Transition démographique

La transition démographique est le processus historique par lequel une population passe d'un régime démographique caractérisé par un taux de mortalité et un taux de natalité élevés à un nouveau régime caractérisé par un taux de mortalité puis un taux de natalité faibles. Ce type d'évolution a été observé dans les pays d'Europe occidentale à partir de la fin du XVIIIe siècle, puis dans l'ensemble des autres pays au cours des trois siècles suivants, en liaison avec leur développement socio-économique. Ce processus historique explique pour l'essentiel le décuplement de la population mondiale depuis 1800.

L'observation de la transition démographique a permis aux démographes d'établir des modèles de simulation ou prospective démographique tels que ceux de l'ONU pour prévoir la population future.

Les premiers démographes qui ont travaillé sur cette évolution des populations des pays européens et nord-américains sont notamment en France Adolphe Landry, auteur de La révolution démographique (1934) et sa collègue Louise Duroy, puis Frank W. Notestein (en) aux États-Unis qui a formalisé la théorie de la "transition démographique" en 1945.

DéfinitionModifier

L'Institut national d'études démographiques (INED) décrit la transition démographique comme « le passage d’un régime traditionnel où la fécondité et la mortalité sont élevées et s’équilibrent à peu près, à un régime où la natalité et la mortalité sont faibles et s’équilibrent également »[1].

Pendant la transition entre les deux régimes, le taux de natalité diminue plus tardivement que le taux de mortalité, créant un fort accroissement naturel de la population.

Vers 2009, l'existence d'une corrélation négative entre fécondité et développement industriel est devenue un fait reconnu dans les sciences sociales[2].

Phases de la transitionModifier

 
La transition démographique

Régime démographique traditionnel (pré-transition)Modifier

La situation ancienne (ou traditionnelle) est une situation d'équilibre, caractérisée par un fort taux de natalité et un fort taux de mortalité, dont la différence est un taux de variation naturelle proche de zéro en moyenne. Cette phase est ponctuée de nombreux pics de mortalité dus à des guerres, des épidémies ou encore des famines. Le fort taux de natalité compense à la fois ces pics de mortalité et les forts taux de mortalité infantile et générale. La majorité des pays pauvres était dans ce cas jusqu'au début du vingtième siècle.

Première phase de transition et baisse de la mortalité (transition amorcée)Modifier

Le taux de mortalité chute fortement (amélioration de l'alimentation, de l'hygiène et de la santé, des transports, révolution industrielle dans le cas de nombreux pays, etc.) et structurellement, tandis que le taux de natalité reste fort, voire augmente. Le taux d'accroissement naturel de la population, différence entre le taux de natalité et le taux de mortalité, exprimé en pour mille ou en pour cent, devient de plus en plus élevé.

En Europe, la mise en place des États modernes contribue dès le XVIIe siècle et au XVIIIe siècle à la limitation des épidémies (peste : institution de quarantaines ; variole : débuts de la vaccine) et à l'atténuation des famines par l'amélioration des réseaux routiers et financiers, permettant l'acheminement et la conservation des vivres[3].

En 1950, tous les pays du monde ont déjà connu cette première phase de baisse préalable du taux de mortalité, du fait de la révolution sanitaire. L'Afrique subsaharienne a l'espérance de vie à la naissance (Evn) relativement la plus faible en 1950 (36 ans)[4], mais celle-ci est cependant de dix ans supérieure à celle des sociétés traditionnelles (25 ans). Son taux de mortalité est cette année là de 2,8 %, son taux de natalité de 5 % et donc son taux d'accroissement naturel de 2,2 %. Ce taux d'accroissement est en moyenne de 2 % dans les pays du Sud en 1950, taux qui correspond à un doublement de la population tous les 35 ans.

Seconde phase de transition et baisse de la fécondité (transition avancée)Modifier

Le taux de mortalité continue à baisser mais plus lentement. En conséquence, le nombre de naissances correspondant au remplacement des générations devient plus faible. En liaison avec les progrès de l'éducation, le changement des mentalités et des structures socio-économiques, le taux de natalité se met alors à décroître. Le maximum du taux d'accroissement naturel est atteint au début de cette deuxième phase. Puis le taux de natalité baisse plus fortement, ce qui implique une décélération du rythme d'accroissement de la population.

À la fin du XVIIIe siècle en France, premier pays européen où s'observe une baisse significative de la fécondité, Emmanuel Le Roy Ladurie, cité par J. C. Chesnais, constate « une attitude nouvelle vis-à-vis du couple, de la femme plus respectée, de l'enfant valorisé donc plus rare, de la propriété enfin de plus en plus conçue comme ce qui doit être divisé le moins possible, dans un système de valeurs issues de la bourgeoisie qui commencent à se répandre dans les campagnes sous l'influence de l'alphabétisation »[5]. Le sociologue Daniel Bertaux émet aussi l'avis que « l'hypothèse la plus vraisemblable est que l'accession à la propriété privée de la terre a freiné la démographie paysanne »[3].

À la fin du XIXe siècle siècle, d'autres pays aujourd'hui développés entament leur transition de la fécondité ; d'autres facteurs ont été avancés selon J.C. Chesnais[5] : alphabétisation de masse et déclin progressif des idéologies natalistes traditionnelles, industrialisation et travail des femmes à l'extérieur etc. Adolphe Landry avance la thèse de la capillarité sociale ou de la tendance à l'imitation de comportements de procréation des classes sociales immédiatement supérieures, ce qui induit progressivement une restriction des naissances[5].

À partir de 1950, les pays en développement connaissent une baisse rapide de la mortalité et donc une progression rapide de la population. C'est lorsque l'espérance de vie à la naissance, qui est de 25 ans dans les sociétés traditionnelles, approche les 50 ans dans ces contrées, ou quand la mortalité infantile, qui est de 300 à 400 ‰ dans les sociétés traditionnelles devient inférieure à 150 ‰[6], que le déclenchement de la baisse de la fécondité s'opère généralement. Ce déclenchement de la baisse structurelle - d'au moins 10 % - de la fécondité a lieu entre 1960 et 1980 pour la majorité des pays en développement d'Asie, d'Amérique latine, d'Afrique du Nord et d'Afrique australe, et entre 1980 et 2015 pour l'Afrique intertropicale. En conséquence, la très grande majorité de ces pays connait actuellement une stabilisation ou une décélération du rythme d'accroissement de la population (dernier acte de la seconde phase)[6].

L'indicateur conjoncturel de fécondité[7], ou somme des taux de fécondité par âge d'une année, appelé aussi Indice Synthétique de Fécondité (ISF) et pouvant être interprété comme le nombre moyen d'enfants par femme, est passé d'environ 6 ou 7 dans les sociétés traditionnelles à 2,4 en 2019 pour la population mondiale; cet indicateur est passé, pour les pays en développement, de 6,1 en 1963 à 2,6 en 2019, soit -60 %. L'Indice synthétique de fécondité étant de 6 en 1960 a atteint 2,1 (le niveau moderne de remplacement des générations) en moyenne en Asie et en Amérique latine en 2019 ; seule l'Afrique a un indice encore élevé de 4,4, mais la moitié du chemin entre 6,8 et 2,1 a été déjà parcourue. En 2019, 82 % de la population mondiale vit dans des pays où l'ISF est inférieur ou égal à à 3 (transition quasi-terminée) et près de 94 % de la population mondiale en 2019 vit dans des pays dont l'indice synthétique de fécondité est inférieur à 5 enfants par femme, (transition de la fécondité bien amorcée) contre environ 25 % en 1960. Les derniers 6 % vivent dans des pays qui ont initié le plus tardivement cette transition de la fécondité. Ce sont des pays les moins avancés d'Afrique subsaharienne le plus souvent handicapés par des guerres, ayant une espérance de vie à la naissance inférieure ou proche de 60 ans et un taux d'alphabétisation des adultes inférieur à 50 % en 2015 (World Bank Indicators 2019). Compte tenu de la structure par âge très jeune et de la fécondité encore relativement élevée, la population de l'Afrique subsaharienne devrait doubler environ de 2019 à 2050[8]

