Tigre (contre-torpilleur)

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Tigre
Image illustrative de l’article Tigre (contre-torpilleur)
Maquette du Tigre exposée au Musée national de la Marine à Paris.
Autres noms FR23
Type Contre-torpilleur
Classe Classe Jaguar
Histoire
A servi dans Ensign of France.svg Marine nationale
Flag of Italy (1861-1946) crowned.svg Regia Marina
Pavillon des forces navales françaises libres Forces navales françaises libres
Commanditaire Marine française
Constructeur Ateliers et chantiers de Bretagne
Chantier naval Nantes, Loire-Atlantique
Commandé
Quille posée
Lancement
Armé
Commission
Statut Démoli en 1955
Équipage
Équipage 12 officiers et 209 membres d'équipage en temps de guerre
Caractéristiques techniques
Longueur 126,78 m
Maître-bau 11,40 m
Tirant d'eau 4,10 m
Déplacement 2 400 tonnes
À pleine charge 3 050 tonnes
Propulsion 2 hélices
2 turbines à vapeur "Rateau-Bretagne"
Puissance 50 000 chevaux
5 chaudières "du Temple"
Vitesse 35 nœuds (64,8 km/h)
Caractéristiques militaires
Armement D'origine :
5 × canons de 130 mm Modèle 1919 en affûts simples
2 × canons de 75 mm Modèle 1924 antiaériens en affûts simples
2 × tubes lance-torpilles triple Schneider modèle 1920T de 550 mm
2 × rampes et 4 × lanceurs pour une quarantaine de grenades anti-sous-marine
Électronique ASDIC 128C
Radar
Rayon d'action 3 000 milles marins (5 600 km) à 13 nœuds (24,1 km/h) (522 tonnes de mazout)
Carrière
Pavillon Pavillon national français France
Port d'attache Toulon

Le Tigre est un contre-torpilleur français de la classe Jaguar construit pour la Marine française dans les années 1920.

Il est mis sur cale aux Ateliers et chantiers de Bretagne (ACB) à Nantes le , lancé le et armé pour essais le . Il est admis au service actif le .

ConceptionModifier

Caractéristiques généralesModifier

Comme tous les bâtiments français de l'époque, les navires de la classe Jaguar sont de véritables splendeurs avec un long gaillard d'avant, une proue élégamment incliné, des superstructures limitées et trois cheminées qui donnent au navire une impression de vitesse même à quai. La coque est construite selon le système longitudinal et divisée en douze tranches séparées par onze cloisons étanches[1].

Le Tigre à un déplacement standard de 2 400 tonnes (2 126 tonnes Washington) et à pleine charge de 3 050 tonnes (2 976 tonnes Washington). Ses dimensions comprennent une longueur hors-tout de 126,78 mètres, une largeur de 11,40 mètres et un tirant d'eau de 4,10 mètres. Il était propulsé par deux groupes de turbines à engrenages "Rateau-Bretagne", alimentées en vapeur par cinq chaudières à retour de flamme type "du Temple" construits par les FCG (18 kg/cm2 216°), développant 50 000 ch et entraînant deux hélices. Sa vitesse maximale est de 35 nœuds, il atteindra cependant 36,7 nœuds lors d'un essai le . Sa distance franchissable est de 3 000 miles nautiques à 13 nœuds, 1 000 miles nautiques à 28 nœuds et 600 miles nautiques à 34 nœuds (capacité de mazout de 522 long tons). Les navires Jaguar se révèlent être des navires stables et marins mais l'instabilité latérale est importante, les rendant sensible à la gîte et au roulis. Quant aux qualités évolutives, elles sont médiocres avec un rayon de giration de 525 mètres à 20 nœuds[1]

Le Tigre reçoit en mars 1944 un radar de navigation américain SL (portée environ 15 miles) puis fin 1944-début 1945, un radar de veille aérienne SA (portée : environ 40 miles). Un ASDIC 128 est monté en novembre 1939 et remplacé par un ASDIC 128C début 1944[1]

Son équipage se compose de 12 officiers, 22 officiers mariniers et 165 quartiers maîtres et matelots en temps de paix et de 12 officiers et 209 quartiers maîtres et matelots en temps de guerre.

ArmementModifier

Son armement principal se compose de 5 canons de 130 mm Modèle 1919 en affûts simples sous masque (deux à l'avant, un au milieu derrière la cheminée n°3 et deux à l'arrière). Ce canon de 40 calibres tire des obus en acier à fausse ogive de 32 kg à 18 500 mètres à +36° à raison de 4 à 6 coups par minute. L'affût simple pèse 12,75 tonnes avec masque et permet aux canons de pointer en site de -10° à +36° et en azimut sur 150° de chaque côté. La dotation en munitions est de 1 000 obus pour les Jaguar (soit 200 obus par canon) plus 60 obus éclairants pour les affûts II et IV. Équipé d'une culasse à vis, le matériel se révèle inférieur aux canons à culasse à coins copiés sur les allemands mais à la différence des canons ultérieurs, il se révèle robuste et simple d'utilisation. La conduite de tir est assurée par un télémètre à coïncidence de 3 mètres, puis un télémètre stéréoscopique de 3 mètres en 1931, et de 5 mètres en 1937. En novembre 1939, le Tigre a perdu sa pièce III[1].

