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Tianshanbeilu (chinois : 天山北路 ; pinyin : tiānshān běilù ; litt. « route Nord des monts Tian », ce site étant situé sur l'une des routes terrestre de la soie) est un site (vers 2000-1550 AEC) des débuts de l'âge du bronze dans l'Est de ce qui est aujourd'hui la Région autonome ouïghoure du Xinjiang. Son rôle a été essentiel en tant que lieu de passage et d'échange entre les cultures de l'Ouest, Sibérie du Sud et Asie centrale, avec des populations vivant plus à l'Est comme celles du corridor du Hexi et du Gansu, qui étaient au contact avec les cultures chinoises de la plaine centrale du Nord de la Chine actuelle, Siba et Qijia entre autres, et avec les populations du Nord et du Nord-est : culture de Zhukaigou sur le plateau d'Ordos en Mongolie-Intérieure et culture du Xiajiadian inférieur.

Localisation, périodisation, historique des découvertesModifier

 
Du Néolithique à l'Âge du Bronze en Chine du Nord et dans les steppes de l'Asie centrale. Le no 5 correspond à la culture de Tianshanbeilu

Le site se trouve à proximité de la ville de Hami à l'Est du Xinjiang. Dès 1988 plus de 700 tombes ont été dégagées[1].

L'apparition du métal en Chine du Nord-OuestModifier

Cultures Dates approchées AEC[2]
Culture du Xiajiadian inférieur 2 000 - 1 400
Culture de Zhukaigou sur le plateau d'Ordos 2 000 - 1 400
culture de Qijia 2 200 - 1 600
culture de Siba 1 900 - 1 500
Xinjiang de l'Est : site de Tianshanbeilu 2 000 - 1 550
Seima-Turbino 2 100 - 1 500
Andronovo 2 100 - 1 500
Erlitou 1 900 - 1 500
Période d'Erligang 1 600 - 1 400


PopulationsModifier

L'ensemble des indices trouvés sur le site font apparaître le génome mitochondrial local. Il ressort des analyses démographiques des haplogroupes que des peuples de Chine, de Sibérie et d'Asie centrale ont contribué au génome mitochondrial des habitants de Tianshanbeilu.

Ceci peut être mis en relation avec les découvertes de Christoph Baumer de l'université de Zurich, lors de ses expéditions dans le désert du bassin du Tarim, qui mit au jour les problématiques momies du Tarim, au cimetière de Qäwrighul en 2009, avec des datations comprises entre 1 800 ans - 2 000 AEC, qui présentent des indices de cultures de l'Ouest.

Ces sociétés ont donc joué un rôle essentiel à la fin du troisième et au début du second millénaire. Et les analyses des gènes ont confirmé les mouvements de populations et les échanges entre sociétés.

Nourriture variée, production métallique et céramique : rapports avec des voisins plus ou moins lointainsModifier

Une étude publiée en 2017 démontre que ces populations consommaient beaucoup de végétaux, mais aussi que la culture du millet qu'elles pratiquaient s'est répandue dans les steppes de la Chine jusqu'à l'Europe au cours des IIIe-IIe millénaires, contrairement aux idées reçues qui ne les percevaient qu'en tant que populations d'éleveurs nomades[3]. La culture du blé, venant de l'Ouest puis allant jusqu'en Chine même, est aussi passée par ici[4]. Tianshanbeilu a servi de relai sur la Route du Millet et du Blé.

La richesse propre des oasis pour des populations pratiquant l'agropastoralisme leur permettait d'avoir aussi une nourriture riche en viande[5].

Leur richesse a été augmentée par la présence de réserves de métaux et un savoir-faire hérité des populations venues de l'Ouest : lien entre la steppe eurasienne (le phénomène Seima-Turbino , culture d'Andronovo, culture d'Afanasievo, les cultures de Karassouk) et la culture de Qijia, à l'Est.

Mais les poteries semblent clairement proches de leurs cousines l'est : de Siba et de Qijia[6] ; cultures qui, quant à elles, étaient au contact avec les cultures chinoises de la plaine centrale du Nord de la Chine actuelle, et avec les populations du Nord et du Nord-Est : culture de Zhukaigou sur le plateau d'Ordos en Mongolie-Intérieure et culture du Xiajiadian inférieur (au nord-est, v. 2000-1400).

Rites funéraires : céramique et bronzeModifier

Le site lui-même est donc un grand cimetière qui a été utilisé pendant plusieurs centaines d'années (environ 2000 - 1500 AEC). On y trouve deux types de tombes: celles qui sont en bois (ou composées d'un tronc d'arbre évidé ?), et celles qui sont composées de briques de terre sèche (autour d'un coffre en bois ?) Les morts sont en position fléchie, les femmes tournées vers le nord-est et les hommes vers le sud-ouest.

La vaisselle de céramique est montée à la main et de couleur rouge ou grise. Les motifs sont assez variés : géométriques linéaires ou en zigzag, formes triangulaires ou végétales, en somme essentiellement des éléments peints qui soulignent la structure de la forme. Quant aux deux formes principales: les groupes A et B. Le groupe A : des jarres à une ou deux anses, qui sont assez comparables à celles de la culture de Siba, ou à la culture de Qijia, (deux cultures datant de la même période mais situées plus à l'Est sur ce qui devait déjà ressembler à la route de la soie : une voie de commerce et d'échanges culturels). Le groupe B: Des jarres au corps profond et à l'aspect globulaire avec seulement deux poignées sur le bord. Ce dernier groupe de poterie a des liens formels avec des céramiques assez semblables trouvées dans le cimetière de Qiemurqiek (Ke'ermuqi) dans l'Altaï, au Nord-ouest du Xinjiang. La culture de Qiemurqiek présente des similitudes ou des relations avec les autres cultures de l'âge du bronze du Sud de la Sibérie et de l'Ouest de la Mongolie qui sont probablement reliées aux culture d'Andronovo et Karassouk[N 1].

On a donc trouvé de nombreux objets de cuivre et de bronze à Tianshanbeilu. Qu'il s'agisse d'outils, d'ornements de cuivre ou de bronze, mais aussi des épingles à cheveux en argent. Des relations précises sont bien visibles avec les populations des steppes de l'Ouest et avec celles des cultures de Siba et Qijia, en raison des couteaux aux lames aux manches incurvés (souvent à contre-sens l'un de l'autre) et possédant un anneau à l'extrémité du manche, pour qu'on puisse aisément l'attacher par un lien souple. On trouve aussi des couteaux possédant deux protubérances sur le manche, ainsi que des haches à douille[N 2], des poignards, des faucilles, des miroirs[7]. Mais on a trouvé aussi de petits objets : des boucles d'oreilles en forme d'anneaux, des boutons et des poinçons munis d'un manche en os. L'usage d'ornements d'argent correspond aussi à un usage des steppes d'Eurasie et dans les cultures des frontières nord de la Chine d'aujourd'hui. Cependant le métal le plus ancien trouvé au Xinjiang (vers 2000 AEC) est plus récent que ses équivalents trouvés dans les cultures de Longshan (2900-1900 AEC), mais seulement quelques très exceptionnels et menus objets de métal ont été découverts, et il ne s'agit en aucun cas d'une culture du bronze comme Qijia (v. 2200-1600), en Chine du Nord : les premiers apports de la technologie du bronze sont donc venus des régions du Nord de la Mongolie plutôt que par le Xinjiang, en l'état actuel de nos connaissances (2012)[4] . Les dépôts funéraires comportent des objets de poterie, de bronze, d'argent, d'os et/ou de pierre. Le cimetière de Ke’ermuqi, dans l'Altaï au Nord-ouest du Xinjiang, porte aussi des témoins de rapports avec les populations d'Afanasievo (Sud de la Sibérie)[8]. Ces transferts de technologie, en provenance de Sibérie du sud, semblent aussi attestés jusqu'en Chine du Sud, au Yunnan en particulier.

