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Tocsin

page d'homonymie de Wikimedia

Le tocsin est une sonnerie de cloches civile pour alerter la population d'un danger imminent tel qu'un incendie, une invasion, une catastrophe naturelle, un naufrage, mais aussi pour rassembler la population en urgence. Cette sonnerie n’est plus usitée en France depuis 1960 (remplacée par la sirène). Une cloche réservée à cet effet (souvent un « braillard » situé dans le campanile ou le beffroi civil, ou l’une des cloches du clocher de l’église) est alors sonnée à coups pressés et redoublés au rythme de 90 à 120 coups par minute à l’aide du battant tiré par une corde ou d’un martelet. Il n’était jamais sonné sur le bourdon d’une cathédrale contrairement au glas. Il peut aussi être sonné par un marteau électromécanique ou à moteur à partir du tableau de commande d’une sonnerie électrifiée. Dans certaines régions, il peut être sonné par tintement en alternance sur deux cloches.

Il ne doit pas être confondu avec le glas qui est un tintement lent.

Sommaire

Origine du termeModifier

Le substantif masculin tocsin est un emprunt à l'ancien provençal tocasenh, composé du verbe tocar (« frapper, sonner ») et de senh (« cloche »)[1].

Ce terme semble provenir de la racine du mot tumulte. Les premières utilisation du tocsin sous la forme actuelle dateraient des environs de 1570. A une époque médiévale bien loin de nous, des gens montaient la garde dans le clocher de certaines cathédrales. Ils avaient pour charge de prévenir s'ils voyaient un incendie démarrer. Le mot tocsin avec cette orthographe date de 1611. C’est une déformation de touquesain, mot qui date de 1379 (cité dans la phrase Armati diversorum armorum generibus, fieri faciendo galliee touquesain). Le mot touquesain dérive lui-même du vieux provençal tocasenh. Littéralement, cela signifie tocar (toucher) + senh (la cloche).

L’alerte incendieModifier

Cette sonnerie d’alerte en cas d’incendie était organisée et réglementée. Les villes étaient divisées en sections et sous-sections dont chacune possède une cloche d’alarme. Par exemple, le règlement édicté le 2 janvier 1792 divise la ville de Metz en six quartiers. Ce règlement est simplifié en 1802. Metz ne compte plus désormais que quatre sections, divisés en trois sous-sections. A Lyon, un règlement est publié dans le Bulletin de Lyon, n°24 du 24 frimaires An 12 (1802). Paris comportait 46 tocsins. La façon de sonner indiquait le type d’incendie (feu de cheminée, feu externe dans le quartier, feu important hors du quartier). Il s’agissait de mobiliser la population pour transporter l’eau à l’aide de seaux du point d’eau vers le lieu de l’incendie. En ville, cela s’avère insuffisant et dès le XIXe siècle des recommandations ont été émises pour installer des mécanismes destinés à donner l’alarme sur les lieux mêmes où sont stationnés les pompiers. Le matériel de transport de l’eau a aussi évolué (pompe, camion-citerne…). Dans les campagnes, la façon de sonner le tocsin pouvait connaître des variantes. La sonnerie du tocsin était encore en usage dans quelques villages dans les années 1960.

Alerter d’un danger et rassembler la populationModifier

Dans de nombreuses villes, le tocsin était sonné pour alerter la population d’une invasion imminente et inciter les gens à se réfugier à l’intérieur des remparts. Le 1er août 1914, le tocsin a retenti à travers la France pour annoncer à la population l’ordre de mobilisation générale. Dans les tranchées, une cloche sonnait pour alerter les soldats de l’usage des gaz. En zone littorale, le tocsin alertait d’un naufrage et mobilisait les secours. Le tocsin était aussi un moyen d’alerter la population en aval d’un barrage en cas de risque de rupture du barrage ou d’un lâcher d’eau important.

Le gouvernement a invité les maires de toutes les communes de France à faire sonner le tocsin le vendredi 1er août 2014 à 16 h, pour célébrer le centenaire de la « mobilisation générale » d'août 1914 et celui du début de la Première Guerre mondiale.

Appeler à la révolteModifier

Il s’agit ici d’un usage détourné du tocsin par les émeutiers :

  • A Paris, la cloche « Marie » de l’Église Saint-Germain-l’Auxerrois est réputée avoir sonné le tocsin dans la nuit du 23 au 24 août 1572 et déclenché le massacre des civils protestants lors de la Saint-Barthelémy.
  • En 1675, le tocsin a été utilisé par les Bonnets rouges en Bretagne pour rassembler la population et l’inviter à s’armer pour lutter contre les représentants du roi de passage pour réclamer la taxe.
  • En 1851, Maupas fait occuper les églises de Paris, afin que nul ne puisse y sonner le tocsin.
  • En 1907, le tocsin fut utilisé par les vignerons révoltés du Languedoc.

Le tocsin dans les phrases célèbresModifier

  • "En France, on laisse en repos ceux qui mettent le feu, et on persécute ceux qui sonnent le tocsin." (Chamfort).
  • "Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, messieurs, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée." (Danton, discours du 2 septembre 1792).
  • "La propriété, c’est le vol ! Voici le tocsin de 93 ! voici le branle-bas des révolutions !… " (Proudhon, Qu'est-ce que la propriété?, 1840).

Notes et référencesModifier

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « tocsin » (sens A, 1) du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales [consulté le 3 janvier 2017].
  • Alain Corbin, Les cloches de la terre, Flammarion, 2006
  • Eric Sutter, Code et langage des sonneries de cloches en Occident, novembre 2006 (téléchargeable sur le site de la SFC)
  • Eric Sutter, La sonnerie du tocsin : quelle histoire ! Ou la difficile communication sur un moyen de communication disparu. Evaluation de l’opération nationale « sonnerie du tocsin » du 1er août 1914.- SFC, 2014 (téléchargeable sur le site de la SFC)

Voir aussiModifier

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