Traïcho Kostov

homme politique bulgare

Traïcho Kostov
Illustration.
Tombe de Traïcho Kostov
Fonctions
Secrétaire (bg) du Comité central (bg) du Parti communiste bulgare

(3 ans et 10 mois)
Biographie
Nom de naissance Traïcho Kostov Dzhunev
Date de naissance
Lieu de naissance Sofia (Bulgarie)
Date de décès (à 52 ans)
Lieu de décès Prison centrale de Sofia (bg), Sofia (Bulgarie)
Nature du décès Pendaison
Sépulture Cimetière central de Sofia
Nationalité bulgare
Parti politique Parti communiste bulgare (1931-1949)
Conjoint Lyuba Evtimova Kostova (Topencharova)
Enfants Boïko Traïchov Kostov (fils)
Diplômé de Université de Sofia
Profession Avocat

Traïcho Kostov Dzhounev (bulgare : Трайчо Костов Джунев), né le et mort le , est un homme politique bulgare, dirigeant du Parti communiste bulgare.

BiographieModifier

Carrière politiqueModifier

Fils d'un cheminot, il fait des études de droit. Il rejoint en 1919 le Parti communiste bulgare et participe à ce titre aux activités du parti contre le Royaume de Bulgarie, notamment l'insurrection du 23 septembre 1923, ce qui lui vaut d'être condamné à cinq ans de prison[1]. Lors de son arrestation, il saute par la fenêtre de la préfecture de police pour échapper à une séance de torture : sa colonne vertébrale est gravement atteinte, ce qui lui vaut une déformation du dos[2]. Il reste également boiteux[1].

En 1929, il émigre en Union soviétique : deux ans plus tard, il retourne en Bulgarie où il s'emploie à réorganiser le Parti communiste bulgare selon le modèle stalinien[1]. Il est ensuite, au sein du Komintern, rapporteur pour les cadres du secrétariat balkanique[3]. En 1940, il devient Secrétaire du Comité central du Parti. En 1942, il est à nouveau arrêté, mais échappe à la mort[4]. Il est libéré peu avant l'invasion de la Bulgarie par l'Armée rouge en [1].

Participation au pouvoirModifier

En , il contribue à organiser l'épuration sauvage avant d'organiser l'épuration judiciaire des « tribunaux populaires », et planifie la destruction de l'intelligentsia « fasciste », ordonnant que soient dressées des listes de personnes à condamner en tant que « criminels de guerre ». Les « tribunaux populaires » bulgares prononcent, en cinq mois, plus de 2500 condamnations à mort[5].

Après la prise de pouvoir par les communistes en , il est le principal dirigeant du Parti, avant de devenir le bras droit de Georgi Dimitrov une fois ce dernier revenu en Bulgarie. Il devient ensuite vice-premier ministre de la République populaire de Bulgarie. Stalinien convaincu, Kostov participe activement à la mise en accusation et à la condamnation à mort de Nikolaï Petkov, dirigeant de l'Union nationale agraire bulgare. Dans les premières années du régime de la République populaire de Bulgarie, Kostov demeure un dirigeant prestigieux du Parti communiste bulgare, et des chansons sont composées en son honneur[6].

Disgrâce et condamnation à mortModifier

Après la rupture Tito-Staline, Kostov devient la cible de Joseph Staline, qui cherche à purger le bloc de l'Est des adeptes, réels ou supposés, du « communisme national »[1]. Kostov semble également avoir, dans le cadre de la vie politique du régime, fait preuve de trop d'indépendance d'esprit, allant jusqu'à se montrer initialement favorable à la participation de la Bulgarie au plan Marshall. Valko Tchervenkov souhaite quant à lui se débarrasser d'un rival dans la succession de Dimitrov (malade, ce dernier meurt en )[7]. En , Kostov est destitué de ses fonctions de vice-premier ministre. En , il est exclu du comité central et du Parti communiste; il est arrêté le 20. Kostov est accusé d'avoir, lors de son arrestation en 1942, collaboré avec la police; on lui reproche également d'avoir fait nommer Tito à la tête du Parti communiste yougoslave (nomination effectuée, en fait, par Dimitrov)[3], et d'avoir partie liée avec le régime yougoslave ainsi qu'avec le Royaume-Uni.

