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Université d'Orange

institution académique en France
Université d'Orange
Histoire et statut
Fondation
Dissolution
Type
Institution universitaire (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fondateur
Empereur Charles IV
Raymond des Baux, prince d'Orange
Recteur
Prévôt du chapitre
Localisation
Localisation
Pays

L'université d'Orange est une université française active entre 1365 et 1793 située à Orange, dans la principauté d'Orange situé dans l'actuel département du Vaucluse.

Sommaire

HistoriqueModifier

OrigineModifier

Il existe peu de documents permettant de préciser l'origine de l'université. L'évêché d'Orange qui était un des plus anciens évêchés des Gaules devait posséder, comme les évêchés voisins d'Avignon et de Valence, une école épiscopale. Cependant, une transaction passée en 1268 entre l'évêque d'Orange, Pierre II, et les princes d'Orange, Raymond des Baux, seigneurs des Baux, l'oncle et le neveu, laisse supposer que cette école existait au XIIIe siècle.

Université impérialeModifier

Le , l'empereur Charles IV, empereur du Saint-Empire romain germanique, roi de Bohême, entre dans Arles et s'y est fait couronné roi d'Arles dans la cathédrale Saint-Trophime en présence de Raymond des Baux, prince d'Orange. Ce dernier obtient de l'empereur, le , un diplôme donnant aux écoles d'Orange le titre d'université. Le même jour, l'empereur a créé l'université de Genève.

L'université a reçu le privilège d'enseigner le droit canonique, le droit civil, la médecine, la philosophie, la logique et la grammaire[1]. Elle a reçu le droit de conférer les grades. Ses libertés et immunités avec des privilèges d'ordre fiscal sont reconnus aux maîtres et étudiants et sont placés sous la sauvegarde des princes d'Orange et la protection de l'Empereur.

La proximité des princes d'Orange avec les empereurs du Saint-Empire romain germanique date de Bertrand des Baux, seigneur d'Orange, qui s'était fait reconnaître le titre de Prince d'Orange par Frédéric Barberousse en 1178, quand il était venu se faire couronner roi de Bourgogne à Arles.

Cette création d'une université par l'empereur s'est faite sans l'autorisation de la papauté. Le pape à cette date était Urbain V qui ne devait pourtant pas être indifférent à la création d'une université à proximité d'Avignon. Probablement le pape a accepté le fait accompli d'un empereur qui voulait marquer son indépendance du Saint-Siège comme le montrait la « Bulle d'Or » de 1356. Le pape a implicitement accepté cette création quand, à la suite d'une supplication de la commune d'Orange en faveur de l'université, il a publié une bulle adressée aux maîtres et étudiants de l'université datée du leur accordant la possession des bénéfices après trois ans de résidence effective et leur donnant des garanties contre ceux qui voudraient les troubler dans cette jouissance.

La commune d'Orange voulant aider l'université a accordé de nombreux avantages aux professeurs et aux étudiants.

Une bulle du pape Clément VII a approuvé l'université d'Orange.

À la fin du fin du XVe siècle, l'université d'Orange a été attaquée par les universités des environs, à commencer par l'université d'Avignon, puis par l'université de Perpignan, avec l'université de Montpellier.

Le , le pape Sixte IV publie une bulle affirmant qu'il n'existait plus de « studium generale » à Orange et que « les grades licenciés et de docteurs étaient accordés sans examen sérieux, sans formalité et sans le nombre réglementaire de docteurs et de magistrats ». Il interdit sous peine d'excommunication de conférer des grades dans une ville n'ayant pas de « studium generale », et notamment à Orange.

Université protestanteModifier

En 1473, Guillaume de Châlon prend le parti de Charles le Téméraire qui est son cousin et son suzerain. En 1530 la maison de Nassau hérite des Châlon après la mort de René de Chalon. La famille de Nassau étant favorable au protestantisme, la principauté d'Orange va devenir une citadelle protestante au milieu d'un territoire du Saint-Siège. Les protestants vont devenir très importants à Orange. Si les protestants ne sont pas majoritaires à Orange, ils vont se sentir suffisamment forts pour s'opposer à la célébration du culte catholique. L'évêque d'Orange s'en plaint au prince d'Orange, Guillaume d'Orange-Nassau par une lettre du . Les protestants commandés par le comte de Crussol s'emparent de la ville le et massacrent une partie de la population. Quelques semaines plus tard une armée catholique, sous les ordres de Fabrizio Serbelloni[2] et du comte de Sommerive, Honoré de Savoie[3], prend la ville qu'elle met à sac et y commet des massacres. Une partie des documents concernant l'université sont détruits dans l'incendie et le sac de la ville de 1562. Le comte de Crussol reprend la ville en mars 1563. Presque tous les catholiques quittent la ville. Le prince d'Orange tente de ramener la paix en prenant un édit pris à Bruxelles le demandant la tolérance réciproque entre ses sujets des deux confessions. En août 1568, Guillaume d'Orange-Nassau a conclu une association nobiliaire avec Louis de Condé et l'amiral de Coligny après l'exécution du comte d'Egmont et du comte de Hornes prévoyant de se prêter une assistance mutuelle. Guillaume d'Orange-Nassau et Ludovic ou Louis de Nassau combattent en France pendant la troisième guerre de religion. Ludovic de Nassau est présent au synode calviniste de La Rochelle, en 1571. Il semble que l'université n'a pas pu continuer à enseigner.

En 1573, Ludovic de Nassau, régent de la principauté, a créé un collège-académie et rétabli le fonctionnement de l'université par les lettres patentes du . Il décide que l'université doit posséder une imprimerie, qu'elle doit être installée dans la maison du premier consul de la commune qui avait été confisquée, que le recteur doit être élu tous les trois ans par le gouverneur et dépositaire du sceau de l'université dont il doit défendre les droits et les privilèges devant le parlement. Dans une seconde lettre patente prise le même jour, il rattache les pasteurs d'Orange à l'université.

En 1575, l'évêque d'Orange ayant quitté la ville où il ne peut plus célébrer la messe et s'étant réfugié à Caderousse a démissionné. L'évêque d'Orage n'a pu se rétablir sur son siège qu'en 1597 et rétablir le culte catholique à Orange. De 1573 à 1597, l'université est entre les mains des protestants.

En , Guillaume de Nassau donne un édit, pris à Dordrecht, sur la justice, police, domaine, collège et université d'Orange. Il semble cependant que le nombre étudiants est peu nombreux et on ne trouve pas d'écrits donnant son fonctionnement au jour le jour. Des troubles se sont produits à Orange après des querelles entre le parlement et le peuple suscitées par le gouverneur de la principauté, Hector de Mirabel, seigneur de Blacons.

Le est pris l'« édit d'Orange » par le prince Philippe-Guillaume d'Orange venu à Orange après son mariage avec Éléonore de Bourbon-Condé. Il a rétabli l'université, reprend ce qui a été écrit dans l'édit de 1583 et permet à l'université d'accueillir des protestants et des catholiques. En 1608 on constate une augmentation du nombre des étudiants. L'université reçoit alors des étudiants étrangers, Hollandais, Anglais, Écossais et Suisses. Les professeurs sont choisis pour moitié protestants et pour l'autre moitié catholiques. Cette situation va durer jusqu'en 1703. Ce succès de l'université d'Orange va provoquer des jalousies dans les universités voisines. Le parlement de Paris et le parlement de Grenoble vont refuser d'admettre comme avocats ceux qui ont été gradués à Orange.

Frédéric-Henri d'Orange-Nassau, allié à la France, obtient de Louis XIII un édit, donné à Chantilly le , que tous les docteurs et gradués d'Orange soient reçus avocats postulants en tous ses parlements, comme ceux des universités françaises. Le roi a décidé que l'université d'Orange est l'égale de celle d'Avignon.

En 1682, à la suite d'un incident avec Guillaume III d'Orange-Nassau, Louis XIV a confisqué la principauté d'Orange. À la suite de la révocation de l'édit de Nantes par l'édit de Fontainebleau, en 1685, un grand nombre de protestants se sont installés à Orange. Mais au traité de Ryswick, le , Louis XIV doit rendre la principauté d'Orange à Guillaume III qui y rétablit le culte protestant.

