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Les expressions orales et graphiques des Wajapi *
Image illustrative de l’article Wayãpi
Le ministre de la culture Gilberto Gil remettant
le certificat de l'UNESCO aux Wayãpi
Pays * Drapeau du Brésil Brésil Drapeau de la France France
Liste Liste représentative
Année d’inscription 2008
Année de proclamation 2003
* Descriptif officiel UNESCO

Les Wayãpi, Wajãpi ou Wayampi (anciennement appelés Oyampi) sont l'un des six peuples autochtones amérindiens de Guyane française. Leur nombre est difficile à déterminer mais ils seraient entre 400 et 600 personnes en Guyane et autant au Brésil (environ 1 200 personnes au total)[1]. De langue et de culture tupi-guarani, comme les Tekos voisins (anciennement appelés Émerillons), ils habitent l'intérieur du pays, à Camopi sur le Moyen-Oyapock et à Trois-Sauts sur le Haut Oyapock. « Les expressions orales et graphiques des Wajapi » ont été proclamées en 2003 et inscrites en 2008 par l'UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité[2].

PrésentationModifier

Cette importante ethnie originaire du bas Rio Xingu appartient au groupe Tupi-Guarani.

HistoireModifier

XVIIIe siècleModifier

Selon l'ethnologue français contemporain Éric Navet, dans la seconde partie du XVIIIe siècle, leur expansion vers le nord les amène à guerroyer contre les Wayana, ethnie karib qui, dès 1760 déborde sur le versant nord du Tumuc-Humac, en Guyane française.

XIXe siècleModifier

Fuyant l'enrôlement auquel les Portugais voulaient les contraindre en 1815, les Wayãpi émigrent vers l'Oyapock vers 1820, estimés alors à une population de 6 000 personnes. Après avoir absorbé les restes d'ethnies (Piriu, Norak, Kaikušiana) décimées dans les missions jésuites, ils subissent eux aussi le choc microbien et leur population se retrouve réduite des deux-tiers en vingt ans[3].

XXe siècleModifier

Article détaillé : Capitaine (chef coutumier).

Selon Éric Navet, "redécouverts" en 1939 par la mission Monteux-Richard « dont l'objectif fût de reprendre contact avec les amérindiens français du bassin du Maroni [...], les relations avec les Wayãpi de l'Oyapock furent renouées en 1939 par le Dr Marcel Heckenroth, médecin-chef des troupes coloniales et administrateur de la circonscription de l'Oyapock de 1939 à 1947 »[4]. Les Wayãpi atteignent leur point démographiquement le plus bas en 1935-1940 avec seulement 480 représentants.

Les Wayãpi sont divisés en deux groupes:

  • Les Wayãpi du Sud, ou Wayãpi puku qui relèvent de l'administration brésilienne et la FUNAI (Fondation nationale de l'Indien).
  • Les Wayãpi du Nord, tous en Guyane, sont eux-mêmes subdivisés en deux villages autour de Camopi (Camopi et ilet Mula), et les Wayãpi du village de Trois-Sauts, sur le haut Oyapock, occupant trois villages. En 1982-83, les Wayãpi étaient 666 personnes dont 412 individus en Guyane[5].

XXIe siècleModifier

Assassinat d'Emrya WayãpiModifier

Le chef coutumier Wayãpi brésilien, Emrya Wayãpi, a été torturé et assassiné par un groupe d'orpailleurs entrés dans la réserve, et venus du village de Mariry, selon des témoignages locaux relayés par la presse le 23 juillet 2019, dans l'Etat d'Amapá au nord du Brésil, de l'autre côté de la frontière avec la Guyane française[6].

Mme Bachelet (Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a dénoncé ce meurtre comme « un symptôme inquiétant du problème croissant de l'invasion des terres autochtones - en particulier les forêts - par les mineurs, les bûcherons et les agriculteurs du Brésil »[6]. Elle estime comme beaucoup d'autres que les annonces médiatisées de Jair Bolsonaro et de son gouvernement visant à ouvrir davantage de zones de l’Amazonie à l’exploitation minière pourrait entraîner des incidents de violence, d’intimidation et des meurtres similaires à ceux infligés au peuple Wayãpi[6]. Elle demande aux Autorités brésiliennes de réagir "rapidement et efficacement pour enquêter sur cet incident et traduire en justice tous les responsables présumés, en pleine conformité avec la loi" et que des mesures soient prises pour efficacement sauver la vie et l'intégrité physique des Wayãpi, dont en protégeant leur territoire afin que le meurtre d'Emrya Wayãpi n'annonce pas une nouvelle vague de violence visant à effrayer les populations de leurs terres ancestrales et à permettre la destruction de la forêt tropicale . Elle déplore qu'après une période de progrès, on constate "une faible application des lois et des politiques existantes et, dans certains cas, le démantèlement des cadres institutionnels environnementaux et autochtones existants, comme cela semble maintenant être le cas au Brésil", en contradiction avec la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones[6]. la Haut-commissaire de l'ONU a aussi rappelé qu'il est maintenant scientifiquement prouvées de la destruction de l’Amazonie exacerbe le réchauffement global de la planète[6].

Alors que J. Bolsonaro affirme qu’il n’y a pas « d’indices forts » prouvant qu’Emrya Wayãpi a été assassiné par des orpailleurs, côté français ce crime a suscité émotion et colère chez les Wayãpi (« Toucher à nos frères du côté brésilien, c’est comme toucher à notre famille » a expliqué Claudette Labonté, qui ajoute que la politique de Jair Bolsonaro « qui veut exploiter l’or même sur les terres autochtones » est inacceptable. Un rassemblement a été organisé devant le consulat brésilien[7]. Certains craignent que des évènements identiques puissent se produire en Guyane (où vivent environ 13.000 Amérindiens) ; c'est l'alerte notamment lancée par le leader autochtone Christophe Yanuwana Pierre, après un rassemblement suscité par le meurtre du chef Emrya Wayãpi à environ 200 kilomètres de la frontière avec la Guyane[8]. Le Parc amazonien de Guyane a apporté son soutien à « la communauté wayãpi de l’Amapa face à ces agressions violentes et destructrices », et le secrétaire général de Guyane Ecologie, Michel Dubouillé a rappelé qu'il y a aussi eu « des accrochages très forts entre orpailleurs illégaux et des villageois de l’intérieur de la Guyane »[7]. l'AFP note aussi que « Le 17 juillet, trois soldats français sont morts accidentellement et un autre a été grièvement blessé dans une opération contre l’orpaillage illégal en Guyane »[7],[9].

Notes et référencesModifier

  1. Rodica Ailincai, Sandrine Jund et Maurizio Alì, « Comparaison des écosystèmes éducatifs chez deux groupes d'Amérindiens: les Wayãpi et les Wayana », Raisons, comparaisons, éducations : la revue française d’éducation comparée, Paris, L’Harmattan, no 8 « L'informel dans l'éducation de l'enfant »,‎ , p. 55-90 (ISBN 978-2-296-99427-0, ISSN 1967-5798, notice BnF no FRBNF41337358, HAL hal-01058307).
  2. « Les expressions orales et graphiques des Wajapi », sur ich.unesco.org (consulté le 22 octobre 2018).
  3. Éric Navet, Ike mun anam. Il était une fois... La dernière frontière pour les peuples Indiens de Guyane française, supplément à Nittassinan, revue trimestrielle du C.S.I.A., Épinal,1990, p. 14
  4. Éric Navet, "Les Teko dans leurs pays", in Guerriers de la Paix, les Teko de Guyane, Éric Navet, 40 ans d'ethnologie, ss dir. Colette Riehl Olivier, co-édition Association des Étudiants et Amis de l'Institut d'Ethnologie, alter-natives-network et Borealia, 2016, (ISBN 979-10-93466-10-1), p. 25
  5. Éric Navet, Ike mun anam. Il était une fois... La dernière frontière pour les Peuples Indiens de Guyane Française, supplément à Nittassinan, revue trimestrielle du C.S.I.A., 1990, .p. 15
  6. a b c d et e ONU info : Au Brésil, l’assassinat d’un chef Wayãpi, « symptôme inquiétant » de l'invasion des terres autochtones (ONU) Droits de l'homme, publié le 29 juillet 2019
  7. a b et c La Guyane française émue après la mort d’un chef indigène au Brésil ; publié par le magazine GoodPlanet Info le 31/07/2019
  8. Cayenne (AFP) [Plus de 150 personnes se sont rassemblées mardi devant le consulat du Brésil à Cayenne, en Guyane française, pour protester contre les pressions de l’orpaillage sur les peuples d’Amazonie après la mort d’un chef indigène au Brésil, ont indiqué les organisateurs].
  9. Guyane 1 TV (2019) Guyane : 3 militaires du 19ème Régiment du Génie de Besançon décèdent lors d’une opération Harpie  ; par Karl Constable, diffusé le 18/07/2019 à

BibliographieModifier

Littérature oraleModifier

  • Odile Renault-Lescure (galibi), Françoise Grenand (wayãpi), Éric Navet (émerillon), Contes amérindiens de Guyane : textes recueillis, transcrits et trad. ; couv. et ill. Frits Stjura, Paris, Fleuve et Flamme Textes bilingues, 1987, 160 p.
  • Karl Mane, La tortue, le tapir et le jaguar : conte wayâpi de Guyane, L'Harmattan, , 15 p.

ÉtudesModifier

  • Jean-Michel Beaudet, Souffles d'Amazonie : les orchestres tule des Wayãpi, Nanterre, Société d'ethnologie, , 212 p. (ISBN 2-901161-56-1)
  • Jean-Michel Beaudet, Nous danserons jusqu'à l'aube : essai d'ethnologie mouvementée en Amazonie, Paris,  éd. du Comité des travaux historiques et scientifiques, , 207 p. (ISBN 978-2-7355-0714-6)
  • (pt) Dominique Tilkin Gallois, Migração, guerra e comércio : os Waiapi na Guiana, São Paulo, Faculdade de filosofia, letras e ciências humanas, USP, , 348 p. p.
  • Françoise Grenand (dir.), Encyclopédies palikur, wayana & wayãpi : langue, milieu et histoire, Paris et Orléans,  éd. du Comité des travaux historiques et scientifiques et Presses universitaires d'Orléans, , 118 p. (ISBN 978-2-7355-0692-7)
  • Françoise Grenand, Indiens de Guyane : Wayana et Wayampi de la forêt, Paris,  éd. Autrement, , 198 p. (ISBN 2-86260-824-6)
  • Pierre Grenand, Introduction à l'étude de l'univers Wayãpi : ethnoécologie des Indiens du Haut-Oyapock, Guyane française, Paris, SELAF, , 332 p. (ISBN 2-85297-086-4)
  • Pierre Grenand, Ainsi parlaient nos ancêtres : essai d'ethnohistoire waĩpi, Paris, ORSTOM, , 408 p. (ISBN 2-7099-0656-2)

Voir aussiModifier