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Tourelle de mitrailleuses modèle 1935 en batterie (petit ouvrage de l'Oberheid, en 2004).
Tourelle de mitrailleuses en 1940 (bloc 2 de l'ouvrage de Schœnenbourg).

La tourelle de mitrailleuses modèle 1935 est l'un des types de tourelle qui équipent les blocs d'infanterie des ouvrages de la ligne Maginot. Il s'agit d'un modèle de tourelle à éclipse, installé en saillie sur la dalle de béton de son bloc et armé avec deux mitrailleuses. Son rôle était d'assurer la défense rapprochée de son ouvrage (notamment frontalement) et d'intervenir en renfort des casemates d'infanterie.

CaractéristiquesModifier

La tourelle de mitrailleuses fait 1,98 mètre de diamètre à l'extérieur, 1,20 mètre à l'intérieur et 61 tonnes au total. Sa partie mobile est mise en batterie à l'aide d'un contrepoids à l'extrémité d'un balancier, le tout étant en équilibre, actionné par un moteur électrique (de marque Bréguet) ou manuellement. Une fois en batterie, elle émerge de 93 centimètres au-dessus de son avant-cuirasse[1].

Son blindage est de 300 mm d'épaisseur d'acier, que ce soit pour la toiture comme pour la muraille (partie entre la toiture et l'avant-cuirasse). Une fois la tourelle éclipsée, la toiture repose sur les voussoirs d'acier de l'avant-cuirasse scellées dans la dalle de béton du bloc.

Le prix d'une tourelle de mitrailleuses, en octobre 1934, était de 1 355 150 francs (il s'agit de la tourelle la moins chère de la Ligne)[N 1], mise en place du matériel compris, mais sans compter l'armement, les munitions, ni surtout le béton du bloc[2].

ArmesModifier

Elle était armée d'un jumelage de mitrailleuses, dit jumelage Reibel, composé de deux mitrailleuses MAC 31 de 7,5 mm capables de tirer à une portée pratique de 1 200 mètres[N 2],[3]. La dotation en munitions est théoriquement de 200 000 cartouches de 7,5 mm par jumelage, réparties entre les magasins de l'ouvrage et du bloc.

À partir de commence la transformation des tourelles en armes mixtes, c'est-à-dire le rajout d'un canon antichar de 25 mm modèle 1934 raccourci[N 3], ce qui nécessite la percée d'une quatrième embrasure sur la muraille[N 4]. Quinze tourelles sont ainsi modifiées avant .

ServantsModifier

Une tourelle de mitrailleuses nécessite une équipe de dix hommes pour son service complet en situation de combat : deux sous-officiers et huit servants (l'équipe de combat est composée du quart de veille et du quart de piquet). En situation de veille, l'équipe réduite compte un gradé et trois servants (le quart de veille n'armant qu'un jumelage de mitrailleuses)[N 5].

L'équipe de combat se répartit à raison d'un sous-officier (tireur) et un servant (chargeur) dans la chambre de tir, un sous-officier et un servant à l'étage intermédiaire (pourvoyeurs), deux servants et un sapeur à l'étage inférieur (garnissent les boîtes-chargeurs). Les trois autres hommes sont à disposition, pouvant être utilisés comme remplaçants ou pour faire les manœuvres d'éclipse en cas de panne électrique (marche à bras)[4].

ÉquipementsModifier

Le réglage du tir se fait par le tireur depuis la chambre de tir, grâce à une lunette juste au-dessous des armes, le déplacement motorisé de la tourelle étant dirigé par une pédale et par une manivelle. En cas d'assaut massif, le tir peut être réglé en automatique pour balayer en rotation à 20 centimètres au-dessus des réseaux barbelés, grâce à une came qui roule sur une circulaire.

Le refroidissement des tubes peut se faire par aspersion d'eau (20 litres d'eau sont prévus par jour, stockés dans des citernes situées à l'étage supérieur du bloc[N 6])[5].

La communication entre le PC de l'ouvrage et celui du bloc se fait par téléphone, celle entre le PC du bloc et le poste de pointage se fait par transmetteur d'ordres (système visuel copié sur celui de la marine), tandis que celle entre l'étage intermédiaire et la chambre de tir se fait par tuyau acoustique ou par transmetteur[N 7],[6].

Liste des tourellesModifier

Un total de 61 tourelles de mitrailleuses sont commandées en 1930 (marché passé le avec Batignolles-Châtillon) et 1932 (marché passé le 6 et avec Penhoët) puis mises en place à partir de 1934 sur l'ensemble de la Ligne, ce qui en fait le modèle de tourelles le plus courant (sur un total de 152 tourelles). Elles sont toutes attribuées au front du Nord-Est[3].

Secteur fortifié de la Crusnes
Ouvrages Numéros du bloc Numéros de tourelle Remarques
Ferme-Chappy 2 58 ferraillée en 1941
Fermont 2 43
Fermont 6 34
Latiremont 2 42
Latiremont 3 38
Mauvais-Bois 3 55 ferraillée en 1974
Bois-du-Four monobloc[N 8] 59
Bréhain 1 35
Bréhain 2 37
Aumetz 2 52 ferraillée en 1974
Secteur fortifié de Thionville
Ouvrages Numéros du bloc Numéros de tourelle
Rochonvillers 1 20[N 9]
Rochonvillers 8 05
Rochonvillers 9 07
Molvange 2 16
Molvange 6 13
Immerhof 1 25
Immerhof 2 21
Soetrich 1 24
Soetrich 2 26
Bois-Karre monobloc[N 8] 54
Kobenbusch 1 39
Kobenbusch 4 46
Oberheid monobloc[N 8] 10
Galgenberg 3 51
Sentzich monobloc[N 8] 01
Métrich 3 12
Métrich 4 15
Billig 2 03
Secteur fortifié de Boulay
Ouvrages Numéros du bloc Numéros de tourelle Remarques
Hackenberg 1 08
Hackenberg 4 06
Hackenberg 7 04
Coucou 1 14
Mont-des-Welches 3 11
Michelsberg 1 22
Hobling 3 40 ferraillée en 1976
Bois-de-Bousse 3 19
Anzeling 1 09
Anzeling 2 02
Berenbach 1 23
Bovenberg 6 44
Denting 3 45
Village-de-Coume 3 28
Annexe Nord de Coume monobloc[N 8] 27
Coume 2 30
Mottenberg 3 50 ferraillée en 1973
Secteur fortifié de Faulquemont
Ouvrages Numéros du bloc Numéros de tourelle
Kerfent 1 48
Bambesch 1 49
Einseling monobloc[N 8] 56
Laudrefang 2 47
Laudrefang 3 31
Teting 2 57
Secteur fortifié de Rohrbach
Ouvrages Numéros du bloc Numéros de tourelle
Rohrbach 3 61
Simserhof 1 18
Simserhof 4 17
Schiesseck 6 60
Otterbiel 1 29
Secteur fortifié des Vosges
Ouvrages Numéros du bloc Numéros de tourelle
Grand-Hohékirkel 1 53
Four-à-Chaux 5 36
Secteur fortifié de Haguenau
Ouvrages Numéros du bloc Numéros de tourelle
Hochwald 5 32
Hochwald 15 33
Schœnenbourg 2 41

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. À titre de comparaison, le salaire horaire d'un ouvrier varie de 2,50 (pour un manœuvre de moins de 18 ans) à 6,90 francs (pour un vitrier).
  2. La portée pratique en tir rasant est de 600 mètres, mais la hausse est établie jusqu'à 2 400 mètres pour le tir avec la balle lourde modèle 1929 D. La portée maximale est de 4 900 mètres.
  3. Le canon de 25 mm AC modèle 1934 a son tube raccourci à un mètre, ce qui limite sa portée utile à 500 mètres et son pouvoir de perforation à 35 mm de blindage (à 400 mètres et à 30°).
  4. Ce qui fait dans ce cas deux embrasures pour les mitrailleuses, une pour le canon antichar et une pour la lunette de visée.
  5. L'équipage d'un bloc d'infanterie est divisé en quatre équipes, appelées « quarts » comme dans la marine : quart de veille, quart de piquet, quart de renfort et quart disponible. Le bloc est occupé par trois quarts qui alternent toutes les huit heures (toutes les quatre heures en situation d'alerte), le quart de veille assure le service d'un jumelage de mitrailleuses de la tourelle, le quart de piquet se repose ou participe aux corvées, le quart de repos dort dans la chambrée du bloc, tandis que le quart disponible est dans la caserne de l'ouvrage, avec relève de ce dernier toutes les 24 heures.
  6. Ces citernes sont alimentées par les eaux de ruissellement canalisées par des drains. En cas d'insuffisance, des wagonnets-citerne munis d'une pompe peuvent ravitailler les blocs en manque.
  7. Transmetteur d'ordres modèle 1937 C (Carpentier) entre le PC du bloc et la tourelle, transmetteur téleflex (plus compact) entre l'étage intermédiaire et la chambre de tir.
  8. a b c d e et f Les ouvrages monoblocs sont la conjugaison de deux casemates d'infanterie et d'une tourelle de mitrailleuses, le tout formant une grosse casemate.
  9. La tourelle du bloc 1 du Rochonvillers est en cours de transformation en arme mixte en .

RéférencesModifier

  1. Jean-Yves Mary et Alain Hohnadel, Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 2, Paris, éditions Histoire & collections, coll. « L'Encyclopédie de l'Armée française », , 222 p. (ISBN 2-908182-97-1), p. 72.
  2. Jean-Yves Mary et Alain Hohnadel, Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 1, Paris, éditions Histoire & collections, coll. « L'Encyclopédie de l'Armée française », , 182 p. (ISBN 2-908182-88-2), p. 52.
  3. a et b Jean-Yves Mary et Alain Hohnadel, op. cit., t. 2, p. 109-110.
  4. Jean-Yves Mary et Alain Hohnadel, Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 3, Paris, éditions Histoire & collections, coll. « L'Encyclopédie de l'Armée française », , 246 p. (ISBN 2-913903-88-6), p. 10-14.
  5. Jean-Yves Mary et Alain Hohnadel, op. cit., t. 2, p. 40.
  6. Jean-Yves Mary et Alain Hohnadel, op. cit., t. 2, p. 125-126.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Philippe Truttmann (ill. Frédéric Lisch), La Muraille de France ou la ligne Maginot : la fortification française de 1940, sa place dans l'évolution des systèmes fortifiés d'Europe occidentale de 1880 à 1945, Thionville, Éditions G. Klopp, (réimpr. 2009), 447 p. (ISBN 2-911992-61-X).
  • Jean-Yves Mary, Alain Hohnadel, Jacques Sicard et François Vauviller (ill. Pierre-Albert Leroux), Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 1, Paris, éditions Histoire & collections, coll. « L'Encyclopédie de l'Armée française » (no 2), (réimpr. 2001 et 2005), 182 p. (ISBN 2-908182-88-2).
    • Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 2 : Les formes techniques de la fortification Nord-Est, , 222 p. (ISBN 2-908182-97-1).
    • Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 3 : Le destin tragique de la ligne Maginot, , 246 p. (ISBN 2-913903-88-6).
    • Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 4 : la fortification alpine, , 182 p. (ISBN 978-2-915239-46-1).
    • Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 5 : Tous les ouvrages du Sud-Est, victoire dans les Alpes, la Corse, la ligne Mareth, la reconquête, le destin, , 182 p. (ISBN 978-2-35250-127-5).

Liens externesModifier

Articles connexesModifier