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Tradition, famille et propriété (abrégé TFP) est une organisation internationale militante de conservateurs se présentant comme des catholiques défenseurs des valeurs chrétiennes traditionnelles. Elle a été fondée en 1960 par Plinio Corrêa de Oliveira, un professeur brésilien. Elle s'est développée en Europe, aux États-Unis et en Amérique du Sud.

L’association n'est cependant pas reconnue par la hiérarchie catholique dans plusieurs pays du monde (Brésil, France…) : diverses conférences épiscopales ont ainsi mis en garde contre une association qu'ils considéraient comme sectaire.

En France, ses activités consistent essentiellement dans le publipostage, après l'échec de la création d'une école à la suite de soupçons d'embrigadement sectaire.

Sommaire

Doctrine et activitésModifier

La TFP se présente comme une association ayant pour but de « promouvoir dans l'opinion publique les valeurs fondamentales de la civilisation chrétienne qui forment sa devise, et de combattre la révolution culturelle[Laquelle ?] athée, immorale et socialiste qui vise à les saper », et veut combattre « l'expansion du mouvement révolutionnaire dont le socialo-communisme et l'anarchisme soixante-huitard ». L'organisation se réfère à l'ouvrage Révolution et Contre-Révolution, du professeur Plinio Corrêa de Oliveira.

La doctrine de l'association diverge de celle de l'Eglise catholique, notamment en ce qui concerne la politique et la société : elle ne se réfère pas du tout, par exemple, à la doctrine sociale de l'Eglise telle qu'elle a été développée par les papes depuis l'encyclique fondatrice Rerum novarum publiée par Léon XIII en 1891. En outre, son action semble être essentiellement politique : ainsi, au Brésil, l'organisation a été très active à propos du projet de réforme agraire dans les années 2000. Elle s'est placée aux côtés des grands propriétaires terriens, les fazendeiros, contre le mouvement des Sans Terre ; cette lutte s'est doublée d'un combat contre le contrôle des armes[1].

En outre, Plinio Corrêa de Oliveira a développé une lecture mystique de l'histoire basée sa propre lecture des apparitions de Fatima, d'après lesquelles il annonçait la venue prochaine de l'Apocalypse, surnommée la "Bagarre". Il considérait qu'elle serait le fruit de divers éléments, incluant une hécatombe thermonucléaire, des cataclysmes naturels, des guerres civiles et internationales et des infestations maléfiques[1].

Organisation et activités en FranceModifier

La TFP se présente comme une association de laïcs catholiques. Elle a été déclarée en 1975 à la Préfecture des Hauts-de-Seine (loi de 1901). Au regard de la loi civile, la TFP est donc constituée en association à but non lucratif.

Concrètement en France, l'association TFP ou une association liée (Avenir de la Culture, Droit de naître...) communiquent par le publipostage et récoltent ainsi les fonds nécessaires à leur action. Cette pratique suscite parfois des réactions de méfiance de laïcs et même du clergé local. Les courriers sont souvent accompagnés de la médaille miraculeuse, ce qui conduit le sanctuaire de la Rue du Bac à rappeler régulièrement que l'association n'a aucun lien avec le sanctuaire[2],[3].

Les publications couvrent différents thèmes comme le culte de la Sainte Vierge, la dénonciation de l'avortement ou de la pornographie.

CritiquesModifier

En Amérique du SudModifier

Dès 1984, l'évêque de Campos, Antonio de Castro Mayer, met en garde ses fidèles contre l'association qu'il qualifie de "secte hérétique"[4].

En 1986, la conférence des évêques du Brésil avertit très sérieusement ses fidèles contre cette association, dans un rapport de 32 pages indiquant qu'elle n'était en communion ni avec la hiérarchie catholique locale, ni avec le pape[5]. Le texte soulignait la nature ésotérique de l'association et indiquait l'existence d'un culte rendu au fondateur et à sa mère comme des éléments problématiques à leurs yeux[1].

En FranceModifier

L'affaire de l'école Saint-BenoîtModifier

En 1977, la TFP fonde une école dans le Berry. Les parents et les prêtres qui y officiaient constatent rapidement que l'école sert en fait de centre de recrutement pour l'association et l'établissement est fermé deux ans après. Un procès oppose ensuite les responsables de l'école et les propriétaires des bâtiments qui considèrent avoir été trompés par les fondateurs. Le tribunal de grande instance de Châteauroux, par un jugement rendu le 25 août 1982, donne raison aux propriétaires, indiquant que "le personnel d’encadrement de l’interne composé pour la plupart de Brésiliens exerçait sur les jeunes élèves une sorte d’action psychologique les incitant (…) à devenir les adeptes militants d’une certaine association étrangère (…) trompant ainsi délibérément les bailleurs et ayant à leur égard un comportement fautif "[6].

Qualification de "secte"Modifier

Dès 1989, la conférence des évêques de France met en garde ses fidèles contre un mouvement qui dénigre la hiérarchie catholique et instille, notamment aux plus jeunes, l'idée que l'association TFP est seule détentrice de la vérité. Cette mise en garde est renouvelée deux ans plus tard par Mgr Di Falco, alors porte-parole de la conférence. La même année 1991, le père Trouslard, dans un article sur les sectes, qualifie la TFP de "modèle du genre"[5].

La commission d'enquête parlementaire de 1995 considère également le mouvement comme un « mouvement sectaire »[7]. La TFP a rappelé qu'elle se présente comme une association de laïcs catholiques et a particulièrement protesté du fait que ce rapport parlementaire ne puisse d'aucune façon être rectifié[8]. La même année, Jean Vernette, spécialiste des phénomènes sectaires, rapporte à son tour des éléments inquiétants : "les membres prononcent vœu d'obéissance au leader, objet d'un certain culte car on lui attribue parfois le charisme d'inerrance et de prophétie"[9].

La Miviludes (ancienne MILS) a fait également allusion à cette association dans son rapport annuel de 2006[10]. L'accusation de sectarisme est indirecte dans ce rapport, le mot "Secte" ne faisant pas partie de la terminologie de la Miviludes. L'association a répondu par une lettre ouverte au Premier Ministre demandant la dissolution de la Miviludes[11].

Le 10 février 2009, à la suite d'une question au gouvernement du député du Vaucluse Thierry Mariani, le Ministre de l'Intérieur a précisé : « À ce jour, les agissements des membres de l'association Tradition, Famille, Propriété n'ont jamais fait l'objet de procédures judiciaires et ne peuvent être qualifiés de dérives sectaires constituant des agissements susceptibles d'être pénalement sanctionnés[12]. »

Procédures judiciairesModifier

Contre deux diocèses françaisModifier

Deux diocèses français ont repris dans leur communication un article de l'Evénement du jeudi qualifiant l'association Tradition, famille, propriété d'organisation d'extrême droite et indiquant qu'elle avait participé à la répression politique au Brésil, en Argentine et au Chili, avant de soutenir l'apartheid en Afrique du Sud. L'association française Tradition, famille, propriété ainsi que son émanation Avenir de la Culture ont attaqué les deux diocèses français, avant de se désister devant la solidité de la défense[13]. Les deux associations ont été finalement condamnées aux dépens et à payer 6000 F aux diocèses qu'elles avaient attaqués le 23 janvier 1998 par le tribunal de grande instance de Lons-le-Saunier[14].

Contre TF1 en 2001Modifier

TF1 avait gravement critiqué l'association lors d'un reportage publié le 24 janvier 2007, la qualifiant notamment d' "association sectaire", qui se serait rendue coupable d' « escroquerie » en sollicitant des dons de personnes vulnérables auxquelles elle a adressé des médailles miraculeuses. la TFP a alors porté plainte pour diffamation et a obtenu 2 500 euros de dommages et intérêts[15]. La TFP a également demandé la publication d'un droit de réponse, dans lequel elle expliquait notamment que les médailles étaient données, et non vendues, et réfutait la qualification d' "association sectaire". TF1 refusant la diffusion du droit de réponse au motif que la réponse ne répondait que partiellement aux critiques énoncées, la TFP porte plainte contre TF1. Déboutée en appel, TFP fait casser l'arrêt par la Cour de cassation, qui renvoie les parties devant la cour d'appel et fait condamner TF1 à verser à TFP 2 500 euros vu l'article 700 du Code de procédure civile[16].

Notes et référencesModifier

  1. a b et c Raúl Matta, « Tradition, Famille et Propriété. Une enquête sur les « croisés » du XXIe siècle », L'Ordinaire des Amériques, no 210,‎ , p. 121–137 (ISSN 0997-0584, DOI 10.4000/orda.2642, lire en ligne, consulté le 22 juin 2019)
  2. « Mise en garde au sujet de l’association Tradition, Famille, Propriété | Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse », sur www.chapellenotredamedelamedaillemiraculeuse.com (consulté le 22 juin 2019)
  3. « La « médaille miraculeuse » victime de détournement », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le 22 juin 2019)
  4. « Bishops are not protecting their flocks », sur www.unitypublishing.com (consulté le 22 juin 2019)
  5. a et b « Collecte de fonds », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le 22 juin 2019)
  6. « 178. "Tradition-Famille-Propriété" : Une secte influente. », sur Centre Contre les Manipulations Mentales, (consulté le 22 juin 2019)
  7. Rapport fait au nom de la commission d'enquête sur les sectes du 22 décembre 1995
  8. Lettre de Tradition, Famille, Propriété, association de catholiques anticommunistes, à la Commission d’enquête sur la situation financière, patrimoniale et fiscale des sectes en avril 1999
  9. Vernette, Jean, (1929-2002), et Impr. des PUF), Dictionnaire des groupes religieux aujourd'hui religions, Églises, sectes, nouveaux mouvements religieux, mouvements spiritualistes, Presses universitaires de France, (ISBN 213047036X et 9782130470366, OCLC 708332579, lire en ligne)
  10. Rapport annuel de la Miviludes de 2006
  11. Lettre de la TFP au Premier Ministre demandant la dissolution de la Miviludes du 15 février 2007
  12. Question d'un député du Vaucluse sur l'association Tradition Famille Propriété du 10 juin 2008 et sa réponse du 10 février 2009
  13. Centre Roger-Ikor., Les Sectes : état d'urgence, A. Michel, (ISBN 2226077111 et 9782226077110, OCLC 300104293, lire en ligne)
  14. « TFP, une secte qui pourfend communisme et pornographie.Avenir de la culture est une de ses émanations. », sur Libération.fr, (consulté le 22 juin 2019)
  15. http://www.prevensectes.com/jugementTFP.pdf
  16. http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechJuriJudi&idTexte=JURITEXT000021140015&fastReqId=1557476975&fastPos=1

AnnexesModifier