Bataille de Zabadani (2015)

bataille de la guerre civile syrienne
Bataille de Zabadani
Description de cette image, également commentée ci-après
Une vue de la ville de Zabadani en 2007.
Informations générales
Date 4 juillet -
(2 mois et 20 jours)
Lieu Zabadani
Issue Cessez-le-feu
Belligérants
Drapeau de la Syrie République arabe syrienne InfoboxHez.PNG Hezbollah
Liwa Zulfikar
Drapeau de la Russie Russie
Flag of Ahrar ash-Sham.svg Ahrar al-Cham
Flag of Jabhat al-Nusra.jpg Front al-Nosra
Drapeau de l'État islamique État islamique
Commandants
Abou Abdelrahman
Forces en présence
inconnues1 000 à 2 000 hommes[1],[2]
Pertes
~ 100 à 200 morts[3],[4],[5]~ 100 à 400 morts[6],[7],[4]

Guerre civile syrienne

Coordonnées 33° 43′ 30″ nord, 36° 05′ 50″ est
Géolocalisation sur la carte : Syrie
(Voir situation sur carte : Syrie)
Bataille de Zabadani

La bataille de Zabadani a lieu lors de la guerre civile syrienne. Elle débute le par une offensive de l'armée syrienne et du Hezbollah visant à prendre la ville de Zabadani, tenue par les rebelles. Malgré quelques avancées, les loyalistes ne parviennent pas à s'emparer de la totalité de la ville et les combats s'achèvent le par un cessez-leu-feu.

PréludeModifier

Le le Hezbollah et l'armée syrienne lancent l'assaut sur Zabadani[8], peuplée de 65 000 habitants sans compter les réfugiés, et encerclée depuis quatre ans par les loyalistes[9]. L'offensive est menée par les 1re et 4e division blindées de l'armée syrienne tandis que la ville est tenue principalement par les forces d'Ahrar al-Cham et du Front al-Nosra[10],[11]. Située près de la frontière avec le Liban, Zabadani tient un axe stratégique reliant Damas à Beyrouth[8], c'est également la dernière ville tenue par les rebelles dans le Qalamoun[12]. Selon Lina Kennouche, journaliste de L'Orient-Le Jour, la ville serait tenue par 1 000 à 1 200 hommes d'Ahrar al-Cham, 72 du Front al-Nosra et 28 de l'État islamique[1]. Des combattants de l'État islamique sont présents à l'intérieur de la ville et tiennent également une poche au nord, à la frontière avec le Liban[13]. Selon l'agence Reuters 1 500 à 2 000 hommes d'Ahrar al-Cham et Front al-Nosra combattent à Zabadani[2]. La majorité de la population prend quant à elle la fuite, même si 500 familles sont toujours présentes dans la ville à la mi-juillet selon les rebelles[2].

Après une succession de défaites, le régime syrien chercherait alors à remonter le moral de ses troupes en remportant quelques victoires symboliques. Selon Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo) : « Zabadani est tout indiquée : la ville sera facile à prendre pour l’armée syrienne, les rebelles y sont isolés et ne pourront avoir de soutien »[14].

Vers septembre 2015, une unité de snipers de l'armée russe est également engagée dans les combats[15],[16].

DéroulementModifier

Le premier jour, l'armée syrienne prend la colline de Qalat al Tel, à l'ouest. La majeure partie de la population fuit la ville bombardée par le régime avec des barils d'explosifs, des raids aériens et des tirs d'artillerie. Les rebelles, qui disposent de chars russes et de pièces d'artillerie à longue portée, répliquent[17],[18].

Le 5 juillet, après d'intenses bombardements, les forces loyalistes et le Hezbollah parviennent à entrer dans la ville. Le régime syrien affirme avoir pris le contrôle du quartier de al-Jamaiyat, à l'ouest et de celui de al-Sultana, à l'est[9],[19],[20].

Selon l'OSDH, dans les premières 48 heures le régime a mené 130 frappes aériennes et au moins 14 loyalistes et 11 rebelles ont été tués dans les combats[21].

À la mi-juillet, l'armée syrienne et le Hezbollah ont poursuivi leur progression dans la ville et se rapprochent du centre-ville[2].

Le 11 août, une trêve de 48 heures est conclue à Zabadani entre le régime et les rebelles[22], puis prolongée jusqu'au 16[23]. Le 15, la trêve est rompue, les négociations sur un échange entre Zabadani, encerclée par les loyalistes et les villages de Kafraya et al-Fouaa, encerclés près d'Idleb par les rebelles, échouent en raison du fait que les rebelles auraient demandé en plus la libération de prisonniers[24]. Mais le 24 septembre, une trêve de six mois est conclue à Zabadani et les deux villages de Kafraya et al-Fouaa[25],[26],[27]. Le 27, un nouveau cessez-le-feu de 72 heures est conclu tant à Zabadani que dans les deux villages chiites, afin de permettre notamment l'évacuation des blessés[28],[29]. Cependant, l'intervention militaire russe au 30 septembre suspend le projet d'un échange de la ville de Zabadani contre les deux villages de Kafraya et al-Fouaa[30].

Les pertesModifier

Selon l'OSDH, au moins 21 combattants du Hezbollah et 46 rebelles ont été tués du 4 au 20 juillet[31]. Le 21, les pertes rebelles passent à 62 tués selon l'OSDH[6]. Le 11 septembre, au moins 8 combattants du Front islamique et du Front al-Nosra sont tués ainsi que 12 loyalistes, dont 5 miliciens du Hezbollah[7].

Selon une source loyaliste du journal libanais The Daily Star, 15 hommes du Hezbollah et 28 soldats de l'armée syrienne sont tués du 4 au 27 juillet[3]. Le 4 septembre, une autre source pro-gouvernementale donne un bilan de 60 miliciens du Hezbollah et 400 rebelles tués[4]. Enfin selon Al Jazeera, la bataille a fait 108 morts du côté du Hezbollah[5].

SuitesModifier

Le 28 décembre 2015, les évacuations commencent à Zabadani, ainsi qu'à Foua et Kafraya. 338 personnes quittent Foua et Kafraya, tandis que 126 autres se retirent de Zabadani. Les personnes évacuées sont des civils et des combattants blessés. Le premier groupe se porte en Turquie, pour ensuite rejoindre le Liban, et de là Damas. Le deuxième groupe est conduit au Liban, d'où il gagne ensuite la Turquie[32],[33],[34],[35],[36].

Située juste au sud de Zabadani, la commune de Madaya est également assiégée à partir de juillet par les forces loyalistes. Au bout de quelques mois, les 40 000 civils présents sur place commencent à souffrir de la famine. Au moins 23 personnes meurent de faim en décembre 2015 et janvier 2016 selon Médecins sans frontières[37]. À cette période, les premières photos de cadavres faméliques sont diffusées sur les réseaux sociaux[38],[39],[40]. En 2015, les agences humanitaires demandent à six reprises un accès à la ville, mais il n'est accordé qu'une seule fois, le 17 octobre. Le 7 janvier 2016, le régime syrien autorise finalement l'ONU à acheminer des vivres et des médicaments à Madaya[41].

Le 28 mars 2017, l'accord dit des « quatre villes » — prévoyant l'échange de Zabadani et Madaya contre Foua et Kafraya — est réactivé après de nouvelles négociations en Turquie entre l'Iran, le Qatar et Ahrar al-Cham[42],[43]. Le 14 avril, 2 350 personnes, dont 400 rebelles, quittent Madaya et Zabadani à bord de 60 bus et gagnent le gouvernorat d'Idleb le lendemain après être passés par Alep[44],[43],[45],[46]. Le même jour, l'armée syrienne pénètre dans la ville de Madaya[47]. Plusieurs milliers de civils décident cependant de rester sur place, de même que 300 rebelles qui auraient décidé de profiter d'une amnistite du régime[47],[48]. Mi-avril, Zabadani, Madaya et les villages voisins de Serghaya et Jabal Charqi repassent entièrement sous le contrôle du régime[49],[50]. Le 19 avril, 500 rebelles et membres de leurs familles prennent place dans le dernier convoi qui quitte Zabadani[48],[49].

