Tore (architecture)

Une base attique de pilastre avec une scotie entre deux tores.

Un tore est une moulure pleine au relief arrondi qui se présente sous forme d'anneau ou de baguette plus ou moins épaisse. Utilisé en architecture de l'Antiquité au Moyen Âge, le tore n'est pas seulement un anneau à la base d'une colonne ; seul ou en faisceau, accompagné ou non par d'autres ornements, il épouse comme un cordon la courbe d'un arc, l'ouverture d'une baie, le tracé d'une ogive mais il est aussi rectiligne. Il est également désigné sous le nom de boudin.

ÉtymologieModifier

Le terme français tore est directement issu du terme latin tǒrus-i dont la signification principale se rattache à tout objet qui fait saillie et par extension un renflement, un bourrelet. En architecture, le terme latin désigne plus spécifiquement un bâton, une moulure à la base d'une colonne[1].

Les différentes formes du toreModifier

Le contre-profil du tore c'est-à-dire son équivalent en creux est la gorge.

  • demi-circulaire, segmentaire ou outrepassé selon la dimension de sa section : égale, inférieure ou supérieure au demi-cercle.
  • en demi-cœur, son profil est formé de deux segments de rayon différent, son contre-profil est la scotie
  • en quart-de-rond, de profil égal au quart-de cercle, son contre-profil est le cavet
  • en amande, son profil est formé par la section de deux arcs brisés
  • à bec, traversé en son milieu et sur toute sa longueur par un redent
  • à listel, traversé en son milieu et sur toute sa longueur par une moulure plate.

Le tore dans l'architecture du monde antiqueModifier

 
Base d'une colonne de l'Érechtéion à Athènes.

C'est une moulure en forme d'anneau qui orne la base d'une colonne[2]. Celle-ci comprend souvent deux tores superposés et séparés par une scotie, le tore inférieur étant plus épais[3]. Utilisé presque exclusivement sous cette forme dans l'architecture romaine, il se prête à de nombreux usages au Moyen Âge et à la Renaissance[4].

Le tore pourrait avoir pour origine des cordes ou câbles qui enserraient des colonnes de bois anciennes, afin d'éviter qu'elles ne rompent sous la pression ; ce motif aurait été conservé lorsque la pierre a remplacé le bois comme matériau de construction[3].

Le tore dans l'architecture du Moyen ÂgeModifier

Dans l'ouvrage de référence de Jean-Marie Pérouse de Montclos sur l'architecture le tore est simplement défini comme une « moulure pleine de profil courbe »[5] sans allusion restrictive à l'habituel anneau positionné à l'horizontale autour d'une colonne. Appelé aussi boudin[6],[N 1], le tore est la moulure la plus répandue au Moyen Âge d'après Adolphe Berty, auteur d'un Dictionnaire de l'architecture du Moyen Âge[7]

Dans l'architecture religieuseModifier

Particulièrement présent dans les bâtiments religieux, il décore des arcades[8], souligne la courbe d'une baie[8], est l'une des composantes du système qui constitue les nervures d'une voûte[9] ou est même l'unique élément d'une ogive[10]. Il peut orner le portail roman ou gothique d'une église[11]. Il peut être aussi parfaitement horizontal[12]. Au cours de l'époque romane, il s'affine de plus en plus et peut se présenter par groupes de trois, quatre moulures cernées de cavets. Dans les édifices gothiques, il prend parfois des formes plus découpées : en amande[13],[14], à bec ou à listel. Le tore se présente aussi sous une forme d'anneau tout au long du Moyen Âge, dans les bases de colonnes notamment la base attique très commune à cette époque et dans les astragales de chapiteaux.

Le tore ininterrompu dit « limousin » est une moulure torique qui entoure un portail ou une fenêtre en confondant colonnettes latérales et tore comme un même élément. Les colonnettes latérales sont du même diamètre que le tore. Elles sont séparées ou non par un petit chapiteau sans tailloir. Ce tore apparaît au XIe siècle à Saint-Benoît-sur-Loire et fait florès à partir du XIIe siècle dans le Limousin où on le remarque en abondance, ce qui explique sa qualification à tort ou à raison de tore limousin[15],[16].

Dans l'architecture civileModifier

Le tore est présent dans les maisons en pans de bois jusqu'au milieu du XVIe siècle autour des ouvertures et sur les sablières[17]. Il orne également les demeures patriciennes ou celles de riches marchands. Dès le XIIe siècle, il apparaît à Figeac autour des fenêtres triples en arc brisé[18].

Au XIIIe siècle, il orne souvent les piédroits et les arcs des fenêtres géminées des maisons[19]. À l'Hôtel de la Monnaie de Figeac, ces fenêtres sont ornées d'un double tore[18]. On le retrouve autour des ouvertures des demeures en pierre ou en brique et pierre au XVe siècle à Riom[20] ou à Orléans[17] et sur les bandeaux filants, c'est-à-dire les moulures qui traversent horizontalement la façade d'un édifice pour en souligner les étages, notamment en se plaçant sous les fenêtres[21]. Ils disparaissent au XVIIe siècle dans certaines régions[22] mais perdurent dans d'autres[21] et dans les châssis de fenêtres en bois[23].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Dans leur dictionnaire de l'architecture grecque et romaine, R. Ginouvès et R. Martin font une distinction entre le tore qui forme un anneau fermé et le boudin qui a deux extrémités.

RéférencesModifier

  1. gaffiot pages 1584-85
  2. Dictionnaire méthodique de l'architecture grecque et romaine de René Ginouvès et Roland Martin, tome 1, p. 159-160
  3. a et b Quatremère de Quincy 1825.
  4. Jean-Philippe Schmit, « Nouveau manuel complet d'architecte des monuments religieux ou Traité d'application pratique de l'archéologie chrétienne à la construction, à l'entretien, à la restauration et à la décoration des églises. », Librairie Encyclopédique de Roret,, (consulté le 14 septembre 2016), p. 455.
  5. Jean-Marie Pérouse de Montclos, Architecture : Description et vocabulaire méthodique, Editions du Patrimoine, , 665 p. (ISBN 978-2-7577-0124-9), P.412.
  6. Jean-Marie Pérouse de Montclos (sous la direction de)Vocabulaire de l'architecture, Imprimerie nationale, 1972 , p. 194
  7. Adolphe Berty, Dictionnaire de l'architecture du Moyen Âge, Derache (lire en ligne), page 60,213,294.
  8. a b et c Lucien Musset, Normandie Romane : La Basse Normandie, vol. 1, Zodiaque, , Pages 59,121, 206.
  9. ouvrage collectif, L'Architecture normande au Moyen Âge : Regards sur l'art de Bâtir, t. 1, Charles Corlet et Presses Universitaires de Caen, , 2e éd. (ISBN 2-85480-949-1), p. 66 à 73.
  10. a et b Robert Will, Alsace Romane, Zodiaque, , page 222.
  11. a et b Arcisse de Caumont, Statistique monumentale du Calvados, vol. 1, Derache, 1846-1867 (lire en ligne), page 339.
  12. fiche patrimoine de la ville de Figeac, Maison du Griffon, cordon composé d'un tore, d'une gorge et d'un bandeau entre le rez-de-chaussée et l'étage au-dessus
  13. a et b Anne Prache, Saint Rémi de Reims, Librairie Droz, (ISBN 9782600046091), page 56.
  14. Bernadette Barrière, Moines en Limousin, l'aventure cistercienne, Presses Universitaires de Limoges, , 207 p. (ISBN 2842871030), pages 47,48.
  15. Caroline Roux, La pierre et le seuil, portails romans en Haute-Auvergne, Presses universitaires Blaise Pascal, , 378 p., page 172 à 176.
  16. Jean Tricard,Philippe Grandcoing,Rencontre des historiens du Limousin,Robert Chanaud, Le Limousin, pays et identités: enquêtes d'histoire, de l'antiquité au XXIe siècle, Presses universitaires, Limoges, , 577 p., pages 189-190.
  17. a et b [PDF] Orléans, empreinte urbaine, une ville en chantier, pages 152, 177, 193
  18. a et b [PDF] Gilles Séraphin. Les Fenêtres médiévales, état des lieux en Aquitaine et en Languedoc, page 168
  19. Cécile Rivals. La construction d’une ville de confluence : les dynamiques spatiales de Saint- Antonin-Noble-Val (82) du Moyen Âge à la période préindustrielle. Histoire. Université Toulouse le Mirail - Toulouse II, 2015. pages 227-228
  20. [PDF] Bénédicte Renaud, L'inventaire de l'architecture civile médiévale de la ville de Riom, Auvergne inventaire, 2001
  21. a et b [PDF]C. Guiorgadzé. Aubusson, détails architecturaux. 2008,page 85
  22. [PDF] AVAP de Mende, diagnostic 2016, page 57
  23. [PDF] Arnaud Tiercelin, les châssis de fenêtres du XVe au XVIIIe siècle, France occidentale

BibliographieModifier