Université royaleModifier

Après la mort de Guillaume III, Louis XIV a profité des querelles sur sa succession pour s'emparer de la principauté d'Orange en 1702. Il revendique la Principauté d'Orange devant le parlement de Paris. Celui-ci lui reconnaît le domaine éminent et attribue le domaine utile à François-Louis de Bourbon-Conti, héritier des Châlon qui ont été supplantés au XVIe siècle par les Nassau. Louis Armand II de Bourbon-Conti a reçu la principauté d'Orange de Louis XIV en 1712 et l'a conservé jusqu'à sa mort, en 1727. La reconnaissance de l’acquisition est reconnue au traité d'Utrecht, en 1713, mais à condition que les héritiers de la maison de Nassau conservent le droit d'imposer à une partie de la Gueldre le nom de principauté d'Orange. Les persécutions violentes vont alors commencer contre les protestants qui doivent quitter la ville s'ils ne veulent pas abjurer. La direction de l'université est confiée à l'Église catholique. L'évêque d'Orange est le chancelier de l'université et le recteur est le prévôt du chapitre. À partir de 1702, le collège-académie d'Orange a été placé sous l'obédience de l'évêque d'Orange et sa gestion confiée aux ordres religieux, Carmes jusqu'en 1717, puis Doctrinaires jusqu'à la Révolution [4]

Les attaques contre l'université d'Orange vont être renouvelées par les universités proches. L'université d'Orange est considérée alors comme une université non fameuse.

Louis XVI envoie deux édits identiques, le premier au parlement d'Aix, le , le second au parlement de Grenoble, le , dans lesquels il s'inquiète de la faiblesse des études dans l'université d'Orange, de la facilité avec laquelle les grades sont décernés, ce qui a pour conséquence d'y attirer un grand nombre d'étudiants qui plus tard seront incapables de remplir avec compétence les charges et les emplois qui leur sont conférés. Il demande aux avocats et procureurs généraux de ces parlements de s'assurer de la compétence des avocats formés à l'université d'Orange. Ce peut de considération pour les avocats formés à l'université d'Orange leur a valu l'appellation d'« Avocat à la fleur d'Orange »[5].

Face à ses attaques, l'université d'Orange a réagi en 1718. L'évêque d'Orange Jean-Jacques d'Obheil fait rechercher les anciens statuts de l'université et décide de les mettre en conformité avec ceux des universités françaises. Les nouveaux statuts sont approuvés par le corps de l'université le . L'université déclare qu'elle est désormais attentive à se soumettre à la volonté royale, à enregistrer et suivre les édits du roi.

Le , Louis-François de Bourbon-Conti, seigneur d'Orange, s'insurge contre le droit que s'est accordé l'université de nommer les professeurs de toutes les facultés en 1718. Il considère que les anciens statuts donnaient ce droit appartient aux princes d'Orange. Il fait donc opposition aux statuts de 1718 et interdit au corps de l'université de nommer ses professeurs.

L'année suivante, par la suite d'un acte passé entre Louis XV et la princesse douairière de Conti, la principauté d'Orange est réunie au royaume le et dépend administrativement du Dauphiné par un arrêté du Conseil d'État le . L'université envoie alors un mémoire au roi Louis XV pour lui demander la confirmation de ses privilèges. Cette confirmation n'a pas été envoyée par le roi. Au lieu de cela, en 1732, le chancelier d'Aguesseau, favorable à la restauration d'une faculté de droit à l'université de Grenoble, fait nommer par le roi une commission pour étudier les titres d'établissement et les règlements généraux ou intérieurs des universités de Grenoble et d'Orange. Les commissaires concluent leurs travaux en demandant la suppression de l'université d'Orange et le transfert de l'université de Valence à Grenoble. Par un arrêt du , le roi annule les conclusions de l'arrêt du car elles avaient été faites sans que les universités de Valence et d'Orange produisent les titres d'établissement et les règlements généraux. Une nouvelle commission est nommée pour reprendre l'étude. L'université d'Orange remet les documents demandés au greffe de la commission le . Les consuls de la ville d'Orange adressent une requête au roi le pour conserver l'université qui est « le dernier reste de tous les titres avantageux et honorables dont elle a été successivement dépouillée ». Le , la commission écrit « qu'une seule université doit suffire en Dauphiné et qu'elle doit être placée sous les yeux du parlement ». Les résistances locales vont empêcher ce transfert. De nouvelles tentatives de fermetures sont entreprises, de nouvelles requêtes contre cette fermeture sont envoyées par les consuls et l'évêque d'Orange.

