Wilhelm Eduard Weber

physicien allemand

Wilhelm Eduard Weber ( à Wittemberg - à Göttingen) est un physicien prussien qui a raccordé différentes unités de mesures électriques et magnétiques par des expériences précises, et a joué un rôle décisif dans l'invention du télégraphe électrique. On lui doit une théorie originale de l'interaction électromagnétique[1].

BiographieModifier

Wilhelm Weber était le cinquième enfant d'un théologien de Wittenberg, et le petit-fils d'un agriculteur. Il étudia les sciences à Halle, soutint sa thèse en 1826 et devint privat-docent puis professeur surnuméraire de cette université.

L'unification des unités électromagnétiquesModifier

Wilhelm Weber, par la répétition systématique de toutes les expériences quantitatives d'Œrsted et Faraday, et le raccordement aux mesures magnétiques menées par Gauss, est un pionnier du système international d'unités électriques. Il a développé pour cela de nouveaux instruments de mesure, comme l'électrodynamomètre et le magnétomètre à inducteur terrestre, qui lui ont permis de mener des mesures d'une précision jusque-là inégalée : par ce moyen, il a, comme Newton avait relié accélération, force, masse et attraction gravitationnelle, raccordé entre elles toutes les grandeurs électromagnétiques connues de son temps : intensité du courant électrique, force électromotrice induite, capacité des condensateurs. Au cours de ce travail d'unification, Weber fit sa propre découverte, à savoir que les deux lois d'attraction de Coulomb : la force électrostatique et l'interaction magnétique dipolaire, qu'Œrsted avait reliées, sont, indépendamment du milieu matériel à travers lequel elles agissent, dans un rapport de vitesse, et que cette vitesse est celle de la lumière. C'était la première fois que cette grandeur, qu'on pensait alors caractéristique de l'éther luminifère, intervenait dans les lois de l'électromagnétisme. Cette découverte fut considérée à l’époque comme une confirmation de l'hypothèse de Faraday, selon laquelle les forces électromagnétiques agissent, comme la lumière, par propagation d'ébranlements d'un même éther. Maxwell put ainsi fonder son électrodynamique comme une mécanique des fluides appliquée à cet éther hypothétique, et le physicien autrichien Hasenöhrl en déduisit que les lignes de champ décrivent la répartition de l'énergie à travers l'éther[2].

Weber fut aussi le premier à suggérer la propagation de l'électricité par flux de particules élémentaires en s'appuyant sur la seconde loi de l'électrolyse de Faraday et sur les idées de Davy et Berzelius sur l'activité chimique des solutions. Outre une charge électrique, il assigne à ces particules d'électricité une masse (ou inertie) précise, et il explique par ce moyen la conduction électrique dans les métaux, étude qui sera reprise 30 ans plus tard à l'occasion des phénomènes découverts avec les rayons cathodiques[2]. Weber s'en sert également pour interpréter les effets du diamagnétisme.

Collaboration avec GaussModifier

En 1831, Gauss le fit recruter à la chaire de Physique de Göttingen, et les deux hommes travaillèrent désormais de concert à l'étude du magnétisme. On s'était déjà aperçu (à l'occasion des découvertes de Weber) que la vitesse de la lumière jouait un rôle en électricité, à savoir qu'elle mesurait la vitesse de propagation des signaux télégraphiques. Ce sont Gauss et Weber qui, en 1833, ont produit le premier télégraphe électromagnétique[3] qui connut une diffusion rapide, et poussa l'idée de mesurer la vitesse des signaux (avec des miroirs tournants), que l'on reconnut très voisine de la vitesse de la lumière, ouvrant à la physique de nouvelles perspectives[4]. Gauss et Weber furent certainement les premiers à utiliser un télégraphe électrique bifilaire, en envoyant un télégramme entre l'observatoire et l'Institut de physique de Göttingen, le courant nécessaire étant produit par rotation d'aimants. Peu après (en Bavière), le télégraphe devint le dipôle d'un circuit, avec retour par mise à la terre. Gauss et Weber avaient dédaigné de breveter leur invention ; mais un événement politique allait brutalement mettre un terme à cette fructueuse collaboration.

La crise de 1837Modifier

Weber était attaché à la liberté relative qu'avait apportée l'occupation française. Les décrets de Carlsbad marquaient déjà la volonté du pouvoir de contrôler davantage les universités ; mais lorsqu'en 1837, le gouvernement nommé par Guillaume IV envisagea l'abolition de la loi constitutionnelle de 1833 pour rétablir la constitution absolutiste de 1819, le physicien, conjointement avec des collègues de l'université de Göttingen, fit connaître son opposition[5]. Enfin, en 1837, Weber démissionna avec six des professeurs les plus éminents de l'établissement (les « Sept de Göttingen ») dont les frères Grimm.

 
Hommage à l'amitié entre deux savants aux opinions politiques opposées (jardins de l'université de Göttingen).

Weber demeura 5 ans sans emploi ni traitement. Une collecte fut organisée dans toute l'Allemagne pour aider les professeurs renvoyés : Weber reçut ainsi une somme de 100 thalers[6] ; mais il ne crut pas devoir y toucher : il demanda l'aide d'amis et loua une petite chambre. C'est Gauss qui lui apporta les premiers subsides, en le payant comme préparateur : ensemble, les deux chercheurs ont publié de 1837 à 1843 les résultats de leurs observations dans le cadre du Magnetischer Verein, groupe de recherches géodésiques subventionné par Alexander von Humboldt. Puis en 1843, Weber reçut une offre de l'université de Leipzig : il y mit au point son électrodynamomètre, appareil destiné à mesurer la force que, selon la loi d'Ampère, deux circuits électriques exercent l'un sur l'autre.

