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Wikipédia:Mort vs décédé

Dans une rédaction encyclopédique, il vaut mieux parler de la « mort » de quelqu’un que de son « décès ». En effet, le mot « décès » est un terme juridique et administratif[1],[2] (acte de décès) et il n'appartient pas au langage littéraire.

D'autre part, la conjugaison du verbe « décéder »[3] est problématique et déconseillée : « à la suite de son accident, M. Untel décéda dans la soirée ».

En outre, tant dans la littérature que dans de nombreuses expressions, c’est le substantif « mort » et le verbe « mourir » qui sont utilisés, que ce soit pour les êtres humains, les animaux, les choses ou les idées.

Pour certains dictionnaires tels que le Robert ou le Littré, le décès désigne « la mort naturelle »[4]. Or, dans certains cas, les causes de la mort sont un accident, un suicide, un meurtre, etc. ; le sens donné n'est alors pas cohérent avec le sujet encyclopédique.

Selon certains commentateurs[5], le phénomène de glissement sémantique consistant à faire perdre, par puritanisme ou « politiquement correct », leur substance aux mots et disparaître des locutions pourtant appropriées et ciblées s'est accentué depuis la fin du XXe siècle dans tous les domaines, y compris celui de la mort.

Le mot « décès » est ainsi souvent utilisé par euphémisme, ou « tabou linguistique » comme le nomme le linguiste Antoine Meillet. Si le signifié demeure, le signifiant frappé d’interdit [est] contourné par des expressions moins directes : le sens est dit, le mot est tu[6]. Il en va de même avec l'emploi de termes comme « disparaître » ou « s'éteindre » utilisés par métaphore[7], ou d'expressions décrivant les causes de la mort, telle la « longue maladie » (voire « longue et cruelle maladie ») désignant généralement le cancer[8].

Parmi les arguments avancés par les partisans du « décès », le fait que le terme serait plus respectueux ou encore que le mot « mort » est réservé aux animaux, ce que contredisent des organismes officiels comme l'Office québécois de la langue française qui indique que « décès ne s'applique qu'aux personnes ; on l'emploie dans la langue administrative et dans la langue juridique, ou encore par euphémisme. Par ailleurs, le verbe crever, lui, ne s'applique en effet qu'aux animaux. La langue française est suffisamment châtiée, le mot « mort » n'est nullement réservé aux animaux.

Le nom mort, lui, peut s'appliquer aux personnes, aux animaux et aux végétaux[9] ».

À noter que, sur Wikipédia, la catégorisation des articles utilise le terme [Mort de ...] pour la cause, mais [Décès à ...] pour le lieu ou [Décès en ...] pour l'année.

« Mort » est plus précis que « disparition », trop souvent employé dans ce sens, alors que disparaître signifie tout autre chose : c'est le contraire d'apparaître, quand on disparaît il ne reste rien, pas même un cadavre ! De plus cela peut prêter à confusion puisqu'une personne disparue n'est pas nécessairement morte.

Notes et référencesModifier

  1. Définition de « décès » sur le TLFI.
  2. Pierre Benjamin de Lafaye, Dictionnaire des synonymes de la langue française, Hachette, (lire en ligne), p. 786.
  3. Définition de « décéder » sur le TLFI.
  4. Émile Littré, « décès », Dictionnaire de la langue française.
  5. Lire par ex. « La mort agonise » (13 avril 2011), « Syllabe pour une fin » (29 novembre 2012), «  Le décès enterre la mort » (5 novembre 2014) sur Langue sauce piquante, blog des correcteurs du Monde.
  6. Marie-Laure Florea, « Dire la mort, écrire la vie », Questions de communication, 2011. Voir aussi dans la même publication Françoise Hammer, « Le faire-part de décès et la confrontation avec la mort ».
  7. Le terme « décès  » lui-même vient du latin decedere, signifiant aussi « s'éloigner », « s'en aller », « se départir » (Gaffiot, 1934).
  8. Ce que raille Pierre Desproges dans son Manuel de savoir-vivre à l’usage des rustres et des malpolis (éditions du Seuil, 1981) : « Contrairement aux autres sommités qui ont tendance à mourir à la suite d'une longue et cruelle maladie, il meurt à la suite d'une courte maladie rigolote. »
  9. « Décéder et mourir » sur la Banque de dépannage linguistique (BDL)

Voir aussiModifier