Trogue Pompée

historien romain

Trogue Pompée (Cneius Pompeius Trogus), est un Gallo-Romain né à Vaison-la-Romaine, contemporain de l'empereur Auguste, auteur d'un grand ouvrage d'histoire, abrégé ultérieurement par Justin.

Trogue Pompée
Justin, L’histoire de Trogue Pompée, impression Jehan Olivier, 1519 seul exemplaire connu.jpg
Fonction
Consul
Biographie
Naissance
Nom de naissance
Gnaeus Pompeius TrogusVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Œuvres principales
Philippic History (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Histoires philippiques de Trogue Pompée, résumées par Justin, édition de 1519
Epitome historiarum Trogi Pompeii

BiographieModifier

Ce que nous connaissons de Trogue Pompée se résume principalement à une notice à la fin du livre XLIII de l'abrégé de Justin :

« À la fin de son livre, Trogue déclare que ses ancêtres sont originaires du pays des Voconces ; son grand-père, Trogue Pompée, explique-t-il, avait reçu la citoyenneté de Cn. Pompée lors de la guerre contre Sertorius, son oncle paternel avait commandé des escadrons de cavaliers, sous les ordres du même Pompée, dans la guerre contre Mithridate, sou père aussi avait servi sous C. César, avait été son secrétaire, son responsable diplomatique et avait eu la garde de son sceau[1]. »

Pompée est le nom du patronus de la famille. Le cognomen Trogue veut dire clan en celte[2]. Le pays des Voconces a pour capitale Vaison-la-Romaine, voisine de Massilia, dans la gaule narbonnaise, dans la région d'Arausio et d'Aquae Sextiae. Son grand-père (le statut a divisé[3]) reçut la citoyenneté romaine lors de la guerre sertorienne de Pompée entre -77 et -72. Son père servit Jules César et peut-être qu'il aurait apparut dans la guerre des Gaules[4]. Chronologiquement, le père de Trogue Pompée servit 10 ans après son frère et 20 ans après son propre père ce qui semble cohérent. Trogue Pompée serait ainsi contemporain de Tite-Live et aurait écrit sous Auguste et Tibère. Sa date de mort est inconnue, l'indice de l'œuvre pourrait donner des terminus ante quem hypothétiques[5].

Il dû écrire l'Histoire Philippique sous Auguste voir Tibère, probablement vers l'an 9[6].

Bien qu'appartenant au peuple gaulois des Voconces, Trogue Pompée était aussi citoyen romain, la citoyenneté de sa famille remontant sans doute au passage de Pompée en Narbonnaise. Très influencé par la culture grecque diffusée par la cité de Marseille, Trogue Pompée composa son histoire du monde oriental, les Histoires philippiques (Historiæ philippicæ), en 44 livres, essentiellement à partir d'historiens grecs de l'époque hellénistique. Il achevait son récit à l'époque d'Auguste, son contemporain.

À cet égard, Trogue Pompée demeure un bon exemple des transferts culturels importants et variés qui marquèrent la Gaule du sud à cette période et illustre fortement le processus de romanisation. Son ouvrage ne semble pas avoir rencontré un écho important dans l'Antiquité, jusqu'à la réalisation d'un abrégé par Justin.

Ses œuvresModifier

On lui doit deux œuvres, aujourd'hui perdues : les Histoires philippiques et une Histoire des animaux. Cette dernière est citée et exploitée par Pline l'Ancien. Peut être selon Pline qu'il aurait également écrit une Histoire des Plantes. Les Histoires philippiques, sont l'œuvre principal que nous connaissons. Le récit remontait à Ninos, fondateur légendaire de Ninive. L'histoire romaine était donc exclue, traitée à la même époque par Tite Live, qui achevait son récit également avec le règne d'Auguste. Elles ne sont connues qu'à travers l'abrégé qu'en donna Justin dans l'Epitoma historiarum Philippicarum Pompei Trogi.

Les Histoires philippiques seraient une nouveauté particulière par rapport aux contemporains. Justin vante Trogue et son originalité d'écrire une histoire de la Grèce et du monde, (une histoire universelle) en latin. C'est en effet sans précédent pour une historiographie latine centrée sur la Grèce et le monde hellénistique (sauf Cornelius Nepos qui est en trois livres et dont l'histoire n'est pas universelle). Le plan est combiné de grand moments historiques dans l'ordre annalistique en 44 livres[7]. C'est une structure équivalente de Ab Urbe condita libri de Tite-Live[8].

Quant au titre, nous avons plusieurs hypothèses. Les Philippiques désignent peut-être Philippe II de Macédoine, les Pseudo-Philippe (Andriscos), les Philippes de Syrie. Ce qui s'accorde au plan initial où les Histoires s'achèvent lors de la bataille d'Actium avec la fin des monarchies macédonniennes. Il n'est pas exclu que le titre soit une référence aux Histoires Philippiques de Théopompe, une de ses sources. À moins que ce soit une référence aux Philippiques de Cicéron ou à la Bataille de Philippes en 42, marquant la fin de la république romaine. Cette dernière hypothèse serait plutôt cohérente, les Histoires étant une charge globale contre la monarchie hellénistique, et Philippiques devait être l'équivalent d'Hellénistique pour les modernes[9].

On pense que Trogue Pompée avait écrit une histoire peut être critique sur l'empire romain, peu abordé, emplit de pessimisme, on y verrait la proximité avec Timagène d'Alexandrie, un historien anti-romain[10]. Pourtant, on y décèle une tonalité pro-Auguste, car l'œuvre devait s'achever en 40 livres, comme Polybe, avec la bataille d'Actium, marquant la fin d'une époque. Mais Trogue fit une prolongation de quatre livres, pour retranscrire deux succès d'Auguste avec une tonalité triomphale : la restitution des aigles de Carres par les Parthes et la conquête de l'Espagne en -19 par Agrippa, avec toujours une chronographie avant l'action[11].