Son armement secondaire se compose de deux canons de 75 mm Modèle 1924 (installés sur chaque bord entre l'affût lance-torpilles arrière et l'affût III de 130 mm). Ce canon de 50 calibres tire des obus de 6 kilos à 15 000 mètres avec un plafond de 7 500 mètres à raison de 8 à 15 coups par minute. L'affût simple permet au canon de pointer en site de -10° à +90° et en azimut sur 150° de chaque côté. Mais peu efficaces faute d'une conduite de tir efficace, ils sont débarqués en 1933/34. Il est équipé également de quatre mitrailleuses de 8 mm en deux affûts doubles, de 8 mitrailleuses Hotchkiss de 13,2 mm modèle 1929 en quatre affûts doubles à l'emplacement des canons de 75 mm. La mitrailleuse de 13,2 mm dispose d'un canon de 76 calibres ayant une portée maximale de 3 500 mètres, une cadence de tir pratique de 250 coups/minute (lié au système d'alimentation, des boîtiers chargeurs de 30 cartouches). À noter qu'en 1939, on envisagea de transformer ces contre-torpilleurs en escorteurs antiaériens avec le remplacement de leurs canons de 130 mm par deux affûts doubles de 100 mm modèle 1931, mais la production insuffisante de ce matériel et les événements de juin 1940 firent capoter ce projet. Ce n'était pas le premier changement d'armement envisagé, au milieu des années vingt, les canons de 130 mm auraient pu être remplacés par des canons de 138 mm modèle 1925 équipant les Guépard[1].

Deux plates-formes triples lance-torpilles Schneider modèle 1920T sont installés axialement (la n° 1 entre les cheminées 2 et 3 et la n° 2 entre le rouf supportant la pièce III et le rouf supportant la pièce IV) pour des torpilles modèle 1923DT, pesant 2 068 kg avec une charge militaire de 310 kg. Mesurant 8,280 mètres de long, elles peuvent atteindre des cibles entre 9 000 mètres à 39 nœuds et 13 000 mètres à 35 nœuds. Il est équipé de quatre lanceurs, deux grenadeurs de sillage (rampes) pour six grenades "Guilbaud" de 200 kg (poids de la charge militaire, le poids le global étant de 253 kg) et quatre mortiers "Thornycroft (en)" modèle 1918 pour les grenades "Guilbaud" de 100 kg (poids réel 130,4 kg). L’approvisionnement global en 1934 est de vingt grenades de 200 kg et de douze de 100 kg. Il était également possible d'embarquer des grenades de 52 kg à mouillage manuel et deux torpilles remorquées "Ginocchio"[1].

Modifications Modifier

Les italiens arment le FR23 avec dix canons de 20 mm ou de 37 mm. En janvier 1944, le Tigre dispose d'un canon de 37 mm allemand et de sept canons de 20 mm (quatre allemands et trois italiens). En mars 1944, il dispose de six canons Oerlikon de 20 mm mais ne reçoit pas les deux canons de 40 mm en affûts simples envisagés. En mars 1945, le contre-torpilleur dispose de deux canons de 40 mm en affût double (à l'emplacement occupé jadis par la pièces III de 130 mm) et de dix canons de 20 mm. Il reçoit également deux grenadeurs de sillage anglais à plat pont et quatre mortiers "Thornycroft" en remplacement du matériel français pour un stock global de 48 grenades anglaises et de 12 grenades françaises. Ses tubes lance-torpilles avant sont débarqués par les italiens en 1943 et la place occupé par la plate-forme arrière est déplacée en 1945 pour des questions de stabilité[1].

HistoriqueModifier

Entre-deux-guerresModifier

Du 30 mai au , le Tigre fait escale à Portsmouth lors de la visite en Angleterre du président Doumergue et ce en compagnie de ses sister-ships Chacal et Jaguar, du torpilleur d'escadre Bourrasque et des croiseurs légers Duguay Trouin et Lamotte-Picquet. Le , le président de la République, Gaston Doumergue passe en revue la première escadre en rade de l'Estaque à Marseille. Accompagnés par l'Ouragan, les torpilleurs Bourrasque et Orage escortent le président Doumergue lors de sa visite en Angleterre du 30 mai au 4 juin, faisant escale à Portsmouth en compagnie des croiseurs Lamotte-Picquet et Duguay Trouin et des contre-torpilleurs Jaguar, Tigre et Chacal avant de rentrer en Méditerranée. En janvier 1928, il forme au sein de la 1re escadre en Méditerranée, la 5e Division Légère (5e DL) avec ses sister-ships Panthère et Chacal[1].

Le Tigre et le Chacal accompagnent le croiseur léger Primauguet en Afrique-Occidentale française entre le 13 janvier et le . À partir du , il est en partie chargé de l'EALM (Ecole d'Application du Lancement à la Mer), étant successivement intégré à la 9e DL en 1932/33 puis à la 11e DL de 1934 à 1936, avant d'être rattaché à la fin de 1938 à la 4e DCT en compagnie de ses sister-ships Lynx et Panthère. Cette division devait être affectée dans l'Atlantique mais en raison de la guerre d'Espagne, elle reste en Méditerranée où elle intègre le Dispositif Spécial en Méditerranée (DSM), destiné à protéger la navigation commerciale des interférences du conflit[1].

Entre-temps, ses canons de 75 mm sont remplacés par quatre affûts doubles de 13,2 millimètres antiaériens.

Seconde Guerre mondialeModifier

Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, la 4e DTC est envoyée dans l'Atlantique afin d'assurer des missions d'escorte entre Brest et Gibraltar, six convois étant protégés jusqu'en avril 1940. La 4e DCT amputée du Panthère intègre la force X destinée à contrer les opérations de la marine italienne en Méditerranée orientale puis la Force de Raid à partir du mois de mai, force qui est déployée en Méditerranée occidentale en vue d'une probable entrée en guerre de l'Italie. L'organisation tactique choisie voit les deux contre-torpilleurs de cette division intégrer le Groupe Provence en compagnie des vénérables cuirassés Provence et Bretagne[1]

La Force de Raid est immobilisée à Mers el-Kebir par l'Armistice qui entre en vigueur le 25 juin, lui laissant un avenir incertain. Le , les britanniques déclenchent l'opération Catapult qui voit la force H tenter de neutraliser les navires français afin de ne pas les voir tomber dans les mains des allemands ou italiens. Si le cuirassé Bretagne est coulé, son sister-ship Provence gravement endommagé et le croiseur de bataille Dunkerque sérieusement endommagé, le Strasbourg parvint à appareiller en compagnie notamment des contre-torpilleurs Lynx et Tigre, échappant au Hood et rentrant à Toulon le lendemain. La 4e DCT est dissoute en octobre 1940 et les trois contre-torpilleurs qui la composait à l'automne 1939 sont placés en gardiennage d'armistice[1]

En novembre 1940, le navire est équipé d'un ASDIC britannique de type 123 ; de plus, deux lanceurs de charge de profondeurs sont réinstallés, le canon n ° 3 est retiré et son arrimage de profondeur est réduit à une douzaine de 200 kg et huit charges de 100 kg afin d'améliorer sa stabilité[1].

Le , le Tigre était désarmé aux appontements du Milhaud (nom de la partie occidentale de la base navale de Toulon). Non sabordé, il est récupéré par les italiens et redésigné FR23. Remorqué en mars 1943 à La Spezia, il doit être transformé en transport rapide pour relier l'Italie et la Tunisie ; mais quand l'Italie signe l'armistice, le navire est à Tarente sans avoir participé à une mission devenue sans objet avec la capitulation de l'Afrikakorps en Tunisie le . Restitué à la France à Bizerte en octobre 1943, il est en mauvais état et doit gagner Casablanca où il est en travaux de janvier à mars 1944, date à laquelle il reprend enfin le combat, effectuant des escortes de convois entre l'Afrique du Nord et la Corse. Il est indisponible suite à une refonte de la mi-août 1944 à fin mars 1945, perdant sa chaufferie et sa cheminée avant, recevant une DCA et une détection moderne. De nouveau disponible, il intègre la Flank Force, le groupement occasionnel chargé d'appuyer la progression des troupes alliées en Italie du Nord et de nettoyer le golfe de Gênes de la poussière navale allemande et italienne (République de Salo)[1].

Fin de serviceModifier

La guerre terminée, il mène diverses opérations de servitude et de soutien au profit des écoles mais sa carrière est déjà derrière lui. Mis en réserve spéciale A à Saint-Mandrier-sur-Mer le , il est condamné le avant d'être vendu à la démolition en février 1955 et promptement démantelé[1]

Notes et référencesModifier

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Maurizio Brescia, Mussolini's Navy: A Reference Guide to the Regina Marina 1930–45, Annapolis, Maryland, Naval Institute Press, (ISBN 978-1-59114-544-8)
  • Enrico Cernuschi et Vincent P. O'Hara, Warship 2013, London, Conway, , 134–48 p. (ISBN 978-1-84486-205-4), « Toulon: The Self-Destruction and Salvage of the French Fleet »
  • Conway's All the World's Fighting Ships 1922–1946, Greenwich, UK, Conway Maritime Press, (ISBN 0-85177-146-7)
  • John Jordan et Robert Dumas, French Battleships: 1922–1956, Annapolis, Maryland, Naval Institute Press, (ISBN 978-1-59114-416-8)
  • John Jordan et Jean Moulin, French Destroyers: Torpilleurs d'Escadre & Contre-Torpilleurs 1922–1956, Barnsley, UK, Seaforth Publishing, (ISBN 978-1-84832-198-4)
  • Jürgen Rohwer, Chronology of the War at Sea 1939–1945: The Naval History of World War Two, Annapolis, Maryland, Third Revised, (ISBN 1-59114-119-2)
  • M. J. Whitley, Destroyers of World War Two, Annapolis, Maryland, Naval Institute Press, (ISBN 0-87021-326-1)

Liens externesModifier