sig=-nrMuhE4d7HmyN19_VzMZoM0lCk&hl=fr&ei=tNV9S__0GMH-4AaQt-HXBA&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CAcQ6AEwAA#v=onepage&q=&f=false
  7. https://books.google.fr/books?id=45JfyzuN-8MC&pg=PA182&lpg=PA182&dq=irene+melikoff+ahl-e+hakk&source=bl&ots=y6bj4ickwV&sig=GNmBH_h0twQw-EMHrhPaFE75hNs&hl=fr&ei=vNx9S76jGMSA4QaHjfzhBA&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CAkQ6AEwAA#v=onepage&q=&f=false
  8. http://assembly.coe.int/MainF.asp?link=/Documents/WorkingDocs/Doc06/FDOC11006.htm
  9. http://www.yarsan-dm.com/in/images/stories/Booltan/b.a.engelisi.k1.pdf
  10. Z. Mir-Hosseini (1994). "Inner Truth and Outer History: The Two Worlds of the Ahl-e Haqq of Kurdistan", International Journal of Middle East Studies, Vol.26, p. 267-269.
  11. Encyclopedia of the Modern Middle East and North Africa (Detroit: Thompson Gale, 2004) p. 82
  12. (en) Démographie
  13. (en) leezenberg

BibliographieModifier

TextesModifier

  • Daftar-e ḵezāna-ye Perdīvarī (Le livre du trésor de Perdivar), 26 poèmes mythologiques. Voir M. Mokri, "Kalām sur l’Aigle divin et le verger de Pirdīvar", Journal asiatique, vol. 255, 1967, p. 361-374.
  • Bahrâm Elâhi, La voie de la perfection. L'enseignement d'un maître kurde en Iran (1976), Albin Michel, coll. "Spiritualités vivantes", 1982, 222 p. Enseignement de Nur 'Ali Elâhi, père de Bahrâm Elâhi, qui "appartient à un ordre très particulier, celui de Ahl-e Haqq, Fidèles ou Fervents de Dieu" (p. 11).

ÉtudesModifier

  • Vladimir Minorsky, "Notes sur la secte des Ahl-I Haqq", in Revue du monde musulman, volumes XL, 1920, p. 20–97; XLIV-XLV, 1921, p. 205-302.
  • Vladimir Minorsky, Notes sur la secte des Ahle-Haqq, Paris, 1922, 182 pp., 1920.
  • Syncretistic Religious Communities in the Near East: Collected Papers Od the International Symposium "Alevism in Turkey and Comparable Syncretistic Religious Communities in the Near East in the Past and Present", Berlin, 14-17 April 1955, Krisztina Kehl-Bodrogi, Barbara Kellner Heinkele, Anke Otter Beaujean éd., Brill, 1997.
  • Shahab Vali, "Les Yârsâns, Aspects Mythologiques Aspects Doctrinaux", Éditions universitaires européennes, 2011.

Liens externesModifier

Voir aussiModifier