Comme les chaires laissées vacantes ne trouvaient pas de candidat (les collègues des démissionnaires, dans les autres universités d'Allemagne, étant solidaires), on rappela les Sept de Göttingen, mais seuls Weber et l’orientaliste Heinrich Ewald consentirent à reprendre les cours à la Georgia-Augusta. Une certaine historiographie a comparé cet épisode à celui de l'année 1934 (contexte de purge).

Dernières annéesModifier

Rétabli dans son poste de professeur à Göttingen, Weber a publié de 1846 à 1856 d'importantes recherches sur la détermination des forces électrodynamiques. Il devient membre étranger de la Royal Society en 1850, membre de l'Académie de Berlin (1863) et correspondant de l'Institut de France (1865).

Weber était d'un caractère jovial, avec un sourire juvénile et une certaine timidité, mais dans les discussions scientifiques il savait être inflexible. Il faisait spontanément confiance aux inconnus, et on lui a parfois reproché sa bienveillance envers les spirites[7]. Sa gentillesse et sa modestie attiraient l'attention même lorsqu'il se tenait à l'écart des discussions ; il ne manifesta par exemple aucun signe d'aigreur (et n'écrivit rien sur ce sujet) lorsqu'à la Convention du Mètre de Paris, on ne donna que des noms de savants français aux grandeurs physiques que lui-même avait caractérisées[8].

Favorable au idées libérales, Weber marqua toujours un vif intérêt pour les questions politiques, et il s'enthousiasma lors de la proclamation de l'Unité allemande en 1870. Il était de petite taille, les épaules étroites, mais il marchait d'un pas vif et continua d'effectuer des randonnées pédestres jusqu'à un âge avancé. Il conserva toute sa vie un commerce étroit avec ses frères ; il resta célibataire, une nièce s'occupant de la tenue de son intérieur[9].

L'unité du flux magnétique (le weber) lui doit son nom.

Notes et référencesModifier

  1. Cf. à ce propos Herbert Goldstein, Mécanique classique, PUF, , p. 21, note
  2. a et b Philipp Lenard, Grosze Naturforscher : eine Geschichte der Naturforschung in Lebensbeschreibungen, Munich, J.-F. Lehmann, , « Wilhelm Weber ».
  3. La télégraphie optique remonte, on le sait, à l'invention des frères Chappe et même à un projet ancien d'Amontons ; mais on sait moins que les premières idées de télégraphie électrique sont à peine moins anciennes : peu après que l'intendant Du Fay eut fait connaître les expériences de propagation électrique de Gray, il y eut des essais d'envoi d'impulsions électriques, et à chaque fois qu'un nouveau phénomène électrique était découvert (comme l'action électrochimique), l'idée d'envoyer des signaux refaisait surface, mais en employant autant de fils qu'il y a de lettres dans l'alphabet, ce qui rendait l'idée inapplicable.
  4. On doit ces premières au Londonien Ch. Wheatstone (1802-1875), l'inventeur du pont de résistances (dont lui-même attribuait l'invention à un autre). Wheatstone a aussi produit la vérification du principe de la dynamo à induction, avant que Siemens l'exploite à échelle industrielle. Cf. R. Appleyard, Pioneers of Electrical Communication, Londres, Ayer Co. Publ., , et W. Siemens, Lebenserinnerungen, Hofenberg (réimpr. 6e, 2017), 274 p. (ISBN 3843030022), p. 253.
  5. Les insinuations du monarque, ou celles publiées en première page de Gegenwart par W. V. Humboldt (selon lesquelles les professeurs d'Allemagne n'ont pas vraiment de patrie et que, tels des courtisanes, ils se rendent là où on leur propose quelque argent), ont sans doute contribué à cette fronde. Les frères Grimm comptaient au nombre des Sept de Göttingen, mais Gauss s'abstint : conservateur dans l'âme, il n'avait pas une haute opinion du régime constitutionnel et du système délibératif ; par son éducation et ses opinions, il se défiait du peuple, et encore plus des révolutionnaires : cf. à ce sujet Sartorius von Waltershausen, Gauss zum Gedächtnis, Leipzig, S. Hirzel, , 108 p., in-8°, p. 94 ; il respecta pourtant les convictions de ses sept collègues. La position de Weber était sans doute proche de celle de Jakob Grimm (comme l'indique le dernier extrait des ”Ecrits mineurs”, réédition de 1911, Hyperionverlag Berlin, pp. 28 et suiv.).
  6. C'est-à-dire à peu près deux années de traitement d'un professeur d'université.
  7. Sur ce point, Weber n'était en son temps pas un cas isolé ; tout un cercle de professeurs avait grandi au milieu des nouveautés du magnétisme et du galvanisme. Comme le montre la vie d'un Crookes, la situation n'était pas différente en Angleterre ; Faraday, chaque fois qu'il chassait les amateurs de « tables tournantes » de ses conférences, passait pour un original.
  8. Gérard Borvon et Christine Blondel, « Ampère et l'histoire de l'électricité : la longue histoire des unités électriques », sur Huma-Num-CNRS, (consulté le )
  9. D'après Heinrich Weber, W. Weber, eine Lebensskizze, Stuttgart, Deutsche Verlagsanstalt, .

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