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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Saint Victor.

Victor Ier
Image illustrative de l’article Victor Ier
Saint Victor
Biographie
Naissance Date inconnue
Afrique
Décès
Rome
Pape de l’Église catholique
Élection au pontificat vers 189
Fin du pontificat vers 198/199

Victor Ier (°? - +199), l'un des saint Victor. Il fut, selon la tradition catholique, le 14e évêque de Rome[1], c'est-à-dire le 13e successeur de saint Pierre au souverain pontificat. Il était d'origine berbère : natione Afer[2].

Sommaire

Histoire et traditionModifier

Les dates consulaires fournies sur la durée de son pontificat par le catalogue libérien peuvent être retenues, et coïncident à peu près avec les données d'Eusèbe[3]. Ainsi Victor a-t-il occupé le siège apostolique aux dernières années de Commode (mort en 192) et au début du règne de Septime Sévère. Bien que Commode ait été un monstre, la situation des chrétiens sous son règne ne fut pas défavorable. Dans sa narration du curriculum vitæ de Calliste, Hippolyte raconte comment l'empereur, sur l'intervention de Marcia, sa maîtresse, fit élargir les chrétiens condamnés aux travaux forcés en Sardaigne et dont la liste fut communiquée aux autorités par le pape Victor.[4] Au témoignage de Tertullien, les premiers temps du règne de Septime Sévère ne furent pas, eux non plus, mauvais pour les chrétiens.[5] S'il y eut un revirement, ce ne fut qu'aux premières années du IIIe siècle. On ne voit donc pas sur quoi se fonde le Liber pontificalis pour faire du pape Victor un martyr : martyrio coronatur[2].

Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, le pontificat de ce pape, qui est assez bien connu, vit un développement de ce droit de regard universel de l'Eglise romaine sur l'ensemble des Églises, dont l'intervention de saint Clément dans l'affaire de Corinthe avait été une première affirmation. C'est à propos de la question pascale que l'on voit Victor se préoccuper de ramener au conformisme romain les communautés qui suivaient d'autres usages. Le Liber pontificalis a gardé le souvenir de cette action, mais très déformé ; les discussions sur la date de Pâques dont il fait état sont celles du début du VIe siècle. Disons seulement ici que les apologistes de la primauté romaine ont vu dans l'ensemble de l'incident, quoi qu'il en soit de la façon dont il fut amené et conclu, une « épiphanie de la Papauté. »

En effet, on retient surtout de lui son implication dans la querelle quartodécimaine, où il s'illustre en s'opposant aux évêques asiatiques.[6] Il rédige vers 192 des décrets d'excommunications envers ces évêques, mais : « cela ne plut pas à tous les évêques, ils l'exhortèrent au contraire à avoir souci de la paix, de l'union avec le prochain et de la charité : on a encore leurs paroles; ils s'adressaient à Victor d'une façon fort tranchante. Parmi eux encore se trouve Irénée, il écrivit au nom des frères qu'il gouvernait en Gaule. »[6] Irénée de Lyon occupa dans cette querelle une place d'arbitre et de pacificateur, en appelant Victor à la clémence et au souci de la paix, sans lui contester le droit d'excommunier les Églises d'Asie.[7] Bien qu'Eusèbe ne rappelle pas l'issue de la controverse, nous savons que l'action de saint Irénée fut efficace, et que Victor retira la sentence d'excommunication portée par lui contre les Églises d'Asie[8].

Il n'est pas impossible non plus que Victor soit cet évêque de Rome dont parle Tertullien dans le prologue de Adversus Praxean, et qui, sollicité par les montanistes d'Asie, fut sur le point de leur accorder des lettres de communion. À la dernière minute, l'intervention de Praxéas qui allégua auprès de Victor les mesures prises par ses prédécesseurs, obligea celui-ci à révoquer les lettres de communion déjà émises et à revenir sur la résolution où il était de reconnaître les charismes.[9] Si ces agissements n'eurent pas lieu sous Victor, ce fut sous son successeur immédiat, Zéphyrin. En tout état de cause, la communauté romaine en fut troublée, et l'on signale aux dernières années du siècle une polémique littéraire entre un certain Proclus, d'esprit montaniste, et le prêtre romain Caius[10].

De plus grande importance était l'effervescence provoquée à Rome par les enseignements et les agissements du parti théodotien. lequel professait ce que les critiques modernes appellent le monarchianisme dynamiste qu'il vaudrait mieux appeler l'adoptianisme pur et simple. Suivant ces hérétiques, Jésus n'est Dieu que par simple appellation ; dans la réalité, c'est un homme ordinaire, ψίλος ἄνθρωπος, que Dieu a adopté pour fils, l'élevant ainsi au rang divin. D'après Eusèbe qui se réfère à un traité anonyme — longtemps attribué à Hippolyte — Contre l'hérésie d'Artémon, Κατὰ τῆς Ἀρτέμωνος αἱρέσεως[11], les premiers représentants de cette hérésie avaient paru à Rome sous le pape Victor et prétendaient être les authentiques représentants de la tradition ecclésiastique. La doctrine qu'ils enseignaient aurait été, disaient-ils, continuellement tenue jusqu'aux temps de Victor, qui l'aurait encore gardée. Impudent mensonge, continue l'anonyme, « car si Victor avait eu ces sentiments, comment aurait-il chassé de l'Église Théodote, l'inventeur de cette hérésie? » C'est tout ce que nous savons d'une intervention doctrinale de Victor dans cette affaire. Le conventicule théodotien se perpétua, d'ailleurs, sous le successeur de Victor, le pape Zéphyrin; cependant, une autre hérésie, plus subtile mais non moins dangereuse, devait alors faire contre-poids à l'adoptianisme théodotien, nous voulons parler du modalisme dont NoëtSmyrne), puis Sabellius, à Rome et ensuite en Lybie, devaient être les protagonistes. En dépit du Libellas synodicus, qui mentionne un synode où Victor aurait condamné Sabellius et Noët, il n'est pas vraisemblable que ce pape ait eu à prendre position contre cette erreur, qui lui est certainement postérieure. Le Liber pontificalis, de son côté, attribue à Victor un décret reconnaissant la validité du baptême administré en cas de nécessité par n'importe quel fidèle, sous réserve d'une profession de foi correcte faite par le néophyte.[2] Mais ceci paraît être une anticipation.

Le Liber pontificalis marque au 28 juillet la date obituaire du pape Victor, date conservée par le martyrologe et le calendrier romain.[2] Les anciens martyrologes la fixent, par contre, au 20 avril. Victor aurait été enseveli au Vatican avec les papes ses prédécesseurs.


Notes et référencesModifier

  1. Le titre de Pape apparaît au cours du IIIe siècle, et n'est pas attesté pour l'évêque de Rome avant le début du IVe siècle. Philippe Levillain, Dictionnaire historique de la papauté, Fayard, 2003, s. v. « Pape ».
  2. a b c et d (la) Liber Pontificalis : XV. Victor, sur le site The Latin Library (en).
  3. (el) Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, l. V, c. 28
  4. (el) Hippolyte de Rome, Philosophoumena, l. IX, c. 12
  5. Tertullien, Ad Scapulam, c. IV
  6. a et b (el) Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique, 323-324 (lire en ligne), p. Livre V - Chapitre XXIV
  7. (el) Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique, 323-324 (lire en ligne), « Il établit d'abord qu'il faut célébrer seulement le jour du dimanche le mystère de la Résurrection du Seigneur; puis, il exhorte Victor respectueusement à ne pas retrancher des églises de Dieu tout entières qui gardent la tradition d'une coutume antique et donne beaucoup d'autres avis [...] Irénée portait vraiment son nom et par sa conduite il était pacificateur ; c'est ainsi qu'il conseillait et prêchait pour la paix des églises. Il écrivit, et non seulement à Victor, mais à beaucoup d'autres chefs d'églises, des choses analogues, pour les entretenir de la question agitée. »
  8. Gustave Bardy, Histoire ecclésiastique, livres V-VIII, Paris, Le Cerf, « Sources Chrétiennes », p. 71
  9. Tertullien, Adversus Praxean, c. I
  10. (el) Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, l. II, c. 25
  11. (el) Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, l. V, c. 28

BibliographieModifier

  • Vincent Serralda et André Huard, Le Berbère...Lumière de l'Occident, Nouvelles Éditions Latines, Paris, 1990 (ISBN 978-2-7233-0239-5), p. 50-52.
  • András Handl, Viktor I. (189?-199?) von Rom und die Etablierung des “monarchischen” Episkopats in Rom. In: Sacris Erudiri: a Journal on the Inheritance of Early and Medieval Christianity, 55 (2016), p. 7-56.

Liens externesModifier

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