Thomas Manning

orientaliste britannique
Thomas Manning
Thomas Manning.jpg
Portrait de Thomas Manning, attribué à J. M. Davis, environ 1805
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 67 ans)
BathVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités

Thomas Manning, né le à Broome et mort le à Bath, est un explorateur et médecin britannique qui voyage au Tibet en 1811-1812.

BiographieModifier

Manning est né à Broome, dans le Norfolk. Il entre en 1790 au Gonville and Caius College de Cambridge pour étudier les mathématiques, mais n'obtient pas de diplôme « à cause de doutes au sujet des examens »[1]. Depuis longtemps passionné par les études chinoises, il étudie la médecine et le chinois à Paris de 1800 à 1803. Napoléon l'autorise à regagner l'Angleterre au début de la Troisième Coalition[2]. Son désir de découvrir l'Empire Céleste le conduit en 1807 à Canton, où il travaille trois ans, puis à Calcutta en 1810. Manning se rend à Rangpur avec un seul serviteur chinois et sans autorisation officielle. Le , il arrive au dzong de Phari, à la frontière du Tibet, où il rencontre un général chinois avec ses troupes. Ayant guéri certains soldats, il est autorisé à les accompagner comme médecin. Il atteint ainsi finalement Lhassa, où il reste plusieurs mois. Il est le premier britannique à y entrer, ainsi que le premier à rencontrer le dalaï-lama, Lungtok Gyatso. Il est obligé de quitter Lhassa le [2]. De retour à Calcutta à l'été 1813, il regagne Canton, où il reste jusqu'en 1816 : Au printemps 1817, il se rend pour la première fois à Pékin comme interprète d'une délégation britannique auprès de l'empereur Jiaqing. La délégation est expulsée au bout de quelques jours.

Durant son retour en Europe, Manning rend visite à Napoléon à Sainte-Hélène, pour le remercier de lui avoir accordé un passeport en 1803. Il est de retour en Angleterre en 1818 et meurt le dans sa maison de Bath[2].

ŒuvreModifier

Il ne publie rien sur son voyage, son rapport n'est imprimé qu'en 1876 conjointement à celui de George Bogle, par Sir Clements Markham, secrétaire de la Royal Geographical Society.

Début , Manning atteint Lhassa qui lui inspire, peut-être en raison de la fatigue du voyage, une indifférence rêveuse et dont il fait une description d'un agréable exotisme, sans plus : « Si le palais est plus important que ce que j'avais imaginé, la ville, jusque-là me déçoit. Il n'y a dans son apparence rien de frappant, rien de plaisant. Les bâtiments sont noirs de suie et de crasse. Les rues sont remplies de chiens, dont certains grognent sans cesse en mâchonnant des débris de peaux qui traînent partout et dégagent une odeur de charnier ; d'autres boîtent et sont hagards ; d'autres ont des ulcérations et d'autres meurent de faim que les corbeaux picorent... [certains sont morts et leur cadavre est dévoré]. En bref, tout est minable, sordide, avec quelque chose d'irréel. Même la gaieté des habitants, leurs rires, je trouvais qu'ils paraissaient oniriques, hallucinants. C'était moi qui rêvais, sans doute, mais je ne pus me débarrasser de cette idée[3],[4]. »

Décrivant les funérailles célestes ou sépultures de l'air, Manning eut ce trait d'esprit : « Les gens du Tibet ne mangent pas les oiseaux... au contraire, ils laissent les oiseaux les manger »[5].

Thomas Manning décrit sa rencontre avec le 9e dalaï-lama, âgé alors de cinq ans, dans des termes extasiés. « Le beau et fascinant visage du lama a absorbé toute mon attention », écrit-il. « Il avait des manières simples et sans affectation d'un enfant prince bien instruit. Je pense que son visage était d'une beauté radieuse. Il était d'une disposition joyeuse et heureuse. J'ai été extrêmement touché par cet entretien avec le lama. J'aurais pu pleurer par l'étrangeté de cette sensation[6]. »

Manning décrit à quel point le Tibet central de l'époque était sous l'emprise de la Chine : chaque ville abritait un mandarin chinois et une petite garnison, des relais de poste chinois se trouvaient sur la route à intervalles réguliers, nombre de soldats chinois vivaient avec une Tibétaine et en avaient des enfants[7].

Il décrit les amban en ces termes : « En règle générale, il apparaissait que les grands mandarins de Lhassa sont des gredins et des crapules… Car Lhassa est une ville bien misérable : pour les grands mandarins, y être envoyé constitue une sorte de bannissement et ceux qui reçoivent cette affectation se sont le plus souvent rendus coupables de quelque malversation… Cet emploi systématique d'hommes à la moralité douteuse pour gouverner le Tibet me paraît exécrable. Cette politique déplaît certainement au Grand Lama et aux Tibétains, et elle tend à attiser leur prévention contre le gouvernement chinois. Si je me fie à ce que j'ai vu et entendu, je ne puis m'empêcher de songer que les Tibétains se libéreraient sans trop de regrets de l'influence chinoise[8]. »

Notes et référencesModifier

  1. « from scruples affecting the tests »(en) Manning, Thomas, in Venn, J. & J. A., Alumni Cantabrigienses, Cambridge University Press, 10 vols, 1922–1958. [1]
  2. a b et c (en) Présentation de Thomas Manning sur Bookrags.com
  3. Michael Taylor, Le Tibet - De Marco Polo À Alexandra David-Néel, Payot, Office du Livre, Fribourg (Suisse), 1985 (ISBN 978-2-8264-0026-4), p. 100-102.
  4. (en) Peter Bishop, The Myth of Shangri-La: Tibet, travel writing, and the western creation of sacred landscape, University of California Press, 1989, 308 p., p. 94 : « "If the palace had exceeded my expectations," he wrote, "the town as far fell short of them. There is nothing striking, nothing pleasing in its appearance. The habitations are begrimed with smut and dirt. The avenues are full of dogs, some growling and gnawing bits of hide which lie around in profusion, and emit a charnel-house smell; other limping and looking livid; others ulcerated; others starved and dying, and pecked at by the ravens; some dead and preyed upon. In short everything seems mean and gloomy, and excites the idea of something unreal." »
  5. (en) John MacGregor, Tibet. A Chronicle of Exploration, Routledge & Kegan Paul Ltd, London, 1970, en part. Part III (Thomas Manning), page 214 : « Obviously referring to Tibet's funeral customs, Manning quipped: 'The people of Tibet eat no birds… on the contrary they let the birds eat them.' »
  6. (en) Mick Brown, The Dance of 17 Lives: The Incredible True Story of Tibet's 17th Karmapa, Bloomsbury Publishing, New York, N.Y., 2004, pp. 28-29, (ISBN 1-58234-177-X).
  7. Michael Taylor, Le Tibet - De Marco Polo À Alexandra David-Néel, op. cit., pp. 99-100.
  8. Roland Barraux, Histoire des Dalaï-Lamas, préface de Dagpo Rinpotché, Albin Michel 2002, (ISBN 978-2-226-13317-5), p. 221.

BibliographieModifier

  • Clements R. Markham, Narratives of the Mission of Georges Bogle to Tibet and of the Journey of Thomas Manning to Lhasa, Cosmo Publications, New Delhi, 1910 [1876] (Indian Historical Researches, 42).

Liens externesModifier