La durée de la baisse de la fécondité de 6 jusqu'à moins de 3 enfants par femme a été relativement lente dans les pays développés. Cette durée de baisse de la fécondité était en général beaucoup plus rapide dans les pays en développement un siècle après. Les données ci-dessous indiquent une grande diversité de situations et de facteurs d'explication.[réf. nécessaire]

Transition démographique dans quelques pays
Pays Début Fin Durée (années)
Royaume-Uni 1815 1910 95
Pologne 1870 1960 90
États-Unis 1844 1926 82
Grèce 1850 1920 70
Malaisie 1962 1999 37
Afrique du Sud 1963 1997 34
Turquie 1964 1991 27
Brésil 1963 1989 26
Colombie 1968 1993 25
Maroc 1976 1998 22
Tunisie 1973 1994 21
Bangladesh 1980 2000 20
Corée du Sud 1960 1976 16
Chine 1967 1978 11
Iran 1986 1996 10

Régime démographique moderne (post-transition)Modifier

On observe dans cette phase des taux de natalité et taux de mortalité faibles. La mortalité est à peu près égale d'une année à l'autre et la régulation de la population se fait désormais par la natalité qui connaît des fluctuations (pendant le régime traditionnel c'était la mortalité qui avait ce rôle régulateur).

Un grand nombre de pays d'Europe et le Japon connaissent à partir des années 1990 un déficit démographique naturel ou taux de variation négatif. Le démographe Roni Lestaeghe a qualifié cette évolution de « seconde transition démographique », alors que J. C. Chesnais la qualifie de « post-transition démographique ». L'accélération du vieillissement s'accompagnerait d'une diminution de la population. Les anticipations, davantage pessimistes notamment sur l'écologie et sur l'emploi des femmes, sur les risques accrus de précarisation et de chômage, sur l'insuffisance des services à la petite enfance, dans certains cas sur la forte densité utile notamment en Asie de l'Est, contribuent à expliquer cette baisse de la fécondité pendant plusieurs décennies en dessous de 2,1 enfants par femme. La démographie des pays d'Europe de l'Est, après une phase brutale de transition au capitalisme financiarisé, s'est légèrement redressée au cours des années 2000, tout en restant déficitaire[9]. Ainsi la grande majorité de l'Europe et de l'Asie de l'Est a connu un indice synthétique de fécondité nettement inférieur à 2,1 depuis que ce seuil a été franchi. Pour un certain nombre d'économistes et de démographes, le recul de l'âge moyen de prise de la retraite et ou un flux en partie compensatoire d'immigration nette sont considérés alors comme des solutions possibles.

Selon les projections démographiques intermédiaires de l'ONU, 51 pays verraient leur population décroître modérément entre 2017 et 2050, principalement en Asie de l'Est, Europe du Sud, de l'Est et en Allemagne.

Plus largement, environ 50 % de la population mondiale vit en 2019 dans des pays ayant un indice synthétique de fécondité inférieur ou égal à 2,1 enfants par femme: toute l'Europe, l'Amérique du Nord et l'Asie de l'Est (catégories ONU), ainsi que depuis très récemment 40 % de la population d'Asie du Sud-est (Thaïlande, Vietnam, Malaisie, Birmanie), 44 % de celle d'Asie Occidentale (Turquie...), 14 % de celle d'Asie du Sud (Bangladesh, Népal, Iran, mais l'immense Inde est à 2,2), 69 % de celle d'Amérique Latine (Brésil, Mexique, Colombie...). Les pays qui viennent d'atteindre le seuil de 2,1 (hors Asie de l'Est et Europe) verraient leur population croître jusqu'en 2050, mais modérément, du fait d'une structure par âge qui reste jeune. Leur niveau de vie a augmenté en général significativement depuis plusieurs décennies.

Différents profils de transition démographique par pays et macro-régions.Modifier

 
Transition démographique en Suède : estimations des taux de natalité (bleu) et de mortalité (rouge) de 1735 à 2000.
 
Transition démographique dans 5 pays : Allemagne, Suède, Chili, Maurice, Chine. Taux de natalité en vert/ mortalité en rouge.

Selon Jean Claude Chesnais[5]

  1. la période de démarrage de la baisse de la fécondité, à partir de 1760 en France, et jusqu'à 2015 pour le dernier pays le Niger ;
  2. la durée très variable de la transition jusqu'à l'indice de fécondité de remplacement (2,1 enfants par femme) : deux siècles et demi en Suède[10], un peu moins en Angleterre[11], alors que la Corée du Sud l'a réalisée en 60 ans[12] ;
  3. la hauteur maximale : taux de croissance démographique maximal obtenu lors d'une décennie qui est plus élevé dans les pays en développement.

Les premiers pays à avoir connu la transition démographique sont les pays d'Europe Occidentale et l'Amérique du Nord. Cette transition s'est ensuite diffusée progressivement dans les autres pays d'Europe, au Japon, puis dans les pays en développement.

Les profils de transition des pays en développement sont différents de ceux des pays développés : d'abord leur démarrage est plus tardif ; ensuite leur transition est en moyenne plus "haute" du fait de pics de croissance démographique décennaux le plus souvent supérieurs à 2 % par an et assez souvent à 2,5 %, voire 3% ou 4 % par an; enfin leur transition est généralement de durée plus limitée. Ces profils peuvent être différenciés par macro-régions géographico-historiques en fonction notamment de leur densité utile par km carré utile en début de période. La baisse du taux de mortalité ayant été rapide de 1945 à 1950, et toutes les régions des pays en développement approchant ou dépassant 2 % de taux de croissance naturelle dans les décennies suivantes, nous comparerons les coefficients multiplicateurs de population des macro-régions.

Les pays en développement peuvent être comparés entre eux de 1950 à 2050, la croissance démographique ayant été lente de 1800 à 1950, sauf en Amérique latine. La densité utile en début de période influe sur le multiplicateur de population.

