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La Cristallerie de Vonêche, d'abord royale, puis Verrerie impériale sous Napoléon, avant de redevenir royale, est une ancienne verrerie fondée en 1778 en l'honneur de sainte Anne et une ancienne cristallerie développée en 1802 par Aimé-Gabriel d'Artigues, sise sur la commune de Beauraing et Vonêche, et dans le Namurois en Belgique. Le petit château de Vonêche, entouré d'un parc de 18 à 20 ha, était la riche demeure de d'Aimé-Gabriel d'Artigues, principal propriétaire de la cristallerie Saint-Anne de Vonêche. Cette habitation annexe est le seul et dernier vestige qui témoigne de la cristallerie disparue.

Le petit château de Vonêche entouré de son parc autrefois princier.

Les débutsModifier

Les établissements verriers de Vonêche ont été fondés le par P.N. Mathy(s), un bourgeois, licencié en droit, avec plusieurs associés. Ils sont créés sur un octroi de la souveraine des Pays-Bas autrichiens, l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche.

Le financier P.N. Mathy engage Gaspard Andrès qui était alors directeur de la Verrerie de Monthermé pour diriger l'entreprise ainsi que des ouvriers verriers qu'il fait venir de France et d'Allemagne. La production peut démarrer le .

À ses débuts, à la fin du XVIIIe siècle, l'entreprise produit du simple verre à vitre. Mais, comme il est d'usage à l'époque pour le renom d'un établissement, elle s'est adjoint une activité de verrerie taillée, décorative, faite d'une matière légèrement grisée.

La mutation en une grande cristallerieModifier

Les bouleversements politiques de la fin du XVIIIe siècle change la destinée de la petite verrerie.

Appuyé par Napoléon 1er, désireux de contrecarrer le blocus continental anglais et le monopole des cristalleries anglaises ou de Grande-Bretagne, en particulier celle de Waterford ainsi que la concurrence des cristalliers de Bohême, Aimé-Gabriel d'Artigues rachète la verrerie en 1802[1]. Ce maître verrier dirigeait alors déjà les Verreries Royales de Saint-Louis-lès-Bitche. Il y avait introduit un procédé de fabrication du minium de plomb de haute qualité qui permettait de produire un cristal très limpide, très dur et facile à travailler et à mettre en forme de façon esthétique. Ce labeur comportait des risques importants de saturnisme pour les ouvriers exposés au plomb, et probablement aussi des risques de silicose en raison de l'exposition aux poussières de taille du cristal à la meule. Négligés dans les premières années, ses dangers étaient mieux connus sous l'Empire.

Profitant de la mode des lustres et autres verreries de luxe, autrefois réservés à la noblesse, la bourgeoisie qui étend son influence en Europe continentale, profite de la diminution des prix par accroissement de la production industrielle. Le luxe de la noblesse est mis à sa portée. Happé par cette course industrielle, Aimé-Gabriel d'Artigues non seulement agrandit la verrerie, mais la transforme en l'une des plus grandes cristalleries continentales d'Europe et du Premier Empire français.

Les bâtiments et installations de la manufacture et ses dépendances (écuries, parc, château incluant l'habitation du Monsieur d'Artigues, etc.) s'étendent en 1812 sur une dizaine d'hectares environ. Le parc du château sera agrandi ultérieurement.

DifficultésModifier

La chute de l'Empereur Napoléon Ier, amenant une reconfiguration politique et économique de l'Europe par le traité de Vienne, plonge infailliblement l'industriel du luxe et maître verrier dans des difficultés financières et commerciales : Vonêche n'est plus en France et est intégré dans le Royaume des Pays-Bas, ce qui prive, par l'instauration de barrières douanières, l'entreprise d'une grande partie de ses anciens marchés.

D'Artigues s'adresse alors à Louis XVIII pour redresser son entreprise à l'origine française en retrouvant un accès facile au marché français, même s'il est contingenté. Le roi accepte sous la condition expresse, imposée par un contrat rigoureux avec des échéances strictes, qu'il crée une cristallerie similaire en France et un atelier de taille de cette matière de luxe; en important au besoin du cristal de Vonêche non-taillé en France où il sera taillé. Ainsi naît à partir de 1816 à Baccarat de l'ancienne verrerie la cristallerie, qui doit embaucher et produire une certaine quantité de cristal.

L'investissement est colossal pour les finances d'Aimé-Gabriel d'Artigues et autant les dettes accumulées que la baisse du marché verrier de luxe l'obligent à céder ses parts et vendre la cristallerie de Baccarat. Fatigué et malade, il se retire des affaires, tout en gardant ses parts à Vonêche. L'usine est confiée à son fondé de pouvoir François Kemlin, qui s'adjoint les services de Auguste Lelièvre.

Déclin industriel et commercialModifier

En 1826, deux de ses meilleurs collaborateurs, François Kemlin et Auguste Lelièvre, s'alarment de la montée en puissance de la manufacture de Baccarat, dont les nouveaux dirigeants ont gardé d'excellentes relations avec Aimé-Gabriel et qui continuent à recruter d'excellents verriers et ouvriers formés par leurs soins. Les deux administrateurs proposent de racheter l'usine et, devant le refus ferme du sollicité, ils décident avec une centaine d'ouvriers-verriers qualifiés de quitter l'entreprise de Aimé-Gabriel d'Artigues. Rejoints en quelques années finalement par deux cent cinquante ouvriers de Vonêche, ils fondent alors la cristallerie du Val-Saint-Lambert à Seraing dans la province de Liège, où les ressources en charbon sont plus facilement accessibles. Cette première dislocation industrielle permettra à l'industrie verrière et chimique belge de connaître un premier essor.

