Tombelaine

île de la Manche, France

Tombelaine
Tombelaine (à gauche) et le mont Saint-Michel (à droite) vus depuis la baie.
Tombelaine (à gauche) et le mont Saint-Michel (à droite) vus depuis la baie.
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Localisation Manche (océan Atlantique)
Coordonnées 48° 39′ 36″ N, 1° 30′ 46″ O
Point culminant pic de la Folie (45 m)
Géologie Île continentale
Administration
Région Normandie
Département Manche
Commune Genêts
Démographie
Population Aucun habitant
Autres informations
Découverte Préhistoire
Fuseau horaire UTC+1
Géolocalisation sur la carte : Manche
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Tombelaine
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Tombelaine
Tombelaine
Îles en France

Tombelaine est un îlot granitique situé dans la baie du Mont-Saint-Michel, sur la rive droite du fleuve côtier de la Sée, à quelques kilomètres au nord du mont Saint-Michel. L'important marnage (plus de 10 mètres) de la baie permet à cet îlot d'être atteint à pied sec par basse mer.

LégendeModifier

Envahie, selon la légende, par la forêt de Scissy, la baie était plus vaste aux temps historiques anciens[réf. nécessaire], et seules trois îles émergeaient : le mont-Dol, situé maintenant à l'intérieur des terres, le mont Tombe (le mont Saint-Michel) et l'îlot de Tombelaine.

Un mythe breton rapporte qu'une nommée Hélène, fille du roi Hoël fut enlevée par un géant, et fut inhumée sur ce rocher. Le nom de l'îlot viendrait alors d'une corruption de « Tombe Hélène ». Un récit local plus tardif raconte qu'« une jeune fille du nom d'Hélène, n'ayant pu suivre Montgomery, son amant, qui allait avec le duc Guillaume conquérir l'Angleterre, se laissa trépasser là quand elle eut perdu de vue, dans la vapeur de l'océan, le vaisseau qui emportait sa vie »[1].

Une autre étymologie mythique associe Tombelaine au dieu gaulois Belenos, à savoir ''tumulus Belenis'', le « tumulus de Belenos », dieu gaulois de la guerre, de la lumière et guide des morts, triple fonction reprise par l'archange Michel dans les croyances chrétiennes. Le récit légendaire veut qu'une caverne s'ouvrait alors dans le flanc du rocher. Ce « temple circulaire soutenu par des monolithes bruts était le Neimheidh ou sanctuaire des aïeux » , que gardaient neuf prophètesses appelées « Sènes » dont les marins venaient consulter les oracles[1]. On sait d'ailleurs qu'un dolmen se trouvait autrefois sur le site du mont Saint-Michel, dont on peut imaginer que les druides avaient fait un portail vers le monde des morts[réf. souhaitée].

En réalité, il s'agit probablement d'un dérivé de tumba « tombe », rare en toponymie, nom ancien du mont Saint-Michel contigu et qui est à interpréter dans le sens de « sépulture », voire « cimetière » ou « monument mégalithique ». L'archétype devait être *tumb-ell-ana, dérivé du précédent, avec double suffixation, formation homonyme de Tombelaine, hameau du Mesnil-Mauger (Calvados) ou de Tomblaine, commune de Meurthe-et-Moselle[2].

 
Tombelaine et le mont Saint-Michel vus depuis les prés-salés.

HistoireModifier

Au XIe siècle, deux moines, Anastase et Robert, quittèrent le mont Saint-Michel pour s'y retirer en ermites. En 1137, Bernard le Vénérable y fonde un prieuré, et l'îlot devint un lieu de pèlerinage. L'église fut dédiée à Notre-Dame de la Gisante ou Notre-Dame de Tombelaine.

Lors de la guerre de Cent Ans, après les désastres de Crécy en 1346 et de Poitiers en 1356, une garnison anglaise s'implantent sur l'îlot de Tombelaine dès 1356, et y construisent une bastille, face au Mont-Saint-Michel qui tient tête à l'Anglais[3].

Durant les guerres de Religion, le comte de Montgomery qui dirige les armées huguenotes, fait du rocher son repaire. Il y aurait battu de la fausse monnaie, et abrité sa maîtresse.

En 1666, le marquis de la Chastrière demanda la destruction à la Cour, alors que l'île était devenue propriété de Nicolas Fouquet. Il pensait que la place forte de Tombelaine pouvait être réutilisée par les Anglais en cas de nouveau siège du mont Saint-Michel.

 
Projet d'aménagement du rocher de Tombelaine.

Alors que la société nommée Groupement national de la baie du mont Saint-Michel désirait en faire un lieu de résidence pour touristes, Tombelaine est acheté en 1933 par l'État qui l'intègre à son domaine privé. Il est classé aux monuments historiques par un arrêté du [4]. Une réserve de chasse maritime y est créée par un arrêté du . À l'initiative de la municipalité de Genêts, à laquelle l'îlot est rattaché, et du Groupe ornithologique normand (université de Caen), une réserve ornithologique y est créée le [5]. Le suivi de la baie dans son ensemble et la volonté de maintenir l'insularité du mont Saint-Michel devrait aussi préserver Tombelaine.

L'îlot appartient depuis 2010 au Conservatoire du littoral.

Géographie et géologieModifier

Le point culminant de l'îlot est le pic de la Folie ; il s'élève à 45 mètres[6] pour une longueur de 250 mètres, une largeur de 150 mètres et une superficie de 3 hectares soit 0,03 km2.

Des intrusions tardives de leucogranite à biotite et muscovite sont à l'origine de cet îlot[7].

FauneModifier

Tombelaine est la troisième colonie insulaire de reproduction pour les oiseaux marins en Normandie après l'archipel de Chausey et les îles Saint-Marcouf.

Depuis la création de la réserve, 16 espèces y ont niché : l'Aigrette garzette (180/200 couples en 2015, première colonie normande), le Héron garde-bœufs (30/50 couples en 2015), le Faucon pèlerin (depuis les années 1970), le Canard colvert, le Tadorne de Belon et des passereaux : Merle noir, Troglodyte mignon, Accenteur mouchet, Pigeon ramier, Fauvette à tête noire, Grive musicienne, Linotte mélodieuse, Corneille noire.

Les oiseaux de passage comptent le Grand Cormoran (tentatives de nidification), l'Ibis sacré, le Busard Saint-Martin, le Balbuzard pêcheur, le Milan noir, le Hibou des marais, la Spatule blanche, la Grue cendrée, le Bécasseau violet, la Fauvette pitchou, la Huppe fasciée, le Bruant des neiges (deux hivernages), le Bruant lapon, la Cisticole des joncs, la Mésange noire, le Loriot d'Europe et le Grand Corbeau.

L'accès à l'îlot est interdit du au .

Notes et référencesModifier

  1. a et b Édouard Schuré, Les Grandes Légendes de France, Caen, Éditions de Neustrie, , 298 p. (ISBN 2-905835-01-X), chap. III (« Le Mont-Saint-Michel et son histoire. »), p. 126 à 190.
  2. François de Beaurepaire, Les Noms des communes et anciennes paroisses de la Manche, Paris, A. et J. Picard, 1986, 253 p. (ISBN 2-7084-0299-4) (OCLC 15314425). p. 112.
  3. Michel Hébert et André Gervaise, Châteaux et Manoirs de la Manche, Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, (ISBN 978-2-847-06143-7), p. 36.
  4. « Îlot de Tombelaine », notice no PA00110408.
  5. Sinsoilliez 2000.
  6. « Genêts II », site géodésique no 5019902, Service géodésie et nivellement, IGN.
  7. Chantal Bonnot-Courtois, Bruno Caline, Alain L'Homer, Monique Le Vot, La Baie du Mont-Saint-Michel et l'estuaire de la Rance, Éditions Technip, , p. 15

BibliographieModifier

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier