Simon Vouet

peintre français
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Simon Vouet, ou Simon Voüet, né le à Paris où il est mort le , est un artiste-peintre français. Il fut aussi l'époux de Virginia Vezzi, artiste peintre italienne.

Simon Vouet
Image dans Infobox.
Simon Vouet, Autoportrait (vers 1626-1627),
musée des beaux-arts de Lyon.
Naissance
Décès
(à 59 ans)
Paris
Nationalité
Activité
Maître
Laurent Vouet (son père)
Élève
Lieux de travail
Mouvement
Fratrie
Conjoint
Œuvres principales

BiographieModifier

Simon Vouet naît à Paris en 1590. Son père, le peintre Laurent Vouet, lui apprend les rudiments de l’art et Vouet s’adonne d’abord aux portraits. Son frère Aubin Vouet (1595-1641) était également peintre.

Il voyage en Angleterre vers 1604-1606 et fait partie de la suite du baron de Sancy, ambassadeur de France en poste à Constantinople, où il séjourne de 1611 à 1612. Il y peint le portrait de Mustafa 1er.

Séjour de 15 ans en ItalieModifier

Il entame ensuite un long séjour en Italie, visitant Venise en 1612-1613, avant de s'établir à Rome où il demeurera jusqu'à son retour en France sauf de 1620 à 1622, où il est employé à Gênes par les princes Doria et se rend aussi à Milan.

À Rome, il connaît un grand succès, travaillant à la décoration d'églises comme celle de San Lorenzo in Lucina et obtenant même une commande pour la Basilique Saint-Pierre (l'Adoration de la croix, œuvre détruite au XVIIIe siècle mais dont il subsiste plusieurs esquisses). Sa réputation est connue même en France puisque dès 1617, le roi augmente la pension qui lui était déjà allouée. Dans la cité papale, Vouet travaille notamment pour le cardinal Barberini, futur pape Urbain VIII, et reçoit de nombreuses commandes privées en plus de celles des institutions religieuses. Il se lie d'amitié avec plusieurs des nombreux peintres français établis à Rome. Jacques de Létin est de ceux-là. Il est également en relation avec Nicolas Poussin et le Lorrain Claude Mellan ainsi qu'avec les grands peintres italiens contemporains. Devenu l'un des meilleurs représentants du baroque romain, il est, du fait de son prestige, nommé à la tête de l'Accademia di San Luca en 1624.

En 1626, il épouse Virginia Vezzi, elle-même peintre qui figure sous les traits de ses vierges et madones.

Plusieurs des œuvres qu'il a réalisées durant sa période italienne demeurent in situ dans les églises pour lesquelles elles ont été peintes, à Rome, Gênes ou encore Naples. À Rome, son art est inspiré du Caravage et de son chiaroscuro, mais montre aussi une très bonne connaissance et assimilation des leçons d'autres écoles de peinture, notamment la bolonaise. Il y peint des scènes de genre et des sujets religieux.

Retour en FranceModifier

 
Portrait de Louis XIII entre deux figures de Femmes
symbolisant la France et la Navarre

Paris, musée du Louvre.

Alors qu'il jouit d'une très grande renommée, Simon Vouet rentre brusquement en France en 1627, suivant les recommandations pressantes du duc de Béthunes. Il importe en France le style baroque italien et dominera la scène artistique jusqu'à sa mort. Au fait de toutes les innovations italiennes, notamment dans le domaine du grand décor, il les adapte pour Louis XIII et Richelieu et est rapidement submergé de commandes. Louis XIII le nomme premier peintre du Roi et lui commande des portraits, des cartons de tapisserie et des peintures pour les palais du Louvre et du Luxembourg et pour le château de Saint-Germain-en-Laye.

Il met alors rapidement en place un important atelier destiné à le seconder dans ses travaux, atelier où seront formés presque tous les grands peintres de la génération suivante. Il est l' ami de Claude Vignon, l'un des peintres parisiens les plus actifs.

Son talent est mis à profit aussi bien dans le domaine de la peinture religieuse que profane. Il élabore un système décoratif qui faisait alors défaut en France et introduit la mythologie et les figures allégoriques dans le décor des hôtels particuliers et des châteaux. L'Allégorie de Richesse serait un de ces nombreux et brillants fragments qui témoignent de ces ensembles, sur lesquels le sort semble s'être acharné : aucun ne nous est parvenu intact[1].

