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Volontariat équitable

Le concept de volontariat équitable a été créé en mai 2007 par l’association française Développement sans frontières sur les fondements d'une économie sociale et solidaire. Il prévoit l’engagement tripartite entre un bénévole, une organisation sociale issue d’un pays du Sud et un organisme de gestion du label assurant le respect des principes d’action. Développement sans frontières, via ce concept, a participé à sa manière à la reconstruction du secteur du volontariat international et solidaire en ouvrant le « volontariat » à de nouveaux acteurs et profils de personnes auparavant exclues du secteur par manque de dispositifs adaptés à leurs contraintes (durée, famille, pays, budget...). Depuis, le secteur du volontariat a évolué et s’est diversifié : reconnaissance du bénévolat international comme un engagement volontaire et utile, mise en place du service civique à l’international, création de la charte des VIES par France Volontaires, ou encore le développement du congé de solidarité par Développement sans frontières elle-même.

Sommaire

Un volontariat inéquitableModifier

 
Le Volontourisme vu par le Service Volontaire International

Il est possible de parler d’un volontariat équitable si l’on accepte qu’il existe un volontariat qui soit inéquitable. C’est le cas dans la mesure où les règles de bonne conduite lors d’échanges internationaux sont parfois bafouées, dans la mesure où l’accès au recrutement est inégal ou encore dans la mesure où des dérives financières existent comme par exemple dans le cas du « volontourisme » ou « tourisme humanitaire » géré par des agences de voyages lucratives. L’originalité du concept est née de la prise en compte équitable des intérêts des ONG du Sud comme des volontaires.

Les déviances du volontariat internationalModifier

Les principales déviances remarquées en matière de volontariat international solidaire sont les suivantes :

  • Des agences de voyages du « Nord », souvent orientées « jeunes », se mettent à vendre du volontariat en omettant qu'elle sont avant tout des sociétés lucratives. L'industrie du tourisme nomme ce volontariat sous le dénomination de « volontourisme », « tourisme humanitaire » ou encore « parenthèse utile » (de l'anglais Gap Year)
  • Des agences de voyages sous le couverture "associations de volontariat" se créent dans les pays du Sud dans l’unique but de facturer le logement et la nourriture aux bénévoles afin de faire du bénéfice, plus pour les membres que les bénéficiaires
  • Les actions proposées ne répondent pas toujours à besoin avéré et constituent un obstacle à la notion d’échanges et transmission des savoirs entre les peuples
  • Les volontaires reviennent souvent déçus de leurs missions et dévalorisent le travail « humanitaire » sans connaissance approfondie de la cause
  • Les volontaires stigmatisent l’attitude « intéressée » des ONG du Sud et risquent de devenir de mauvais ambassadeurs de l’action sociale en coopération Nord-Sud
  • Les organisations du Sud qui travaillent dans l’ombre (sans visibilité internet en général) accèdent très difficilement au recrutement de volontaires internationaux malgré la légitimité de leurs projets et besoins. Elles souffrent d’un manque de confiance des pays du Nord et sont devancées par certaines associations moins dignes mais plus opportunistes.
  • L’envoi simultané de dizaines de volontaires au même endroit génère de nombreuses attentes inappropriées de la part des populations locales et favorise l’assistanat dans le montage des projets

Une vision moderne et empathiqueModifier

Suite aux nombreux effets négatifs observés dans l’action humanitaire ces 20 dernières années, les associations internationales se tournent désormais vers des valeurs plus saines et légitimes, évitant un néocolonialisme pervers : renforcement des capacités locales, transmission des savoirs, appropriation des projets par les populations locales, pérennité des actions, autonomie des populations du Sud dans la définition de leurs besoins, diffusion des bonnes méthodologies ou encore recherche-action et modèles participatifs.

Les associations de volontariat sont confrontées à ce même besoin de refonte des façons de penser les projets, avec la difficulté supplémentaire de faire agir des personnes souvent jeunes et ayant peu d’expérience, mais disponibles et responsables. Il n’en demeure pas moins que les associations locales demandent expressément plus d’autonomie dans le montage des projets, de même que les volontaires demandent à intervenir sur des projets montés par les locaux eux-mêmes. L’enjeu du volontariat international moderne réside donc plus dans la capacité des associations occidentales à changer leurs modèles de recrutement et de choix des partenaires plutôt que dans la capacité des acteurs locaux ou des volontaires à se prendre en main.

Vers la labellisation du « Volontariat équitable »Modifier

Une charte participative a été rédigée en 2007 pour poser sur papier des engagements respectifs minimaux que doivent respecter les associations locales, les volontaires, et les organismes de recrutement et de mise en relation. Elle est une première version nécessaire pour avancer et a subi depuis divers changements progressifs dès lors que de plus en plus d’associations y ont fait appel. Les aspects fondamentaux mis en exergue par l’association DSF sont les suivants :

  1. Le volontaire s’engage à assumer sa mission en toute autonomie, assumant les responsabilités pour lesquelles il a été recruté et garantissant la réalité des compétences pour lesquelles il a été choisi. Il s’engage de plus à transmettre ses savoirs et savoir-faire dès que cela est possible, préférant le « faire faire » au « faire pour ». Il s’engage de plus à faire l’effort de l’empathie pour comprendre la situation de ses hôtes et proscrit tout don financier direct entre sa personne et des membres de l’association. Tout don doit passer dans la comptabilité de l'association et tous les membres doivent en être informés.
  2. L’association du Sud s’engage à proposer une mission de volontariat répondant à un réel besoin local et ne remplaçant pas la création d’un emploi pour les membres locaux. Elle s’engage de plus à encadrer dignement le volontaire pour qu’il mène à bien son mandat bénévole, tout en lui fournissant de quoi se nourrir et se loger dans des conditions locales simples et propres. La mission doit être adaptée et personnalisée selon le profil de chaque volontaire recruté afin d’en tirer un meilleur profit. Elle considère le volontaire comme l’un de ses propres membres et ne lui demande pas d’apport financier autre que la cotisation associative commune. La transmission de compétences est la raison fondamentale et motivationnelle de la mission demandée.
  3. L’organisme de recrutement et de mise en relation s’engage de son côté à effectuer un travail de fond sur la création de compatibilités entre les associations du Sud et les volontaires. L’information doit être distribuée librement et sans retenue, sur les bases d’une capitalisation transparente des données sur les projets et les besoins. Un accompagnement/conseil dans la préparation des missions est indispensable, et la mise en place de programme de formations adaptées aux types de missions proposées va de pair. L’écoute des demandes et des contraintes se fait dans les deux sens, valorisant ainsi l’acte volontaire autant que la demande au Sud. L’organisme joue un rôle de cabinet de recrutement solidaire et ne peut en rien modifier directement la nature et le contenu des projets.

De l’intérêt du respect de la charte du volontariat équitableModifier

L’intérêt majeur du concept réside dans l’investissement demandé aux associations locales en matière de logement et nourriture des volontaires. Ces volontaires dépensent déjà de lourds fais de transports, de vaccination, d’achat de matériel ou autre, et leur prise en considération consiste donc à dépenser un peu pour les recevoir (au lieu de profiter financièrement de leur simple venue sans utilité forcée du travail proposé).

La rentabilisation de la mission devient alors indispensable sous peine de ne pas pouvoir reproduire longtemps les recrutements de volontaires, garantissant ainsi l’utilité du travail demandé et évitant les recrutements à tout va, porteurs de tant de déviances constatées. Le développement est une vision de croissance. L’échange de compétences et de savoirs en sus place alors le codéveloppement dans une vision plus pérenne de la coopération Nord-Sud

L’avenir du Volontariat équitable, une ouverture du conceptModifier

Ce concept n’est aujourd’hui pas appliqué directement, ni labellisé. Développement sans frontières fonde toujours ses actions sur les valeurs fondatrices du volontariat équitable, mais ne communique plus sur ce concept. La mise en place en 2011 de la « Charte des Volontariats d’Initiation et d’Échanges de Soldiarité (VIES) » par France Volontaires a permis de fédérer de nombreux acteurs français du volontariat autour de valeurs communes, et c’est aujourd’hui le socle le plus usité par les organisations d’envoi de volontaires.

Le concept de Volontariat équitable ouvre la porte vers de nouveaux modèles d’économie sociale et solidaire, sur les mêmes fondements que le commerce équitable s'il s'agissait de force de travail et non de marchandises. En prônant un droit d’accès au marché international de volontaire, il améliorer les conditions de vie des populations locales par le renforcement des capacités.

Il permet naturellement la mise en place de réseaux locaux de distribution des compétences, afin de répartir les efforts de chacun et les coordonner. L’essaimage du modèle passera ainsi par la création d’agences locales de recrutement, de formation et d’accompagnement. Il est compatible avec une vision Sud-Sud du volontariat et même Sud-Nord, ce qui lui laisse présager de beaux jours devant lui.

La labellisation de telles initiatives est inévitable pour ne pas galvauder le concept. Un couplage opportun des recrutements de volontaires avec des systèmes de microcrédits devrait permettre aux associations locales de se développer sans frais initiaux, tout en remboursant ensuite les sommes consenties après retombée des bénéfices tirés des recrutements.

Une large palette de possibilités permet à chaque association, au Nord comme au Sud, de conserver son mode de fonctionnement et d’en tirer divers avantages selon les affinités et valeurs de chacune. Elles peuvent aussi l’utiliser pour développer leurs projets de coopération décentralisée… Il s’agit ainsi d’un label éthique autour du volontariat plus que des principes d’actions figés et contraignants.

Notes et référencesModifier