Union des communistes de France marxiste-léniniste

parti politique

L'Union des communistes de France marxiste-léniniste (sigle : UCFml ou UCF-ML, avec ou sans trait d'union) est un groupe maoïste français qui exista de 1969 à 1985. L'UCFml s'opposait à d'autres groupuscules maoïstes, comme la Gauche prolétarienne ou le Parti communiste marxiste-léniniste de France. Parmi ses principaux dirigeants et membres les plus connus, on peut citer Alain Badiou[1],[2],[3], Sylvain Lazarus, Natacha Michel, Catherine Quiminal, François Balmès et l'économiste Pierre-Noël Giraud[4]. L'organisation, très petite, n'a jamais compté plus de quelques centaines de membres[5].

HistoireModifier

L'UCFml ne prétend pas être un « parti », au contraire de deux autres organisations, le Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF) et le Parti communiste révolutionnaire (marxiste-léniniste) (PCR(m-l). Il ne se définit même pas comme une « union », il se voit plus exactement comme un « groupe » aspirant à devenir une « union ». Il reconnaît sans ambages qu'il ne dispose pas encore d'un nombre suffisant d'adhérents pour se qualifier à bon droit de parti[6].

L'UCFml publie à partir de 1973 sa revue Le Marxiste-Léniniste[7], qui devient mensuelle en 1977.

En 1974, l'UCFml lance le groupe Foudre d'intervention dans l'art et la culture, qui sert à organiser des actions de boycott ou de sabotage de conférenciers ou de films jugés mal-pensants. Intervenant par distributions de tracts et prises de parole intempestives lors de séminaires, spectacles et autres réunions intellectuelles et artistiques, le groupe visait, selon ses propos, à « déstabiliser le nouvel usage de l'histoire du fascisme » qui, selon lui, marquait la lutte idéologique des années 1970[8]. Le discours de l'UCFml et, partant, de Foudre, était, selon Bernard Sichère faisant son mea culpa 40 ans plus tard dans la revue La Règle du Jeu, « bel et bien violent, tempétueux et constamment guerrier, rhétorique implacable qui s’adressait plutôt à nous-mêmes qu’à un public absent »[9].

Foudre mène aussi une campagne acharnée contre l'enseignement de Maria-Antonietta Macciocchi à l'Université de Vincennes et perturbe les cours dont il désapprouve le contenu. Devenue leur cible d'élection parce qu'elle avait décidé de programmer quelques films mussoliniens dans son séminaire[10] et accusée d'être elle-même fasciste, Maria-Antonietta Macciocchi, qui bénéficie du soutien de Simone de Beauvoir, doit parfois être protégée par les étudiantes féministes, dont Claudine Monteil[11],[12].

Le groupe réussit à faire interdire la projection du film de Liliana Cavani Portier de nuit sur le campus de Vincennes[13].

Les autres ennemis désignés du groupe Foudre sont Gérard Miller ou encore Ariane Mnouchkine[9]. Intervenant à la Cartoucherie, les membres du groupe viennent expliquer à la fondatrice du Théâtre du Soleil que son travail sur les ouvriers immigrés n'est pas sur une ligne juste et que de ce fait son spectacle est mauvais... Cela leur vaudra une réputation « de petits terroristes qui cassaient les représentations et empêchaient les acteurs de faire leur travail »[14].

Foudre s'en prend également au film satirique de Jean Yanne Les Chinois à Paris en distribuant un tract intitulé « Les Chinois à Paris : un film comique ? Non ! Un film anticommuniste ! ». Jean Yanne y est dénoncé comme un « gros requin du cinéma, milliardaire, copropriétaire de Gaumont ». Le groupe passe ensuite aux jets de peinture sur les écrans[15].

Le , le groupe interrompt la projection du film américain Les Bérets verts de John Wayne, au Cinéac-Italiens (Paris 1er), sous prétexte qu'il défend l'intervention américaine au Vietnam[15].

Sous la tutelle d'Alain Badiou, affecté comme professeur à l'université de Vincennes (« foyer de l'élite du gauchisme révolutionnaire » selon François Hourmant), le groupuscule prône la grève des examens. Et Badiou de proposer d'accorder leurs examens « à tous ceux qui ne sont jamais venus en cours et qui ont ainsi montré par leur absence leur détachement louable des choses de ce monde »[13].

Le 17 octobre 1981, à la Mutualité, l'UCFml coorganise avec l'Organisation communiste marxiste-léniniste – Voie prolétarienne un meeting commémoratif du massacre du 17 octobre 1961. Cela sera la première initiative publique concernant la répression d'une manifestation d'Algériens organisée à Paris par la fédération de France du Front de libération nationale.

Certains de ses membres (dont Alain Badiou, Sylvain Lazarus et Natacha Michel) militèrent ensuite dans feu l'Organisation politique.

Autocritique et héritageModifier

Bien des années après, le philosophe et écrivain Bernard Sichère, qui fut l'un de ses membres, décrit l'UCFml comme « une organisation sectaire », « souvent impitoyable dans sa discipline, et d’autant plus fermée sur elle-même que son rapport effectif à la réalité du monde ouvrier était passablement problématique ». Effrayé par le souvenir de la violence de ses propres interventions, il est devenu un détracteur acerbe des visées politiques du maoïsme français, ne sauvant des expériences de l'époque que les vertus cathartiques de son élitisme romantique, ce qu'il appelle « une insurrection spirituelle[16] ».

Il évoque la discipline (« style militaire ») qu'y faisait alors régner Alain Badiou, que celui-ci justifiait par la conviction de détenir seul la vérité, les procédés d'intimidation. Il note également que l'implantation ouvrière du mouvement était nulle[17] et que cette organisation était constituée pour sa plus grande partie d'intellectuels[18]. Ainsi qu'il le rapporte dans ses mémoires, il eut l'occasion, quelques années plus tard, de s'excuser auprès de son ancienne victime, Maria-Antonietta Macciocchi, rencontrée par hasard chez l'éditeur Grasset, du traitement que le groupe lui avait infligé. Celle-ci lui répondit « avec un joli sourire », que tout cela était bien loin et qu'il n'avait pas à se faire du souci[19].

D'autres membres de Foudre, qui ont joué un rôle actif dans les activités du groupe, à l'instar d'Alain Badiou ou de Denis Lévy (fondateurs de la revue L'art du cinéma)[20], n'ont rien renié de leur engagement d'alors.

PublicationsModifier

  • UCFML, La Révolution prolétarienne en France et comment construire le parti de l'époque de la pensée de Mao Tsé-toung, Paris, François Maspero, 1970
  • UCFML, Première année d'existence d'une organisation maoïste, printemps 1970/printemps 1971, Paris, François Maspero, 1972
  • Feuille Foudre. Journal pour l'intervention marxiste-léniniste dans l'art et la culture.

Notes et référencesModifier

  1. « Groupe pour la fondation de l'Union des communistes de France marxistes-léninistes », sur data.bnf.fr (consulté le )
  2. Nicolas Lecaussin, « Alain Badiou et le communisme: on oublie les morts et on recommence! », sur Le Figaro.fr, (consulté le )
  3. « Alain Badiou : “Nous sommes à un nouveau commencement de la pensée marxiste” », sur Les Inrocks (consulté le )
  4. Arnaud Pagès, « À la rencontre des derniers maoïstes de France », sur Vice, (consulté le )
  5. « Ce que furent les années maos d’Alain Badiou, Natacha Michel et Sylvain Lazarus », sur Les Inrockuptibles,
  6. (en) Bruno Bosteels, Badiou and Politics, Duke University Press, 2011, 236 p., pp. 386-387 (note 41). Bosteels cite A. Belden Fields et son livre Trotskyism and Maoism: Theory and Practice in France and the United States, New York, Praeger, 1988, chap. 3. : « The UCFML has made no claim to be a party, as have the other two organizations [Parti Communiste Marxiste-Léniniste de France, PCMLF, and Parti Communiste Révolutionnaire (marxiste-léniniste), PCR(m-l)]. In fact, it has not even claimed to be a 'union' yet, but a 'group' for the formation of a 'union'. It has readily admitted that it dos not yet have a mass base which would entitle it legitimately to refer to itself as a party ».
  7. « Le Marxiste léniniste », sur data.bnf.fr (consulté le )
  8. Cf. le bilan de l'UCFml dans sa revue Le Marxiste-Léniniste, no 50-51, printemps 1981, p. 2-13 et 20-21.
  9. a et b Bernard Sichère, Mai 68, Mao, Badiou et moi, La Règle du jeu, 11 avril 2010.
  10. Bernard Sichère, Ce grand soleil qui ne meurt pas, Grasset, 2011, 224 p., chap. 6. « Rupture » : « La faculté de Vincennes en particulier avait constitué un de nos terrains d'intervention privilégiés : l'ennemi de classe, un temps, s'appela Maria Antonietta Macciocchi, Gérard Miller, Deleuze et les deleuziens. [...] Fallait-il vraiment cibler la pauvre Macciocchi, sous le prétexte qu'elle avait pris l'initiative de programmer dans son séminaire quelques films mussoliniens ? Les étudiants de Vincennes étaient-ils à ce point débiles qu'ils risquaient d'être contaminés par le virus du fascisme à l'issue de ces projections ? ».
  11. (en) Claudine Monteil, Simone de Beauvoir and fascism: Her support of the Italian writer and activist Maria-Antonietta Macciocchi, sur le site personnel de Claudine Monteil, 16 septembre 2009 : « For young feminists, this seminar was extremely important because fascism is linked to the worst form of patriarchy in society. Macciocchi’s seminar provoked outrage and protests among the most prejudiced leftist male students. They insulted Maccicochi with both political and sexual slurs, and threatened her physically. This protest was so violent that I and several other feminist students sometimes had to protect her. Beauvoir supported Macciocchi’s seminar and let her know how important she thought her teaching was. »
  12. (en) Françoise Dosse, History of structuralism : The Sign Sets 1967-Present, Minneapolis, Minn, University of Minnesota Press, , 416 p. (ISBN 978-0-8166-2370-9, lire en ligne), chap. 14 (« Vincennes: The Structuralist University »), p. 152 : « in the seventies, the group Foudre, sponsored by Alain Badiou and led by Bernard Sichère, [...] wanted to be a kernel of cultural criticism and did not hesitate to employ terrorist tactics. [...] its favored target was Maria-Antonietta Macciocchi, a teacher who was, curiously enough, a great admirer of China. Macciocchi was working in a collective on fascism at the time. She was accused of being a fascist for having wanted to transform her teaching group into a propaganda office, and for having shown the film The Jew Suss. »
  13. a et b François Hourmant, Les Années Mao en France: avant, pendant et après Mai 68, Odile Jacob, 2018, 288 p., section « Vincennes, laboratoire du maoïsme universitaire », livre numérique Google, n. p.
  14. Bernard Sichère, Ce grand soleil qui ne meurt pas, Grasset, 2011, 224 p., chap. 6. « Rupture ».
  15. a et b Christophe Bourseiller, Les Maoïstes, la folle histoire des gardes rouges français, Paris, Plon, , 346 p. (ISBN 2-259-18090-6), p. 274-275.
  16. Cf. en particulier le livre qu'il a publié en 1983 dans la collection « Figures » de Bernard-Henri Lévy chez Grasset : Le moment lacanien. Au début des années 1990, lors d'un entretien avec François Dosse, Bernard Sichère s'interrogeait encore : « Comment a-t-on pu être fou de cette façon-là ? » (cf. Histoire du structuralisme II : Le chant du cygne, 1992, p. 152). Il revient encore sur ses activités de militant dans « Les années Tel Quel », L'infini 49/50 (1995), repris en postface à la réédition du Moment lacanien (Le livre de poche, 2004 ; l'expression citée se trouve p. 284).
  17. Bernard Sichère, Mai 68, Mao, Badiou et moi, La Règle du jeu, 11 avril 2010 : « je ne vis à dire vrai chez nous qu’un seul jeune ouvrier de Renault, fort sympathique au demeurant, qui fit une brève apparition et ne revint jamais. »
  18. Bernard Sichère, Mai 68, Mao, Badiou et moi, op. cit..
  19. Bernard Sichère, Ce grand soleil qui ne meurt pas, op. cit..
  20. Denis Levy, « Séminaire « La pensée du cinéma à Paris-8 » du jeudi 7 avril 2016. », L'art du cinéma,‎ (lire en ligne)

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • « L'Art et la culture : un groupe maoïste, le groupe FOUDRE », Le Marxiste-Léniniste, nos 50-51,‎ , p. 20.
  • Christophe Bourseiller, Les maoïstes, la folle histoire des gardes rouges français, Le Seuil/Points, 2008.
  • (en) Bruno Bosteels, Badiou and Politics, Duke University Press, 2011, 236 p., pp. 386-387

Liens externesModifier