Les objets de métal étaient en bronze avec alliage d'étain dans quinze cas, un seul était en cuivre, alors que trois exemplaires étaient de bronze composé d'étain et d'un faible pourcentage d'arsenic ou de plomb. Les procédés étant nombreux : la fonte, la forge, le métal recuit et le travail à froid. La technologie du bronze à l'étain et l'usage de l'arsenic relient encore cette culture aux peuples de la steppe eurasienne de l'Ouest et du Nord, comme les cultures de (Seima-Turbino et d'Andronovo[N 3].

Voir aussiModifier

NotesModifier

  1. Voir carte.
  2. haches à douille et leur montage sur archeobase
  3. Une étude publiée initialement en 2007 ((en) Ludmila Koryakova et Andrej Epimakhov, The Urals and Western Siberia in the Bronze and Iron Ages, New York, Cambridge University Press, , 383 p. (ISBN 978-0521-82928-1), relié. Le même collé (ISBN 978-1-107-65329-0), 2014.) a fait le point sur le rôle de diffusion de la technologie du bronze que certaines populations, comme l'ensemble de Seima-Turbino et de la culture d'Andronovo (vaste zone couvrant en partie l'Oural) ainsi que, dans la plaine de l'Ouest de la Sibérie, la culture de Karassouk) : The Cambridge History of Ancient China: From the Origins of Civilization to 221BC 1999, on line. Figure 13 : ensemble d'objets de bronze de la culture du Karassouk (dessins).

RéférencesModifier

  1. The Archaeology of China, 2012, p. 342
  2. The Archaeology of China, 2012, p. 234 : Datations relevées pour Xiajiadian inférieur : p. 302, Erlitou : p. 266, pour Erligang : p. 278, pour les autres : p. 299
  3. Henri-Paul Francfort, « La perspective globale », Archéologia, no 506,‎ , p. 31 (ISSN 0570-6270) qui se réfère à la publication de T. Wang et al. 2017 (en ligne).
  4. a et b The Archaeology of China, 2012, p. 344
  5. Ref: Selon cette publication scientifique chinoise (2010): (en) Analyse d'ossements humains à Tianshan Beilu Présentation en anglais.
  6. The Archaeology of China, 2012, p. 342-343
  7. L'ensemble des types d'objets découverts à Tianshanbeilu sont reproduits dans : The Archaeology of China, 2012, p. 343. mais le miroir n'est pas indiqué, il s'agit du no 20, avec sa silhouette typique, présentant un bouton peut-être percé (?) pour être suspendu. Il était poli sur une face et orné, ici de quatre bandes de hachures concentriques.
  8. sinoplatonic.org Early Development of Bronze Metallurgy in Eastern Eurasia, by Xiang WAN, University of Pennsylvania, 2010, page 4. Un développement sur Tianshanbeilu se trouve aussi p. 5.

BibliographieModifier

  • Corinne Debaine-Francfort, La Redécouverte de la Chine ancienne, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Archéologie » (no 360), , 159 p. (ISBN 2-07-053352-2). Autres tirages : 2001, 2003, 2005. (ISBN 978-2-07-039173-8) en 2008.
  • (en) Li Liu et Xingcan Chen, State Formation in Early China, Londres, Duckworth Publishers, coll. « Duckworth Debates in Archaeology »,
  •   (en) Li Liu et Xingcan Chen, The Archaeology of China : From the Late Paleolithic to the Early Bronze Age, Cambridge et New York, Cambridge University Press, , 310 p. (ISBN 978-0-52181184-2) 24 cm, noir et blanc. Texte basé sur la thèse de l'auteur consacrée à la culture de Longshan, et mise à jour avant 2004.
  •   (en) Wang, Tingting et al., « Tianshanbeilu and the Isotopic Millet Road: reviewing the late Neolithic/Bronze Age radiation of human millet consumption from north China to Europe », National Science Review,‎ , p. 1-16 (ISSN 2053-714X, lire en ligne, consulté le 20 décembre 2017).

Lien externeModifier

Articles connexesModifier

Époque précédente : vers 3400-1900
Époque concernée : vers 2200-1400