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Vue de Montmartre, depuis la Cité des Fleurs aux Batignolles

tableau d'Alfred Sisley
Vue de Montmartre, depuis la Cité des Fleurs aux Batignolles
Vue de Montmartre, depuis la Cité des Fleurs aux Batignolles.jpg
Artiste
Date
Technique
Dimensions (H × L)
70 × 117 cm
Propriétaires
Collections
N° d’inventaire
Inv. MG 1317[1]
Localisation
Commentaire
Daulte no  12

Vue de Montmartre, depuis la Cité des Fleurs aux Batignolles est un tableau d'Alfred Sisley de 1869. Joseph-Auguste Rousselin, peintre et ami de l'artiste[2], en fit don très tôt au musée de Grenoble en 1901, deux ans après la mort de Sisley. C'est une des premières toiles d'un peintre impressionniste représentant Montmartre.

Sommaire

ContexteModifier

 
Claude Monet, Intérieur, Après dîner (chez les Sisley) (1868-1869), Washington, National Gallery of Art.

Bien que né à Paris, Sisley n'en représenta pas de vues pittoresques faciles, leur préférant des zones industrielles de son époque comme dans Vue du canal Saint-Martin, ou encore cette vue lointaine de Montmartre qu'il peignit depuis l'appartement où il logeait au no  27 de la Cité des Fleurs aux Batignolles où habitait sa compagne, Marie-Adélaïde-Eugénie Lescouezec[3] entre 1867 et 1873[4] et où son fils Pierre et sa fille Jeanne virent le jour respectivement le 17 juin 1867 et le 29 janvier 1869. Richard Shone (en) remarque que par ses compositions qui laissent déjà une place plus importante au ciel et à l'eau qu'aux bâtiments et à la vie urbaine, Sisley est déjà un peintre paysagiste[4].

DescriptionModifier

Le tableau, peint au printemps 1869, représente un pré où des arbres ont été récemment plantés, un chemin qui traverse, des promeneurs et une charrette attelée à un cheval blanc, un horizon calme et un vaste ciel, constituant les éléments figurés par l'artiste pour décrire le charme un peu triste de cette banlieue. A l'arrière plan, se dressent les maisons de Montmartre et au sommet de la butte, un moulin, peut-être celui de la galette[5]. Ce panorama de la Butte au sud-est de la Cité des Fleurs montre la faible urbanisation à l'époque de l'espace entre le mur de l'octroi et l'enceinte de Thiers. Les peintres Maximilien Luce, Signac, Van Gogh et écrivains Zola, Joris-Karl Huysmans, Catulle Mendès, contemporains tardifs de Sisley, décrivent cette région comme « terrains vagues », un no man's land entre la vieille ville et les faubourgs plus récents. Alors que Renoir, Toulouse-Lautrec et plus tard Van Gogh trouveront des sujets de tableaux dans les lieux de divertissement de la Butte, Sisley ne s'y intéressa pas. La butte se dresse à mi-distance sur la toile, autour de l'unique tour à la gauche de l'escarpement. La composition du tableau rappelle celles de ses deux Allée de châtaigniers à La Celle-Saint-Cloud. Le peintre utilisa ce même procédé pour ses vues panoramiques comme dans L'Église de Noisy-le-Roi, effet d'automne[3]. La toile est plus proche d'un Corot ou d'un Courbet que d'un Monet ou d'un Renoir de la même année[6]. Néanmoins, le véritable Sisley perce à chaque détail, depuis le positionnement calme du motif central à l'arrière d'un groupe d'arbres nouvellement plantés jusqu'au ciel expansif et instable, depuis la modeste objectivité de l'humeur à la situation impassible des figures[4].

AnalyseModifier

MaryAnne Stevens (en) rapproche cette peinture des représentations pittoresques de la butte Montmartre par Georges Michel et Constant Troyon où les moulins se découpent dramatiquement sur des ciels orageux. Le paysage dépassant les limites du tableau, la désolation et l'arbitraire des jeunes arbres au premier plan démentent toute velléité pittoresque dans l'intention artistique de Sisley[3].

De nos jours, le quartier a perdu l'air campagnard qu'il avait avant la guerre franco-allemande de 1870, lorsque Sisley et ses amis y travaillaient[5].

En quelques années, Montmartre se transforma, rendant la vue de Sisley presque méconnaissable. En 1875, les travaux de construction de la basilique du Sacré-Cœur commencèrent, bien qu'elle n'ait pas été achevée avant la Première Guerre mondiale[7].

Origine[3]Modifier

RéférencesModifier

  1. Françoise Cachin, L'impressionnisme, de France et d'Amérique: Monet, Renoir, Sisley, Degas, Artlys, 2007 (ISBN 2854953169 et 9782854953169), p. 54
  2. (en) Studies in the History of Art, National Gallery of Art, 1985, p. 100 : « In the Gleyre atelier, Rousselin was known to have been close friends with Renoir and Sisley. »
  3. a b c et d MaryAnne Stevens, in Sisley: Royal Academy of Arts, Londres, 3 juillet-18 octobre 1992, Musée d'Orsay, Paris, 28 octobre 1992-31 janvier 1993, Walters Art Gallery, Baltimore, 14 mars-13 juin 1993, Réunion des musées nationaux, 1992, p. 106
  4. a b et c (en) Richard Shone (en), Éditions Phaidon, (ISBN 0714894117), 2004, p. 38
  5. a et b François Daulte, Alfred Sisley, 1974, p. 14
  6. La technique de peinture impressionniste fut inventée au cours de l'été 1869 quand Renoir et Monet peignirent respectivement La Grenouillère et Bain à la Grenouillère sur l'île de Croissy
  7. (en) Country Life - Volume 189, Numéros 27 à 30, 1995, p. 58« One of the earliest Impressionist pictures of the area is Alfred Sisley's View of Montmartre of 1869 [...] Montmartre was transformed in the space of just a few years, making Sisley's view almost unrecognisable. In 1875, work began on Sacre-Coeur, although the church was not completed until the First World War. »

Liens externesModifier

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