Une comparaison plus large peut se faire aussi de 1800 à 2050, en prenant alors en compte les pays développés. Les estimations pour 1800 sont empruntées à Jean-Noël Biraben (INED, Population & Sociétés, numéro 394, octobre 2003) . Les estimations de la population mondiale par macro-région sont disponibles pour 1800, 1950 et 2050 sur Hérodote.net, De Lucy à nous[13] Les coefficients multiplicateurs de population sont calculés selon ces données par région, d'abord pour toutes les régions du monde pour la période 1800-2050 et ensuite seulement pour les pays en développement de 1950 à 2050. Les coefficients sont les suivants :

  • 10 pour la population mondiale de 1800 à 2050 (de 1 à 10 milliards).
  • 3,65 pour l'Europe (9,7 % de la population mondiale en 2020), à forte densité utile et à transition précoce.
  • 3,3 pour le Japon (1,6 % de la population mondiale) à très forte densité utile.
  • 4,5 pour l'Asie Orientale sans le Japon (20 % de la population mondiale), à très forte densité utile ; cette macro-région connait une phase redistributrice après 1945 avec des régimes capitalistes ou collectivistes - réforme agraire, statut de la femme, rapide amélioration de la santé, de l'éducation -; de ce fait elle freine très rapidement sa fécondité après la baisse de la mortalité. Le coefficient multiplicateur de population de l'Asie de l'Est (Chines + Corées) de 1950 à 2050 est d'environ 2,5.
  • 11,7 pour l'Asie du Sud-Est (8,6 % de la population mondiale) et l'Asie Centrale (1 % de la population mondiale), à densité utile intermédiaire; cette région connait une amélioration relativement rapide de la santé et de l'éducation, déjà initiées dans la période avant 1950. Le coefficient de 1950 à 2050, est de 4,4 environ.
  • 12,6 pour l'Asie du Sud (25 % de la population mondiale), à relativement forte densité utile; ce sous-continent accumule beaucoup moins vite du capital social et donc a un retard social, sanitaire et éducatif sur l'Asie de l'Est après 1950; la planification familiale progresse plus lentement qu'en Asie de l'Est. Le coefficient multiplicateur de population de 1950 à 2050 est donc de 5, deux fois plus élevé qu'en Asie de l'Est.
  • Les régions à relativement forte densité utile initiale ont donc un coefficient inférieur ou proche de la moyenne. A l'inverse, les macro-régions à relativement faible densité utile initiale ont des coefficients plus élevés, parfois beaucoup plus.
  • 20 environ pour l'Afrique du Nord-Asie Occidentale (6,7 % de la population mondiale) et l'Asie centrale (1% de la population mondiale) à densité utile initiale relativement faible, inégale selon les pays. Cette région est fortement dépendante de la rente pétrolière qui rend souvent difficile une industrialisation efficace ; le niveau d'éducation, en particulier des femmes est en début de période faible ; le coefficient est relativement élevé de 1950 à 2050, de 5,7 environ.
  • 23 pour l'Afrique subsaharienne (14 % de la population mondiale), à faible densité utile initiale; ce sous-continent a au départ un capital social et éducatif faible. Pour des raisons en partie spécifiques et à cause d'une mortalité très forte, le coefficient est relativement faible de 1800 à 1950, de l'ordre de 2 ; il est maximal de l'ordre de 11 sur la période 1950-2050 : population 2050 / population 1950 = 2115 M / 182 M = 11,5 environ.
  • 40 pour l'Amérique latine (8,4 % de la population mondiale) à faible densité utile; ce sous-continent a connu une forte croissance démographique, naturelle et par immigration dès le début du XIXe siècle; cette croissance s'est accélérée dès les années 1930. La baisse importante de la mortalité est donc antérieure aux autres régions en développement. Le freinage de la fécondité est relativement tardif compte tenu d'un Indicateur de Développement Humain intermédiaire. Il s'opère à partir de la décennie 60 et il se généralise dans la décennie 80 en liaison avec les plans d'ajustement structurel qui suivent la crise des exportations primaires et à celle des taux d'intérêt réels très élevés, suite à la politique monétariste de Reagan (transition de crise de la fécondité). Le coefficient multiplicateur de population est de 8,9 de 1800 à 1950 et de 4,5 de 1950 à 2050, soit de 40 depuis 1800.
  • 100 environ pour l'Amérique du Nord (4,7 % de la population mondiale) à très faible densité utile en 1800; ce sous-continent connait donc le coefficient le plus important.

La densité utile initiale joue donc un rôle important pour ce coefficient multiplicateur de population de 1800 à 2050. Les profils de transition sont aussi différenciés par pays à l'intérieur de chaque région. De façon schématique, on peut opposer l'essentiel des pays de l'Eurasie à relativement forte densité initiale, de l'Afrique et des Amériques à relativement faible densité initiale.

Plus largement, la différenciation des profils de transition démographique provient principalement des profils de transition de la fécondité. L'examen des principaux facteurs de cette transition est donc nécessaire.


Principaux facteurs de transition de la féconditéModifier

La diversité des sentiers de transition de la fécondité indique une pluralité des facteurs d'explication ainsi que de leur hiérarchisation selon les pays et les périodes. La transition des pays en développement (plus de 80 % de la population mondiale) est différente de celle des pays développés : par sa période de démarrage tardive, après 1960, alors que les pays industrialisés avaient quasiment achevé la leur ; par sa hauteur (taux de croissance démographique en moyenne beaucoup plus élevé) ; enfin par sa durée (en moyenne plus brève)[14]. Cinq catégories de facteurs influent principalement sur la transition de la fécondité : les améliorations et accroissements de la santé, de l'éducation, de la densité utile, du niveau de vie et de ses fluctuations ainsi que de l'accès à la contraception.

Révolution sanitaireModifier

C'est chronologiquement le premier facteur. La diminution de la mortalité et l'accélération de la croissance démographique un préalable indispensable à la baisse de la fécondité, le taux de natalité restant élevé dans un premier temps, puis baissant avec retard. À l'échelle mondiale, ce décalage temporel entre baisse du taux de mortalité et baisse du taux de natalité explique le passage d'environ 1 milliard d'habitants en 1800 à une projection moyenne d'environ dix milliards en 2050. La baisse de la mortalité infantile et juvénile ne rend plus nécessaire de mettre au monde six à sept enfants en moyenne par femme pour en garder deux ou trois qui arriveront à l'âge adulte et aideront les parents dans leurs vieux jours. Le niveau de fécondité nécessaire au remplacement des générations diminue alors fortement. Cependant cette prise de conscience s’opère généralement avec un retard de plusieurs décennies.

Le taux de mortalité infantile, qui dépasse 250 ‰ et peut atteindre 400 ‰ dans les sociétés traditionnelles, va progressivement baisser, entrainant la transition de la fécondité. En 1950 il est encore de 190 ‰ en Afrique, Asie du Sud et Asie de l'Est. Au début de la transition de la fécondité, il est généralement compris entre 100 et 140 ‰. La baisse forte de la mortalité infantile est un préalable à la baisse de la fécondité dans les PED. Un autre indicateur de santé important est l'espérance de vie à la naissance. De 25 ans dans les sociétés traditionnelles, il approche ou dépasse les 50 ans pour les PED lors du début de la transition de la fécondité. L'espérance de vie à la naissance est en corrélation négative significative avec l'indice synthétique de fécondité pour les PED en 1990.

Dans un premier temps, un certain nombre de facteurs favorables au développement économique interviennent : diminution du fatalisme, de la morbidité et vision à plus long terme, accroissement de l'éducation, de l'épargne et de l'investissement, des infrastructures. Cependant, mis à part le cas très spécifique des pays neufs, Amérique du Nord, Australie, si la croissance démographique rapide supérieure à 2 % par an est prolongée sur plusieurs décennies, les facteurs défavorables vont alors se multiplier : amenuisement des terres cultivables par agriculteur, urbanisation très rapide et essor des bidonvilles, croissance lente ou parfois baisse du niveau de vie moyen déjà bas. Les familles et gouvernements, souvent après une période de crise socio-économique sont alors incités à promouvoir la planification familiale qui est liée à l'amélioration de la santé.

Révolution éducative, rationalisme moderne, coût de l'enfant et statut de la femmeModifier

C'est le deuxième facteur, pour les pays en développement, surtout après 1960 avec les progrès de la contraception moderne essentiellement féminine. L'éducation a plusieurs conséquences importantes sur la fécondité. D'abord elle contribue à développer le rationalisme moderne adapté aux nouvelles structures socio-économiques et à transformer le regard sur le monde. Ensuite le coût de l'enfant augmente à cause du recul du travail des enfants et du coût de l'éducation. De plus l'éducation des filles, qui au début est en retard parfois très fortement sur celle des garçons, retarde l'âge moyen au mariage et réduit progressivement l'influence de l'idéologie patriarcale nataliste. Daniel Noin cite une étude de la Population Crisis Comitee (Waschington) qui relève que le statut de la femme, c'est à dire la place de la femme au sein du couple, de la famille et de la société, dont la composante principale est l'éducation des filles, a un coefficient de corrélation très élevé (de - 0,9, le maximum étant de -1) avec l'indice synthétique de fécondité (ISF) pour les pays en développement. Cependant certains démographes font remarquer que cette variable est elle-même composite, donc moins précise qu'une variable unique[15]. Mais la corrélation négative de l'ISF avec la proportion de filles dans l'enseignement secondaire est de -0,86, donc élevée (même étude). Cette variable joue en moyenne sur la fécondité après un délai de une ou deux décennies.

L'alphabétisation des femmes des jeunes générations est majoritaire en Thaïlande dès 1960, ce qui contribue à expliquer la précocité de la baisse de fécondité. En Inde la hiérarchie des analphabétismes féminins entre États recoupe fortement celle des indices de fécondité. En 1990, selon l'étude de Willems et Tabutin, pour 108 pays en développement, le coefficient de corrélation entre l'indice synthétique de fécondité et le taux d'analphabétisme adulte en 1990 est de R = 0,736[16]. La balkanisation linguistique rend plus difficile une alphabétisation efficace en Afrique.

Selon Faruqee (1979) [17], ces deux premiers facteurs expliqueraient environ la moitié de la baisse de fécondité. Cependant cet auteur n'a pas pris en compte de façon explicite des variables plus qualitatives et moins étudiées statistiquement comme le statut de la femme, ou encore la densité utile.

Densité utile (par km carré utile)Modifier

Selon la FAO, la superficie utile ou utilisée est la somme des terres arables et des prairies et pâturages permanents. La densité utile, c'est à dire le rapport population / superficie utile, est aussi un facteur géographico-historique important. La croissance démographique rapide et la hausse de la productivité agricole aggravent la surpopulation rurale dans les régions à forte densité utile. La contrainte foncière contribue à expliquer des politiques de planification des naissances généralement plus incitatives et relativement précoces dans les pays d'Asie de l'Est et du Sud (plus de 50% de la population mondiale) et donc une croissance démographique finalement plus faible. A l'inverse les Amériques, ayant une faible densité initiale, ont connu la croissance démographique la plus forte au monde depuis 1800, passant de 2,5 % à 13 % environ de la population mondiale.

Le critère de la densité globale est souvent mis en avant, mais il intègre dans le calcul les déserts, montagnes et autres aires non cultivables, ce qui fausse considérablement les comparaisons. En Europe occidentale la densité utile[18] du Royaume Uni, une des plus élevées, est de 1050 en 2015 . La densité utile est encore plus élevée dès 2015,- Hérodote.net, De Lucy à nous op.cit.-, ou elle le deviendra rapidement dans les pays parmi les plus peuplés d'Asie de l'Est et du Sud : Corée du Sud : 3340; Japon 3000 ; Chine 1300 ; Philippines 1860 ; Vietnam 1440 ; Indonésie 1080 ; Bangladesh 2100 ; Pakistan 940 ; Inde 842. Elle est aussi très élevée ou le deviendra dans de nombreux pays d'Asie Occidentale et d'Afrique : Irak 1080 ; Yemen 2100 ; Egypte 3200 ; Territoires palestiniens 10 000 ; Rwanda et Burundi 980 ; Somalie 985 ; Nigeria 520, Algérie 530 etc.. La nature qualitative de ce critère, la nécessité de distinctions entre terres cultivables et autres terres utiles (pâturages etc.), entre terres irriguées ou non et selon la qualité des sols qui dans de nombreux PED africains est en moyenne faible, rend délicate son utilisation pour les comparaisons internationales. Cependant, compte tenu du réchauffement climatique, des dégradations accrues de la qualité des terres risquent de se produire dans de nombreux pays rendant encore plus difficile l'auto-approvisionnement du pays.

La densité utile initiale contribue à expliquer les écarts du Multiplicateur transitionnel de population (MTP) de 1800 à 2050 entre par exemple les régions à forte densité utile initiale comme la majorité des pays de l'Eurasie où le MTP est inférieur à 12,5 et les régions à relativement faible ou très faible densité utile initiale où le MTP est supérieur à 20.

PNB par habitantModifier

Le PNB par habitant est un facteur explicatif moins important. Selon Faruqee ce facteur expliquerait environ 13% de la baisse de fécondité.Certes, cet indicateur donne une première idée du niveau de vie moyen , mais il ne tient compte ni du statut de la femme, ni du niveau d'éducation, ni de l'importance des inégalités entre groupes sociaux, ni des coûts écologiques ni du pouvoir d'achat interne des populations qui est sous-estimé pour les PED par les taux de change commerciaux, car ils ne prennent pas en compte les échanges intérieurs. Ainsi le coefficient de corrélation entre ISF et PNB par habitant pour 108 PED en 1989, selon l'étude de Willems et Tabutin (op.cit. p 30) était de - 0,292 (non significatif). Par exemple le PNB par habitant était en 1982 environ vingt fois plus élevé en Arabie Saoudite qu'au Sri Lanka, alors que l'indice synthétique de fécondité était de 7 en Arabie Saoudite et de 3,2 enfants par femme au Sri-Lanka. Le PNB par habitant en parité de pouvoir d'achat (PPA) est un indicateur un peu plus significatif.

Cependant, même lorsque le PNB par habitant est faible, il a déjà augmenté significativement d'au moins 30 % selon J.C. Chesnais (op.cit.) avant la baisse de fécondité et les structures socio-économiques se sont modifiées.

Indicateur de Développement Humain (IDH)Modifier

L'IDH est plus fortement corrélé négativement avec l'indice synthétique de fécondité, puisque ses trois composantes éducative, sanitaire et économique sont des déterminants de la fécondité et les deux premières composantes socio-éducatives sont mieux corrélées que la composante économique . Selon l'étude de Willems et Tabutin pour 107 pays (p 30), la corrélation est de - 0,779 (significatif). L'IDH ajusté selon la répartition du revenu et en fonction des disparités entre les sexes, permet de tenir compte de ces deux autres déterminants de la fécondité.

Taux d'urbanisationModifier

Le taux d'urbanisation est aussi un facteur explicatif jugé moins important. En général les urbains bénéficient davantage des services de santé et d'éducation que les ruraux. L'urbanisation s'accompagne le plus souvent du passage de la famille rurale élargie à la famille plus restreinte. Le rôle de l'urbanisation est généralement plus important dans les pays à relativement faible densité rurale. Néanmoins Chenery et Syrquin (1975) ont montré que lorsqu'on a isolé l'influence du taux de mortalité infantile, du niveau d'instruction et du revenu par tête, l'urbanisation ne joue plus alors qu'un rôle négligeable[19]. Son coefficient de corrélation négatif avec l'ISF est aussi plus faible, de -0,57 selon l'étude déjà citée de Willems et Tabutin (p 32). Ainsi au début de la période de transition de la fécondité, les taux d'urbanisation étaient beaucoup plus faibles en 1970 dans les pays d'Asie de l'Est et du Sud en général (de 15 à 20 %) que ceux d'Amérique latine en 1965-1970 (de 40 à 60 %) ou d'Afrique subsaharienne en 1990 (de 10 à 40 %). Le Bangladesh est un pays fortement rural, à environ 84 % en 1990, lorsqu'il atteint un indice synthétique de fécondité (ISF) de 5,3 alors que le Nigeria, atteint ce même niveau de 5,3 en 2019 alors qu'il est urbanisé à 50 % et a un PNB par habitant plus élevé dès 1990[20]. Le premier pays a une répartition des revenus plus équilibrée et fournit davantage de services de santé et d'éducation aux zones rurales. La forte densité rurale en Asie de l'Est et du Sud, mais aussi en Afrique au Rwanda et au Burundi, a pu se substituer à l'urbanisation comme facteur favorable à la baisse de la mortalité puis de la fécondité.

Crises, défi créateur et essor de la planification familialeModifier

Lorsqu'une évolution significative a déjà eu lieu pour les quatre facteurs précédents (santé, éducation, densité utile et urbanisation, niveau de vie), une crise socio-économique et parfois une guerre peuvent constituer un "défi créateur" pour les gouvernements et les familles, selon l'expression de l'anthropologue Esther Boserup[21] et déclencher, lorsque les autres conditions pré-citées sont réunies, une baisse de la fécondité. Dans les PED, après 1960, les programmes de planification familiale (planning familial) permettent de rapprocher le nombre d'enfants par femme de celui plus bas qui est souhaité. Le recours à la contraception expliquerait selon Faruqee, 15 % de la baisse de fécondité, mais son étude date de 1979, avant la baisse de fécondité la plus importante. Cette politique accompagne la politique sanitaire et éducative et peut accélérer la transition de la fécondité attendue en fonction de l'évolution des indicateurs socio-éducatifs, comme en Asie de l'Est et du Sud. Selon Willems et Tabutin (op.cit.) le coefficient de corrélation négative entre l'indice synthétique de fécondité (1990) et la prévalence contraceptive (1985-89) est pour 78 pays en développement de -0,901, donc très significatif.

En général après une crise socio-économique marquée souvent par des pénuries économiques et alimentaires sévères et parfois des famines locales, les populations commencent à restreindre, spontanément ou parfois en liaison avec une libéralisation ou une promotion étatique de la contraception, leur fécondité. Une baisse initiale ou accélérée de la fécondité a ainsi eu lieu d'abord en Europe : dans la France révolutionnaire et napoléonienne (1790-1815); en Irlande après la grande famine de 1846 en même temps qu'une émigration massive ; dans les pays d'Europe du Nord-Ouest pendant la crise-récession de 1873-1896 ; en Russie.après la guerre civile, le "communisme de guerre", la famine et l'alphabétisation du début des années 20. La guerre a pu être aussi un déclencheur : Grèce, Yougoslavie 1920 ; Japon 1925, puis dans ce pays après 1945 (J.C. Chesnais op.cit.)

Dans les PED c'est après 1960 que beaucoup d'Etats, après avoir fortement accru l'alphabétisation, développent progressivement les services de santé et de contraception moderne. La baisse de la fécondité se produit alors dans ces pays souvent après une crise : en Corée du Sud après 1960, en Chine, Inde et Indonésie à partir de 1965-1970 (disettes et famines les années précédentes), au Vietnam après 1975 (fin de la guerre), au Bangladesh après 1980, en Iran et en Algérie après 1985 (contre-choc pétrolier), dans la majorité de l'Amérique latine à partir des années 1960 avec une généralisation dans les années 80 (crise de la dette et plans d'ajustement structurel), ainsi que dans la majorité de l'Afrique subsaharienne dans les années 80-90. Au moins les trois quarts de la population des pays en développement (PED) sont dans ce cas. On parle de "transition de crise de la fécondité".

De plus, même si le déclenchement de la transition de la fécondité a lieu dans une période de croissance économique, on observe le plus souvent auparavant une période de croissance démographique rapide de plusieurs décennies débouchant sur une pression plus forte concernant les terres, une croissance urbaine très rapide des taudis et bidonvilles, le chômage, le sous-emploi et des salaires faibles : Italie 1885, Russie 1900-1914 ; Amérique latine 1960-1980, facteurs qui incitent une partie de de la population à restreindre sa fécondité. L'économiste chilien Carlos Ominami parle d'une crise structurelle quasi-permanente dans la majorité des PED, même si la situation s'aggrave encore davantage dans certaines périodes.

Ces cinq principaux déterminants de la fécondité sont donc géographico-historique (densité utile et histoire des sociétés), social (santé), culturel (éducation et statut de la femme), économique (niveau et fluctuations du PNB par habitant en parité de pouvoir d'achat) et politique (accès au planning familial). Ils s'observent dans l'ensemble des sociétés, mais avec des intensités et une chronologie différente.

« Dividende démographique » et « transitions socio-démographique et économique » accéléréesModifier

Quelques années après le commencement d'une baisse significative de la fécondité, la diminution de la part des moins de 15 ans aboutit à un déclin du ratio de dépendance (0 à 15 ans et plus de 65 ans / 15-65 ans) le ratio de dépendance des plus de 65 ans restant faible pendant plusieurs décennies. Durant cette période entre le déclin de la part des moins de15 ans et l'augmentation forte de la part des plus de 65 ans, il existe une « fenêtre d'opportunité démographique » qui peut produire potentiellement une forte croissance économique par habitant grâce à une augmentation du rapport de l'âge actif (15 à 65 ans) à la population dépendante (autres), appelée le « dividende démographique ». L'accroissement du taux d'emploi global (population active occupée / population totale) permet aussi une forte hausse des taux d'emplois plus qualifiés ainsi que des taux d'épargne et d'investissement, et donc des taux de croissance du PNB par habitant. Ceux-ci sont supérieurs à 5 % et parfois à 8% par an et par habitant, la période de croissance maximale durant pendant 30 ans ou plus dans le cas des "miracles" est-asiatiques : Japon de 1945 à1975; Corée du Sud de 1960 à 1995; Chine de 1980 à 2010, Vietnam de 1980 à 2015, Inde après 1980-90 etc

À l'opposé, il peut y avoir une trappe démographique de pauvreté. Le maintien de taux de natalité et de croissance démographique élevés pendant une longue période accroît la part de l'investissement démographique nécessaire au simple maintien du niveau de vie par habitant et ceci au détriment de l'investissement économique par habitant qui permet la hausse du niveau de vie, selon la distinction d'Alfred Sauvy. Certains pays d'Afrique subsaharienne ont connu ainsi plusieurs décennies de relative stagnation et parfois une période de baisse du PNB par habitant.

La corrélation négative entre le taux de croissance annuel moyen de la population (p) et le taux de croissance annuel moyen du PIB par habitant (g) depuis que la baisse de la fécondité a commencé dans les PED en 1960 est forte, particulièrement à partir de 1970-1980[22], encore davantage si on centre l'étude sur les trois régions à revenu faible en début de période (1965-2015) : Asie de l'Est, Asie du Sud et Afrique subsaharienne. Ces trois semi-continents incluent ensemble en 2019 plus des deux tiers de la population mondiale et plus de 80 % de la population des pays en développement. Cette corrélation est moins nette pour les régions à revenu intermédiaire depuis 1965 (Amérique latine, Afrique du Nord-Moyen Orient), car leur PNB par habitant varie aussi fortement en fonction des prix et de la demande de produits primaires.

Les écarts à la fois des taux de croissance démographiques annuels (p) et des taux de croissance économique annuel par habitant et par an (g = growth) entre ces trois macro-régions sont en effet très importants depuis 1965 [23]. En Asie de l'Est le fort ralentissement de la croissance démographique (p = environ 1,3% par an en moyenne et 0,4 % en 2019 ) a favorisé une forte accélération de la croissance économique par habitant (g = environ 5 à 6 % par an) : les évolutions rapides de la formation scolaire et de la transition de la fécondité accélèrent fortement le progrès économique ; à l'inverse en Afrique subsaharienne la croissance démographique forte et prolongée (p = 2,8 % par an en moyenne et en 2019) s'est accompagnée d'une croissance économique par habitant très faible (g = moins de 1% par an). L'Asie du Sud a des performances intermédiaires : p = 2,1% par an en moyenne et 1,2 % en 2019, et g = environ 3 % par an. Le calcul des intérêts composés aboutit à des différences très élevées au bout de cinquante ans (1965-2015) entre ces trois sous-continents majeurs. La population et le produit par habitant sont multipliés respectivement par environ 2 et 15 en Asie de l'Est, par 2,8 et 4,5 en Asie du Sud et par 4,7 et environ 1,6 en Afrique subsaharienne. Le développement de la transition socio-démographico-économique est divergent entre ces trois tiers-mondes ou Suds.

Les transitions socio-démographiques et économiques sont accélérées en Asie de l'Est, intermédiaires en Asie du Sud et fortement ralenties en Afrique subsaharienne, la transition démographique aboutissant au ralentissement progressif de la croissance de la population. L'explication du développement divergent pour les trois macro-régions les plus peuplées est que les principaux facteurs du dynamisme économique ont joué dans le même sens : le défi créateur (démographique et politique) en début de période analysé par l'anthropologue Esther Boserup induit la mise en place plus ou moins rapide d'un Etat promoteur du développement socio-économique (capital social), celle de la formation de la population (capital humain) et d'un capital technique élevé et efficace permis par une plus ou moins bonne insertion dans la division internationale du travail (taux d'investissement et dynamisme des exportations surtout de produits manufacturés). Ces facteurs ont donc été très importants en Asie de l'Est, intermédiaires en Asie du Sud et faibles en Afrique subsaharienne. Toutes ces macro-régions doivent affronter de plus dans la période qui vient le défi écologique (maintien d'un capital naturel suffisant) pour les générations à venir.

RésuméModifier

Les divergences des dynamiques de population des régions en développement depuis 1960 s'expliquent pour l'essentiel par les sentiers différents de transition de la fécondité. Cette fécondité dépend à son tour principalement d'une part de variables sociales, éducatives et économiques qui peuvent être approchées par l'IDH ajusté selon la répartition du revenu et en fonction des disparités entre les sexes ; elle dépend d'autre part de variables géographiques, écologiques, historiques, idéologiques, politiques qui peuvent être approchées schématiquement par la densité utile, le taux d'utilisation de la contraception etc. Cette dynamique de la transition socio-démographique influe aussi fortement sur celle du développement durable. Un Etat promoteur du développement[24] est souvent à l'origine de la majorité de ces évolutions.


Critiques et élargissement du modèleModifier

Spécificité de la transition françaiseModifier

L'observation de la transition démographique française a fait douter certains auteurs de l'universalité du schéma classique. En France on observe, à partir de 1750 et tout au long de la transition, une chute relativement conjointe des taux de natalité et de mortalité, ce qui empêche la France de connaître un essor démographique rapide lors de cette transition[11]. Certes l'augmentation de la population au terme de la transition démographique française est l'une des plus faibles au monde, mais elle est cependant significative : près de 100 %[25]. Ainsi le recul préalable de la mortalité ne fait pas de doute pour J.C. Chesnais et est universel. La forte densité utile dès le 18° siècle, les idées égalitaires, libérales, laïques de la Révolution française, la diffusion de la petite propriété paysanne sont parmi les explications les plus couramment citées du recul précoce de la fécondité.

Système ouvert / ferméModifier

La description des étapes de la transition démographique présentée dans les paragraphes précédents se place dans l'hypothèse d'un système fermé, c'est-à-dire sans migrations internationales, pour prendre en compte uniquement les entrées et sorties « naturelles ». Or, les populations sont des systèmes ouverts avec une régulation interne (natalité et mortalité) et une régulation externe (migrations). Cette dernière a des conséquences sur le volume de la population et cela de façon directe (arrivée - départ) ou indirecte (fécondité différente des populations immigrées...).

Cependant, mis à part les Amériques et la majeure partie de l'Océanie, considérés souvent comme des prolongements démographiques de l'Europe, l'immigration ou l'émigration nette sont restées très minoritaires et souvent relativement faibles pour la majorité des régions du monde. Aujourd'hui le nombre des migrants dans le monde représente 3 à 4 % de la population mondiale, majoritairement vers des pays voisins.

Émigration et durée de la transition démographiqueModifier

Une première approche insiste sur la relation entre la possibilité d'émigrer et la durée de la transition démographique : en effet, la grande émigration européenne du XIXe-XXe siècle correspond à la phase d'accroissement maximale de la transition démographique pour l'Europe. Le démographe Jean-Claude Chesnais étudie les grandes migrations transocéaniques de la période 1846-1932 : 18 millions d'émigrants ont quitté les îles britanniques, soit 64 % de la population initiale (dont 5,44 millions pour l'Irlande, soit 66 %), 11,1 millions ont quitté l'Italie (48 %), etc ; les États-Unis ont reçu 34,24 millions d'immigrants de 1821 à 1932, soit 320 % de la population initiale. Il note que « le pic d'émigration tend le plus souvent à coïncider, à quelques années près, avec le pic de croissance naturelle de la population et que c'est au moment où la proportion de jeunes adultes est exceptionnellement élevée que l'on assiste au gonflement de l'émigration transocéanique »[25]. Cependant les données statistiques depuis 1945 permettent d'affirmer que la forte importance relative de l'émigration européenne transcontinentale dans la période étudiée précédemment reste un cas exceptionnel et que les politiques d'ouverture ou de fermeture relative des pays d'immigration nette, ainsi que, de plus en plus, de migration sélective jouent un rôle important.

La durée de la transition démographique serait-elle liée à la possibilité d'émigrer ? On peut émettre l'hypothèse suivante : lorsque l'accroissement d'une population est très élevé, il risque d'apparaitre un déséquilibre entre le nombre d'hommes et des moyens d'existence (récoltes à se partager, nombre d'emplois disponibles...). Il en résulte un appauvrissement. Il s'ensuit une émigration quand celle-ci est possible. C'est le cas de l'Irlande affamée du XIXe siècle vers les États-Unis (crise de la pomme de terre) ou de l'Italie après le second conflit mondial vers des pays plus au Nord. Or, ce sont majoritairement les jeunes qui émigrent. Leur départ a pour conséquence de diminuer le nombre des naissances dans leur pays d'origine. Taux de natalité et taux de mortalité se rejoignent donc plus rapidement du fait de cette émigration. Le raisonnement est inverse pour le pays d'accueil : l'apport de jeunes immigrants maintient le niveau de natalité et par là même prolonge la transition démographique. On pourrait énoncer la tendance suivante : les vagues d'immigration ont pour conséquence de réduire le nombre d'années de la phase de transition démographique pour le pays de départ et de l'allonger pour le pays d'accueil . Ceci n'est — rappelons-le — qu'une hypothèse.

Une seconde approche part de l'observation des flux migratoires internationaux contemporains. Ils restent à l'échelle mondiale très minoritaires et sont soumis à de fortes restrictions à l'émigration vers les pays à revenu élevé depuis quelques années. Le total des migrants résidant au Nord et provenant du Sud constitue environ 1 % de la population mondiale. Les politiques démographiques et les décisions des familles de la majorité des pays seraient alors déterminées principalement par des considérations internes au pays concerné.

Structure par âge et évolution post-transitionnelleModifier

La structure par âge, observable par la pyramide des âges, doit être prise en compte, car elle influence les taux de natalité et de mortalité. Indépendamment de la natalité et de la mortalité, un système démographique peut maintenir sa structure par âge si des politiques d'émigration ou d'immigration interviennent comme facteur de régulation. Inversement, une stabilité des taux de natalité et de mortalité peut s'accompagner de modifications de la structure par âge notamment dans le cas du vieillissement d'une population post-transitionnelle.

L'évolution "post-transitionnelle" de la fécondité selon J. C. Chesnais, appelée aussi "deuxième transition démographique" par le démographe belge Rony Lestaeghe[26] est différenciée selon les groupes de pays. Loin d'idéalement se stabiliser environ au niveau du taux de mortalité, l'ISF poursuivrait sa baisse, provoquant à moyen et long terme un déclin démographique, précédé puis accompagné du vieillissement des populations. Lestaeghe l'explique par une nouvelle amélioration du statut de la femme, un essor de l'autonomie individuelle et un refus croissant du contrôle des doctrines politiques ou religieuses sur la vie des individus.

Diversité des cultures et durée plus ou moins longue du natalisme traditionnelModifier

L'interprétation de la transition démographique a suscité des discussions de type partiellement politique et idéologique, notamment à la conférence sur la population de Bucarest en 1974. Pour certaines approches, ce Modèle théorique de la Transition Démographique (MTD, en anglais DTM) nierait la diversité des peuples et des cultures et prétendrait rendre compte de l'une de leurs dimensions les plus profondes et complexes - la reproduction - à l'aide d'un schéma de pensée unique. Il n'est pas en effet démontré que les peuples africains et européens aient les mêmes réactions démographiques face à un même événement. Ainsi, la chute des taux de mortalité infantile s'est accompagnée quelques décennies après d'une réduction volontaire des naissances. en Europe ; mais en Afrique intertropicale, la transition est beaucoup plus haute et relativement longue - taux de croissance annuel de la population élevé supérieur à 2 % par an depuis 1950 et au moins jusqu'à 2025-.

Cependant ce facteur culturel populationniste est à relativiser. En premier lieu près de 50 ans après cette conférence de Bucarest, la transition de la fécondité est quasiment achevée pour 80 % de la population mondiale (ISF < à 2,5). Ensuite un taux de croissance démographique annuel très élevé (par exemple sur la base de 3,5 % par an comme au Niger en 2020) ne peut pas se maintenir en permanence, car il aboutit à une impossibilité écologique et est dénué de sens. En effet la règle des intérêts composés se traduit par un doublement de la population en 20 ans (1,035 puissance 20 = 2), une multiplication par 32 (2 puissance 5) en un siècle et par mille (32 au carré) en deux siècles [27] etc. Ce simple calcul explique la rationalité et l'inéluctabilité de la transition de la fécondité.

Dans certains pays, des gouvernements, courants de pensée et situations, pendant certaines périodes, peuvent contribuer à freiner la transition de la fécondité pour des raisons diverses : à cause de la faible densité utile (Gabon, Laos..) ; à cause de certains courants religieux traditionalistes qui conservent la vision populationniste de la période précédente, même si celle-ci ne correspond plus à la situation vécue par le plus grand nombre - Philippines jusqu'au début de notre siècle, Egypte, Algérie pendant une période - ; à cause de conflits politiques ethniques, religieux latents ou ouverts à l'intérieur d'un pays ou avec des pays voisins, même si le nombre ne fait plus la force des armées : Pakistan ; à cause de situations de guerre qui désorganisent très profondément l'économie et les services de santé et d'éducation notamment. Ainsi ces pays ont connu un fort ralentissement de leur développement économique par habitant en comparaison de certains pays voisins où la transition de la fécondité a été beaucoup plus rapide.

L'Iran est un autre exemple tendant à relativiser le rôle des facteurs culturels natalistes. Contrairement à une idée largement répandue selon laquelle la baisse de la fécondité serait moindre et plus tardive dans les pays musulmans, la fécondité est passée de plus de 6 enfants par femme au milieu des années 1980 à 2,1 en 2000 ; le premier programme de planning familial en Iran a été lancé en 1967 sous le régime du shah mais n'a guère eu d'effet ; après la révolution islamique de 1979, le gouvernement a adopté une politique nataliste, renforcée pendant la guerre avec l’Irak, mais en décembre 1989 le gouvernement change radicalement son orientation démographique pour lancer un nouveau programme de planning familial, couronné de succès[28]. La transition de la fécondité est alors une des plus rapides du monde, passant d'un ISF de 6 en 1986 (contre choc pétrolier) à 5 en 1989 et 2,1 en 2000. L'éducation des filles , en retard sur celle des garçons, avait progressé fortement dans les périodes précédentes.

Youssef Courbage et Emmanuel Todd [29]élargissent à l'ensemble des sociétés musulmanes ou influencées par l'islam le constat précédent dans Le Rendez-vous des civilisations, paru en 2007. Ils expliquent la transition sanitaire et de la mortalité ainsi que la transition éducative et de la fécondité , en analysant les variables démographiques : nombre moyen d'enfants par femme, mortalité infantile, taux d'alphabétisation, entre autres. L'analyse de l'évolution de ces variables au cours du temps permet de montrer que les sociétés en question sont, soit en train de connaître une transition démographique rapide, soit pour certaines l'ont même déjà accomplie. Ainsi en 2019, l'ISF est de de 2 au Bangladesh, de 2,1 en Iran, de 2,3 en Indonésie, 2,8 en Afrique du Nord et Asie Occidentale, de 3,5 au Pakistan. En 2019, seuls sept pays de plus de 20 millions d'habitants d'Asie musulmane ou d'Afrique du Nord ont encore un ISF supérieur à 3 : quatre sont en guerre ou l'ont été (Afghanistan 4,3), Soudan (4,3), Yemen (3,7), Irak (3,6) ; trois ont eu ou ont en leur sein des courants intégristes religieux influents : Pakistan (3,5), Egypte (3,3), Algérie (3). Néanmoins l'essentiel de la baisse de l'ISF s'est déjà produit et il n'y a pas d'exemple historique d'un arrêt de sa baisse à mi-chemin. Au fur et à mesure du développement et de la croissance démographique, les idéologies et pratiques populationnistes traditionnelles perdent en intensité.

L'amenuisement du natalisme est plus lent en Afrique subsaharienne

Le maintien d'une fécondité élevée, ISF de 6,6 en 1990 et proche de 4,6 en 2019, alors qu'il est la même année en moyenne de 2,1 en Asie et en Amérique latine (2019), est expliqué par un ensemble de facteurs spécifiques non uniquement culturels [30] : isolement géographique dans la période pré-coloniale, donc retard technique favorisant la fragmentation ethnique et linguistique, ce qui rend moins efficace l'alphabétisation ; saignée de l'esclavage par des oligarchies arabes puis européennes et américaines jusqu'à la deuxième moitié du 19-ème siècle ; très forte mortalité infantile et juvénile concernant près de la moitié des enfants jusqu'en 1930 ; grande faiblesse des soins primaires et de l'éducation de base en 1950-60; faible densité utile jusqu'aux années soixante ; à quoi s'est ajoutée l'importance du Sida depuis les années 1980.. Pour pallier cela, les traditions natalistes sont plus ancrées : le nombre moyen d'enfants par femme est proche de 7 jusqu'en 1980 ; la polygamie est fréquente et concerne environ 40 % des femmes mariées en Afrique Occidentale et Centrale, 30 % en Afrique Orientale, mais elle est très faible en Afrique australe ; elle s'accompagne de l'idéologie patriarcale, compte tenu de la différence d'âge dans le mariage entre homme et femme, de 8 ans en moyenne en Afrique occidentale. La théorie des "flux de richessse" de John Caldwell[31] indique que ceux-ci vont davantage qu'ailleurs relativement vers le pater familias au détriment relativement des autres membres de la famille. Politiquement, certains gouvernements sous-estiment les inconvénients d'une croissance démographique rapide et prolongée (en moyenne supérieure à 2,5 % par an de 1950 à 2020) et ses conséquences (population multipliée par 10 entre 1950 et 2050). Cette croissance très rapide, néanmoins reste proche de la moyenne mondiale jusqu'en 2015 , si on prend comme point de départ l'année 1800. Certains auteurs considèrent cette évolution comme un rattrapage. Cependant la qualité des terres est généralement médiocre selon le géographe Pierre Gourou, du fait de l'importance des sols latéritiques.

L'amélioration importante des services sanitaires et éducatifs depuis 1950, la crise agraire, urbaine et une économie peu dynamique expliquent une transition de crise de la fécondité, c'est-à-dire sans amélioration notable du niveau de vie de la majorité. L'indice synthétique de fécondité (ISF) de l'Afrique subsaharienne est en 2019 de 4,6 enfants par femme, soit un peu moins de la moitié du chemin entre l'ISF de départ (6,7 de 1950 à 1980 ) et l'ISF d'équilibre (2,1 enfants par femme)[32].

Selon les perspectives moyennes de l'ONU, le sous-continent devrait encore doubler sa population de 2020 à 2050[33], du fait de la structure par âge très jeune. La dynamique sur le long terme de la croissance démographique est souvent sous-estimée : entre le début de la baisse de fécondité (en moyenne 1980-90) et le taux de remplacement de 2,1, un quadruplement de la population au minimum a lieu : un doublement dû à la durée de la transition de la fécondité, lorsqu'elle est relativement brève et un deuxième doublement dû à l'élargissement de la base jeune de la pyramide des âges.

En résumé, la transition de la fécondité peut être freinée dans certains contextes, mais compte tenu des contraintes écologiques et socio-économiques, elle a eu lieu ou aura lieu partout.

Transition ou révolution démographique du néolithiqueModifier

La transition démographique contemporaine n'est pas la seule transition démographique de l'histoire humaine. Au néolithique, l'apparition de l'agriculture entraîne une augmentation de la population et une forte augmentation de la fécondité (en anglais fertility), suivie d'une augmentation de la mortalité, par rapport aux populations de chasseurs-cueilleurs mésolithiques. Ce régime démographique se maintiendra jusqu'à la transition démographique contemporaine[34].

Cependant l'absence de baisse structurelle de la mortalité et de la fécondité ne permet pas de parler de transition démographique au sens strict et conduit à parler plutôt de révolution agricole et démographique du Néolithique.

Robustesse et élargissement du modèle de la transition démographiqueModifier

Globalement ces différentes critiques du Modèle de Transition Démographique (MTD, en anglais DTM) permettent de mieux expliquer la variété des chemins suivis par les différents pays. Cependant, ce paradigme de la transition démographique (le démographe Adolphe Landry parlait de révolution démographique dès 1934) a montré sa robustesse. L'amélioration de la santé, de l'éducation, la volonté des familles d'améliorer leur niveau de vie, l'impossibilité de poursuivre certaines activités traditionnelles et l'exode agricole, le risque élevé de sous-emploi et de chômage, l'accès plus facile à la contraception, la dégradation du capital écologique favorisent progressivement une adaptation à la nouvelle situation et une restriction des naissances[35]. À l'échelle internationale la transition démographique a été confirmée dans les pays du Sud du fait de la forte baisse de la mortalité suivie d'une forte baisse de la fécondité ; elle est quasiment achevée (ISF < à 2,5) pour 80 % de la population mondiale[36]. Elle devrait durer trois siècles de 1750 à 2050.

Du point de vue géographique et historique, on peut distinguer la première aire de la transition démographique pour l'essentiel entre 1800 et 1975 qui est celle des pays développés dès les années 50. Au 21-ème siècle, les problèmes liés à la basse fécondité, au vieillissement accéléré vont y devenir progressivement plus importants, particulièrement en Europe, puis en Asie de l'Est.

La deuxième aire de la transition démographique, celle des PED, a lieu pour l'essentiel entre 1950 et 2050. Cette transition démographique des PED, qui aboutit dans cette période, à un quadruplement de la population mondiale, doit être intégrée pour être mieux comprise, compte tenu de son importance, à des déterminants principalement géographiques, historiques, institutionnels et socio-culturels en amont et des conséquences principalement économiques et écologiques en aval[37]. Cette transition globale gagne donc à être analysée avec l'aide de plusieurs sciences sociales. La crise écologique qui est devant nous sera mieux comprise à l'aide d'une analyse scientifique et élargie de la transition démographique.

Notes et référencesModifier

  1. Lexique : Transition démographique, INED.
  2. (en) Myrskylä, Mikko; Kohler, Hans-Peter; Billari, Francesco C, « "Advances in development reverse fertility declines". », Nature. 460 (7256),‎ , p. 741–3. (doi:10.1038/nature08230. PMID 19661915)
  3. a et b Michel-Louis Lévy, La transition démographique en Occident, INED, Population et sociétés, n° 127, septembre 1979.
  4. M.Willems et D. Tabutin, « Indicateurs démographiques et sociaux pour 115 pays du Sud de 1950 à 1990. », Chaire Quételet,‎
  5. a b c et d Jean Claude Chesnais, La transition démographique, INED PUF, , 580 p., chap. 8 Profils de transition démographiques, p219-272
  6. a et b (en) Division de la population des Nations Unies, « World Population Prospects : The 2019 Revision », biannuel,‎
  7. INED, « Lexique INED », sur https://www.ined.fr/ (consulté le 26 décembre 2019)
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  9. Alexandre Adveev et al, Populations et tendances démographiques des pays européens (1980-2010) (voir pages 9, 17, 25), INED, Population n°66, 2011.
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Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

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  • Jean-Noël Biraben, Population & Sociétés, INED, numéro 394, octobre 2003
  • Daniel Noin, Atlas de la population mondiale, Paris, Reclus- La documentation française, 1991, 160 p.
  • John C. Caldwell, The cultural context of high fertility in sub-Saharian Africa, Population and development review Vol. 13, No. 3 (Sep., 1987), pp. 409-437
  • Michel Willems et Dominique Tabutin, Indicateurs démographiques et sociaux pour 115 pays du Sud de 1950 à 1990, document statistique, Chaire Quételet, sept.92, Institut de démographie, Université catholique de Louvain
  • https://www.herodote.net/De_Lucy_nous-synthese-2064.php, sept. 2019
  • Galor, Oded and David.N. Weil. (1996). “The Gender Gap, Fertility, and Growth”,American Economic Review86: 374-387
  • Youssef Courbage et Emmanuel Todd, Le rendez vous des civilisations, Éditions du Seuil, collection la République des idées (sept. 2007) (ISBN 978-2-02-092597-6)
  • Gilles Pison, Tous les pays du monde (2019), Population et Sociétés, sept. 2019


Articles connexesModifier