Kostov, en prison, est soumis à des séances de torture[8]. Son procès suit de peu celui de László Rajk en Hongrie, et précède celui de Rudolf Slánský en Tchécoslovaquie. En , il passe en jugement avec dix autres membres du Parti, dont l'ancien ministre des finances Stepanov Natchev. Lors de l'audience du , Kostov récuse les aveux qu'il avait signés au cours de son interrogatoire de police, et nie avoir entretenu des rapports avec les services secrets britanniques comme avoir collaboré avec la police monarchiste bulgare. Sa rétractation prend le tribunal de court, et les installations qui traduisaient ses propos pour les correspondants de presse présents à l'audience tombent rapidement « en panne »[9]. Une suspension de séance est ordonnée : à la reprise de l'audience, Kostov, visiblement malmené en coulisse par le service d'ordre[8], maintient sa rétractation. Les journaux bulgares ne rendent pas compte de ses propos[10], tandis que la presse communiste européenne dénonce son « arrogante indiscipline »[8]. Au cours du procès, Kostov se contente ensuite d'écouter en silence les dépositions de ses coaccusés, qui avouent leurs crimes supposés, et l'accablent tous[10].

Le , Traïcho Kostov est condamné à mort. Quatre de ses coaccusés sont condamnés à la prison à vie, trois à quinze ans, un à douze ans et un autre à huit ans. Le , Kostov est pendu vers 2 h 30 du matin dans l'enceinte de la prison centrale de Sofia (bg) en présence du procureur Todor Tsakov, du fonctionnaire de la Cour suprême Petar Petkov et de plusieurs responsables de la prison (le directeur Georgi Tasev, le directeur adjoint Nissim Pinkas et le docteur Dimitar Raev)[11]. Après son exécution, la presse bulgare publie le texte d'une lettre censément écrite par lui avant de mourir, dans laquelle il « revient sur sa rétractation »[12].

Réhabilitation et postéritéModifier

Dans le cadre de la déstalinisation Kostov est réhabilité à la fin des années 1950 par le Parti communiste bulgare et par la République populaire de Bulgarie. Sous le régime de Todor Jivkov, le nom de Kostov figure dans les manuels scolaires parmi ceux des héros tombés dans la lutte contre « le fascisme et le capitalisme »[11].

Son nom est cité par Jean Ferrat dans sa chanson Le Bilan, parmi ceux des victimes du stalinisme.

Notes et référencesModifier

  1. a b c d et e D. Charlanov, L. Ognianov, P. Tzvetkov, in Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Robert Laffont, 2002, page 334
  2. François Fetjö, Histoire des démocraties populaires, tome 1 : l'ère de Staline, Seuil, 1952, page 273
  3. a et b François Fetjö, Histoire des démocraties populaires, tome 1 : l'ère de Staline, Seuil, 1952, page 272
  4. François Fetjö, Histoire des démocraties populaires, tome 1 : l'ère de Staline, Seuil, 1952, pages 272-273
  5. D. Charlanov, L. Ognianov, P. Tzvetkov, in Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Robert Laffont, 2002, pages 323-325
  6. D. Charlanov, L. Ognianov, P. Tzvetkov, in Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Robert Laffont, 2002, pages 334-335
  7. François Fetjö, Histoire des démocraties populaires, tome 1 : l'ère de Staline, Seuil, 1952, pages 274-275
  8. a b et c D. Charlanov, L. Ognianov, P. Tzvetkov, in Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Robert Laffont, 2002, page 336
  9. Archie Brown, The Rise and fall of communism, Vintage Books, 2009, page 210
  10. a et b François Fetjö, Histoire des démocraties populaires, tome 1 : l'ère de Staline, Seuil, 1952, page 275
  11. a et b D. Charlanov, L. Ognianov, P. Tzvetkov, in Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Robert Laffont, 2002, page 337
  12. François Fetjö, Histoire des démocraties populaires, tome 1 : l'ère de Staline, Seuil, 1952, page 276