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. a et b Lina Kennouche, « Pas de réédition du scénario Qalamoun ; Zabadani serait une guerre d’extermination - Lina KENNOUCHE », L'Orient-Le Jour, (consulté le 20 mars 2020)
  2. a b c et d Reuters, « L'armée syrienne et le Hezbollah progressent à Zabadani »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?),
  3. a et b Syrian army, Hezbollah capture 17 militants in Zabadani, The Daily Star, 27 juillet 2015.
  4. a b et c Zabadani battles have claimed over 400 rebels, 60 Hezbollah fighters, The Daily Star, 4 septembre 2015.
  5. a et b 108 ارتفاع قتلى حزب الله بالزبداني إلى, Al Jazeera, 30 septembre 2015.
  6. a et b (en) « Al- Zabadani fighters retreat from Sahl al- Zabadani, while continue to repel Hezbollah and the regime forces advancement towards the city », sur The Syrian Observatory for Human Rights,
  7. a et b (en) « About 45 died and wounded in the clashes of al-Zabadani and the Eastern Ghouta », The Syrian Observatory for Human Rights,
  8. a et b L'armée syrienne lance une offensive pour reconquérir la ville de Zabadani, France 24, 4 juillet 2015.
  9. a et b « L'armée syrienne et le Hezbollah entrent dans Zabadani », L'Orient-Le Jour, (consulté le 20 mars 2020)
  10. (en) « The violent attack launched by Hezbollah and the Fourth Division continues in al-Zabadani », The Syrian Observatory for Human Rights,
  11. Matteo Puxtton, « La "brigade de la mort" d'Assad: la 1ère division blindée de l'armée syrienne », France Soir, (consulté le 20 mars 2020)
  12. « Syrie: l’armée resserre l’étau autour des rebelles à Zabadani », RFI, (consulté le 20 mars 2020)
  13. Marc de Helle, « Des Famas en Syrie, preuve que la France arme les islamistes? », France Soir, (consulté le 20 mars 2020)
  14. Amara MAKHOUL-YATIM, « Pourquoi le régime syrien veut-il reprendre Zabadani ? », France 24, (consulté le 20 mars 2020)
  15. [vidéo] SYRIE - L’engagement de la Russie et le fiasco des États-Unis ?, France 24, 22 septembre 2015.
  16. [vidéo] SYRIE - La Russie intensifie ses frappes en soutien à une offensive de l’armée syrienne, France 24, 7 octobre 2015.
  17. Reuters, « Damas et le Hezbollah tentent de reprendre Zabadani aux rebelles »,
  18. (en) « After more than 90 strikes on al-Zabadani, Hezbollah and the fourth division carry out an attack to seize the city », The Syrian Observatory for Human Rights,
  19. « Syrie: les troupes de Bachar el-Assad tentent de reprendre Zabadani », RFI, (consulté le 20 mars 2020)
  20. (en) « Hezbollah and the Fourth Division continue to advance in al- Zabadani, and the regime forces shell the south of Damascus », The Syrian Observatory for Human Rights,
  21. (en) « 14 members of Hezbollah and the regime forces die in the attack on al- Zabadani, and more than 130 airstrikes target the city and its vicinity », The Syrian Observatory for Human Rights,
  22. France 24 avec AFP, « Syrie : accord pour une trêve de 48 heures entre armée et rebelles dans trois localités », (consulté le 20 mars 2020)
  23. Reuters, « Syrie : la trêve à Zabadani et deux autres localités chiites prolongée jusqu'à dimanche », L'Orient-Le Jour, (consulté le 20 mars 2020)
  24. Fin de la trêve à Zabadani en Syrie, échec des discussions, Reuters, 15 août 2015.
  25. AFP, « Le Hezbollah confirme la trêve à Zabadani, Foua et Kafraya », L'Orient-Le Jour, (consulté le 20 mars 2020)
  26. AFP, « Le Hezbollah confirme une trêve dans trois localités syriennes », Le Point, (consulté le 20 mars 2020)
  27. Le Figaro avec AFP, « Syrie: cessez-le-feu de six mois à Zabadani », (consulté le 20 mars 2020)
  28. Reuters, « Trêve de 72 heures dans trois localités de Syrie »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?),
  29. Lina KENNOUCHE, « Zabadani : un deal qui prend forme », L'Orient-Le Jour, (consulté le 20 mars 2020)
  30. « Syrie : l'intervention russe enterre l'accord de trêve à Zabadani », L'Orient-Le Jour, (consulté le 20 mars 2020)
  31. (en) « Al-Zabadani battles enter its 16th day causing tens of deaths », The Syrian Observatory for Human Rights,
  32. « Syrie: des centaines de civils et de miliciens évacués », RFI, (consulté le 20 mars 2020)
  33. [vidéo] SYRIE - Les évacuations entre régime et rebelles annoncent-elles la réussite d’un accord de paix ?, France 24, 28 décembre 2015.
  34. AFP, « Évacuations inédites, via Beyrouth, de Zabadani et de deux autres villages chiites », L'Orient-Le Jour, (consulté le 20 mars 2020)
  35. « Accord de Zabadani : arrivée de centaines d'évacués à Damas », L'Orient-Le Jour, (consulté le 20 mars 2020)
  36. « L’application de la deuxième phase de l’accord de Zabadani est passée par Beyrouth », L'Orient-Le Jour, (consulté le 20 mars 2020)
  37. Le Point avec AFP,, « En Syrie, la ville de Madaya meurt de faim », (consulté le 20 mars 2020)
  38. Benjamin Bouchard, « Syrie : Madaya, la ville où le kilo de riz vaut 100 dollars »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), TF1, 4 janvier 2016
  39. Le Parisien avec AFP, « Syrie : 40.000 habitants affamés dans la ville assiégée de Madaya », (consulté le 20 mars 2020)
  40. Avi Asher-Schapiro, « « Les enfants mangent les feuilles des arbres » : Le cauchemar du siège de Madaya, en Syrie », sur Vice, (consulté le 20 mars 2020)
  41. « La famine frappe les habitants de Madaya, en Syrie », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 20 mars 2020)
  42. « Syrie: le Qatar et l'Iran obtiennent un accord d'évacuation de 4 localités assiégées », L'Orient-Le Jour, (consulté le 20 mars 2020)
  43. a et b Laure Stephan, « Syrie : inquiétudes autour de l’évacuation de quatre villes assiégées », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 20 mars 2020)
  44. (en-US) Nabih Boulos, « Syrians leave family, memories behind as tens of thousands are evacuated in previously brokered deal », The Los Angeles Times, (consulté le 20 mars 2020)
  45. « Syrie : une centaine de morts dans un attentat visant des personnes évacuées près d’Alep », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 20 mars 2020)
  46. AFP, « Syrie: 126 morts dans une opération d'évacuation qui tourne au carnage », sur www.romandie.com, (consulté le 20 mars 2020)
  47. a et b AFP, « Evacuation de villes assiégées en Syrie, réunion des alliés d’Assad »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?),
  48. a et b Paul Khalifeh, « Syrie: les rebelles n'ont plus de bases à la frontière syro-libanaise », RFI, (consulté le 20 mars 2020)
  49. a et b Omar Haj Kadour, « Fin de la plus vaste opération d'évacuation en Syrie »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), AFP,
  50. Reuters, « Reprise des évacuations en Syrie après une suspension de 48h », sur Boursorama, (consulté le 20 mars 2020)