Virus de la mosaïque du tabac

Le virus de la mosaïque du tabac (TMV, sigle pour Tobacco mosaic virus) est un virus à ARN qui infecte les plantes, en particulier le tabac et les autres membres de la famille des Solanaceae. Ce phytovirus, le premier virus à avoir été découvert, est l'espèce-type du genre Tobamovirus, rattaché à la famille des Virgaviridae.

L’étude du virus de la mosaïque du tabac présente un grand intérêt en biologie fondamentale, dans la compréhension de la biologie des virus, l’étude des interactions hôtes-pathogènes, la biologie cellulaire. Il présente également un intérêt en biotechnologie[1], plus précisément dans l'accroissement de capacité des batteries[2],[3]. Il est possible de l'observer en coloration négative avec une microscopie électronique.

HistoireModifier

En 1892, Adolf Meyer décrit la maladie, qui touche depuis plusieurs années des plantations de tabac des environs de Wageningen, et montre qu’elle est transmissible entre les plantes, de façon similaire aux infections bactériennes[4]. Dimitri Ivanovski montra la même année que la sève des plants de tabac malades contenait un agent infectieux qui n’était pas retenu par les filtres de la bougie de Chamberland[4]; il pensait à l’époque qu’il s’agissait d’une toxine ou bien d’une très petite bactérie[5]. C’est le chimiste néerlandais Martinus Beijerinck qui approfondit ces travaux en 1898[4]. Il écarta l’hypothèse d'une toxine en montrant que la dilution n'affectait pas la contagiosité des plants infectés[4], et dénomma le phénomène Contagium vivum fluidum ou virus[4]. Il montre également que le virus ne peut se multiplier sans infecter la plante[4]. En 1936, Wendell Meredith Stanley en fait le premier virus cristallisé sous forme de cristaux protéiques et étudié par diffraction aux rayons X[4]. En 1939, il est le premier virus à être observé au microscope électronique[4]. C'est Rosalind Elsie Franklin qui en 1953 montra que ce virus ne possède qu'un brin, elle en détermina aussi l'emplacement. Le premier OGM résistant à un virus a été également un plant de tabac résistant au TMV[4].

Structure et génomeModifier

 
TMV coat protein, top view.

Le virus de la mosaïque du tabac est une particule cylindrique, qui a la forme d’un bâtonnet. La capside est formée de 2130 capsomères, chaque capsomère étant formé d’un seul type de protéine, constituée de 158 acides aminés. L’ARN monocaténaire est enroulé en hélice à l’intérieur de cette capside. Le génome comporte 6400 nucléotides. Ce virus est visible en microscopie électronique et a une structure sous forme de tuyaux creux.

SymptômesModifier

 
Feuille de tabac atteinte par la mosaïque du tabac

Les symptômes de la maladie sont les suivants. Les feuilles s’éclaircissent et une mosaïque de vert apparaît à leur surface. Les folioles gaufrées deviennent filiformes avec un aspect brûlé et une tendance à s'enrouler.

Le virus est présent dans le sol, les débris végétaux, les semences et les eaux souterraines.

NomModifier

On cite généralement le nom de la protéine (Acetylseryltyrosylseryliso...serine) du virus de la mosaïque du tabac, souche dahlemense, comme le plus long mot publié en langue anglaise, avec 1 185 lettres[6],[7] : il est présent dans des publications américaines de 1964 et 1966[8].

Notes et référencesModifier

  1. (en) Scholthof, K.-B. G. 2004. Tobacco mosaic virus: A model system for plant biology. Annu. Rev. Phytopathol. 42:13-34.
  2. Un virus biologique utilisé à bon escient pourrait augmenter par dix la capacité des batteries.
  3. Virus : la capacité des batteries li-ion x10.
  4. a b c d e f g h et i Stéphane Biacchesi, Christophe Chevalier, Marie Galloux, Christelle Langevin, Ronan Le Goffic et Michel Brémont, Les virus : Ennemis ou alliés ?, Versailles, Quæ, coll. « Enjeux Sciences », , 112 p. (ISBN 978-2-7592-2627-6, lire en ligne), I. Les virus dominent-ils le monde ?, chap. 1 (« Découverte d'un agent infectieux »), p. 7-10, accès libre.
  5. Claude Chastel (2007), La découverte d’un nouveau monde, in Pour la Science : Les Virus, ennemis utiles.
  6. Ben Schott, Les Miscellanées de Mr. Schott, Allia, , 158 p. (ISBN 9782844851987, lire en ligne), p. 139.
  7. (en) Colista Moore, Student's Dictionary, (ISBN 978-1-934669-21-1), p. 524.
  8. (en) American Chemical Society, Chemical Abstracts Formula Index, janvier-, p. 967F ; Chemical Abstracts 7th Coll. Formulas, C23H32-Z, 56-65, 1962–1966, p. 6717F.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • (fr) Georges Marchoux, Patrick Gognalons, Kahsay Gébré Sélassié, Virus des Solanacées: Du génome viral à la protection des cultures, Éditions Quae, coll. « Synthèses (INRA) », , 896 p. (ISBN 2759200760).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier