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Vincent-Yves Boutin

militaire français
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Vincent-Yves Boutin
Biographie
Naissance
Décès
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Grade militaire

Vincent-Yves Boutin (né le au Loroux-Bottereau près de Nantes, France - mort en août 1815 en Syrie) est un colonel français du génie de la Grande Armée durant le Premier Empire. Par ailleurs il remplit plusieurs missions d'espionnage en Afrique du Nord, dont une à la régence d'Alger en 1808 qui servit de plan d'invasion posthume lors de la conquête de l'Algérie par la France en mai 1830. On lui prête une liaison avec Lady Esther Stanhope, britannique, qui fait mander une expédition punitive contre les coupables lorsque Boutin disparaît après avoir été tué dans la Montagne des Alaouites[Note 1] en Syrie en 1815.

Sommaire

Famille et jeunesseModifier

 
Plan de la rade d'Alger dessiné en 1808 par le Colonel Vincent-Yves Boutin

Vincent-Yves Boutin est issu d'une honnête famille d'artisan, il est le quatrième fils d'Yves Boutin, taillandier à Loroux-Bottereau, et de Perrine Guillet. Son grand-père Vincent Boutin (+1744) était maréchal forgeron dans la même paroisse. Son frère aîné Yves Boutin était boulanger. Il ne s'est pas marié. Sa famille adopte les idées révolutionnaires, son père devient maire du Loroux-Bottereau, il est assassiné avec un de ses fils par le parti royaliste[1].

Vincent-Yves est successivement élève au Loroux-Bottereau chez Prodhomme, futur lieutenant de Charette, puis au collège de l'Oratoire à Nantes où il est repéré par Joseph Fouché. Il s'y lie d'amitié avec Pierre Foucher, futur père d'Adèle Foucher et donc beau-père de Victor Hugo. En 1791 il est reçu «Maître ès arts». Il se rend alors avec Pierre Foucher à Paris pour préparer l'examen d'entrée à l'École du Génie de Mézières (p. 20-21)[2]. Il intègre cette école en laquelle est déplacée à Metz en afin de mieux correspondre à l'ésprit républicain qui en est attendu. La scolarité est écourtée pour cause de guerre et Boutin reçoit son épaulette de lieutenant en quittant l'école fin (p. 21-26)[2].

Carrière dans la Grande ArméeModifier

En , Boutin est devant Maestricht, il participe à l'organisation du siège et reçoit sa première blessure, au genou gauche. Il est en garnison au Quesnoy jusqu'en 1797 date à laquelle il bénéficie d'une mutation à Nantes pour régler les difficiles affaires familiales à la suite du décès de deux de ses frères et de sa mère (p. 28-30)[2]. En 1798, il rejoint l'armée de Mayence et sert sous Jourdan, il manque de peu d'être capturé par les Autrichiens lors d'une reconnaissance à la rivière d'Ach, puis sert Masséna et Ney auprès desquels sa manière de servir est constamment louée (p. 31-33)[2].

À partir de , Boutin sert pour la première fois Napoléon Bonaparte. Il est chef de l'état-major du Génie de Lecourbe sur l'aile droite de Moreau en Suisse et se distingue, entre autre, en établissant un pont sur le Rhin à Reichlingen sous le feu ennemi. Puis, placé sous les ordres de Moncey au Corps d'Helvétie, il reconnait les routes du Col du Saint-Gothard et du Col du Simplon et participe à l'entrée dans Milan où il prépare le blocus du château. Dans cette campagne qui fait définitivement de lui un bonapartiste il gagne son brevet de capitaine de première classe (p. 33-37)[2]. A la suite de cette campagne Boutin reste en Italie jusqu'à la fin de 1803 et y établit différents travaux d'inspection et de défense des places comme celle de Pizzighettone sans obtenir d'avancement malgré les demandes de ses chefs et en tire quelque aigreur (p. 40-47)[2]. Boutin espère alors partir dans l'armée qui prépare l'invasion de l'Angleterre.

Mais en c'est au Nord qu'il est affecté. Chemin faisant il fait un long arrêt à Paris où il recherche l'appui de son ancien professeur Fouché devenu Ministre de la Police, mais aussi les recommandations de Murat, Ney et Lecourbe. Bonaparte promet qu'il sera inclus au prochain travail d'avancement mais rien ne vient (p. 48-9)[2]. Il sert avec zèle au camp d'Utrecht puis rejoint en le Haut-Danube et la Grande Armée sous les ordres directs de l'Empereur. Devant Ulm il assure personnellement la reconnaissance des ponts du Danube sous la mitraille autrichienne[3]. Il est ensuite à Gratz dont il renforce les fortifications puis à Trieste et Caporetto avant de rejoindre Marmont en Dalmatie (p. 50-54)[2]. Le , en tentant de rejoindre Raguse-Vieux par voie de mer, il est pris par les Russes et est emprisonné à Corfou. C'est le premier officier que Marmont échangera parmi une vingtaine de captif. C'est alors qu'il est désigné pour servir le général Sébastiani qui vient d'être désigné comme ambassadeur à Constantinople, il lui faudra 35 journées de chevauchée avec ses deux compagnons de fortune pour rejoindre la Sublime Porte (p. 55-58)[2].

Défense de ConstantinopleModifier

En 1806 à Constantinople, Boutin est chargé par l'ambassadeur de France le général Horace Sébastiani d'établir les défenses du Sérail contre la flotte britannique commandée par l'amiral John Thomas Duckworth qui vient de franchir les Dardanelles afin d'empêcher tout rapprochement entre les Empires français et turcs. C'est une mission délicate requérant des aptitudes militaires et diplomatiques. Boutin aménage l'ensemble des rivages et la pointe du Sérail, tous hérissés de batteries, ce qui lui permet de dire à l'émissaire de l'amiral Duckworth « il n'y a plus un pouce de terrain pour débarquer. Vous pouvez aller le dire à votre amiral »(p. 65-72)[2]. Les Anglais tentent un bombardement de la ville mais les batteries turques répliquent, Boutin y perd deux de ses officiers mais il a réussit. Rapidement Duckworth fait demi-tour, et les Britanniques battent en retraite[4]. Boutin y a gagné l'estime du Sultan Sélim III, l'Ordre du Croissant de troisième classe, et 400 000 francs-or (p. 71-72)[2].

Mission à la régence d'AlgerModifier

Napoléon nourrissait un grand projet depuis longtemps, à savoir une expédition en Afrique du Nord, le but étant de mettre en échec la politique commerciale et l'influence de l'Angleterre et d'annexer cette partie du monde en faisant de la Méditerranée un "lac français" rajoutant à la grandeur de la France. L'objectif étant aussi de "civiliser" un territoire qui était plus européen de par sa position géographique.

Reconnaissance des fortifications d'AlgerModifier

L'amiral Denis Decrès, ministre de la Marine et des Colonies responsable de ce projet, choisit Boutin pour recueillir sur place les informations nécessaires : le colonel est jugé le plus qualifié. Boutin s'embarqua le 9 mai 1808, à Toulon sur le brick Le Requin. La traversée fut mouvementée car le navire eut à subir une attaque d'un bâtiment anglais. Le combat tourna à l'avantage du vaisseau français qui mouilla dans la rade d'Alger le 24 mai, après une escale à Tunis. Accueilli par le consul Dubois-Thainville, Boutin effectue jusqu'au 17 juillet, une périlleuse mission où il devra mettre en œuvre toutes ses qualités. Il rencontre en effet de grands obstacles dus aux interdictions qui ferment aux "croumis" l'accès d'une grande partie d'Alger et de ses environs, ainsi qu'à la surveillance étroite dont il est l'objet par les autochtones. Boutin ne perd pas de temps et se met à l'œuvre. Il se promène et flâne dans la ville et à la campagne, dépassant même de trois ou quatre lieues les limites assignées aux Européens. Sa témérité met en danger en plus d'une occasion, sa propre vie et même celle des autres Français du consulat. Ses excursions répétées et parfois éloignées exaspèrent le Dey, méfiant, qui lui fait adresser à plusieurs reprises des observations et même des menaces par le consul. Le soir, rentré au consulat, il passe la nuit à mettre au point toutes ses observations. Il a à sa disposition un document important, le livre du révérend Thomas Shaw qui, même après soixante-dix ans, est encore à l'époque l'ouvrage le plus exact sur les Régences de l'Afrique du Nord. À Sidi-Ferruch, il a la conviction, compte tenu de la topographie des lieux, que c'est là que doit avoir lieu le débarquement. Il lui reste à reconnaître la route directe qui, de Sidi-Ferruch, mène à Alger, ce qu'il fait avec une précision remarquable. Après cinquante deux jours passés en terre africaine, Boutin rembarque à bord du Requin.

Captivité à MalteModifier

Au retour, le bateau est attaqué par la frégate anglaise, Le Volage. Boutin jette tous ses papiers à la mer avant d'être fait prisonnier à Malte. Il parvient à s'évader et, déguisé en matelot, à partir pour Constantinople sur un navire marchand. Enfin rentré à Paris, il reconstitue grâce à sa mémoire prodigieuse le dossier perdu et rédige un rapport qu'il remet à Decrès le 18 novembre 1808. Comme l'a écrit François Charles-Roux : « C'est un document capital, qui constitue la première étude compétente des conditions d'une expédition militaire contre Alger, le premier exposé méthodique des données nécessaires à connaître pour l'entreprendre et avec lequel aucun mémoire antérieur, même utile, ne supporte la comparaison »[5].

Contenu et devenir du rapportModifier

Dans ce rapport, Boutin confirme que Sidi-Ferruch est le lieu idéal pour un débarquement (p. 257-259)[2]. Il en explique les raisons. Il décrit la meilleure manière d'attaquer les positions de défense (p. 259)[2]. Il évalue les forces du Dey (p. 268-271)[2]. Il signale les conditions de succès d'une expédition : célérité, vigueur et unité de commandement. Il donne des conseils sur l'attitude à adopter vis-à-vis des indigènes : respect des personnes et des biens (p. 273-274)[2]. Ce rapport est complété par un atlas de 15 cartes et plans. C'est un véritable chef-d'œuvre dont Napoléon se déclarera très satisfait. Mais l'empereur, absorbé par des affaires plus pressantes, doit renoncer à son projet et le rapport de Boutin est classé aux archives de l'Armée. Cependant, il aura ultérieurement une influence considérable, et même décisive, sur la réussite de l'expédition de 1830. En 1827, en effet, après le « coup d'éventail » infligé au consul Deval par Hussein Dey, le projet d'expédition est repris et le mémoire est exhumé des archives, Delval lui-même en ayant rappelé l'existence[3]. Il est unanimement choisi et ses conclusions adoptées[3]. Dans un rapport au roi Charles X, les ministres concluront à la possibilité d'un débarquement à Sidi-Ferruch et à la conquête d'Alger par des moyens qui ne sont autres que ceux indiqués par Boutin. C'est en suivant point par point ses suggestions que réussira une entreprise si souvent tentée en vain. Pour apprécier ce succès à sa juste valeur, rappelons que pendant plusieurs siècles aucune tentative pour s'emparer d'Alger n'avait réussi. Ni les Espagnols, ni les Anglais n'avaient pu, malgré leurs bombardements tonitruants, soumettre la capitale. Ainsi se trouve établi que Boutin a bien été le précurseur de l'Algérie française[5].

Dernière mission en SyrieModifier

En 1810, Boutin est envoyé en Égypte et en Syrie pour une « mission orientale ». Comme celle d'Alger, elle fut très importante et marquée en outre d'une touche romanesque par la rencontre d'une femme, Lady Esther Stanhope. Il disparaît mystérieusement dans le djebel Ansériès (Syrie) au cours d'une excursion alors qu'il était sur le point de rentrer en France. Lady Stanhope obtient du pacha d'Acre la conduite d'une expédition punitive au cours de laquelle « le village voisin du crime avait été détruit par les flammes et ses habitants massacrés[3] ». Elle déclare plus tard son admiration pour le défunt explorateur dans une lettre qu'elle envoie au frère de la victime[3]. Les circonstances exactes de sa mort restent inconnues, mais l'assassinat n'est guère douteux son corps et celui de son domestique ayant été retrouvés mutilés[3].

HommagesModifier

Longtemps méconnu, Vincent-Yves Boutin n'a fait l'objet que de rares et parcimonieux hommages. Pendant la période coloniale une toute petite rue de la casbah d'Alger est appelée « rue Boutin » sans même préciser son grade ce qui put entraîner quelques quiproquos[3]. En 1838, un monument mémorial, connu de la population sous le nom du Boutin, est construit à Dely Ibrahim sur un plateau dominant le Sahel d'où la vue s'étend jusqu'à la mer. Il a la forme d'un minaret d'environ 20 mètres de haut et comporte initialement une plaque explicative. Classé monument historique en 1956, il subit en 1980 le contrecoup du séisme d'El Asnam et est depuis lors incliné. Faute d'entretien il tombe en décrépitude dans les années 1990 malgré le fait qu'il se trouve dans un jardin public[6]. À Nantes et au Loroux-Bottereau existent une rue Colonel Boutin. En Algérie un village de l'Oranais s'appelait Boutin pendant la période coloniale[1].

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Léo Berjaud, Boutin agent secret de Napoléon 1er et précurseur de l'Algérie Française, Paris, Frédéric Chambriand, , 302 p.  
Comporte une annexe de 43 pages reproduisant le texte intégral du rapport de V-Y. Boutin (sans les cartes) intitulé Reconnaissance générale des villes, forts et batteries d'Alger, des environs, etc., faite en conséquence des ordres et instructions de son Excellence Monseigneur Decrès, ministre de la marine, en date des 1er et pour servir au projet de descente et d'établissement définitif dans ce pays par le chef de bataillon Boutin. (Arch. Guerre, Mss. 1314).
  • Jean Marchioni (préf. Jean Tulard), Boutin : le "Lawrence" de Napoléon, espion à Alger et en Orient, pionnier de l'Algérie française : essai biographique, Nice, Gandini, , 149 p. (ISBN 978-2-3551-7004-1).
  • Frédéric Meyer, Boutin Vincent-Yves, Colonel d'Empire, Paris, France-Empire, , 293 p. (ISBN 9782704806669).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Ce groupe montagneux est aussi dénommé « djebel Ansariyya ». Il était nommé « montagne des Ansériès » par les auteurs français de l'époque de Vincent-Yves Boutin.

RéférencesModifier

  1. a et b François Vernet, « Colonel Vincent Yves Boutin (1772-1815) », sur Cercle algérianiste (consulté le 7 mars 2019).
  2. a b c d e f g h i j k l m n et o Léo Berjaud, Boutin agent secret de Napoléon 1er et précurseur de l'Algérie Française, Paris, Frédéric Chambriand, , 302 p.
  3. a b c d e f et g Aristide Mauduit, « Notes sur le colonel du génie Boutin (de Nantes) et sur une statuette funéraire égyptienne », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, vol. 1,‎ , p. 97-113 (lire en ligne).
  4. Philippe Le Bas, L'Univers ou Histoire et description de tous le speuples, de leurs religions, mœurs, coutumes etc. Dictionnaire encyclopédique de l'histoire de France, t. III, Paris, Firmin Didot frères, (lire en ligne), p. 294.
  5. a et b François Charles-Roux, France et Afrique du Nord avant 1930. Les Précurseurs de la conquête, Paris, Félix Alcan, , 749 p., p. 467.
  6. S.R.O., « Le « Boutin » s'en va en décrépitude », El Watan,‎ , p. 23 (ISSN 1111-0333).