Aimé-Gabriel reste alors le seul propriétaire important de l'établissement, en hémorragie de personnel qualifié. Les difficultés financières deviennent insurmontables après la révolution belge de 1830, il lui faut trouver des partenaires financiers.

Aimé-Gabriel d’Artigues doit - à contrecœur - céder des parts puis revendre en 1831 son entreprise à la cristallerie de Baccarat. La concurrence avec le Val Saint Lambert, usine modernisée fonctionnant au charbon, fait passer Vonêche au second plan.

Savoirs et savoir-faireModifier

La cristallerie de Vonêche a disparu au XIXe siècle, mais n'a-t-elle donné naissance, à la fois, aux prestigieuses cristalleries du Val-Saint-Lambert et de Baccarat ?

Un nombre non négligeable d'ouvriers et d'ingénieurs qualifiés de Vonêche a également rejoint la Verrerie Zoude et les cristalleries namuroises de l'époque [2]

Graves pollutions industrielles du bassin de rivière WimbeModifier

Le cristal contient au moins 25 % d'oxyde de plomb. Cet établissement industriel n'a fonctionné à fort régime que durant 25 années, mais il fut alors l'une des plus grandes cristalleries d'Europe, s'étendant sur 10 hectares environ. À cette époque, aucun four à cristal n'était équipé de filtre, et le plomb est sublimé en vapeurs nocives dès 900 °C, température largement dépassée dans les fours de production du cristal.
Le plomb est source de saturnisme pour l'homme, et de saturnisme animal quand il est dispersé dans la nature. Mais la fabrique pionnière dans la chimie du verre-cristal a aussi utilisé d'autres métaux lourds ou métalloïdes (arsenic). Ils ont pollué l'eau, l'air, les sols et les écosystèmes via les inévitables retombées de vapeurs, fumées et poussière de la cristallerie.

La rivière Wimbe qui alimentait l'usine, animait ses « moulins à plomb » et ses meules à cristaux, a été inévitablement très gravement polluée durant le quart de siècle d'activité industrielle intense par dissémination vicieuse du plomb dans son écosystème. En effet, de grandes quantités de poudre fine et riche en plomb étaient produites lors de l'érosion du cristal par les meule lors des opérations de taille décorative des plats, vases et autres cristaux de cristal, ces opérations étant d'ailleurs directement pratiquées au-dessus du Wimbe ou à grande proximité de ses berges. Le Wimbe alimentait plusieurs moulins industriels faisant tourner des dizaines de meules dites « tours »[3].
Ainsi, en 1832, quand le géographe et géologue Philippe Vander Maelen, membre éminent de l'Académie royale des sciences et belles lettres de Bruxelles et de la Société géographique de Paris décrit [3] cet établissement, le plus grand des « moulins à tailler le cristal » du Wimbe, abritait 22 grands tours, et deux petits tours[3]. 400 ouvriers travaillaient alors dans l'usine, chiffre à comparer aux 34 ouvriers de la verrerie de Namur à la même époque[3].

De plus, le plomb était aussi broyé sur place dans un « moulin à brocarder le plomb ». Ce dernier moulin n'était pas mu par l'eau, mais à l'instar d'une noria, par des bœufs[3], au contraire des « moulin à farine » et « moulin à scier le bois » qui sur le même cours d'eau étaient mus par l'eau[3].

Durant un quart de siècle, de grandes quantités de plomb, de minium de plomb et d'autres oxydes toxiques et écotoxiques ont été ainsi manipulés dans cette vallée et le sous-bassin versant du Wimbe. Le propriétaire avait souhaité produire ou préparer par ses propres moyens ses matières premières afin de diminuer ses coûts de production, de rester indépendant de fournisseurs susceptibles de lui imposer leurs prix et surtout de disposer de produits les plus purs possibles et de qualité constante. La silice, la potasse et le minium de plomb étaient préparés dans différents ateliers de l'usine même[3].

Les pluies, crues et fontes des neiges devaient contribuer à amener le plomb dispersé sur le site de la cristallerie. Or, le milieu géologique, acide et siliceux, est propice à la circulation du plomb et de ses composés, ainsi qu'à leur plus grande biodisponibilité.
Dans de telles conditions, du plomb moléculaire est facilement retrouvé dans les bactéries, algues et végétaux, mais surtout dans les champignons et les animaux qui les consomment, par le simple phénomène de bioconcentration.

Notes et référencesModifier

  1. Aimé-Gabriel d'Artigues (1773-1848) est alors un citoyen français, de surcroît industriel et investisseur, qui a une excellente formation scientifique dans la matière verrière.
  2. Douxchamps (Alain), La verrerie Zoude et les cristalleries namuroises (1753-1879). Contribution à l'étude de la croissance économique de la Belgique aux XVIIIe et XIXe siècles, collection Anciens Pays et Assemblées d’États, tome LXXVI, Courtrai Heule, UGA, 1979, 144 pages,résumé présenté par Jean-Jacques Heirwegh, Revue belge de philologie et d'histoire, 1981, Volume 59 Numéro 59-2, pp. 443-451 [persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rbph_0035-0818_1981_num_59_2_3330_t1_0443_0000_2]
  3. a b c d e f et g Philippe Vander Maelen (1832) Dictionnaire géographique de la Province de Namur, ouvrage pour lequel les auteurs se sont notamment appuyés sur des informations directement prises auprès de M. d'Artignes, ancien industriel averti de la toxicité.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier