Tristan Mordrelle

activiste français d'extrême droite
Tristan Mordrelle
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Biographie
Naissance
Pseudonymes
André Chelain, Balbino Katz, Patrick Lebois, Tristan MobergVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Journaliste, éditeur ou éditrice, militant politiqueVoir et modifier les données sur Wikidata
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Tristan Mordrelle, dit Trystan Mordrel, né le à Buenos Aires en Argentine, est un militant, journaliste et éditeur d’extrême-droite français. Proche des sphères néo-nazies et négationistes, il participe à la campagne d’Éric Zemmour dans le cadre de l’élection présidentielle de 2022[1].

BiographieModifier

FamilleModifier

Tristan Mordrelle est le fils du militant nationaliste breton et collaborateur Olivier Mordrel[2],[3] et d’Yvette Pochat. Il est né en 1958 à Buenos Aires en Argentine, pays dans lequel son père s’est réfugié après la Libération et sa condamnation à mort par contumace pour « atteinte à l’unité nationale »[2].

Débuts militants à l'extrême-droiteModifier

Tristan Mordrelle adhère avec son père à l’âge de 18 ans au Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (GRECE)[4],[5]. Au sein de cette « société de pensée » rattachée à la mouvance nationale-européenne, il fréquente plusieurs personnalités d’extrême-droite comme Guillaume Faye, Pierre Vial, Jean-Yves Le Gallou et Christian Milliau, futur dirigeant du Bloc identitaire. De 1984 à 1985 Tristan Mordrelle devient secrétaire de rédaction de la revue gréciste Éléments[6],[7].

Dans les années 1980, il fonde l’association Europa Riezel (« l’Europe impériale ») avec Goulven Pennaod et Guillaume Faye. L’association affirme vouloir rassembler la mouvance révolutionnaire européenne qui comprend, selon elle, les terroristes communistes français d’Action directe, le Front de libération nationale corse, le Front de libération de la Bretagne, autant que le Mouvement nationaliste-révolutionnaire et la frange pro-néonazis du GRECE[8]. Ensemble, ils fondent la revue Diaspad, qui adopte un positionnement nationaliste breton celto-druidique et militant pour l’Europe des ethnies[7].

En 1985, Tristan Modrelle, Jean-Pierre Tillenon (dit Yann-Ber Tillenon) et divers militants néo-nazis investissent l’association bretonne Ker Vreizh[8]. Plusieurs figures du GRECE comme Alain de Benoist et Robert Steuckers ainsi que les négationnistes Pierre Guillaume et Henri Roques y sont invités pour y donner des conférences[9].

La librairie négationniste OgmiosModifier

En 1986, Tristan Mordrelle crée la librairie Ogmios, au 10, rue des Pyramides dans le 1er arrondissement de Paris, dans les anciens locaux du Parti populaire français de Jacques Doriot. La librairie porte le nom du dieu guerrier gaulois Ogmios[10],[3]. Dans le même temps, juste avant les élections présidentielles, sous les pseudonymes de Patrick Lebois et Tristan Moberg, il représente l'éditeur « Avenir International » domicilié dans les mêmes locaux ; il diffuse à l'ensemble des médias une violente diatribe diffamatoire contre Raymond Barre, l'accusant d'antisémitisme et d'appartenance à un mouvement mondial occulte de « l'Internationale capitaliste  »[11],[12]. Il inonde aussi les réunions électorales de Raymond Barre d'un billet à l'effigie de celui-ci, surmontée d'inscriptions allant dans le même sens[12].

Tristan Mordrelle codirige la librairie Ogmios avec Jean-Dominique Larrieu (également connu sous le pseudonyme de Bertrand Forestier). La librairie se fait connaître pour la diffusion d’ouvrages antisémites et négationnistes et de livres interdits à la vente[13]. La vente de livre à la librairie se double d’un réseau de diffusion qui, sous l’appellation de « Livres de chez nous », propose dans son catalogue des ouvrages sur le maréchal Pétain et sur d’autres figures de l’extrême-droite française et européenne comme Léon Degrelle ou encore Robert Brasillach[14].

La librairie propose également à la vente les Annales d’histoire révisionniste, une revue qui nie le génocide des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, et des ouvrages de Robert Faurisson et d’Henri Rocques[15],[16]. Pour assurer la diffusion de ces livres, Tristan Mordrelle fonde également avec Jean-Dominique Larrieu en 1987 les éditions Avalon, qui éditent la première traduction française du Mythe du vingtième siècle de l’idéologue nazi Alfred Rosenberg[3],[15],[16]. Cette édition est réalisée en souscription, avec en cadeau une brochure contenant un discours de Rosenberg[3].

La librairie emploie notamment Frédéric Chatillon, futur chef du Groupe union défense et futur proche collaborateur de Marine Le Pen[6],[17]. Elle est également fréquentée par l’ancien Waffen SS Saint-Loup et par François Genoud, un banquier suisse, ancien détenteur des droits d’auteur d’Adolf Hitler et de Joseph Goebbels, connu pour avoir apporté son aide au FLN durant la Guerre d'Algérie et à d’anciens dignitaires nazis en exil[18].

Liens avec la République islamique d’IranModifier

En 1986, les Renseignements généraux découvrent que la librairie Ogmios entretient des liens avec l’ambassade d’Iran à Paris, via son numéro 2, Wahid Gorji[18]. En , Tristan Mordrelle est notamment invité avec d’autres journalistes en Iran par le ministère de l’information de Téhéran, pour visiter le front iranien devant la ville irakienne de Bassorah durant la guerre Iran-Irak[19],[20].

Les relations entre l’ambassade de la République islamique et Tristan Mordrelle deviennent publiques à l’été 1987. Le , Le Canard Enchaîné publie le fac-similé d’un chèque de 120 000 francs tiré sur la banque Melli et signé par Wahid Gordji. La somme a été utilisée par les gérants des éditions Avalon pour servir de caution bancaire pour l’édition d’un catalogue de vente par correspondance proposant les écrits de plusieurs auteurs nostalgiques du nazisme, d’historiens révisionnistes, mais aussi de textes faisant l’éloge d'un certain ésotérisme islamique[3],[16],[21]. Si l’information a été démentie par Jean-Dominique Larrieu, celle-ci a été en revanche confirmée par la société Techni-Graphic, ayant réalisé l’impression du catalogue[22].

Activités dans le monde de l’édition et de la communicationModifier

La librairie Ogmios ferme ses portes en [13]. Les raisons invoquées sont financières, mais c'est en fait la conséquence des poursuites organisées par le gouvernement contre Jean-Dominique Larrieu[3].

Dans les années 1990, Tristan Mordrelle dirige les éditions Garamond jusqu’à leur mise en liquidation le [23]. Il dirige un temps une revue négationniste, L'Autre Histoire[23]. Il travaille ensuite pour les éditions Atlas en tant que chef de projet et édite de nombreux magazines pour le grand public[4]. Tristan Mordrelle dirige par la suite une agence de communication à Redon[24].

Soutien financier à des groupes d’extrême-droiteModifier

Tristan Mordrelle est considéré comme l'un des principaux leveurs de fonds de l'extrême-droite française[5].

Pendant la Manif pour tous en 2013, Tristan Mordrelle lève des fonds pour les militants opposés au mariage homosexuel interpellés par la police. Il rencontre dans ce cadre les fondateurs de l’association SOS Chrétiens d’Orient, réputée proche de l’extrême-droite radicale et du régime de Bachar el-Assad, qu’il aide à récolter des financements via sa société Fundraising Ad Litteram[25].

En 2014, Tristan Mordrelle participe également à la création de TV Libertés avec Philippe Milliau[4].

En 2018, Médiapart affirme que les services de renseignement soupçonnent Tristan Modrelle d'avoir participé au financement du groupuscule néofasciste Bastion social via des cagnottes de crowdfunding[26].

Campagne d'Éric Zemmour en 2022Modifier

En 2021, Tristan Mordrelle sollicite son réseau afin de lever des fonds pour financer la campagne d’Éric Zemmour en vue de l’élection présidentielle française de 2022[4],[27]. Celui-ci assure la diffusion de plusieurs documents de propagande, notamment signés par des proches soutiens d’Éric Zemmour comme Antoine Diers et Diane Ouvry, et utilise sa société Ad Litteram afin de récolter des dons pour le candidat d’extrême-droite.

ŒuvresModifier

  • Rédacteur en chef de l’Encyclopédie des armes (1986)
  • Coordinateur de Troupes d’élite (1986)
  • Préface de L’Italie en guerre de Dominique Lormier (1986)

Notes et référencesModifier

  1. « Zemmour, un bonapartiste promoteur d'un "nationalisme ethnique" », L'Obs,‎ (lire en ligne  )
  2. a et b Sébastien Carney, « Le mouvement breton au miroir de son historiographie », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest,‎ , p. 83-106 (lire en ligne  )
  3. a b c d e et f Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Paris, Le Seuil, coll. « XXe siècle », , 549 p. (ISBN 9782020354929), p. 571-572.
  4. a b c et d Tristan Berteloot, « Eric Zemmour s’offre les services d’un entrepreneur ultra radical pour sa campagne présidentielle », Libération,‎ (lire en ligne  )
  5. a et b Hervé Chambonnière et Philippe Créhange, « Tristan Mordrelle, une vie en extrême droite », Le Télégramme,‎ (lire en ligne  )
  6. a et b Nicolas Lebourg, Les nazis ont-ils survécu ?, Paris, Seuil, , 320 p. (EAN 9782021413717, lire en ligne)
  7. a et b Nicolas Lebourg et Jonathan Preda, Références et thèmes des droites radicales au XX e siècle (Europe/Amériques), Berlin, Peter Lang, (ISBN 9783034315807, lire en ligne), « Le Front de l’Est et l’extrême droite radicale française : propagande collaborationniste, lieu de mémoire et fabrique idéologique », p. 101-138
  8. a et b Nicolas Lebourg, « Agir et penser en néo-nazi », Parlement(s), Revue d'histoire politique,‎ , p. 139 à 157 (lire en ligne  )
  9. Nicolas Lebourg, Le monde vu de la plus extrême-droite, Perpignan, Presses Universitaires de Perpignan, , 260 pages (ISBN 2354120753, lire en ligne), p. 214
  10. Christophe Bourseiller, Les ennemis du système, Paris, Robert Laffont, (ISBN 2221058534, lire en ligne)
  11. L'express international, (lire en ligne), p. 31
  12. a et b Jean-Louis Remilleux, Les Barristes: Les hommes de Raymond Barre. Rites et codes d'une nouvelle famille. La stratégie des réseaux. Les ministrables, FeniXX réédition numérique, (ISBN 978-2-402-24209-7, lire en ligne)
  13. a et b « Fondateur de la librairie Ogmios Jean-Dominique Larrieu a été incarcéré à la Santé », Le Monde,‎ (lire en ligne  ).
  14. « L'étonnant soutien de Wahid Gordji à ces "Livres de chez nous" Le flirt de l'extrême droite avec l'Iran », Le Monde,‎ (lire en ligne  )
  15. a et b Marine Buisson, « France: comment la galaxie de soutiens à Zemmour s’écaille », Le Soir,‎ (lire en ligne  )
  16. a b et c Valérie Igounet, « Une tradition extrémiste : le négationnisme », Revue d'histoire de la Shoah,‎ (lire en ligne  )
  17. Marine Turchi, « Le salut fasciste de l'argentier de Marine Le Pen », Médiapart,‎ (lire en ligne  )
  18. a et b Marc Knobel, « L’Iran, Dieudonné et l’extrême droite française », The Times of Israel,‎ (lire en ligne  )
  19. « Le flirt de l'extrême droite avec l'Iran Droits de réponse », Le Monde,‎ (lire en ligne  )
  20. Stéphane François, « La Nouvelle Droite et le nazisme. Retour sur un débat historiographique », Revue Française d'Histoire des Idées Politiques,‎ (lire en ligne  )
  21. Marie-José Chombart de Lauwe, Vigilance, vieilles traditions extrémistes et droites nouvelles, Ivry-sur-Seine, L'Atelier, , 170 p. (ISBN 978-2-85139-078-3, lire en ligne)
  22. « Un chèque iranien pour une maison d'édition Quand Wahid Gordji aidait l'extrême droite », Le Monde,‎ (lire en ligne  )
  23. a et b Jean-Yves Camus, « La contre-culture de l'extrême-droite française », Bulletin d'information de l'association des bibliothécaires français, no 175,‎ , p. 24 à 27 (lire en ligne   [PDF])
  24. « Tristan Mordrelle, un Breton proche des Identitaires, rejoint le staff de Zemmour », Le Telegramme,‎ (lire en ligne  )
  25. Dominique Perrin, « Querelles de chapelle autour des chrétiens d’Orient », Le Monde,‎ (lire en ligne  )
  26. Marine Turchi et Matthieu Suc, « «Bastion social»: les secrets du nouveau GUD », Médiapart,‎ (lire en ligne  )
  27. Jérémie Baruch, Maxime Vaudano, Vincent Nouvet et Anne Michel, « Derrière Eric Zemmour, les cinquante lieutenants d’une campagne d’extrême droite », Le Monde,‎ (lire en ligne  )

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Liens externesModifier

Articles connexesModifier