Elle devait avoir une grande réputation, l'auteur de l'Histoire Auguste (Aurelien, II, 1 et Prob, II, 7) le voit comme l'un des plus grands historiens avec Tite-Live, Salluste et Tacite[12].

Trogue Pompée critiquait la conception rhétorique qu'avaient de l'historiographie des auteurs comme Salluste et Tite Live. Il s'abstint notamment de l'habitude, héritée de Thucydide, de mettre dans la bouche des personnages historiques des discours inventés au style direct[13].

Les sources de Trogue Pompée sont multiples : Éphore, Hérodote, l'Histoire des perses de Dinon, Istros, Théopompe, Ctésias, Timée, Thucydide. Douris, Xénophon, Clitarque pour Alexandre, Hiéronymos, Méghasthène pour l'Inde, peut être Hiéronymos de Cardia pour Carthage, Phylarque, Métrodore de Scepsis, Poseidonios pour sa continuation de Polybe, Apollodore d'Artemita et Dioclès de Pérarèthè (en). Trogue aurait pu également recueillir des informations de ses ancêtres[14].

Au-delà de l'abrégé de Justin, nous avons les prologues comme témoignage des Histoires Philippiques. On peut considérer ces prologues comme des sommaires de chacun des livres, ils sont difficiles à dater mais permettent d'apprécier les épisodes que Justin n'a pas retranscrit[15]. On peut également utiliser Hyginus, Valère Maxime et Velleius Paterculus dont Trogue Pompée est une source[16].

D'après Heckel, on peut connaître le plan de l'œuvre, qui suit un principe de succession des empires : babylonien/assyrien, mède, perse, macédonien[17] :

  • I : Histoire des assyriens, des mèdes, des perses jusqu'à Darius Ier
  • II : L'Égypte, les Scythes, les Amazones, les débuts de l'histoire d'Athènes jusqu'à la mort de Xerxès
  • III : Les peuples doriens, l'histoire de Sparte
  • III-V : La guerre du Péloponnèse et l'expédition de Cyrus le Jeune
  • VI : L'histoire de la Grèce au IVe siècle av. J.-C jusqu'à Philippe II
  • VII : L'histoire de la Macédoine jusqu'à Philippe II
  • VII-IX : Le règne de Philippe II
  • X : Histoire des Perses depuis Artaxerxès II jusuq'à Darius III
  • XI-XII : Alexandre le Grand
  • XIII-XVII : Histoire des successeurs d'Alexandre jusqu'à la bataille de Couroupédion
  • XVII-XVIII et XXV : Histoire de Pyrhus
  • XVIII-XXII : Histoire de Carthage
  • XIX-XXIII : Tyrans de Sicile
  • XXIV-XXVI et XXVIII-XXIX : Macédoine des Antigonides et Grèce
  • XXVI-XXVII / XXX-XXXII : royaume séleucide
  • XXXI-XXXIV : guerres macédoniennes et achéennes
  • XXXIV-XXXVI : Le royaume séleucide et l'Orient jusqu'au milieu du IIe siècle av. J.-C. ;
  • XXXVII-XXXVIII : Histoire de Mithridate
  • XXXIX-XL : Effondrement des Séleucides et du royaume d'Égypte.
  • XLI-XII : Histoire des Parthes jusqu'à la restitution des aigles romaines en 20 av. J-C. Cet ensemble constitue, un diptyque ascension-chute
  • XLIII-XLIV : L'Occident jusqu'à la soumission des Cantabres par Rome en 19 av. J.-C. brève his-toire de Rome jusqu'à Tarquin l'Ancien ; Histoire de Marseille les royaumes espagnols ; Carthage et l'Espagne

200 manuscrits ont transmis l'Histoire de Trogue Pompée, en plusieurs classes. Les manuscrits des familles π et τ rassemblent également les prologues[18].

Notes et référencesModifier

  1. C.U.F., p. I.
  2. C.U.F., p. II.
  3. C.U.F., p. III-V. Il apparaît que l'aïeul en question pouvait être son grand-père (auum) ou son arrière grand-père (proauum), les manuscrits divergent. Il semble que vu le rôle de l'oncle, il est improbable que ce soit un arrière grand père qui aurait servi sous le même général que son petit-fils, la vraisemblance chronologique serait douteuse.
  4. C.U.F., p. V-VII. En -54, il fut peut-être l'interprète de Quintus Titurius Sabinus avec une entrevue avec Ambiorix (Guerre des Gaules, V, 36).
  5. C.U.F., p. VIII.
  6. C.U.F., p. X-XI.
  7. C.U.F., p. XIII-XIV.
  8. C.U.F., p. XXXIII.
  9. C.U.F., p. XV-XVIII.
  10. C.U.F., p. XX-XXI, XXIV.
  11. C.U.F., p. XXVI-XXVII.
  12. C.U.F., p. IX.
  13. « Encyclopédie Larousse en ligne - Trogue Pompée en lat Pompeius Trogus », sur larousse.fr (consulté le 7 septembre 2020).
  14. C.U.F., p. LXIII-LXVI.
  15. C.U.F., p. LXI.
  16. C.U.F., p. XII.
  17. C.U.F., p. LXVIII-LXIX.
  18. C.U.F., p. LXIX.

SourcesModifier

BibliographieModifier

  • Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique, Annales de l'Est Nancy (1967). Tome II Notices sur les auteurs anciens pages 493-494.
  • Justin (trad. Bernard Mineo et Giuseppe Zecchini), Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée. Tome I : Livres I-X, Les Belles Lettres, coll. « Collection des Universités de France »,

Liens externesModifier