C'est la Révolution qui va fermer les universités, dont celle d'Orange, car leur enseignement était jugé contraire aux idées nouvelles[6]. Un décret présenté par Joseph Lakanal du comité d'instruction publique sur une motion de Jeanbon Saint-André est pris le prévoyant la création des établissements avec trois degrés d'éducation et que, « en conséquence, les collèges de plein exercice et les facultés de théologie, de médecine, des arts et de droit étaient supprimées sur toute la surface de la République »[7].

L'université d'Orange n'a pas été rétablie comme université impériale à la suite du décret du 17 mars 1808 fixant le fonctionnement de l'Université pris par Napoléon Ier.

Personnalités ayant étudié à l'université d'OrangeModifier

Notes et référencesModifier

  1. Diplôme de l'université d'Orange : ...« habeatur in jure canonico, ac civili, medicinæ, philisophia, logica, grammatica ».
  2. Fabrice de Serbellon, Milanais, cousin du Pape Pie IV, a été envoyé par ce dernier en Provence, à la tête de détachements pontificaux, pour appuyer les catholiques dans leur lutte contre les protestants. Il a été gouverneur d'Avignon. Il est le frère de Gabriele Serbelloni (1509-1580), condottiere, général au service de l'Espagne, plus connu sous le nom de Gabrio Serbelloni.
  3. Honoré de Savoie, nommé lieutenant-général en Provence par Catherine de Médicis pour s'opposer aux protestants.
  4. « Archives du Vaucluse : collège d'Orange »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?).
  5. Mireille Vidor-Borricand, p. 31-32.
  6. C'est ce que rappelle Pierre Daunou dans le préambule du décret du 23 vendémiaire an IV : « Comme si le fléau de l'inégalité eût frappé inévitablement toutes les parties de l'édifice social ; comme si le despotisme eût voulu se venger de l'audace de la pensée et de la révolte des lumières, il s'étudiait sans cesse à les arrêter, à les entraver dans leur cours. Ce n'est pas que plusieurs universités, plusieurs collèges, ne fussent justement renommés pour l'habileté des maîtres et pour l'émulation des disciples ; mais le plan que les uns et les autres étaient condamnés à suivre égarait les talents et trompait leur activité. L'instruction publique était liée par trop de chaînes aux abus que vous avez renversés, pour qu'elle pût résister aux chocs de la Révolution. Les établissements inférieurs devaient céder bientôt aux progrès de la raison publique. Les institutions intermédiaires (collèges et universités), frappées des mêmes coups, ont disparu peu à peu avec les corporations qui les régissaient ; et, à l'égard des établissements supérieurs (académies, sociétés, théâtres), ils étaient entraînés aussi par leur propre corruption, par cette immoralité aristocratique dont ils renfermaient les funestes germes ».
  7. Ce décret est suspendu le 16 septembre. On ne sait donc pas exactement quand les facultés ont cessé d'exister. Les facultés de médecine sont remplacées par des écoles de santé créées par le décret du 14 frimaire an III. Les facultés de théologie, des arts et de droit ne sont pas remplacées. Le décret du 7 ventôse an III crée les écoles centrales mais supprime les anciens collèges. La loi Daunou du 3 brumaire an IV reprend les décisions précédentes en les complétant ou les modifiant et prévoit la création de dix écoles spéciales pour l'enseignement supérieur de l'astronomie, la géométrie et la mécanique, l'histoire naturelle et la médecine, l'art vétérinaire, l'économie rurale, les antiquités, les sciences politiques, la peinture, la sculpture et l'architecture, la musique. La loi du 11 floréal an X a ajouté aux écoles spéciales des écoles de droit.
  8. Mireille Vidor-Borricand, p. 69.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Simone Guenée, Les universités françaises des origines à la révolution. Notices historiques, p. 103-104, A. et J. Picard, Paris, 1982 (ISBN 2-7084-0080-0)
  • Mireille Vidor-Borricand, L'université d'Orange : Une université méconnue, Éditions Borricand, , 131 p. (ISBN 2-85397-003-5)  
  • Pierre-Daniel Bourchenin, Étude sur les académies protestantes en France aux XVIe et XVIIe siècles, p. 107-112, Grassart, Paris, 1882 (lire en ligne)
  • Martial Millet, Notice sur l'université d'Orange, Seguin, Avignon, 1878 ; p. 44

Articles connexesModifier

Liens externesModifier