En 1632, il œuvre sur les chantiers du cardinal de Richelieu au palais cardinal (actuel Palais-Royal) et au château du Val de Ruel. Il décore encore en 1631 le château du président de Fourcy, à Chessy, l’hôtel Bullion, le château du maréchal d'Effiat à Chilly, l’hôtel du duc d’Aumont, la chapelle Séguier, la galerie du château de Wideville.

Sa gloire souffrit de l'arrivée à Paris de Poussin. Simon Vouet meurt quelques années plus tard, le . Il est inhumé à Paris dans l'église Saint-Jean-en-Grève[2], aujourd'hui disparue.

Style et postéritéModifier

Simon Vouet est l'emblème d'une peinture baroque française. « Si Le Brun, David ou, d'une certaine façon, Delacroix existèrent, c'est qu'il y eut d'abord Simon Vouet », dit Denis Lavalle, inspecteur en chef des monuments historiques. Simon Vouet introduisit en France le goût des compositions amples, des perspectives théâtrales, des attitudes déclamatoires, des têtes d'expression, les poses recherchées et les couleurs brillantes.

ExpositionsModifier

  • 1990 : rétrospective de l'œuvre de Simon Vouet aux Galeries nationales du Grand Palais.
  • 2002-2003 : exposition Simon Vouet ou l'éloquence sensible au Musée des beaux-arts de Nantes, du au , consacrée aux dessins de la période française de la Staatsbibliothek de Munich.
  • 2008-2009 : exposition (reconnue d'intérêt national[3]) Simon Vouet, les années italiennes (1613-1627) du au au Musée des Beaux-Arts de Nantes[4], réalisée en collaboration avec le Musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon[5], où elle a été présentée du au .

ŒuvresModifier

PeintureModifier

Œuvre Titre Date Dimensions Musée
  Le Prince Marcantonio Doria d'Angri ou
Giovan Carlo Doria (1576 -1625)[6]
1621 129 × 95 cm Musée du Louvre, Paris
  Crucifixion 1622 375 X 225 cm. Église du Gesù, Gênes
Madone à la corbeille 1625-1626 132 × 98 cm Musée des Offices, Florence[7]
  Anges portant les Instruments de la Passion 1626 131 × 77 cm Musée des beaux-arts et d'archéologie, Besançon.
  Autoportrait 1626-1627 45 × 36,5 cm Musée des beaux-arts de Lyon
  Gaucher de Châtillon (1250 - 1328), connétable de France 1632 - 1635 218 × 137 cm Musée du Louvre
Commandé en 1632 par Richelieu
pour la Galerie des Hommes illustres
du Palais Cardinal (puis Palais-Royal) à Paris[8]
La Madeleine repentante 1633-1634 79 × 105 cm Musée de Picardie, Amiens[9]
  Les muses Uranie et Caliope 1634 79,8 X 125 cm. National Gallery of Art, Washington D.C.
L’Apothéose de saint Eustache
et de sa famille
vers 1635 274 × 233 cm Musée des Beaux-Arts de Nantes[10]
  La Crucifixion vers 1636/1637 216 × 146 cm. Musée des beaux-arts de Lyon, Lyon
  Vénus Endormie 1630/1640 100,5 X 84 cm. Musée des beaux-arts de Budapest
  Saint Merri délivrant les prisonniers
(sur l’autel du transept de gauche)
1640 Église Saint-Merri, Paris
  Apollon et les Muses 1640 Musée des Beaux-Arts, Budapest
  Allégorie de la richesse
(provient de Saint-Germain-en-Laye)
vers 1640 170 X 124 cm. Musée du Louvre, Paris[1]
  La Présentation au Temple
offerte par Richelieu pour le maître-autel
de l'église de la Maison professe des Jésuites
(église Saint-Paul-Saint-Louis)[11]
1640-1641 393 × 250 cm. Musée du Louvre, Paris
  Vierge à l'Enfant dite Vierge Hesselin vers 1640/1645 97 X 77 cm. Musée du Louvre, Paris
  Vénus et Adonis vers 1642 133 × 96 cm
huile sur toile
Los Angeles, Getty Center[12]
  Assomption de la vierge
peint pour l’oratoire
de la reine Anne d’Autriche au Palais-Royal
vers 1644 195 × 123 cm Musée des beaux-arts de Reims[13]
  Le Temps vaincu par l'Amour, l'Espérance et la Renommée vers 1640/1645 142 X 187 cm. Musée du Berry, Bourges
  La Charité céleste vers 1640 192 × 132 cm Paris, musée du Louvre[14]
La Vengeance de l'Amour Musée des beaux-arts de Nancy[15]
 
La Mise au tombeau (vers 1636-1638), Le Havre, musée d'art moderne André-Malraux.
  • La Sainte Famille avec sainte Élisabeth et le petit saint Jean (1625-1650), musée du Louvre, Paris.
  • Le Temps vaincu par l'Amour, l'Espérance et la Renommée (1627), musée du Prado, Madrid.
  • Décoration de l'église Saint-Nicolas-des-Champs à Paris :
    • L'Assomption (1629) ;
    • Les Apôtres au tombeau de la Vierge.
  • Vénus Endormie (1630), musée des beaux-arts, Budapest.
  • Suite des amours de Renaud et d'Armide (1631)
 
Saint Louis recevant la couronne d'épines des mains de Jésus (1639), Paris, église Saint-Paul-Saint-Louis.
 
Saint Jérôme et l'ange (1620-1630), Washington, National Gallery of Art.

Tapisserie (cartons)Modifier

  • Renaud et Armide, Renaud dans les bras d'Armide (1630-1660), Paris, musée du Louvre
  • Moïse sauvé des eaux (Ancien Testament), Paris, musée du Louvre
  • La vie d' Ulysse (travaux d'Ulysse)
  • Judith, pinacothèque de Munich
  • Le Christ à la colonne, ou Eustache Le Sueur?, Paris, musée du Louvre
  • Polymnie, Muse de l'éloquence, Paris, musée du Louvre
  • La Cène, musée des beaux-arts de Lyon

DessinsModifier

 
Portrait d'Angélique Vouet (1635-1638), pastel sur papier, Paris, musée du Louvre.
  • Portrait d'Angélique Vouet (fille de l'artiste) (1635-1638), pastel sur papier, Paris, musée du Louvre.
  • La joueuse de luth, fusain et rehauts de craie, 24 x 25 cm, Gray (Haute-Saône), musée Baron-Martin.
  • Portrait du cardinal Jules Mazarin, pastel sur papier, vers 1642, 27.5 x 20 cm, musée du Louvre.
  • Portrait de jeune homme, à mi-corps, vêtu d'une cape, H.0,164 ; L. 0,132 m[17]. Paris, Beaux-Arts de Paris[18],[19]. Cette feuille, réalisée à la pierre noire très grasse, technique chère à l'artiste, est à rattacher à la période italienne de l'artiste. Le visage est étudié rapidement et à grands traits, d'épaisses hachures rendent le modelé et soulignent une architecture très affirmée : arcades et pommettes saillantes, nez vigoureux, orbites creusées par l'ombre. Le format réduit et l'exécution rapide montrent que c'est une feuille d'atelier, que l'on peut rapprocher des mises en page de ses tableaux portraits "italiens", sans doute préparatoire à une gravure ou un tableau.
  • Portrait d'homme vu de face, pierre noire. H. 0,132 ; L. 0,095 m[20]. Paris, Beaux-Arts de Paris[21]. Le cadrage autour du visage de cet homme est serré et les indications vestimentaires se limitent au col. Vouet se concentre dans cette étude sur le rendu de l'expression, voire de la personnalité sans subir les contraintes de conventions d'aucune sorte. De l'attitude frontale choisie il en existe peu d'exemples dans l'œuvre de l'artiste qui prend le parti d'une recherche approfondie en quête de vérité.
  • Étude de femme drapée en buste, pierre noire et craie sur papier brun clair. H. 0,145 ; L. 0,200 m[22]. Paris, Beaux-Arts de Paris. Ce dessin est préparatoire à une figure du groupe de la représentation de Moïse sauvé des eaux pour l'un des cartons de la Tenture de l'Ancien Testament, réalisés par l'artiste dès son retour d'Italie en 1627. Le dessin traduit la délicatesse de la figure qui se penche vers Moïse au bord de l'eau.
  • Femme drapée, vue en pied, inclinée vers la gauche, pierre noire avec rehauts de blanc, sur papier brun. H. 0,389 ; L. 0,217 m[23]. Paris, Beaux-Arts de Paris. Ce dessin a été rapproché de la figure de Chariclée de la tapisserie Ulysse endormi est débarqué à Ithaque, laquelle doit être mise en relation avec le tableau Ulysse abordant dans l'île d'Ithaque (hôtel de Bullion). La facture n'est pas habituelle pour un artiste tel que Vouet, il s'agirait plutôt d'un travail d'atelier de la main d'un de ses élèves.
  • Rébecca au puits rencontrant le serviteur d'Abraham, sanguine sur papier beige. H. 0,158 ; L. 0,191 m[24]. Paris, Beaux-Arts de Paris. Aucune trace ne subsiste d'un tableau consacré par le peintre à la rencontre entre Rébecca et Eliezer (Genèse, XXIV, 10-25) ; le sujet est cependant bien identifiable. Vouet dispose les deux personnages auprès du puits entourés par les chameaux d'Abraham et les deux hommes qui étaient avec Eliezer, selon une formule dont il pouvait avoir eu connaissance, notamment par les interprétations dues à Véronèse. Cette scène se rattache à la veine réaliste de l'artiste qui met en avant le mouvement et l'animation des personnages.
  • Atelier de Simon Vouet, Le Christ sauveur du monde, pierre noire, estompe, avec rehauts de blanc sur papier brun. H. 0,159 ; L. 0,151 m[25]. Paris, Beaux-Arts de Paris. Simon Vouet traita un sujet proche dans un tableau perdu représentant Le Christ au roseau avec la Vierge, qui fut gravé par Pierre Daret en 1652. Il faut que le dessinateur de cette feuille ait été à la fois très proche de Vouet, soumis à son ascendant et même rompu à l'imitation de son style, pour reproduire dans cette feuille quelques détails caractéristiques de sa manière, comme le pli du vêtement et les doigts crispés, crochus jusqu'à la difformité.

Peinture de l'atelier de Simon VouetModifier

Des copies de peintures de Simon Vouet exécutées par ses élèves sont issues de son atelier.

ÉlèvesModifier

Notes et référencesModifier

  1. a et b Notice du Louvre
  2. Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, T.2, p.50.
  3. « Nantes, Métropole et Ville - Site officiel », sur nantes.fr (consulté le 5 octobre 2020).
  4. Voir le Site de l'exposition (Nantes)
  5. http://www.musee-arts-besancon.org/pages.php?idMenu=3&idPage=2&idExpo=17 Site de l'exposition (Besançon)
  6. Prince Doria, Louvre (atlas)
  7. Mina Gregori, Le Musée des Offices et le Palais Pitti : La Peinture à Florence, Editions Place des Victoires, (ISBN 2-84459-006-3), p. 575
  8. De Chatillon, Louvre (atlas)
  9. Madeleine, Amiens (musenor)
  10. St Eustache, Nantes (Tribune de l'art)
  11. Présentation, Louvre (notice)
  12. Vénus et Adonis, Getty (musée)
  13. Assomption, Reims (musée)
  14. Charité, Louvre (atlas)
  15. Vengeance de l'Amour, Nancy (musée)
  16. muma-lehavre.fr.
  17. « Portrait de jeune homme, Simon Vouet », sur Cat'zArts
  18. L'école des Beaux-Arts de Paris possède une belle collection des dessins de Simon Vouet ; voir, Brugerolles, Emmanuelle, Le Dessin en France au XVIIe siècle dans les collections de l’Ecole des Beaux-Arts, Paris, Ecole nationale supérieure des beaux-arts éditions, 2001, p. 46-71, Cat. 11-16.
  19. Sous la direction d’Emmanuelle Brugerolles, Portraits dans les collections de l’École des Beaux-Arts, Carnets d’études 36, Beaux-Arts de Paris les éditions, 2016, p 31-35, Cat. 7
  20. « Portrait d'homme vu de face, Simon Vouet », sur Cat'zArts
  21. Sous la direction d’Emmanuelle Brugerolles, Portraits dans les collections de l’École des Beaux-Arts, Carnets d’études 36, Beaux-Arts de Paris les éditions, 2016, p 31-35, Cat. 8
  22. « Etude de femme drapée, en buste, Simon Vouet », sur Cat'zArts
  23. « Femme drapée, vue en pied, Simon Vouet », sur Cat'zArts
  24. « Rébecca au puits rencontrant le serviteur d'Abraham », sur Cat'zArts
  25. « Le Christ sauveur du monde, atelier de Simon Vouet », sur Cat'zArts

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier

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